CHAPITRE XIV
§ L — Aperçu sommaire.
Pour les notions générales, voyez notre Descr. hist. t. I. p. 1201, 1202.
D'une manière générale et comparative, on peut dire que si la monnaie fait assez tardivement son apparition en Thrace, dans les villes maritimes, elle parait beaucoup plus tard encore dans les villes de l'intérieur du pays.
Sur la côte asiatique, Calchédon commence à battre monnaie dès 480 environ, tandis que Bijzance qui devait bientôt contracter une étroite union monétaire avec elle, n'a un atelier que dans le dernier tiers du v^ siècle, au temps de la guerre du Péloponèse, à moins qu'on n'attache quelque créance à la tradition dont nous parlerons bientôt, qui prétend que Byzance eut d'abord des monnaies de fer.
Selymbrie a des monnaies qui peuvent remonter jusqu'à l'an 500 environ, tandis que Périnihe ne frappe pas monnaie avant 350. Aenos, Maronée, Dicaea commencent, comme Selymbrie, à ouvrir un atelier dès le début du V** siècle.
Thasos et Abdère ont commencé à mon-
nayer un demi siècle avant elles, vers l'an
Dans la Ghersonnèse de Thrace, Cherronesos a des monnaies avant l'an 500; mais Cardia qui lui succède n'a un atelier qu'à partir de 350. Les autres villes de la Ghersonnèse n'ouvrent leur atelier ({u'au m*" siècle, après la mort de Lysimaque.
En Thrace comme partout, les villes de rinlérieur apparaissent beaucoup plus tard que les villes maritimes dans la numismatique. On n'y pratiqua longtemps le commerce que par échange de marchandises, et la monnaie servait surtout dans les ports, pour le commerce extérieur avec les étrangers venus par mer. On ne peut signaler d'exceptions que pour Cypsela qui, bien que se trouvant dans l'intérieur des terres, à une journée de marche d'iEnos, a pourtant des monnaies qui remontent à 400 environ av. J. G. Mais cette ville fut, au moins durant un certain temps, la capitale des rois des Thraces Odryses ; à ce titre, elle frappait des monnaies pour ces rois qui étaient en rapport direct avec les Grecs.
Gypsela était donc dans une situation spéciale et privilégiée.
Le développement monétaire et numismatique des villes maritimes grecques de la Thrace que je viens d'énumérer subit brusquement, au milieu du iv« siècle avant notre ère, un temps d'arrêt, par suite de l'invasion de la Thrace par Philippe de Macédoine, père d'Alexandre, et de i'établissemenf de sa domination sur une partie de ce pays.
Philippe commença par mettre la main sur l'Epi-Thrace et la région des mines d'or et d'argent, entre le Strymon et le Xestos : c'est là qu'il fonda Phïlippi, au centre du district minier, et d'où il tira le métal avec lequel il frappa ses beaux statères d'or. II sut s'immiscer dans les querelles qui s'élevaient entre les rois tliraces de l'intérieur et les colonies grecques échelonnées autour des côtes, soit en s'imposant comme arbitre, soit en se donnant comme protecteur des villes grecques contre les Barbares, et malheureusement pour elles, plusieurs de ces villes eurent l'imprudence de prêter l'oreille à ses suggestions et de l'appeler à leur secours. Il leur fallait d'ailleurs choisir entre deux rivaux également dangereux et aussi désireux l'un que l'autre de se mêler de leurs affaires et de pénétrer chez eux : Philippe et les Athéniens qui possédaient la Chersonnèse et les îles de la mer de Thrace.
La première fois que Philippe se montra en Thrace ce fut en 363, sous prétexte d'escorter et de protéger son ami Pamménès *. Pamménès était un général thébain qui avait servi les intérêts de Philippe et allait négocier en Asie