G. Busolt, Griech. Geschichte, t. 1, p
2. Le dialeete béotien n'était qu'un rameau du groupe éolien ; parmi les particularités qu'y signalent les linguistes, nous relèverons remploi de i pour s devant les voyelles, par exemple 6idç pour Ôsôç. Or, nous avons décrit ci-dessus (p. 119 à 122) un statère de Téos cVIonie, avec la légende ZIOE pour TIOS (= TEOS), dans laquelle il faut sans doute aussi reconnaître une particularité du dialecte éolien. Ahrens, De graecse linguse dialectis, t. I, p. 164 ; Meister, Die griechisc/ien Dialekte, t. 1, p. 303; Fùhrer, De dialecto bœotico, Gôttingue, 1876.
3. E. Curtius, Hist. grecq., trad. Bouché-Leclercq, t. I, p. 124.
Dionysos et Héraclès, d'après la légende, naquirent à Thèbes. Le premier apprit aux Béotiens la culture de la vigne et le second aida sa patrie à triompher d'Orchomène, sa rivale séculaire. Les monnaies de Thèbes, mais seulement à partir du milieu du ve siècle, nous montrent les cultes d'Héraclès et de Dionysos particulièrement en honneur dans cette ville.
Si haut qu'on remonte dans l'histoire authentique, on trouve les Béotiens constitués en une confédération, politique et religieuse dont la capitale était Thèbes et à laquelle se rattachaient les quatorze principales villes du pays. Ce \ fœdus Bœoticum, qui avait à sa tête un béotarque assisté des délégués de toutes les villes confédérées, était déjà constitué à l'époque où débute la frappe des monnaies, c'est-à-dire au commencement du vie siècle, car ces monnaies ont un caractère fédéral nettement accusé, avec un type unique, le bouclier béotien, qu'on trouve sur les produits monétaires de toutes les villes, sauf à Orchomène la Minyenne. Ce bouclier (affirtç), a une forme spéciale ; il est ovale et bombé, entouré d'un marli , avec une échancrure semicirculaire (les xeY^owfxaxa) sur chacun des côtés. Sur les vases peints et les bas-reliefs grecs et étrusques, les exemples abondent de ce bouclier échancré qui, ainsi, n'est pas exclusivement béotien *. Mais pour les Béotiens, ce bouclier avait certainement uu caractère religieux et national, car on ne pourrait expliquer autrement qu'il fût le blason de la confédération toute entière; Il ne semble pas qu'on ait réussi, jusqu'ici, à en déterminer le sens précis. On a conjec-
1. Voyez des exemples àTart. Clipeus du Dictionn. des Antiquités grecques et romaines de Saglio.
LA BÉOTIE
turé qu'il était probablement le bouclier cTAthéna Itonia dont le temple, auprès de Coronée, était le lieu de réunion de la ligue béotienne 1 . Il y avait dans ce sanctuaire une statue en bronze de la déesse, qui était l'œuvre d'Agoracrite, élève de Phidias; mais Pausanias ne nous en décrit pas les attributs dans le détail. Aussi, il est peutêtre préférable de penser que le bouclier échancré de Béotie est un attribut non pas d'Athéna mais de l'Héraclès Thébain, le héros national qui, à partir du milieu du ve siècle, paraît souvent sur les monnaies de Thèbes. Héraclès est parfois représenté sur les peintures de vases armé du bouclier échancré 2 ; il est donc logique d'admettre que les Thébains et par eux, tous les Béotiens, choisirent pour blason Parme particulière de leur dieu national 3, et l'on conçoit du même coup, qu'il ne figure pas sur les monnaies d'Orchomène puisqu'Héraclès combattit particulièrement les Orchoméniens.
Cette hypothèse va être confirmée par une autre observation. Lorsqu'à partir du milieu du v° siècle environ, parait un type de revers sur les monnaies béotiennes, ce type est tantôt Héraclès ou ses attributs, tantôt Dionysos ou l'amphore dionysiaque. L'amphore fait pendant au bouclier; or, nous avons dit tout à l'heure que Dionysos est aussi essentiellement un dieu thébain et ses légendes ont, comme celles d'Héraclès, pour principal théâtre la Béotie. On conçoit donc que les Béotiens aient placé sur leurs espèces à la fois les attributs
1. Pausanias, IX, 34, 1 ; cf. B. Ilead, Hist. numor., p. 291; E. Curtius, Hist. grecque, t. 1, p. 126.
2. Ch. Lenormant et J. de Witte, Élite des monuments céramographiques , t. I, p. 8 et pl. II.
3. B. Ilead,' Num. Chron., 1881, p. 186; Catal. Central Greece, Introd.,p. xxxvi.
essentiels de leur Héraclès et ceux de leur Dionysos. Enfin, le bouclier béotien avait l'avantage de rappeler comme galbe général, la tortue éginéenne, type de la monnaie la plus répandue sur le marché même des villes de Béotie.
