J. Friedlœnder, Zeit. fur Num., t. IV, p
3. B. Head, Attica, p. 6, n° 40, et pl. III, 1. On connaît, du décadrachme d'Athènes, environ une
synchronismes de l'art, entre les types athéniens que nous venons de décrire et
demi-douzaine d'exemplaires authentiques. Delbecke, Revue belge de numism., t. XLVIII, 1892, p. 428; Auctions-catalog (coll. Rhousopoulos), J. Hirsch, expert (Munich, 1905), n° 1965 etpl.XXIV; Fr. Lenormant, Catal. Behr, p. 37, n° 201.
MARATHON
les monnaies qui furent frappées vers la même époque dans d'autres pays grecs l. Nous ne citerons qu'un exemple. On sait, qu'en 480, après la victoire d'Himère remportée par Gélon Ier, roi de Syracuse, sur les Carthaginois, on frappa exceptionnellement à Syracuse une grande pièce, un décadrachme, appelé Démaréiion du nom de la femme de Gélon 2. Ce magnifique médaillon qui célèbre une victoire éclatante remportée en Sicile le môme jour, dit-on, que la bataille de Salamine, a au droit, la tête d'Arôthuse ceinte d'une couronne de laurier; au revers un quadrige, au dessus duquel vole Niké ; à l'exergue, le lion africain, symbole de Carthage vaincue 3.
Si Ton compare, au point de vue du style, le décadrachme d'Athènes, de dix ans antérieur au décadrachme syracusain, on reconnaîtra que ce dernier est artistiquement plus avancé. En outre, l'art grec à Syracuse était plus fin, plus délicat, plus raffiné qu'à Athènes. Il y a plus de rudesse, nous dirons presque quelque chose de farouche encore dans la pièce athénienne ; quelque chose de plus gracieux, de plus souple, de plus spirituel dans la pièce syracusaine. Et pourtant, on remarque dans l'une et dans l'autre, toujours l'œil de face et allongé, le sourire naïf au coin de la bouche, bien qu'il soit moins accusé dans la pièce syracusaine.
La monnaie athénienne est manifeste-
1. W. Lermann a entrepris de passer en revue non seulement toutes ces monnaies contemporaims. mais les autres monuments, tels que les vases peints de la même période, sur lesquels se trouvent des figures présentant des analogies caractéristiques. Lermann, Die Atfœnatypen, p. 35 et suiv.
2. Diod. Sic, XI, 26, 3; E. Babelon, Traité des monn. gr. et rom., Première partie, t. 1, p. 412,
3i Bi Head, Histi numort, p. 121, lijj. 94i
ment de quelques années antérieure à la syracusaine : c'est donc bien la grande victoire de Marathon qui provoqua la frappe de ce décadrachme qui marque, on pourrait dire avec une solennité imposante, le point d'arrêt de l'évolution des types monétaires d'Athènes. Les défaites de Xerxès, après l'incendie d'Athènes en 480, n'eurent pas le même contre-coup sur les types monétaires. Ceux-ci ne paraissent pas avoir participé à l'élan qui emporta la sculpture jusqu'à Phidias. Tous les historiens racontent qu'après Salamine, Platées et Mycale, les Athéniens, enivrés de leurs succès, témoignèrent d'une étonnant»' ardeur dans les diverses branches de l'art. L'olivier sacré d'Athéna, planté dans l'enceinte de l'Erechthéion, avait été brûlé avec le temple. On raconta plus tard, que les Perses partis, l'arbre repoussa en une seule nuit, une tige d'une coudée, prodige qui fut considéré comme le présage de la splendeur future de la ville sortie de ses cendres l.
La monnaie d'Athènes, seule, pour des raisons d'ordre économique et commercial, ne paraît pas suivre ces progrès et participer à ce mouvement ascensionnel de l'art. Elle gardera toujours et sans changements les types créés au lendemain de Marathon.
Toutefois, cette immobilité des types n'est pas telle qu'on ne puisse y reconnaître encore des traces de l'inlluence de l'art contemporain des émissions successives.
Il est possible de classer chronologiquement les monnaies d'Athènes de l'ancien style, avec une certitude rigoureuse, rien que par l'étude du style et de la technique. L'œil de la déesse est de face sur les plus
L Hérodote, Vllî, Mi
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anciennes pièces, énorme, démesurément allongé. Il est toujours de face, mais de proportions plus normales sur les monnaies du grand siècle, de l'époque de Périclès. Il est tout à fait de profil à l'époque de Philippe et d'Alexandre, ce qui ne contribue nullement à donner à la figure de la déesse plus de noblesse et de majesté ; bien au contraire. L'œil se porte en avant et impressionne moins le spectateur que s'il semblait le fixer. Cette convention artistique, les sculpteurs du grand siècle, pas plus que les graveurs monétaires, — Beulé l'a remarqué, — n'eurent garde de l'abandonner jamais entièrement dans leurs œuvres.
Le sourire béat de la déesse s'atténue au fur et à mesure que l'on descend dans le vc siècle ; il devient alors, en conservant sa tradition archaïque, un sourire bienveillant un peu trop accusé; la physionomie générale exprime la grâce et la noblesse et le lourd menton traduit la force et la puissance, jusqu'au jour où arrive la décadence dans le convenu et le poncif.
L'examen des cheveux conduit à des observations de même nature. Après les petites nattes frisées de l'époque primitive, sont venus les larges et soyeux bandeaux sur le front et les tempes. Ces bandeaux deviennent plus lourds, plus négligés ; enfin, le graveur les burine par tradition de métier, comme un détail sommaire indigne de son attention *. C'est la décadence. On sent qu'Athènes vient d'être politiquement humiliée, abaissée par Philippe et que, suivant l'expression de
1. Beulé a magistralement caractérisé l'art des monnaies de l'époque de Périclès et de Phidias dans une page qu'il a consacrée à cet objet (Monnaies cV Athènes, p. 39).
Beulé, elle va être réduite au silence par Alexandre.
Les transformations du type de la chouette, banal en apparence, sont non moins instructives. Nous avons constaté l'influence de l'art ionien sur les types monétaires à l'époque des Pisistratides.
Or, on a souvent démontré que l'art ionien porta à sa perfection le rendu des formes animales. Sur les monnaies de Samos, de Milet, d'Éphèse, de Cyzique, pour ne pas sortir des limites de la numismatique, on voit des taureaux, des lions, des cerfs, des béliers d'une perfection anatomique qui n'a plus de progrès à accomplir. Des pierres gravées qui représentent aussi des animaux dans toutes les attitudes, nous révèlent des artistes habitués, de longue date et par tradition d'atelier, à interpréter de telles figures. Voilà pourquoi la chouette athénienne s'offre à nos regards, dès le début, sous l'aspect de perfection schématique qu'elle gardera toujours. Dès le temps des Pisistratides elle est fixée dans sa forme à la fois conventionnelle et d'une absolue correction anatomique *. Toutefois, au point de vue technique de la fabrication, les chouettes des tétradrachmes du commencement du ve siècle, c'est-à-dire celles qui suivent la bataille de Marathon et accompagnent les premières Vierges couronnées, sont les plus belles; elles sont admirables dans leur pose comme dans les plus menus détails de leurs plumes ; l'aspect intentionnellement terrifiant et fascinateur du regard est saisissant.
Enfin, le revers des monnaies athéniennes d'ancien style, quand elles sont disposées chronologiquement, fournit en-