Fr. Lenormant, La Grande Grèce, t. I, p
2. E. Curtius, Hist. </recq., t. I, p. 542 et suiv. ; G. Perrot et Chipiez, Hist. de l'art dans Vantiqiiité, t. VIT, p. 304-311 ; E. Pottier, Calai, des vases
dionale 2. Une ceinture d'établissements commerciaux enveloppa rapidement toute la côte de la péninsule ; ils étaient déjà devenus des villes riches et prospères au temps où la monnaie fit son apparition à Égine, en Eubée et en Ionie. Cependant, quelque actives que fussent les relations de Tarente, Métaponte, Héraclée, Siris, Sybaris, Crotone, Locres,Rhégion, Medma, Laos, Hyélé (Vélia), Poseidonia (Paeslum), Cumes et d'autres encore, avec Chalcis, Ërétrie, Égine, les îles de l'archipel, Milet, Phocée, Samos, Rhodes, Corinthe et Corcyre, les villes de la Grande Grèce n'adoptèrent qu'assez tardivement l'usage de la monnaie. Leur commerce maritime se bornait à échanger des produits naturels contre des produits manufacturés et leurs relations avec les indigènes consistaient dans le simple troc 3. Ce fut seulement vers le
peints du Musée du Louvre, p. 360.
3. Pour les développements, voyez au t. II de la Première partie de cet ouvrage (sous presse).
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milieu du vie siècle, que le développement du petit négoce amena leurs gouvernements à estampiller officiellement les lingots pesés et fractionnés en morceaux faciles à compter et à transporter. De plus, ici comme partout, si la monnaie s'introduisit pour faciliter le commerce de détail, elle paraît bien, en même temps, avoir été créée en vertu d'une entente entre plusieurs villes associées pour cet objet, et cela, afin de développer leurs relations réciproques. Les monnaies font toucher du doigt, pour ainsi dire, à défaut d'arguments littéraires, les preuves matérielles d'une telle ligue hanséatique favorisée par les assemblées générales ou panégyries qui se tenaient alors à Grotone et où les Grecs d'Italie traitaient des affaires qui les intéressaient en commun l. En effet, les colons hellènes éprouvaient, malgré leurs rivalités de clochers, le besoin de se grouper, aussi bien pour trafiquer que pour se protéger et se garantir contre les attaques des populations indigènes demeurées leurs implacables ennemies. C'est aussi, nous l'avons vu plus haut, en vertu d'une hanse commerciale entre les cités ioniennes, que fut créée et que se développa la monnaie d'électrum d'Asie-mineure 2.
Les seules villes de la Grande Grèce qui aient frappé monnaie dans la période primitive qui nous occupe, c'est-à-dire antérieurement à 480 environ, sont les suivantes :
En Calabre : Tarente;
En Lucanie : Métaponte, Siris et Pixus,
1. Duc de Luynes, dans les Nouvelles annales de VlnslituL archéol. de Borne (Section française), t. 1, 1836, p. 421.
2. Voyez surtout au t. II de la Première partie du présent Traité (sous presse).
Sybaris, Pal., et Mol.., Laos, Ami...?, Vélia, Poseidonia;
En Campanie : Gumes ;
En Bruttium : Grotone, Pandosia, Caulonia, Rhegion.
Les premiers produits monétaires de ces villes, à l'exception de Cumes et de Vélia, présentent, dans leur ensemble, un caractère commun qui, à lui seul, suffirait à dénoncer une alliance commerciale et monétaire. Ce monnayage débute vers 550 ou 540; il se compose de pièces d'argent du même poids ; le revers en est orné d'un type en creux qui est, généralement, la reproduction abrégée du type qui figure en relief au droit des mêmes pièces; toutes ces monnaies ont le même aspect extérieur; le flan est large et mince presque comme celui d'une bractéate allemande, au moins dans les premiers temps ; le cordonnet qui limite le champ présente partout des particularités identiques ; le style élégant et délicat de la gravure accuse d'étroites relations d'artistes et d'ateliers.
Si l'on cherche la raison d'être de cette association monétaire indéniable, on la trouve d'abord dans la communauté d'origine ethnique de la plupart des villes qui ont participé à ce curieux monnayage.
Sybaris, Crotone, Métaponte, Laos, Caulonia, Pandosia, Poseidonia, auxquelles il faut joindre Siris et Pyxus, sont des colonies achéennes. Tarente est dorienne ; aussi, le monnayage incus n'y fait qu'une apparition momentanée ; il en est de même pour Rhégion, la chalcidienne.
En dehors de l'Italie méridionale, la seule ville qui ait, un instant, pratiqué le monnayage à revers incus, est Zancle, sur la côte de Sicile : sa proximité de Rhégion, la solidarité des destinées politiques des
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deux villes expliquent cette exception.
