‹ Traite des monnaies grecques et romaines; (volume 2)Chapitre 625 sur 1006 · CHAPITRE V LA BÉOTIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V LA BÉOTIE

§ I. — Caractères généraux.

La Béotie, au nord de l'Atlique, séparée de l'Eubée par l'étroit canal de l'Euripe, est Tune des régions de la Grèce centrale qui, dans les fouilles archéologiques des trente dernières années, ont fourni le plus de monuments à l'histoire de L'art archaïque : sculptures en tuf ou en marbre, statuettes de bronze, terres cuites, céramiques, retrouvées principalement dans les fouilles de M. Holleaux aux ruines du temple d'Apollon Ptoos, ainsi que dans les nécropoles de Tanagre, de Thisbé, de Thespies, de Thèbes Ces monuments sont contemporains des monnaies que nous devons décrire ici, mais les monnaies n'offrent avec eux aucun point de contact. On ne trouve pas non plus, dans le type constant du bouclier béotien, banal et uniforme comme celui de la tortue à Égine, la moindre trace de rintluence des traditions si populaires,

1. Sur l'ensemble des sculptures archaïques de la Béotie, consulter surtout : Kôrte, Die antiken Sculpluren aus Boeotien, dans les Athenische Milthei-

si variées et si anciennes qui forment la trame de la mythologie béotienne.

Après les tribus barbares et aborigènes des Aones, rameau de Pélasges thessaliens que Strabon et Pausanias signalent comme les premiers habitants de ce pays en grande partie marécageux et fertile, les historiens mentionnent l'arrivée des Minyens, dont la capitale fut Orchomène, puis des Cadméens qui bâtirent Thèbes. Les Argonautes qui, sous les ordres de Jason, s'embarquèrent, suivant certaines traditions, sur la côte de Béotie pour aller en Colchide à la conquête de la Toison d'or, étaient des Minyens. Nous verrons par le caractère particulier des monnaies d'Orchomène que celte ville demeura toujours essentiellement une ville minyenne. Quant aux Cadméens qui, sous la conduite de Cadmus, vinrent, si l'on en croit la tradition la plus répandue.

lunt/en, t. III, 1878, p. 301; t. IV, 1879, p. 268 ; M. Collignon, llist. de lasculpt. qrecq., 1. 1, p. 192 ; G. Perrot, llist. de Varl, t. VIII, p. 506 et suiv.

LA BÉOTIE

de Phénicie par mer 4, c'est sous leur domination en Béotie, avant la guerre de Troie, que se placent les légendes d'OEdipe et de Jocaste, d'Ëtéocle et de Polynice, et la fameuse expédition des Sept chefs contre Thèbes, suivie de la guerre des Épigones. Aucun de ces grands événements mythiques, si souvent interprétés par l'art dans les bas reliefs, les peintures de vases et les gemmes gravées grecques et étrusques, n'a laissé de traces dans les types monétaires béotiens. C'est à Aulis en Béotie, sur le détroit de l'Euripe, que se rassemblèrent les vaisseaux grecs pour leur expédition contre Troie, et c'est là que fut sacrifiée Iphigénie pour obtenir des dieux un vent favorable.

Quelque temps après la prise de Troie, une invasion nouvelle, venue du nord, bouleversa le pays. Le peuple même appelé les Béotiens, d'origine iEolienne 2, fixé jusque là en Thessalie, le long du golfe Pag;aséen, chassé par d'autres tribus, envahit les districts du sud occupés par les Minyens et les Cadméens ; ils s'y installèrent comme race conquérante et donnèrent au pays le nom de Béotie 3.

Est-ce aux luttes qui s'engagèrent dans ces circonstances que se rattachent les fables qui font d'Héraclès et de Dionysos deux héros thébains? Toujours est-il que

Page 1