Le carré creux du revers des premières monnaies de la Béotie est identique1 à celui des monnaies primitives d'Ëgine. 11 suffit, pour s'en assurer, de comparer les fîg. 1 à 4 de notre pl. XL1 avec les pièces d'Ëgine reproduites sur notre pl. XXIX. De part et d'autre, c'est un carré creux partagé par des cloisons en huit triangles alternativement creux ou pleins. Plus tard, le carré creux des monnaies béotiennes s'éloigne graduellement de celui des statèresd'Égine. Taudis qu'à Égine nous voyons la forme primitive devenir, d'abord, une sorte de croix de Malte (pl. XXIX, fig. 9, 12, 15,18), puis s'acheminer par échelons à la forme spéciale à Égine et indéfinissable, qui présente cinq compartiments creux séparés par de larges bandes H pl. XXX), sur les monnaies béotiennes, nous nous arrêtons dans cette évolution à la croix de Malte ornée, en son centre, d'un disque ou d'une lettre variable. Seule, la ville d'Orchomène avec son type du grain de blé au droit, pousse plus loin l'imitation servile du carré creux éginéen : elle a des oboles dont le carré creux a la forme EQ pl-XLI, fig. 22 et 23).
Vu demeurant, l'influence de la monnaie d'Êgine en Béotie, depuis les origines jusqu'en 480, ne se manifeste pas seulement par l'imitation du carré creux; elle éclate aussi dans le système de taille des monnaies béotiennes. L'étalon est l'égi né tique qui persiste en Béotie jusqu'à la restauration de Thèbes par Cassandre en 315 av.
THÊBES
J.-C. Ainsi que Ta remarqué M. Barclay Head il paraît certain que les statères à la tortue d'Égine affluaient en Béotie aussi bien qu'à Athènes et qu'ils y formèrent la base de la circulation monétaire jusqu'à la fin du vie siècle 2. Voilà pourquoi, dans la série monétaire de Béotie la plus ancienne, le statère est très rare ; on frappe presque exclusivementdes monnaies divisionnaires, c'est-à-dire la drachme et l'obole.
Les bases d'un arrangement scientifique des monnaies de la Béotie ont été posées par M. Imhoof-Blumer en 1871 3, puis par M. Barclay Head, en 1881 4. La chronologie est d'autant plus délicate à établir que la persistance et l'universalité de l'emploi du bouclier échancré comme type monétaire rend peu appréciables les
changements provoqués par les progrès de l'art et les développements de la technique. Il en est à ce point de vue, du bouclier béotien comme de la tortue d'Égine. L'amphore dionysiaque, lorsqu'elle fait son apparition, au milieu du ve siècle, ne présente pas non plus des modifications qui servent en toute sécurité de points de repère chronologiques. Il faut, en général, se contenter des indications que peuvent fournir la paléographie, le style, les transformations du carré creux. C'est d'après ces observations que l'on arrive à constater que les seules villes béotiennes qui aient eu un atelier monétaire avant 480 sont les suivantes : Thèbes, Acreephia, Coronée, Haliarte, Mycalessos, Pharœ et Tanagre.
§ II. — Thèbes.
Thèbes (8^6ai), la ville de Cadmus, joue dans les temps mythiques un rôle fondamental, plus grand même que celui d'Argos, de Mycènes, de Tirynthe et d'Orchomène. Les cinq Spartes issus des dents du dragon tué par Cadmus, lors de la fondation de la ville, passaient pour les premiers ancêtres de l'aristocratie thébaine groupée autour des rois semi-légendaires, successeurs de Cadmus. Suivant la chronologie de Thucydide, les Cadméens demeurèrent en possession de Thèbes encore 60 années après la guerre de Troie, époque où ils furent expulsés par les Béotiens ve-