Cf. Descr. hist., t. I, p
3. Démosthène, in Lacrit., p. 594, 596; Hippocrate, de internis affect, ch. 17; cf. W. Frœhner, dans V Annuaire de la Soc. franc, de numism., t. III, p. 54.
LES VILLES DE MACÉDOINE — Mî:NDÉ
fond, est commune à plusieurs ateliers des côtes de la Thrace et de la Macédoine. On le rencontre pareil, c'est à dire avec son large marii, déjà sur les monn.-ues du roi de Macédoine Alexandre I^*" (f 4oi) . Il est courant non seulement à Mendé, mais à Maronée, à Acanthe, à Amphipolis. Dans chacune de ces villes, l'intérieur de ce carré qui n'est qu'une mode régionale, est différencié par des symboles spéciaux. Ainsi, par exemple, à Amphipolis au centre de ce carré creux on a un flambeau agonislique ; à Acanthe c'est un carré plat, quadripartit, avec parfois de petits pyramidions granulés dans chaque compartiment.
Sur les pièces de Mendé nous trouvons généralement au revers, un carré de lignes renfermant un cep de vigne chargé de quatre et quelquefois cinq grappes. Sur les monnaies de Maronée on a un revers presque semblable, avec un cep chargé aussi de cinq grappes.
Mais quelques uns des tétradrachmes de Mendé ont des revers différents : les (juatie palmettes stylisées ( Pl. CCGXVi, lig. 3el4j sont, sans doute, un emblème purement décoratif, sans valeur symbolique. Le n'» 987 (Pl. CCGXVI, fig. 7) nous présente comme revers une patère ornée d une rosace, au centre d'un bouquet de quatre grappes. C'est la patère avec laquelle on faisait les libations rituelles ; elle est pareille à celle qu'on voit à la main des pontifes qui versent le vin sur l'autel de Dionysos ou de toute autre divinité : une patère vue de champ forme aussi le revers de monnaies de Delphes *.
Le n° 986(P1. CCCXVI, tig. 5 et 6) a un
\. E. Babelon, Traité. Descr.hist., t. lll.pl. CCVl, fig. 1.
revers plus difficile à expliquer. Le carré de lignes forme cadre autour d'une sorte de coffret carré qui le remplit tout entier. Le pourtour de cette espèce de châsse ou de iabprnacle est lui-même encadré d'une bande plate sur laquelle sont appliqués, de distance en distance, de petits globules qui ressemblent à des têtes de clous. L'ensemble fait songer à une porte consolidée par une armature métallique ou plutôt à une portion de plafond lambrissé, à un caisson architectural. Faut-il s'arrêter à cette dernière idée en s'appuyant, à titre d'exemple similaire, sur les fameuses pièces archaïques de Delphes, aux têtes de béliers, dont le revers présente une ressemblance frappante avec des caissons architecturaux? On y reconnaît d'ordinaire une représentation des lambris du plafond du temple d'Apollon à Delphes, les cpaiviouiaTa {laciinaria, laquparin) du plafond *.
Quoi qu'il en soit de cette explication, il est util(^ de constater qu'il existe un carré creux .lualogue et de même conception sur certains tétradrachmes d'Acanthe : je fais alhision au carré quadripartit dans chacun des compartiments duquel on voit une protubérance granulée en forme de pyramidion. (Pl. CCCXIX, fig. 5 et suiv.). Nous avons là, quatre petits caissons pyramidaux placés côte à côte. N'est-ce pas également la représentation de cpaTvtô(jLaTa ? N'est ce point aussi un plafond de temple qu'il faut reconnaître dans le revers étoilé des monnaies archaïques de Milet (Pl. XI, fig. 2 à 12], et dans celui des slatères de Corcyre qu'on est convenu d'appeler « les jardins d'Alcinous » (Pl. XL, fig. 14 à 22)?
1. W. Wroth, ATi/m. Chron., 1898, p. 102 ; notre Traité. Descr. hist., t. I, p. 994, pl. XLII, fig. 18 et
LES VILLES DE MACÉDOINE MENDÉ
Y eut-il à Mendé, à l'époque où furent frappées nos monnaies, la consécration ou rachèvement d'un temple de Silène ou de Dionysos qu'on aurait ainsi voulu commémorer par ce type du lacunar architectural? Aucun texte ne semble appuyer cette hypothèse.
La légende de Silène et de son âne était très populaire dans tout^le monde grec, mais elle l'était surtout dans les contrées où l'on cultivait la vigne, comme la côte de Thrace et la Chalcidique. Les types des monnaies de la plupart des villes de cette contrée sont souvent consacrés à Dionysos ou aux personnages de son thiase : Silène, les Satyres et les Ménades. Mendé, Téroné, Maronée, Acanthe, Scioné avaient des crûs célèbres K
Ces villes étaient en concurrence pour la vente de leurs vins et la précellence de leurs crûs; elles se disputaient la clientèle, et cette concurrence se traduisait, à titre de réclame, par des fêtes dionysiaques qui renchérissaient les unes sur les autres ; par le développement d'épisodes locaux et particuliers dans le mythe de Dionysos, de Silène et des Satyres ; par des types monétaires enfin qui traduisaient ces légendes parfois gaies et spirituelles, mais souvent aussi triviales et grossières jusqu'à l'obscénité.
