‹ Traite des monnaies grecques et romaines; (volume 2)Chapitre 513 sur 1006 · Six, Num. Chron., 1895, p. 175-176, note · texte numérisé non relu

Six, Num. Chron., 1895, p. 175-176, note

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res, mais de monnaies primitives dont les détails techniques varient suivant le degré d'expérience des graveurs ; la suite de ces pièces atteste un progrès ascensionnel dans le style. Les imitations barbares, quand il s'en rencontre dans les séries monétaires, se distinguent des essais primitifs ou archaïques, par des caractères essentiels: on retrouve dans ces imitations les éléments altérés du prototype qu'on a voulu copier et dont une main inexperle s'est plus ou moins rapprochée ; en second lieu, les imitations barbares ne sauraient être classées dans un ordre attestant les progrès successifs de l'expérience des graveurs ; il n'y a pas de perfectionnement dans le travail, au fur et à mesure que se multiplient et se perpétuent les copies; bien au contraire, la barbarie ne fait que s'accentuer, devient inintelligente, tombe de dégénérescence en dégénérescence ; au lieu d'avoir l'aspect enfantin ou trop jeune, les imitations donnent l'impression de je ne sais quoi de vieillot, de décrépi et d'inintelligent. Tels sont, en deux mots, les caractères qui stigmatisent une copie, et qui frappent surtout quand on peut la mettre en présence de l'original. En est-il ainsi des monnaies dont quelques spécimens sont représentés sur notre pl. XXXIV, fig. 1 à 12? Nullement. Ce ne saurait être des imitations puisqu'on y constate des éléments dont il est impossible de retrouver les prototypes sur les pièces qu'on propose de considérer comme des modèles plus anciens. Que l'on compare les détails de la technique dans les frisures de cheveux, dans le nez, les lèvres, les yeux, et au revers, dans les formes variées que revêt la pousse d'olivier, on acquerra la certitude que nous sommes en présence de coins rudimentaires et non d'imitations

barbares. Ces premières monnaies athéniennes ne sont pas plus sauvages dans leur genre que certains morceaux de sculpture « du premier archaïsme attique ».

On a remarqué la grossièreté des traits donnés à la déesse dont la tête fait songer aux images sculptées par des maçons de village et qui sont en quelque sorte des essais enfantins d'anthropomorphisme. Ses yeux hors de leur orbite, sont aussi ronds et aussi globuleux que ceux de la chouette : c'est bien 'AOijvS yÀaoxa>iu<;, la déesse aux yeux énormes, à fleur de tête, brillants comme ceux de la chouette. Voyez aussi ces grosses lèvres entrebâillées et épaisses; ce menton de galoche qui envahit à lui seul la moitié de la figure ; ce nez pointu projeté en avant; le casque trop petit, l'oreille cartilagineuse avec un anneau ou un énorme globule comme pendant; les cheveux tuyautés au fer, en rangs serrés tout autour du front, trahissant une recherche d'élégance qui étonne. Ce type monétaire n'a rien de négligé; il est aussi convenable que pouvaient l'exécuter les ouvriers graveurs sur métal, en y mettant tout leur savoir-faire, en un temps où la sculpture sur marbre commençait seulement à faire son apparition à Athènes.

La diversité de physionomie, les variétés de détail qu'on observe dans ces types primitifs s'expliqueront aisément si l'on songe que les ouvriers chargés simultanément de la gravure des coins monétaires, copiaient le même modèle — sans doute la tête de la statue d'Athéna qui était dans l'Hécatompédon — et que chacun d'eux interprétait ce modèle suivant son habileté professionnelle et son génie individuel.

Et puis, comment admettre que, du premier coup, les graveurs athéniens eus-

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sent exécuté les belles pièces que Ton voudrait nous présenter comme étant les monnaies primitives? Comment admettre que sans des tâtonnements analogues et parallèles à ceux de la sculpture, ils eussent fait soudain s'épanouir cette technique maîtresse de l'outil, cet art archaïque expérimenté et déjà si plein de vérité et de charme dans le rendu de la figure humaine? En outre, observerons-nous, on propose d'admettre que, vers la fin du vie siècle, le style des monnaies athéniennes redevient, après une période de barbarie, brusquement ce qu'il avait été sous Hippias; mais ces pièces nouvelles etde bon style postérieures à 511, il suffit de les placer à côté de celles d'Hippias pour se rendre compte qu'elles en sont la suite normale, sans interruption ni lacune; il n'est pas possible de séparer les deux groupes pour placer entre eux une période de barbarie que rien, d'ailleurs, dans l'histoire ne saurait justifier, et qui viendraitmême heurter ce que noussavons, par les trouvailles de l'Acropole, de la marche sans cesse ascensionnelle de la sculpture du marbre.

