‹ Traite des monnaies grecques et romaines; (volume 2)Chapitre 514 sur 1006 · Hérodote, I · texte numérisé non relu

Hérodote, I

De ce récit d'Hérodote il ressort que Pisistrate se disait le protégé d'Alhéna ; il prétendait avoir été ramené par elle et lui être redevable de son pouvoir. Plus tard encore, lorsqu'après son second exil, en 534, Pisistrate eut levé des troupes de mercenaires et se fut résolu à rentrer de nouveau dans Athènes, cette fois à main armée, ce fut au vieux sanctuaire de Pallène qu'il rassembla ses soldats : ce fut encore sous l'égide d'Athéna qu'il combattit et remporta la victoire l.

Il n'est pas superflu d'ajouter qu'on est certain de ne pas errer en considérant l'introduction des types d'Athéna et de la chouette et la frappe si abondante de ces pièces nouvelles, comme l'indice d'une grande richesse, de l'exécution de travaux considérables, de grosses dépenses, de l'expension quasi-soudaine du commerce maritime athénien. Or, aucune période de l'histoire d'Athènes, au vie siècle, ne correspond mieux à ce tableau que l'époque du gouvernement de Pisistrate. Outre les mines du Laurion, le tyran avait à sa disposition, sur les bords du Strymon, en Macédoine, des gisements importants d'où il extrayait l'argent nécessaire à la solde de ses mercenaires et au paiement des grands travaux qu'il avait entrepris à Athènes 2. Ce fut lui qui créa la flotte athénienne qu'on vit sillonner la mer Égée, assez forte et audacieuse pour lutter contre Mytilène, l'une des plus puissantes villes maritimes de la côte asiatique.

On sait le développement extraordinaire

1. Hérodote, 1, 62; cf. E. Curtius, Hist. grecq., t. I,p. 447.

2. Ilérod., I, 64 ; V,23; Aristote, AOr.vaîwv itoV.xôia, chap. xxn, éd. Blass, p. 33, 13; cf. W. Lcrmann, Alhenalypen, p. 2-3.

PISISTRATE

qui fut donné, sous l'impulsion de Pisistrate, aux arts, à la littérature, au commerce d'Athènes. Bien que deux fois exilé, Pisistrate joua un rôle prépondérant dans le développement économique de la puissance athénienne ; il compléta les réformes de Solon, les mit en pratique, en tira tout le parti qu'elles comportaient. C'est ce grand homme qui, après Solon, prépara la ville d'Athènes à devenir la première des villes du monde hellénique *.

Dans la première moitié du vie siècle, peut-être dès le temps de Solon, on avait construit sur l'Acropole, à côté du vieux sanctuaire de l'Érechthéion, un nouveau temple à Athéna, l'Hécatompédon, dont le nom même indique les dimensions 2. Pisistrate le fit agrandir et embellir, substituant le marbre à la pierre calcaire ; il donna un éclat particulier aux fêtes des Panathénées, ne négligeant ainsi aucune occasion de témoigner avec ostentation de sa dévotion et de sa reconnaissance envers la déesse Poliade.

Rien donc de plus logique et de plus naturel d'admettre que Pisistrate fit frapper les premières monnaies à la tête d'Athéna lors de son retour sous l'égide de la déesse en 550. Au point de vue de l'histoire de l'art, Athènes se trouvait encore, à cette époque, dans la période du « premier archaïsme attique », puisque ce furent Pisistrate et ses fils qui, dans la suite, donnèrent à l'art attique la vigoureuse impulsion qui le mit en contact avec les écoles ioniennes. C'est

1. M. Collignon, Hist. de la sculpture grecque, 1. 1, p. 205 et 333; G. Perrot, op. cit., t. VIII, p. 29 et p. 53 et suiv.; aussi, p. 546.

2. Henri Lechat, dans le Journal des Savants, sept. 1904, p. 508 ; La sculpture a/tique avant Phidias, p. 132-133 ; G. Perrot, op. cit., t. VIII, p. 540 et 609.

donc avec les œuvres sculpturales de la première moitié du vie siècle que nous devons chercher à comparer nos types monétaires qui, eux aussi, représentent en numismatique le premier archaïsme attique.

Cette période primitive se caractérise dans la sculpture par l'absence presque totale du marbre. Les statues, les bas-reliefs, les frontons des temples antérieurs à 550, dont on a retrouvé d'importants débris, sont encore en tuf ou en pierre calcaire poreuse ; leur technique indique que les artistes auxquels on les doit se sont inspirés de la sculpture sur bois et en ont subi l'influence traditionnelle 1. Il faut comparer nos types monétaires à ces œuvres en calcaire tendre qui présentent les mêmes caractères d'essais enfantins et d'inexpérience technique avec plus de rudesse encore, le dur métal qu'il fallait graver offrant plus de difficultés que le tuf ou le calcaire poreux. Je ne veux point m'étendre sur de tels rapprochements qui comporteraient des images et je me contenterai de les indiquer sommairement, en faisant remarquer que les têtes monétaires d'Athéna ne sont pas plus rudimentaires, par exemple, que les sculptures en pierre tendre reproduites par MM. Henri Lechat et G. Perrot : la statuette d'hydriophore 2, le buste de Zeus 3, une tête d'homme barbu *, un buste d'Héraclès coiffé de la peau de lion 5 .

Ces statues sont de la première moitié

1. M. Collignon, Hist. de la sculpture grecque, t. I, p. 206 ; Henri Lechat, Au musée de l'Acropole d'Athènes, p. 113; G. Perrot, Hist. de l'art dans l'antiquité, t. VIII, p. 532 et suiv.

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