De ces caractères généraux, il résulte que le monnayage à revers incus de l'Italie méridionale est, presque exclusivement, celui des colonies achéennes de cette contrée. Leur parenté ethnique, leur union fédérale, leur association commerciale, économique et politique en donnent l'explication. C'est par occasion seulement que d'autres républiques, Tarente, Rhégion, Zancle, adoptèrent la mode des types incus inaugurée par elles. Or, dans l'histoire des colonies achéennes de l'Italie au milieu du vie siècle, il est un homme qui paraît avoir mis à profit ce groupement fédéral pour provoquer l'éclosion de ce monnayage à caractères communs : c'est Pythagore. Cette assertion n'étonnera point ceux qui connaissent les grands changements politiques que ce philosophe introduisit dans la plupart de ces villes, soit par lui-même, soit par ses disciples.
Pythagore fuyant la tyrannie de Polycrate à Samos, parut à Crotone vers le milieu du vie siècle 1 ; il se fit sans doute connaître aux Grecs d'Italie à l'occasion des panégyries qui se rassemblaient périodiquement dans cette ville : bientôt, investi d'un pouvoir dictatorial à Crotone, il sul réconforter ses nouveaux concitoyens abattus par leur récent désastre de la Sagra; il réforma la constitution, la religion et les mœurs, donna au commerce un essor inconnu et fit de Crotone le centre de son apostolat philosophique et social. Son action s'étendit rapidement aux villes voisines : « Pythagore, dit le duc de Luynes, sut
i. Fr. Lcnormant, La Grande Grèce, t. II, p. 39 et suiv. On place ordinairement la naissance de Pythagore, à Samos, entre 592 et 572, et sa mort, à Métaponte, entre 510 et 490.
apaiser les discordes entre les républiques italiotes et leur rendit la liberté. Son influence salutaire fut éprouvée à Sybaris, à Crotone, à Rhégion et même en Sicile, où les villes d'Himère, d'Agrigente, de Tauromenion et plusieurs autres, reçurent des lois simples, utiles et de bonnes institutions. Il est vraisemblable que, vers le même temps, les républiques de la Grande Grèce adoptèrent, en signe d'union, un système uniforme de monnaies, variées pour les types, mais pareilles pour les poids, les ornements et le revers incus. .. » 1 .
C'est, en effet, à l'époque où se place la venue de Pythagore en Italie et où le philosophe et ses disciples réforment les lois et s'imposent à tous les gouvernements, que le monnayage à revers incus fait son apparition; dans chaque ville, il se prolonge aussi longtemps que dure politiquement l'influence pythagoricienne ; il est extrêmement abondant dans les villes comme Crotone et Métaponte où les Pythagoriciens furent longtemps tout puissants; il ne se manifeste pas dans les républiques qui se montrèrent rebelles aux enseignements des réformateurs. C'est ainsi que certaines cités qui, pourtant, eurent des monnaies dès le vi siècle, comme Vélia et Cumes, ayant repoussé l'ingérence pythagoricienne dans leurs affaires intérieures, n'adoptèrent pas les types incus 2. Tarente et Rhégion n'ont, semble-t-il,
1. Duc de Luynes, Nouvelles annales de l'Institut archéol. de Rome, t. 1, 1836, p. 403-404; cf. Fr. Lcnormant, La Grande Grèce, t. I, p. 2G ; t. 11, p. 63 et suiv.
2. Nous savons que certaines villes, comme Locres, se montrèrent rebelles aux doctrines et à l'influence pythagoricienne; mais Locres n'a pas de monnaies avant 480. Fr. Lcnormant, La Grande Grèce, t. II, p. 67.
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accepté qu'à regret et pour un instant seulement, la main-mise des Pythagoriciens sur leurs gouvernements. Plus tard enfin, partout, dès le début du vie siècle, on voit, même dans les villes qui ont les plus longues séries de pièces incuses, le monnayage s'affranchir peu à peu de la mode qui avait été communément admise et prendre, dans chaque atelier, une direction particulière et originale ; manifestement, l'alliance d'où était sortie l'adoption des types incus, tend à se dissoudre, en même temps que disparaît l'autorité des Pythagoriciens et que décline la prospérité économique dont ils furent les glorieux instigateurs *.
Non seulement, les caractères généraux des monnaies à revers incus accusent, comme nous l'avons dit, une entente monétaire entre les diverses villes où se produit ce monnayage, mais il existe des pièces incuses qui portent les noms de deux villes spécialement associées pour supporter en commun les frais du monnayage : nous verrons ainsi des monnaies qui sont, à la fois, aux noms et aux types de Crotone et de Pandosia, de Crotone et de Térina, de Crotone et de Sybaris ; de Poseidonia et de Fiis...; de Pyxus et de Siris, de Pal... et Mol... 2 Peut-être cette association plus étroite est-elle l'indice d'une alliance politique momentanée.
Les monnaies à revers incus des villes achéennes circulaient ensemble, quel que fut leur atelier d'origine : on en a la preuve par la composition des trouvailles 3. Elles
1. Duc de Luynes, Métaponte, p. 22; F. Lenormant, La Grande Grèce, t. I, p. 128 et suiv.