L'énorme cep qui forme le type de revers de monnaies de Mendé et de Maronée donne à penser que dans chacune de ces villes il y avait un cep sacré, soigneusement entretenu, de générations en générations et qui donnait le raisin le plus succulent que Ton conservait, comme prémisses de la récolle annuelle^ à Dionysos ou à Silène : de là, la
\. Alhéuée, Deipnos., I, 29, 31 ; IV, 129, etc. Cf. R. BilUard, La vigne dans Vanti^uité, p. 66,
patère entourée de raisins sur le tétradrachmeno« 987 et 988 fPl. CCCXVI, fig. 7
Il faut remarquer que la légende de Silène, précepteur de Dionysos, si gaie, si populaire, qui nous a valu les types joyeux et spirituels des splendides tétradrachmes que nous venons de décrire, a conduit les marchands de vin de Mendé, jusqu'à imaginer des types monétaires abjects. Nous nous dispenserons d'insister sur les particularités des types de l'âne ithyphallique.
Le corbeau ne figure pas seulement sur la croupe de l'âne ; on le voit sou vent perché sur un cep de vigne, occupé sans doute à manger le raisin. Dans la mythologie antique, le corbeau n'est pas seulement l'oiseau fatidique, le compagnon d'Apollon, rôle qu'il joue dans de nombreux types monétaires ainsi que dans toutes sortes de représentations figurées. H était aussi, dans d'autres légendes, un animal répugnant, et c'est ce caractère que nous devons lui reconîiaître sur les monnaies de Mendé. Il est un mangeur de charognes et d'excréments, et voilà pourquoi on avait 1 habitude d'envoyer « aux corbeaux », les gens qu'aujourd'hui nous envoyons « à tous les diables » ^
C'est ce côté infect de la légende du corbeau et de l'âne de Silène qu'a osé exploiter l'art monétaire à Mendé, dès ses origines. Dans cette région thraco-macédonienne la gaité se ravala jusqu'au dernier degré de la grossièreté, sans doute sous l'influence du culte orgiastique du Dionysos thrace et des tribus barbares can-
1. A. Bouché-I^eclercq, Histoire de la divination dans l'antiquité, t. 1, p. 133. Voy. aussi à ce sujet l'intéressante dissertation de M. G. Oikonomos, MîvSyi. MévSTfi, f, iratpiç toû Ilaiwviou. Extr. de l'£^p/iem, Archaiol. de 1924. Athènes, 1926.
LES VILLES DE MACÉDOINE MENDÉ
tonnées dans le voisinage du mont Pangée.
La date d'émission des dernières pièces, à fleur de coin, du magnifique groupe monétaire que nous venons de décrire peul être aisément déterminée, bien que la trouvaille de Caliandra n'ait pas été étudiée dans son ensemble comme elle eiU mérité de l'être. On a constaté néanmoins que, dans cette trouvaille, les pièces archaïques s'y trouvaient frustes et usées ; les plus récentes étaient à fleur de coin. C'est dans cette dernière catégorie que se classent la plupart de nos tétradrachmes des Pl. CCCXV et CCGXVI : on constate qu'ils n'ont point circulé.
D'après leur style, ils sont postérieurs au milieu du v* siècle : il n'y a pas la moindre tradition d'archaïsme dans cette représentation de Silène et de sa monture. Le graveur a exécuté son œuvre avec la souplesse et l'habileté qui caractérisent les grandes œuvres sculpturales de la seconde moitié du v« siècle.
Quant à la date inférieure à fixer aux plus récentes de nos monnaies, elle ne saurait descendre plus bas fjue l'an i:i4. En effet :
Toutes les monnaies de Mendé sont taillées, depuis l'origine du monnayage • jusqu'en 424, dans le sysième euboïco-altique qui donne théoriquement au tétradrachmel7 gr. 44, mais qui s'abaisse dans la région thraco-macédonienne à environ 17 gr. C'est le poids noruial que nous avons vérifié.
Au contraire, à partir de 424, le système de taille adopté désormais à Mendé est le système milésiaque affaibli, qui donne au tétradrachme un poids variable allant de 14 gr. 51 à 12 gr. 60. Les monnaies de Mendé ne dépassent guère 12 gr. 60. Il y a
bien encore quelques pièces qui ont le poids attique de 17 gr., mais ce sont des exceptions ou des pièces barbares (n° 1006) qui indiquent l'espèce de désarroi dans lequel fut jetée la frappe de la monnaie, à Mendé, à la suite de la révolution de 424.
