MÉGARE
core un autre enseignement. Sur les pièces du vie siècle et de la première moitié du ve, le carré creux est très vigoureusement enfoncé; le métal, refoulé sous les coups de marteau, forme sur tout le pourtour, un énorme remous qui se présente en bourrelet fendillé, éclaté. Puis, sur les pièces qui se succèdent à travers les âges, ce bourrelet diminue ; il est moins accentué ; le carré creux dans lequel le type est encadré est moins enfoncé; plus tard, ce n'est plus qu'une sorte d'arête irrégulière qui entoure le type. Enfin toute trace de carré creux disparaît et la forme des lettres devient régulièrement AOE-
Par ce que nous venons de dire, on voit que les monnaies athéniennes, ne furent point aussi immobilisées à travers les siècles, qu'un examen superficiel le fait dire généralement. Il est convenu de répéter qu'Athènes, le cerveau du génie hellénique, n'a pas daigné faire appel à ses artistes pour leur demander de lui graver des coins monétaires qui pussent rivaliser avec ceux de Syracuse ou deTarente, d'Élis ou de Clazomène, et qu'elle a laissé sa
monnaie demeurer ce qu'elle fut dans son principe, un banal instrument de commerce dont la fabrication était abandonnée à des artisans vulgaires. Nous avons montré que ce jugement sommaire a au moins le tort d'être trop général et d'englober toutes les époques de l'histoire monétaire d'Athènes. S'il n'est que juste de dire qu'une fois que le commerce général du monde hellénique se fut habitué à recevoir la monnaie athénienne, Athènes dut s'appliquer à ne pas changer les types de sa monnaie devenue internationale, pour ne pas troubler à ses dépens les habitudes des trafiquants, du moins, il n'en fut pas toujours ainsi; avant que la monnaie athénienne, à la suite des premières guerres Médiques, eut pris ce caractère de monnaie internationale, alors que l'usage de celte monnaie n'était guère répandu au delà de l'Attique, nous avons montré que si les types monétaires d'Athènes demeurent toujours la tête d'Athéna et la chouette, ils subissent néanmoins des transformations parallèles aux progrès de la sculpture et de l'art attiques dans toutes ses branches.
§ VI. — Mégare.
A l'origine, Mégare était un établissement phénicien qui fut, plus tard, hellénisé; c'est ce qu'indique son nom, xa MÉyapa, qu'on retrouve dans la plupart des pays où s'installèrent les Phéniciens, comme à Carthage, par exemple, dont Megara était un faubourg. A l'époque pour laquelle nous commençons à avoir des renseignements historiques de quelque précision, Mégare était la capitale florissante d'un petit État dorien, la Mégaride, f) M^aplq, qui occupait l'isthme
situé entre le golfe de Corinthe à l'ouest et le golfe de Salamine à l'Est. Elle avait deux acropoles, l'une appelée Ka:!a, et l'autre, 'AXxa6<fo), et enfin, un port, Nfoata, situé en face de la petite île de Minoa et distant de la ville comme le Pirée l'était d'Athènes.
Aux vme-viie siècles, Mégare était devenue l'une des cités les plus florissantes de la Grèce. Sa situation admirable en faisait un entrepôt du commerce de terre et de mer,