Curtius, Hist. grecque, t. I, p
DELPHES
sur Tordre du dieu, ils assimilèrent leur Apollon-dauphin ou Apollon Delphinien à Apollon Pylhien et, en conséquence, ils donnèrent le nom de Delphes à la localité sacrée appelée Pytho auparavant. Les deux Apollons confondirent leurs attributs, le dauphin et le trépied ; de là, Apollon Pythien et Apollon Delphinien furent les deux noms du dieu de Delphes. D'ailleurs, dit E. Curtius, « toute la côte avec ses sanctuaires apolliniens, dépendait de la Crète. C'étaient des hymnes crétois que Ton y chantait ; les rites expiatoires que Ton y employait étaient ceux de la Crète ; la source de Castalie elle-même porta le nom du chef crétois » l. On entrevoit par ces détails un coin de l'expansion de cette grande et extraordinaire civilisation crétoise à laquelle le nom de Minos est attaché et dont les débris nous ont été révélés naguère, principalement par les fouilles de Cnossos et de Phaestos.
Les Criséens dont la population était demeurée phocidienne, conservaient la haute main sur l'oracle de Delphes et sur le corps sacerdotal, appelé les Amphictyons, qui administrait le sanctuaire d'Apollon. Mais bientôt, devenue riche et puissante par l'alïïuence et la générosité des pèlerins, Delphes eut une tendance à s'affranchir de Crisa, à revendiquer son autonomie et à se constituer en État théocratique indépendant. Lors de l'invasion des Doriens Héraclides, venus du nord, vers le xe siècle avant J.-C, les Delphiens crurent venue l'occasion de se débarrasser de la tutelle de Crisa. Ils firent alliance avec les nouveaux arrivants et leur demandèrent de les aider à secouer le joug.