Voyez Traité, Première partie, t. 1, p
LA DARIQUE ET LE SICLE MÉDIQUE
Darius III Godoman ou, tout au plus, dès la fin du règne d'Artaxerxès III Ochus, que l'on voit paraître quelques divisions. A cette basse époque, en effet, on frappa les pièces suivantes :
En or :
Double darique 16,83
Darique 8,415
Hémi-darique 4,207
En argent :
Sicle 5,60
Demi-sicle 2,80
Mais pour la période qui nous occupe, c'est-à-dire pour le temps de Darius I fils d'Hystaspe et deXerxès, on ne frappe en or que la darique, et en argent, que le sicle médique.
Le type constant de la darique et du sicle médique, sous les premiers règnes de la dynastie des Perses Achéménides, est celui que nous voyons sur toutes les pièces représentées sur notre pl. X, fig. 13 à 23 : c'est le roi de Perse, à demi-agenouillé, la jambe droite avancée comme s'il faisait une génuflexion; il a une longue barbe et de longs cheveux rassemblés en touffe sur la nuque ; il est coiffe de la cidaris dentelée et vêtu de l'ample tunique talaire appelée candys qui est relevée sur les bras et sur le genou gauche; de la main gauche portée en avant à la hauteur du visage, il tient son arc, suivant une attitude donnée dans fart grec à Héraclès; de la main droite ramenée sur la poitrine il porte transversalement une javeline, la pointe dirigée vers le sol, la hampe appuyée sur son épaule et se terminant par un pommeau ou grenade d'argent ; le carquois rempli de flèches est sur l'épaule du roi. Ce type des dariques d'or et d'argent leur fit don-
ner par les Grecs le surnom populaire d'archers, xo^oxat (sagittariï) ; il ne se modifie dans les détails, qu'au cours du ive siècle.
Ces attributs de la javeline et de l'arc sont aussi donnés aux archers perses qui formaient la fameuse garde des Immortels, et qui sont représentés souvent sur les murs des palais de Suse et de Persépolis, soit en bas relief sur la pierre, soit en bas relief sur la brique peinte et vernissée. Seulement, l'attitude du Roi des rois sur les monnaies est différente. Il est représenté en guerrier et non point au repos comme les Immortels. C'est sans doute ce type des dariques d'or et d'argent que vise Diodore de Sicile lorsque, décrivant le bûcher construit, sur l'ordre d'Alexandre, pour les funérailles d'Héphaestion, il énumère parmi les ornements dont il était entouré, l'image de deux archers à genoux, hauts de quatre coudées *.
Tandis que la monnaie du roi de Lydie, Crésus, créée sous l'influence des types monétaires des villes grecques de la côte, emprunte ses types à la faune exclusivement, le lion et le taureau, il en est tout autrement de la darique ; son type royal reflète l'influence de la civilisation assyrochaldéenne où le grand Roi est glorifié partout, dans l'art et la littérature, exalté partout comme triomphateur, écrasant ses
1. To^ôxxi eîç yôvu xsxaOtxoTsç (Diod. Sic. xvn, 115. Strabon (xv, 13, 19) décrit le costume du Roi et des grands seigneurs de sa cour : « Ils avaient adopté les jupes des femmes mèdes, leurs triples pantalons, leurs doubles vestes et leur manteau. La première tunique était blanche, elle avait la forme d'une chemise à manches et s'arrêtait au genou; la tunique extérieure était brodée de fleurs et tombait sur les pieds, elle consistait en un jupon plissé ajusté à la taille ; le manteau, sorte de grand collet, était pourpre en hiver, brodé de fleurs en été »
LA DARIQUE ET LE SICLE MÉDIQUE
ennemis, égorgeant les fauves à la chasse, offrant des sacrifices aux dieux, étant presque un dieu lui-même ; c'est là que le graveur monétaire des Perses est allé chercher son inspiration, et c'est pourquoi le type de la darique est, pour la première fois et pour toujours, la figure guerrière en pied et combattant du Roi des rois.
Une autre différence entre la darique et la créséide, est dans le carré creux du revers. Le revers des dariques et des sicles médiques est toujours occupé par une dépression rectangulaire sans type, dans laquelle on a parfois, — mais à tort, — essayé de reconnaître des figures de poissons ou d'oiseaux. Le revers des créséides a, au contraire, deux carrés creux placés côte à, côte.
La darique, comme la créséide, a été créée par Darius, fils d'Hystaspe, pour régulariser le recouvrement des impôts en Asie-mineure; elle eut aussi pour effet de faciliter le commerce avec les Grecs; les mercenaires grecs, au service du Grand roi, recevaient leur solde en dariques. Nous ignorons exactement les ateliers où ont été frappés la darique et le sicle médique, mais nous pouvons affirmer que ce fut exclusivement, jusqu'au début du i\,e siècle, en Asie-mineure. On pourrait songer aux chefslieux des satrapies de TAsie-mineure occidentale, Sardes et Dascylion.
Notre pl. X, fig. 13 à 23, ne contient qu'un choix des dariques et des sicles médiques de Darius et de Xerxès, ces pièces fort répandues n'offrant que des variétés de coins.