Tome il
si vous comparez entre elles les figures royales des bas-reliefs de Persépolis, vous leur reconnaîtrez aisément des particularités propres, caractéristiques, qui ne sont imputables ni à la mode ni au génie d'artistes différents. Il faut en dire autant des images de rois, gravées sur les cylindres et les cachets conoïdes en pierres fines. En dépit de l'exiguïté des visages et des difficultés inhérentes à ce genre de gravure, on y distingue les traits de princes différents, et l'on atteindrait un résultat scientifique appréciable en comparant ces monuments entre eux et en les confrontant avec les types monétaires.
Les dariques, les doubles dariques, les sicles médiques, ainsi qu'un certain nombre de pièces d'argent frappées par les dynastes tributaires ou les satrapes, nous offrent, dans l'archer à javeline mélophore, dans le roi luttant contre un lion ou debout
ICONOGRAPHIE NUMISMATIQUE DES ACHÉMÉNIDËS
dans son char, et aussi dans quelques autres types, la représentation concrète des divers princes achéménides, depuis Darius Ier, fils d'Hystaspe, jusqu'à Darius III Codoman. Il s'agit seulement de préciser ce que nous entendons par ce mot portrait. Il va sans dire que l'on ne saurait demander à ces figures iconiquesune rigoureuse précision, une ressemblance adéquate. Ce serait absurde, et du premier coup Ton pourrait nous objecter, ce qui est vrai, que lorsque des princes comme Artaxerxès II Mnémon, arrivent au pouvoir tout enfants pour n'en descendre que fort avancés en âge, on ne suit point, dans les portraits monétaires, les phases successives de l'âge, les modifications graduelles des traits, le développement progressif de la barbe, des membres et de la taille. Mais nous prétendons que les graveurs des coins monétaires ne se sont pas bornés à une image vague et abstraite du Roi des rois, quel que fut le titulaire du pouvoir : une semblable conception eut, d'ailleurs, été étrangère â la logique naturelle qui veut qu'on procède du concret à l'abstrait et non inversement. Nous croyons pouvoir affirmer que les différences indéniables que l'on constate dans ces images ne sont pas imputables uniquement au changement de graveurs, à Féioignement des ateliers, à l'habileté ou à la négligence des ouvriers monétaires. Il y a autre chose. Au commencement de chaque règne on adopte un type royal, avec des traits aussi voisins que possible de ceux du nouveau prince, et ce type, une fois créé, s'immobilise ou varie peu, pendant toute la durée du règne, en dépit des changements qui peuvent survenir dans la physionomie du prince. Nous n'avons donc guère qu'un type royal pour chaque souverain, type ana-
lytique et personnel ; quand, dans un même règne, on trouve deux ou trois variétés, il est généralement facile de les rattacher les unes aux autres ; on voit clairement, malgré certaines différences, qu'elles représentent le même prince, et qu'elles sont dues à la différence des ateliers, des artistes, et sans doute aussi parfois, à la préoccupation que l'on a eue à certains moments, de se rapprocher des traits réels d'un monarque dont le règne se prolongeait longtemps.
Charles Lenormant écrivait en 1849 : « Les têtes des personnages représentés sur ces monnaies (les dariques) offrent deux types bien distincts... Un des rois a le nez aquilin très proéminent ; le profil de l'autre est plus régulier. Les pièces au nez droit étant plus communes que les autres doivent être considérées comme reproduisant le portrait de Xerxès ; nous donnons à Darius celles qui montrent un roi au nez aquilin *. » On voit que Charles Lenormant avait vaguement reconnu des différences dans l'expression des têtes des rois archers qui forment le type des dariques. Mais à cela se borne tout ce qu'on peut tirer de son observation, car personne ne s'est donné la peine de l'approfondir. M. Head traite de « refinement of classification 2 » l'idée de retrouver des différences dans les archers royaux des dariques. Il ajoute 3 que « l'uniformité du style et l'absence de légende rend impossible l'attribution à chaque règne des pièces qui ont été frappées pendant sa durée. » Nous avons pensé que cette recherche n'était point aussi vaine ; qu'il était possible de donner à chaque prince achéménide son lot de pièces d'or et d'argent ; de