‹ Traite des monnaies grecques et romaines; (volume 2)Chapitre 656 sur 1006 · E. Curtius, Hist. grecque, t. I, p · texte numérisé non relu

E. Curtius, Hist. grecque, t. I, p

Delphes religieuse se prétendit d'origine exclusivement crétoise, et répudia la phocidienne Crisa. L'hymne homérique à Apollon Pvthien passe Crisa sous silence, remarque E. Curtius, et montre le dieu crétois sous la forme d'un dauphin, « s'élançant directement de la plage sur les hauteurs de Delphes, pour y marquer le lieu où il voulait être honoré » l. Les Criséens, de leur côté, se rattachèrent plus étroitement à la confédération phocidienne et s'efforcèrent, grâce à l'appui de la Ligue, de revendiquer leurs droits sur le sanctuaire d'Apollon. De là, de terribles luttes, connues dans l'histoire sous le nom de guerres sacrées, analogues à celles qui durèrent si longtemps entre les Éléens et les Pisates pour le sanctuaire d'Olympie, guerres dont le mobile était, au fond, une question d'intérêts matériels et commerciaux plus encore que de prépondérance politique et religieuse. En effet, les pèlerins qui affluaient à Delphes, surtout par mer, devaient débarquer à Cirrha et passer par Crisa et son territoire. L'un de leurs privilèges était que les routes restassent pour eux exemptes de tout droit de péage. Mais plus les pèlerins étaient nombreux, plus Delphes devenait orgueilleuse et riche, plus la jalousie des villes voisines se trouvait surexcitée. La phocidienne Crisa, qui se croyait des droits sur Delphes, se trouva ainsi amenée, par la force des choses, à rançonner les pèlerins, à leur faire payer des droits de débarque-

1. E. Curtius, Hist. f/recque, t. I, p. 312; cf. J. Svoronos, Numismatique de Delphes (en grec), p. 8 (dans le Bull, de corresp. hellén., t. XX, 18U6, p. 8) ; Ch. Lenormant et J. de Witte, Élite des monuments céramof/raphiques, t. II, p. 21 ; B. Ilead, Hist. numor., p. 289.

DELPHES

ment et de passage. Elle le pouvait d'autant plus aisément qu'elle tenait le port et qu'elle commandait les chemins à travers la montagne. Telle fut l'origine de la première guerre sacrée au début du vie siècle f.

Pour s'opposer aux prétentions des Phocidiens de Grisa, les Delphiens firent appel à l'intervention étrangère : ils appelèrent à leur aide Clisthèue, l'Orthagoride, tyran de Sicyone 2. Après dix ans de luttes, vers 590, Crisa fut détruite et peu d'années après, son port, Cirrha subit le même sort. Clisthène et les Delphiens célébrèrent solennellement leur triomphe : à Sicyone même on érigea un monument commémoratif, et à Delphes on résolut de donner aux fêtes d'Apollon un éclat inusité 3.

Les grandes fêtes pythiques de 590 et de 586 marquent une nouvelle phase dans le développement de Delphes et l'influence panhellénique de son oracle. Antérieurement, les Pythiades n'étaient célébrées que tous les huit ans : elles eurent lieu, désormais, tous les quatre ans, comme les fêtes d'Olympie 4. Elles consistaient surtout en concours musicaux et.

poétiques qui étaient présidés par le chef du conseil des Amphictyons. En 582, Clisthène lui-même y remporta le prix à la course des chars; la même année, il était aussi vainqueur à Olympie 5. Le triomphe des Delphiens sur les Phocidiens fut d'autant plus complet, que pour longtemps ces derniers se trouvèrent dans l'impossibilité de reprendre l'offensive et de se ven-

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