G. Radet, La Lydie au temps des Mennnades, p. 63 et
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roborer notre démonstration par quelques observations techniques. Il est à remarquer, tout d'abord, que deux des séries monétaires qui figurent sur notre pl. I, à savoir, la série à face striée (fig. 8 à 13) et la série au lion couché (fig. 14 à 19), sont sûrement les produits d'un atelier unique. En effet, ces pièces ont, au revers, les mêmes empreintes ou des empreintes similaires. Le poinçon rectangulaire au fond duquel on remarque un renard, se rencontre identique sur des pièces des deux séries. D'autres particularités de fabrique ne font que venir à l'appui de ces constatations : nous sommes en présence de séries monétaires dont l'émission s'est succédée dans le même atelier.
Nous avons remarqué, d'autre part, que le statère au taureau (Pl. II, fig. 1) et le statère au bélier (Descr., n° 35), ont certainement été frappés dans le même atelier que le statère au lion couché qui figure sur notre pl. I, n° 19. Ces pièces ont la même face bombée, leur fabrique est identique ; sur deux d'entre elles on remarque même que les rectangles creux du revers ont les empreintes des mêmes poinçons. Sur les trités de la pl. I, fig. 22, 23, 25, les carrés creux sont aussi les mêmes que sur les trités de la pl. II, fig. 6, 12, 13, 14.
Bref, sans multiplier ces remarques de détail, on peut démontrer jusqu'à la certitude scientifique, qu'à l'exception des premiers lingots monétiformes de notre pl. I, fig. 1 à 7, toutes les pièces d'électrum que nous venons de décrire depuis le n° 8 de la pl. I, jusqu'au n° 17 de la pl. II, se tiennent les unes les autres, comme par la main, et ont été frappées dans le même atelier.
Cet atelier doit être cherché dans l'Ionie
méridionale. Tout le démontre : le poids milésiaque des pièces; le lieu des trouvailles et, jusqu'à un certain point, les types monétaires.
Le groupe à la face striée (Pl. I, fig. 8 à 13) a été attribué par Fr. Lenormant à Gygès, le fondateur de la dynastie des Mermnades, dans les premières années du vu6 siècle, à cause du renard qui figure au revers du statère (Pl. I, fig. 12). Le renard, dit-on, serait ici, l'emblème du Dionysos lydien dont le nom indigène, Bassareus, se trouverait ainsi rapproché allégoriquement du mot bassara qui signifiait renard en lydien, à ce que rapporte Étienne de Byzance *.
La subtilité même de cette interprétation est de nature à nous la rendre suspecte. Les types monétaires primitifs ne sont point, en général, inspirés par un aussi savant symbolisme. Si le renard du revers de nos pièces était le symbole divin et national des rois de Lydie, pourquoi ces princes auraient-ils dissimulé, en quelque sorte, l'emblème de leur dieu Bassareus dans un petit poinçon du revers de quelquesunes de leurs monnaies, au lieu d'en faire le type du droit, l'image prépondérante sur ces mêmes pièces? Nous connaissons en toute certitude les monnaies de l'un de ces rois lydiens, celles du puissant et riche Crésus ; eh bien ! les carrés creux du revers des créséides n'ont pas le renard; ils ne sont empreints d'aucun symbole. Pourquoi donc Crésus aurait-il abandonné l'emblème national de ses prédécesseurs?
D'autres divinités, comme Cybèle et Atys
1. Steph Byz., s. v° pxsaapstk ; Fr. Lenormant, Les monnaies royales de la Lydie, dans V Annuaire de la soc. fr. de numism., t. IV, 1873, p. 181; G. Radet, La Lydie, p. 161 ; B. Head, Hist. numor., p. 545.
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avaient, chez les Lydiens, un rôle plus considérable que Bassareus. Ne sont-ce pas, dès lors, leurs symboles qu'on s'attendrait plutôt à renconter sur les monnaies lydiennes? Allons plus loin : nous connaissons l'emblème particulier et traditionnel des rois de Lydie. C'est la bipenne, en lydien labrys, la hache lydienne *, qui, après la chute de Crésus, demeura en Carie, le symbole national et qui figure, à ce titre, sur les monnaies des dynastes cariens Mausole, Idrieus, Pixodare : voilà l'emblème qu'on s'attendrait à trouver sur les monnaies d'électrum dont nous parlons, si elles étaient lydiennes.
Puisqu'il est avéré que ces monnaies sortent toutes du même atelier, leur attribution sera fixée si nous parvenons à déterminer la patrie d'une ou plusieurs d'entre elles. Or, je crois qu'on peut démontrer que les monnaies au type du lion ou de la tête du lion sont de Milet, la capitale de l'ionie méridionale.
En effet, le type du lion couché, avançai une patte et détournant la tête (pl. I. fig. 14 a 19) a la plus frappante analogie avec le type de pièces d'argent dont nous traiterons plus loin, et dont l'origine milésienne est incontestable. Ces pièces d'argent furent frappées à Milet entre la chute de Crésus en 546 et la ruine de Milet en 494. Leur type est, au droit, la protomé de lion couché et détournant la tête pour regarder en arrière; au revers, une grande rosace dans un carré creux. Cette protomé de lion regardant en arrière est le type spécial de Milet sous la domination perse jusqu'en 494; elle reparaît et se perpétue
1. G. Radet, La Lydie, pp. 119, 134 et 155; E. Babelon, Mélanges numism., t. 111, p. 105. Tome II.
dans cette ville lorsqu'elle recommence, au ive siècle, à battre monnaie. La rosace stylisée du revers est bien aussi un symbole caractéristique de la numismatique milésienne. Nous la trouvons sous une forme identique sur la petite pièce d'électrum fig. 16 de notre pl. II l.
L'excroissance radiée, sorte de globule, rayonnant ou touffe de poils stylisée qui orne le front du lion sur un certain nombre de nos pièces d'électrum (voy. surtoutpl. II, fig. 4 à 13) se rencontre aussi, comme nous le verrons, sur le nez du lion des créséides, sur des hectés de Phocée et de Mytilène aux ve et ive siècles, sur des statères d'argent de Lindos et ailleurs encore 2. Cette parti, cularité rappelle l'appendice analogue qui, parfois, orne la tête du griffon et qui n'avait d'autre but que de rehausser l'aspect farouche de cet animal fantastique en exagérant la protubérance naturelle de l'os frontal 3. En numismatique, c'est à Milet seulement que ce globule poilu sur la tête du lion, persiste toujours, puis se développe et prend les caractères d'un emblème national. A force d'être reproduit par les graveurs des coins monétaires il grossit et finit par se détacher même du front de l'animal, si bien qu'on en arrive à se demander s'il n'est pas un globule rayonnant placé devant le front du lion. Enfin, il devient un astre que le lion fixe en rugissant. La légende s'empare de cette représentation ; elle est interprétée à son tour sur les monnaies et c'est ainsi qu'après Tan 400 environ, et jusqu'à l'époque romaine, le type constant des monnaies de
1 Cf. E. Babelon, Mélanges num., t. III, p. 117.