CHAPITRE XII LA LYCIE ET LA PAMPHYLIE
§ I. — Dynastes de Lycie.
La Lycie est formée de ce large promontoire hérissé de montagnes qui s'avance dans la mer entre les deux grands golfes de Carie et de Pamphylie. Grâce à cette situation montagneuse et au caractère des habitants, les traditions primitives se maintinrent dans ce pays plus longtemps qu'ailleurs; de là vient, en grande partie, l'originalité de Fart lycien et des types monétaires de cette contrée. Le premier voyage archéologique accompli en Lycie est celui de Charles Fellows en 1840, et longtemps le recueil de monnaies que cet explorateur publia en 1855, resta le guide de la numismatique lycienne *. Après Fellows, tandis que les monuments sculpturaux, l'épigraphie et la langue de la Lycie étaient l'objet de très nombreux travaux 2,
1. Ch. Fellows, Coins of ancient Lycia before the reign of Alexander. Londres, 1855, in-8°.
2. Nous citerons : Spratt et Forbes, Travels in Lycia, 1847 ; Bachofen, Das Lykische Volk, Fribourg en Brisgau, 1862 ; Moriz Schinidt, Lycian Inscriptions, Iéna, 1868 et 1869; Savelsberg, Beitrâgg
la numismatique ne faisait qu'enregistrer quelques pièces nouvelles, jusqu'au jour où J. P. Six entreprit dans la Revue numismatique de 1887, d'appliquer au déchiffrement des légendes monétaires, les principes préconisés par Moriz Schmidt, J. Imbert, Deecke et quelques autres, pour le déchiffrement, encore aujourd'hui assez incertain, des textes épigraphiques.
Cette étude de Six fut le point de départ de recherches nouvelles; j'en appliquai les données essentielles au classement et an
zur Entzifferung der lyk. Sprachdenkmiiler, 1874 à 1878 ; W. Deecke, dans Bezzenberger, Beilràge, etc., 1887; 0. Treuber, Geschichte der Lykier, Stuttgart 1887; le même, Beitrdge zur Geschichte der Lykier, Tubingue, 1886 et 1888 ; 0. Benndorf et Niemann, Reisen in Lykien, 1884 ; E. Petersen et von Luschan, Reisen in Lykien, 1889 ; J. Tmbert, articles divers dans le Babylonian and Oriental Record; dans les Mémoires de la société de linguistique de Paris et dans la Revue des Études grecques, t. VII; W. Arkwright, articles divers dans le Babylonian and Oriental Record, t. IV et V; Cari Pauli, Corpus inscripl. lyciar., publié par TAcad. de Vienne.
DYNASTES DE LYCIE
catalogue des monnaies lyciennes du Cabinet des médailles \ et en 1897, M. Hill a publié, d'après les mêmes principes, les séries du Musée britannique 2.
Hérodote dit que les Lyciens étaient originaires de la Crète. Minos et Sarpédon, fils d'Europe, s'étant disputé la royauté dans cette île, Minos l'emporta et chassa son frère Sarpédon qui se réfugia en Asiemineure, dans la contrée qui devait s'appeler la Lycie 3. Les types monétaires ont interprété cette tradition; il est des monnaies lyciennes, frappées au ve siècle, qui représentent la tête du Minotaure au centre du labyrinthe crétois 4.
En Lycie, les immigrants crétois rencontrèrent une race sémitique, les Solymes ; il y avait aussi des Cariens et un fonds de population autochtone : c'est de ce mélange que se formèrent les traditions que reflètent les types si variés et si étranges des monnaies lyciennes.
Une fable, rapportée par Hérodote 5, prétend que la Lycie devait son nom à l'Athénien Lycos, fils de Pandion, qui expulsé, lui aussi, par son frère Ëgée, se serait réfugié en Lycie. D'autres légendes disaient que le nom des Lyciens venait de XiSxoç, loup ; mais rien, dans la numismatique, n'appuie ces conjectures imaginées probablement à une époque tardive.
D'après les monnaies, l'animal qui jouait chez les Lyciens le rôle de symbole ou
1. E. Babelon, Les Perses Achéménides (1893), Introd., p. lxxxix.
2. Voyez aussi l'étude préalable de M. Hill, dans le Nw7i. Cliron. de 1895, p. 1 et suiv.