Thucyd., II
LES VILLES DU PANGÉE — ^HASOS
du Rangée et à s'emparer de quelques mines. Des Erétriens de l'Eubée y vinrent à leur tour. Enfin, dans le cours du siècle, les Athéniens se substituant aux Erétriens, chassèrent les Thasiens après que les victoires de Cimon eussent rejeté les Perses en Asie Mineure.
De là, une double rangée d'établissements, les uns, sur le bord de la mer, visà-vis de l'île de Thasos, autour du golfe qui fut successivement appelé Golfe d'Antisara, de Neapolis et à l'époque moderne, golfe de Cavala. Ces petits ports fortifiés, qui servaient à la fois de débouchés au commerce de Tintérieur et essayaient d'empêcher les étrangers d'aborder, étaient CEsymé, Antisara, Daton-Neapolis, {Ne.apolis Datenorum) peut-être Assoros et quelques autres. C'étaient les iix-nopî'x Baatwv qui drainaient, en quelque sorte, la région aurifère
Les autres établissements étaient à quelque distance, dans l'intérieur des terres et les ravins de la montagne, à proximité des mines elles-mêmes C'était entre autres, l'établissement lhasien de
Daton, auprès des mines de Scapté-Hylé relié au petit port appelé aussi Daton qui, si Ton s'en rapporte au type de ses monnaies anépigraphes à la tête de Gorgone, paraît avoir été possédé par des colons d'Érétrie. Les Athéniens, devenus ensuite maîtres du pays, dans le cours du v" siècle, après des luttes longues et acharnées, créèrent la ville de Neapolis, à la place du port de Daton.
Dans le siècle suivant, en 360, ils fondèrent dans le district minier, l'établissement des Crénides ou des « Petites sources ». C'est là enlin, peu après, en 357, que Philippe de Macédoine installa sa ville de Philippes.
Au milieu des âpres luttes auxquelles donna lieu la possession des mines, aux v" et W siècles, des monnaies ont été frappées, soit par les barbares autochtones, soit par les Thasiens et les colons grecs d'Erétrie et d'Athènes qui les ont dépossédés, soit par Philippe de Macédoine après sa conquête de 357. Nous groupons ici tout ce monnayage, y compris celui de l'île de Thasos, qui s'y rattache naturellement
§ IL — Thasos -.
Depuis les explorations de Georges Perrot (1856), de Conze (1860), de Miller (1863) dont les fouilles ont enrichi le
1. Hérodote, VI, 47; Thucydide, I, 100; cf. Léon Heuzey, Mission de Macédoine, p. 5.
2. Plan de Thasos, par M. J. Baker Tonoyrc, dans le Journal of hellenic Sfudies, t. XXIX (1909), pl. Xlll et XIV. Les études archéologiques sur Thasos ont été extrêmement nombreuses depuis quelque soixante ans. Voir notamment : G. Perrot, Mémoire sur Vile de Thasos (dans les Archives
Musée du Louvre notamment, de basreliefs archaïques des plus intéressants pour l'histoire de l'art grec, l'île de Thasos
des Missions scientifiques, 1864 : le même, Histoire de l'arl dans l'Antiquité, t. Vlil. p. 14 ss. ; Conze, lieisen auf den Inseln des Irakischen Meeres 1860, in-4o ; Szanto, dans les Athen. Mittheilunqen l'Institut archéol., t. XV, 1890, p. 10; lie v. des Etudes grecq., t. VI, 1893, p. 310 : Bull. corr. hellen., 1894, pl. XVI ( Bas-reliefs d'Héraclès agenouillé, tirant de Tare) ; J. Six, Journal of hellenic
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a été souvent visitée, et jusqu'à maintenant, en particulier par des membres de l'Ecole française d'Athènes, les résultats de leurs fouilles nouvelles très importants au point de vue épigraphique et monumental ne renferme point de nouveautés numismaliques.
Le port de Limenas est situé sur l'emplacement de l'ancienne capitale de l'île dont la population autochtone était composé de tribus thraces, les Sâïot ou Stvxoi (Sintiens) répandus aussi sur la côte voisine depuis Abdère jusqu'à l'embouchure du Strymon et la vallée de l'Angitès. Des Grecs vinrent s'installer à Thasos et imposer leur domination aux Barbares, en même temps qu'ils colonisaient aussi la côte voisine, les pentes du Pangée et la basse vallée du Strymon.
Cette parenté étroite de Thasos avec les ports de la côte nous explique pour quelles raisons les monnaies de Thasos ont des types semblables à ceux des tribus barbares ou des villes de la région thracomacédonienne, les Orreskiens et les Lé téens.
A Thasos comme dans toute cette région continentale les types monétaires se rapportent au culte de Sabazios, le Dionysos thrace d'origine phrygienne qui avait son
Studies, t. IX, 1888, p. lU. Voyez la bibliographie donnée par Gustave Mendel, dans le Bull, corr. hellén., t. XXIV, 1900, p. 263. — Depuis cette époque : Deonna, Rev. archéoL, 1908, 1, p. 25,
1909, I, p. 1 ss.; Friedrich, Alhen. Milleil., 1908, p. 215; P. Perdrizet, Scapté-Hylé, dans Klio,
1910, p. 1-27. Charles Picard, dans les Comptes- Rendus de VAcad. des Inscr. et B. Lettres, Mai 1912, p. 193 ; Sitte, dans les Wiener Jahreshefle, XI, 1908 ; G. Mendel, dans Revue de l'art ancien et moderne, t. XX, 1910, p. 401; J. Svoronos, Uhellé nisme primitif de la Macédoine, p. 92. Enfin Stanley Casson, Macédonia, Thrace a?id Illyria, Oxford, 1926.
principal sanctuaire au sommet du Pangée. Ces types, souvent grossiers et brutaux comme les mœurs de ces populations primitives, nous montrent dans des attitudes ignominieuses les suivants du cortège de ce dieu thrace, Centaures, Satyres, Ménades, ânes ithyphalliques, qui jouaient je ne sais quel rôle monstrueux dans les rites orgiastiques auxquels présidaient les collèges sacerdotaux des Besses (BÉaaot) et des Satres (Sâxpat)
Les anciennes séries des monnaies de Thasos se rattachent à cette classe de monnaies obscènes. D'ailleurs, les Thasiens avaient eux-mêmes des établissements sur la côte et ils exploitaient non seulement les mines d'or et d'argent de leur île, mais des mines qui leur appartenaient sur le continent, notamment celles de Scapté-Hylé (ExairTY) uXri, Scaptensula) ^. Ces mines avaient attiré de bonne heure les Phéniciens à Thasos : ils y furent conduits, dit la tradition, par Thasos, fils d'Agénor, qui donna son nom à l'île ^ Ce sont sans doute les Phéniciens qui apportèrent dans l'île le culte de leur Héraclès ou Melqart, que nous verrons sur les monnaies.
Plus tard, vers la fin du viii" siècle, Thasos fut colonisée par des Grecs de Paros, conduits par Télésiclès, le père du poète Archiloque Les Pariens introduisirent dans l'île le culte d'Apollon Pythien, auquel on éleva sur l'acropole de la capitale un temple dont les ruines ont été ré-