On voit aussi à cette date se substituer le poids milésiaque au poids attique dans d'autres villes de la région thraco-macédonienne, par exemple, à Téroné, à Acanthe, à Thasos.
La Ligue Olynthienne qui se forme plus tard, en 392, adopte pour ses splendides tétradrachmes, non pas l'étalon attique, mais l'étalon milésia(|ue qui sera aussi le poids des tétradrachmes de Philippe II, le père d'Alexandre. Pour Amphipolis, c'est en 424 qu'elle inaugure l'émission de sa merveilleuse série de tétradrachmes au type d'Apollon vu de trois quarts ; ces pièces suivent l'étalon milésiaque.
Ainsi, du moment que nos tétradrachmes à fieur de coin de Mendé ne peuvent pas être postérieurs à 424, il faut chercher la cause du changement d'étalon qui se produisit à cette date pour la monnaie des villes thraco-macédoniennes, dans les événements dont cette région, en particulier la Clialcidique, fut le théâtre avant la prise d'Amphipolis par le lacédémonien Brasidas en 424,
C'est en 432 que se place la défection de Potidée vis à vis d'Athènes et que, peu après se déclanche la guerre du Péloponnèse, au cours de laquelle, en 424, Brasidas allié de la Ligue chalcidienne et du roi de Macédoine Perdiccas, eniraîna dans le parti lacédémonien d'abord Acanthe, Téroné, Stagire. puis Mendé et Scioné. C'est évidemment au cours de ces événements qu'ont eu lieu l'émission, puis l'enfouissement de
LES VILLES DE MACÉDOINE MENDÉ
nos télradrachmes à fleur de coin, de poids euboïco-attique.
A présent que nous sommes fixés sur l'époque approximative de l'émission de nos belles pièces de Mendé, une réflexion s'impose à notre esprit. Nous remarquerons que ces chefs d'œuvre de l'art monétaire sont contemporains du grand sculpteur de Mendé, Paeonios, l'auleur de la statue célèbre de Niké, à Olympie, malheureusement si mutilée. Cette statue, nous dit l'inscription de la base, fut consacrée par les Messéniens et les Naupactiens, c'est à dire vraisemblablement après l'afl'aire de Sphactérie en 425
Sans doute, il serait vain de se demander s'il est possible d'établir quelque rapport, au point de vue artistique et technique entre nos types monétaires et ce qui reste de la statue de Niké, exécutée par Paeonios de Mendé. L'œuvre sculpturale est trop mutilée. Mais si ce rapprochement ne saurait avoir de base utile, la contemporanéité des dates n'en est pas moins frappante, et nous pouvons, du moins, émettre l'hypothèse que Paeonios ou son école ont du avoir une influence directe sur la gravure des coins monétaires de leur temps, à Mendé. Cette conjecture peut s'appuyer sur un cas analogue et presque contemporain. Nous savons qu'après l'an 446, lorsque la Béotie eût été délivrée de l'hégémonie athénienne, l'ateher de Thèbes émit d'admirables statères d'argent aux types d'Héraclès, dans divers épisodes de sa légende. (Voyez CXCIX, fig. 19 à 31 et Pl. CC, fig. 1 et 2).
Or, il se trouve — ainsi que nous l'avons
1 . Max. CoUignon, Hisi. de la .sculpture grecque, t. 1, p. 455-437 (lig. 239) ; Pierre Paris, La sculpture antique, p. 224.
fait ressortir — que le grand artiste béotien Myron d'Eleuthère était contemporain de l'émission de ces splendides monnaies béotiennes. Nous avons tout naturellement cherché aies rapprocher, au point de vue artistique, des grandes œuvres sculpturales de Myron, son Discobole, son Marsyas. On constate aisément que les têtes d'athlètes de Myron, en particulier celle du Discobole ont une parenté bien caractérisée avec la tête d'Héraclès jeune, sur les statères thébains contemporains ^
Sans doute on ne peut aller jusqu'à prétendre que Myron fut le graveur de ces coins monétaires : ceci serait impossible à démontrer, quoique nous sachions que les artistes grecs, comme ceux de la Renaissance, s'exerçaient dans toutes les branches de l'art : une inscription trouvée à Athènes nous l'a encore affirmé récemment en ce qui concerne Endoios ^.
Mais ce que nous sommes en droit de faire remarquer, c'est que l influence du grand artiste béotien se fait sentir sur les monnaies frappées à Thèbes à l'époque où il florissait comme sculpteur. Ne pouvonsnous pas en dire autant de Paeonios, puisque nous constatons à Mendé le même parallélisme ? N'est-ce pas le cas aussi de rappeler que sur des monnaies d'Olympie nous avons relevé les initiales de graveurs (AA, AA, no) qui paraissent avoir été les grands sculpteurs Daedalos, Alcamène et Polyclète \
Concluons : les plus belles monnaies de Mendé, dans la trouvaille de Caliandra, sont contemporaines de Paeonios, et si elles