B. Head, op. cit., p
ICONOGRAPHIE NUMISMATIQUE DES ACHÉMÉNIDES
retrouver enfin le type individuel et nettement caractérisé, adopté par chaque prince, quelque valeur conventionnelle qu'on attribue à ce type qui s'immobilise durant toute la durée du règne. Nous faisons, en un mot, remonter jusqu'aux Perses Achéménides un usage dont l'application a été surabondamment constatée chez les Parthes Arsacides et Sassanides.
La répartition que nous proposons de faire des dariques et des sicles médiques entre les différents princes achéménides, est d'ailleurs fondée non seulement sur des impressions d'ordre iconographique, mais sur l'examen des trouvailles et du style des pièces et sur l'établissement de certains synchronisines historiques. On arrive ainsi par là, — et ce résultat ne saurait manquer de frapper l'esprit le plus prévenu, — à constater, dans l'ensemble du monnayage des Perses Achéménides, tout juste autant de types divers, c'est-à-dire de variétés d'effigies, qu'il y a de rois différents ayanl régné depuis Darius, lils d'Hystaspe jusqu'à Darius III Codoman.
Voici sur quelles bases nous avons déterminé les monnaies respectives des deux premiers princes, Darius etXerxès.
Dans le canal que Xerxès lit creuser au pied du mont Athos au moment d'envahir la Grèce en 480, on a trouvé, vers 1839, trois cents dariques d'or, c'est-à-dire un talenl euboïque, avec cent létradrachmes athéniens d'ancien style Ces dariques n'ont pu être frappées que par Darius, fils d'IIystaspe, ou par Xerxès lui-même. Un
1. Borrell, dans le Numism. C/ironicle, t. VF, p. 153, note; Bcnlé, Monnaies d\i/hènes, p. 43 ; Monmisen, Hisl. de la monn. romaine, t. 1, p. 9, note 2. M. Momuisendit trois mille dariques, niais c'est par inadvertance.
assez grand nombre d'entre elles sont entrées dans les cabinets numismatiques, et Borrell eut l'occasion d'en acquérir cent vingt-cinq. Sur notre pl. X, les dariques classées au règne de Xerxès (fig. 19 et 20) proviennent de ce trésor et ont été acquises de Borrell au mois de mai 1840. Or, ces pièces d'or donnent comme image royale un type qui se retrouve identique sur un certain nombre de sicles, dont nous donnons des spécimens (fig. 21, 22 et 23). Il s'agit donc simplement de savoir si cette suite de dariques et de sicles appartient à Darius ou à Xerxès, tout autre prince achéménide se trouvant nécessairement hors de cause.
Quiconque voudra se donner la peine de comparer entre eux le groupe que nous avons classé à Xerxès, et celui que nous donnons à Darius, ne pourra hésiter à ratifier notre choix. Les monnaies de Darius sont, de toute la suite des dariques, celles dont le style est le meilleur ; la gravure du type royal y est l'œuvre d'artistes égaux en mérite aux graveurs des plus beaux cylindres et cachets de cette époque. Darius a une barbe épaisse sur les côtés; son nez est droit et court, son visage convient à un homme qui a dépassé la quarantaine;
Darius, (ils d'Ih slaspe.
nous savons qu'il vécut 72 ans et qu'il en régna 36. Il a les cheveux ramassés en touffe sur la nuque, et sa cidaris, peu élevée, est couronnée de cinq petites pointes en dents de scie. Enfin, la tête est légère-
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ment inclinée en avant, comme si le roi faisait un effort pour mieux percevoir l'ennemi qu'il fixe devant lui.
Le type royal adopté par Xerxès se distingue assez bien de celui de Darius. La tête est plus allongée ; la tiare, particulièrement basse ; le nez plus long, les pommettes des joues plus saillantes ; la
Xerxès.
barbe descend sur la poitrine en une longue pointe sensiblement infléchie; sur la joue, la ligne de naissance de la barbe est nettement indiqué^. Xerxès avait 34 ans quand il monta sur le trône en 485, et il passait pour le plus bel homme de son temps l.
Nous aurons l'occasion de poursuivre cette recherche sur l'iconographie des prin-
ces achéménides quand nous traiterons des monnaies des successeurs de Xerxès. Il nous importait seulement d'en indiquer ici, à propos des deux premiers règnes de la dynastie, les bases essentielles. Il n'est pas superflu, en terminant, de faire observer qu'il existe une grande quantité de dariques d'or et de sicles médiques dont la fabrique est négligée et le type royal grossièrement figuré. Ces pièces ne sauraient avoir de prétention à représenter un prince plutôt qu'un autre. Elles nous donnent un type banal ; elles sont sorties d'ateliers peut être fort éloignés de ceux qui occupaient des artistes grecs. On ne doit pas faire entrer ces pièces en ligne de compte dans une question d'iconographie. La numismatique d'Alexandre et celle de l'empire romain ne renferment-ellespas, elles-mêmes, dessuites considérables de pièces barbares, dont les études d'iconographie ne doivent pas tenir compte ?