‹ Traite des monnaies grecques et romaines; (volume 2)Chapitre 834 sur 1006 · CHAPITRE XI LA GYRÉNAÏQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI LA GYRÉNAÏQUE

§ I. — Notions préliminaires.

La Cyrénaïque donne la main à la Crète, par dessus les flots de la mer Libyque ; elle avance sur la mer, comme le front septentrional de l'Afrique. Séparée de l'Egypte par l'immense terrasse désertique que les voyageurs venant du couchant appelaient la grande descente (xaTaSaô^os p^aç), elle s'étendait à l'ouest jusqu'à la grande Syrte où se trouvait, à l'époque classique, le monument carthaginois dénommé l'autel des Philènes. De toute antiquité, les races diverses qui peuplèrent la Grèce, les îles de l'Archipel et la Crète, cherchèrent à s'installer sur cette côte africaine dont la fertilité était proverbiale, si bien que la fable finit par y placer le jardin des Hespérides. Tout un cycle de légendes atteste combien fréquemment, dès les temps héroïques, cette portion de la terre libyenne fut visitée par les navigateurs grecs. La nymphe Cyrène (Kup^vij), aimée d'Apollon,

1. Studniczka, Kyrene, eine aligriechische GÔtti?i, Leipzig, 1890; cf. Fart. Kyrene dans le Lexicon de

qui donna son nom au pays, était fille d'Hypsée, roi des Lapithes de Thessalie ; transportée sur le littoral africain, elle y donna le jour à Aristée qui devint le roi mythique du pays *. Nous verrons le mythe de Cyrène exploité par les graveurs des coins monétaires. Des Locriens Ozoles, des Achéens, des Laconiens fréquentent la côte cyrénéenne à la suite des Pélasges, des Crétois, des Cariens et des Phéniciens. Les Argonautes y abordent et des Grecs égarés sur les flots, après la prise de Troie, y débarquent à leur tour. A l'aurore des temps historiques, ce sont les marins de Samos, de Milet, de Phocée, d'Egine, de Corinthe, de Corcyre qui visitent ces mêmes parages africains.

Ce fut par force pourtant, pressés par la misère et les éruptions volcaniques, que sur l'ordre de la Pythie delphique, la moitié des jeunes gens de Théra, désignés par

Roscher ; D. Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Egypte, p. 213 et suiv.

LA CYRÉNAÏQUE

le sort, se décidèrent à s'expatrier pour aller s'installer définitivement en Cyrénaïque *. Ils partirent sous la conduite de Battos, fils de Polymnestos, descendant du Minyen Euphémis, s'installèrent, sur les conseils du Crétois Corobios, dans la petite île basse et sablonneuse de Plateia, où ils furent visités par le Samien Colœos ; ce fut seulement plusieurs années après que, s'étant risqués sur la côte même du continent africain, des Libyens leur servirent de guides jusqu'auprès d'une fontaine appelée K'jpT), déjà consacrée à Apollon : c'est là que les ïhéréens bâtirent Cyrène, vers 630 av. J. -C 2. La culture des céréales et l'élève du bétail formèrent la base des occupations des colons, avec le commerce du désert : chevaux, chameaux, poudre d'or, esclaves noirs, dattes et autres fruits apportés par les caravanes des tribus libyques. La plante médicinale appelée le silphhim, qui croissait là en abondance et fut bientôt recherchée dans tout le monde grec, devint une source de richesse pour les habitants : aussi (igure-t-elle constamment sur les monnaies. Elle était l'emblème d'Aristée, lils d'Apollon et de la nymphe éponyme Cyrène.

Pendant tout Je règne de Battos l" le Bègue, qui se prolongea plus de 40 ans, ainsi que sous son fils Arcésilas 1" 592 à 576), la colonie grecque de Cyrène ne s'accrut d'aucun nouvel exode hellénique; l'élément libyen menaçait d'y devenir prépondérant; aussi, la Pythie delphique dut-

1. Hérodote, IV, 150 et suiv.; Piudare, Pythiques, IV, 59 ; E. Curtius, Hist. grecque, t. I, p. 571 et suiv.

2. Hérodote, IV, 158. Cf. E. Curtius, Hist. grecque, t. I, p. 571 ; G. Busolt, Griech. Geschic/ile, t. I, p. 479 et suiv. E. Curtius place la fondation de Cyrène vers 624; G. Busolt (p. 482) adopte la date de

elle intervenir de nouveau pour inciter les Grecs d'Europe à aller grossir le nombre des Cyrénéens. L'oracle fut écouté; l'alïluence des Grecs de la Crète, du Péloponnèse et des îles égéennes à Cyrène fut bientôt si grande et la colonie si prospère que Battos II, successeur d'Arcésilas Ier, fut appelé Battos l'Heureux (o eùoaîjjuov) l. Alors, les Libyens indigènes, dépouillés, se révoltèrent et appelèrent à leur secours le roi d'Egypte, Apriès (Ouahibri), qui envahit la Cyrénaïque en 570 : il fut repoussé. Son successeur Amasis (Ahmas) conclut avec Battos une paix durable et épousa même une Cyrénéenne, parente du roi 2.

Battos II l'Heureux mourut vers 560 et l'âge d'or de la colonie disparut avec lui. Son lils et successeur, Arcésilas II, surnommé /e Mauvais /xÀs-ô;), ne put s'entendre avec ses quatre frères 3. Forcés de s'expatrier, ceux-ci s'en allèrent avec les dissidents et un grand nombre de Libyens, fonder la ville de Barcé Bâoxr(), à une centaine de kilomètres à l'ouest de Cyrène. Arcésilas voulut attaquer la nouvelle colonie et l'empêcher de se développer. Les Barcéens résistèrent el infligèrent à Arcésilas II, une cruelle défaite; Arcésilas II lut étranglé peu après par son frère Léarque; mais sa femme Eryxo le vengea, en faisant périr Léarque à son tour (vers 550) 4.

Le pouvoir échut au fils d'Arcésilas II, Battos III, qui était tout jeune et se trouvait atteint d'une infirmité physique : il

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