Sans doute, le style de ces premières séries est enfantin, rudimentaire et assez sensiblement inférieur à ce que produisait, à la même époque, la grande sculpture du tuf, de la pierre calcaire et même du marbre. Mais faut-il s'en étonner? Pour expliquer ce fait, il suffit d'appliquer à la monnaie athénienne primitive, la théorie générale que nous avons développée ailleurs *, à savoir, que la monnaie est, dans son principe et ses origines, un instrument essentiellement commercial, un lingot estampillé

1 . Voyez au Tome II de la P? emiève partie du présent Traité (sous presse).

pour que les marchands n'eussent pas, à chaque transaction^ en vérifier le poids et l'aloi. Dès lors, dans ces estampilles primitives, la préoccupation artistique est toute secondaire ; on s'adresse pour fabriquer les coins aux industriels, aux artisans plutôt qu'aux artistes. La gravure des coins monétaires ne prend que plus tard un contact immédiat avec l'art, pour en suivre graduellement les progrès. Les preuves de cette théorie abondent dans l'histoire monétaire primitive. Est-ce que, par exemple, les monnaies à la tortue, du vne jusqu'au début du ve siècle, ont quelque rapport, au point de vue du développement artistique, avec les frontons du temple de la déesse Aphaia qui sont contemporains? Par les mêmes considérations s'explique le caractère rudimentaire des monnaies d'Athènes : elles nous font constater de visu que les graveurs des coins n'étaient encore que de vulgaires ouvriers comme le furent le plus souvent aussi, les graveurs des tessères, despoids et desplombs de douane.

En dépit de cette barbarie d'exécution, l'apparition du type de la tête casquée d'Athéna est un événement considérable dans l'histoire monétaire de la Grèce, car ce type est l'une des œuvres les plus anciennes et les mieux caractérisées de l'art athénien à sesdébuts. Puisqu'on ne peut le rapporter à l'époque de Solon et qu'il convient bien au temps de Pisistrate, nous devons rappeler les circonstances historiques qui attestent le culte que professait le tyran pour Athéna.

La première tyrannie de Pisistrate est placée par les historiens de 560 à 555, et son premier exil, de 554 à 550. Sa deuxième tyrannie va de 550 à 544 ; son second exil, de 544 à 534; sa troisième tyrannie de 533

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à 527 1 . Chacun sait comment le tyran reprit le pouvoir après son premier exil. C'était vers 550; les Athéniens s'apprêtaient à célébrer une fête d'Athéna, dans laquelle une procession solennelle devait s'avancer lentement depuis la campagne jusqu'à la ville. Suivant la coutume traditionnelle, Athéna elle-même, en chair et en os, représentée par une jeune fille de haute taille et aux traits énergiques, devait figurer sur son char au milieu du cortège C'est cette fête d'Athéna que choisit Pisistrate pour rentrer dans Athènes.

« Dans le bourg de Péonie, raconte Hérodote, vivait une femme nommé Phya, dont la taille était de quatre coudées moins trois doigts, et dont la beauté était remarquable. Pisistrate et ses afïidés armèrent cette femme de toutes pièces, ils la firent monter sur un char, après lui avoir préalablement appris son rôle de déesse et le maintien qu'elle devait conserver, puis ils la conduisirent à travers la ville, précédée de hérauts qui, en entrant à Athènes, firent selon ce qui leur était prescrit, la proclamation suivante : « Athéniens ! accueillez avec bienveillance Pisistrate, qu'Athéna elle-même qui l'honore plus que nul autre des humains, ramène et conduit dans sa propre citadelle. » Les hérauts tinrent ce discours par tous les quartiers, et le bruit se répandit dans le peuple qu'Athéna elle-même ramenait Pisistrate. Toute La ville crut que cette femme n'était autre que la déesse; les habitants adorèrent ainsi cet être mortel et ils accueillirent Pisistrate qui reprit la tyrannie 3 ».

1. Sur la chronologie de Pisistrate, voyez : H. Léchât, La sculpture attique avant Phidias, p. 189; G. Busolt, Griecli. Geschichte, t. II, p. 308 et suiv.

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