Six, Num. Chron., 1888, p. 101; Head, Hist. num., p
SICYONE
Ces pièces (nos 1180 et 1181) sont bien de poids attique comme toutes les autres qui figurent sur notre pl. XXXIII, mais leur carré creux est tout différent. Elles ont le carré creux primitif d'Égine et non plus le carré creux partagé en quatre triangles égaux par deux diagonales. Cette association d'un revers de forme éginéenne avec un poids attique n'a rien que de naturel dans une ville comme Phlionte, située dans une contrée où la monnaie éginétique et la monnaie euboïco-attique se disputaient la prépondérance et se rencontraient sur les mêmes marchés.
Ainsi, en résumé, la lettre 0 indique Phlionte; la triskèle peut s'expliquer comme emblème de cette ville ; le revers éginéen est naturel dans la Phliontide; le poids euboïque convient à une ville qui commerçait avec Corinthe, Mégare, Athènes, l'Eubée; enfin, il est bon de rappeler que les premiers statèresde Corinthe, ville voisine, ont aussi un revers de forme éginéenne identique à celui des pièces que nous attribuons à Phlionte. L'adoption de cette forme de carré creux dans différentes villes de la même région est comme le gage et l'attestation des liens commerciaux qui unissaient ces villes les unes aux autres et qui, dans toutes les contrées grecques,
présidèrent à la création de la monnaie.
Le statère n° 1182 est généralement classé à Égine parce qu'il a le poids éginétique et le type de la tortue. Mais son revers, la triskèle, ne saurait convenir à cet atelier. Nous devons reconnaître dans cette pièce une monnaie d'alliance entre Égine et Phlionte, la triskèle étant le type de cette dernière ville. Ce que la tradition nous a transmis relativement à l'origine des Éginôtes est en faveur de cette attribution : Égine reçut son nom d'vEgina, fille du dieu Asopos, qui colonisa l'île *. La nymphe iEgina fut la mère d'Eaque, le héros tutélaire d'Égine. Il ressort de cette fable que l'île d'Égine fut colonisée par des hommes venus des bords de l'Asopos, c'est-à-dire de Phlionte. Il existait donc, à l'origine, des rapports étroits de parenté et sans nul doute, aussi de commerce entre Phlionte et Égine. Le statère n° 1182, monnaie d'alliance entre ces deux villes, rappelle les pièces du même genre et contemporaines qui associent les types d'Athènes et de Lampsaque, de Chalcis et de Tanagre en Béotie.
Phlionte n'a pas de monnaies dans la période des guerres médiques. Elle rouvrit son atelier seulement vers 431 au début de la guerre du Péloponnèse.
§ III. — Sicyone.
Sicyone (Sixuwv ou Ssxowv; ethnique Sixowvtoç ou Sexoomoç) était sur l'Asopos, à 20 stades de la mer, suivant Strabon, entre Corinthe à l'est, Pellène à l'ouest, Phlionte
au sud 2. Elle possédait un port fortifié sur le golfe de Corinthe. Son nom lui venait, disait-on, d'un Athénien appelé Stxowv qui la colonisa et en fut le premier roi 3. Cette
1. Pausanias, II, 29, 2; Apollodore, III, Bibl., 2. Strabon, VIII, 6, 25. 12, 6 ; Ovide, Métam., VII, 472. 3. Pausanias, II, 6, 5.
SICYONE
légende prend sa source dans ce fait que les anciens habitants de Sicyone étaient Ioniens l. L'histoire réelle de Sicyone qui ne commence qu'après les invasions doriennes dans le Péloponnèse, nous montre les races ionienne et dorienne aux prises dans la ville et s'y disputant le pouvoir.
Le parti ionien l'emporta dans la per-. sonne du cuisinier Andréas, qui prit, comme tyran, le nom d'Orthagoras ; la dynastie des Orthagorides qui régna sur Sicyone durant plus d'un siècle 2, compte les personnages suivants :
Andréas ou Orthagoras, f vers 650.
Myron.
Isodêmos ou Aristonymos.
Clisthène, f vers 570 ».
Les Orthagorides sont célèbres dans l'histoire par leurs richesses et leur faste. Grands amateurs d'art et éleveurs de chevaux et de mules, ils attirèrent à leur cour les sculpteurs crétois et tinrent à honneur de prendre part aux jeux nationaux d'Olympie et de Delphes; le second d'entre eux, Myron, entretenait des relations suivies avec Sybaris; vainqueur à la course en chars aux jeux Olympiques de 648 (01. XXXIII, 1), il fit bâtir à Olympie, par reconnaissance envers Zeus, le Trésor des Sicyoniens, édi-
1. Sur les origines de Sicyone, voir surtout E. Curtius, Peloponnesos, t. II, p. 484 ; le même, llist. grecq., t. I, p. 305 et suiv. Peut-être le nom de Sicyone vient-il simplement de ce que la ville était bâtie dans une plaine humide, très fertile, où poussait en abondance la aix-Ja ou ffi*uo>v£a, courge, potiron, coloquinte ; mais aucune de ces cucurbitacées ne paraît sur les monnaies de Sicyone.