Traite des monnaies grecques et romaines;
D*après le plan que nous nous sommes tracé en composant ce Traité des monnaies grecques et romaines, le présent volume^ qui est le premier de notre Deuxième Partie, comprend la description commentée et le classement justifié des monnaies grecques de la période archa:ique. Il renferme l'erplication de S,503 pièces portant un numérotage ininterrompu et disposées dans un ordre à la fois géographique et chronologique : nous débutons par les monnaies de la côte d'Asiemineure et de rOrient ("n" / à 1004) ; viennent ensuite les séries de la Grèce propre et septentrionale ^ des Cyclades et de la Cyrénaique (n""' 1005 à 2023); en dernier lieu, les monnaies de l'Italie méridionale, de la Sicile et des autres colonies grecques de l'Europe occidentale ("n" 2024 à 2503).
C'est un besoin d'ordre et de méthode qui me porte à présenter, tout d'abord, ces observations^ d'une portée secondaire en elles-mêmes, mais qui ne sont pas inutiles quand il s'agit d'un ouvrage destiné^ par l'objet même de son contenu, à être consulté plutôt qu'à être lu. Par le même sentiment Je me sens obligé d'expliquer en quelques mots la marche de h publication.
La Première Partie- r/^ ce Traité (Théorie et Doctrine), ywi doit être une sorte d'introduction générale et de synthèse de la numismatique antique^ comprendra trois volumes. Le premier a paru en 1901; le second est prêt pour l'impression : il traite de l'histov^e de la monnaie dans l'antiquité^ de son rôle économique et donne les tableaux coordonnés et justifiés des systèmes monétaires. Lapublication en a été suspendue à cause des difficultés que j'ai éprouvées pour exposer avec méthode et clarté certains chapitj^es de la métivlogie numismatique. J'ai reconnu qu'il était indispensable, sous peine de paraître étaler des systèmes aj^bitraires et purement théoriques, de pj*océder au préalable à une révision de la i^épartition géographique et chronologique admise jusqu'ici pour un grand nombre de séries monétaires. On comprendî^a aisément j par exemple, que pour affirmer que tel système monétaire
AVANT-PROPOS llî
après les désastres des Perses, et pour i'Occident, au triomphe définitif des Grecs de Sicile sur les Carthaginois.
Ainsi que l'a écrit M. Geo?'ges Perrot, « c'est une nécessité pour l'historien, de se fnarçuer des repères, sur la longue route qu'il doit parcourir; il est tenu d'établir, dans la succession indéfinie des phénomènes, ces divisions qui lui permettent de s'07'ienter et de ménager au lecteur des vues d'ensemble; mais ces procédés, tout indispensable qu'il soit d'y recourir, ont toujours quelque chose d'arbitraire. Par/ois, pourtant, il airive que la coupure corresponde à quelque événement mémorable ou à l'apparition de quelque grande œuvre de génie de l'homme *. »
L'année 41 9 est une de ces étapes qui marquent le point de départ d'une ère nouvelle dans le développement de la civilisation hellénique. C'est à cette date aussi que les historiens de l'art grec ferment leur premier chapitre et nous pourrions appliquer à Part monétaire ce qu'écrivait tout récemment un historien de la sculpture voulant caractériser par une métaphore l'état général de la Grèce au moment de l'invasion des Perses : « La civilisation g?'ecçue en son ensemble^ dit-il, se présente comme une belle moisson drue qui a pris toute sa taille^ et dont le vert des épis, déjà palissant par places^ annonce la très prochaine maturité. * » Il suffira de jeter un coup d'œil d'ensemble sur nos planches pour justifier cette comparaison au point de vue numismatique, les monnaies antiques étant rexj^ression toujours vivante de la situation économique et le refiet direct du développement artistique dans tous les centres de civilisation.
Ainsi donc, la période de deux siècles comprise dans le présent volume est, en grande partie , ce que l'on a appelé « l'ère des tyrans », c'est-à-dire le temps où les chefs absolus de la démocratie, dans la plupart des villes^ impriment à la civilisation grecque son caractère original et accentuent sa personnalité : tels, les Pisistratides à Athènes, Polycrate à Samos, Lygdamis à Naxos, les Mélides à Ephèse, les rois de Lydie, les Orthagorides à Sicyone, les Bacchiades à Corinthe, les Aleuades à Larisse, les rois de Macédoine^ les Battiades à Cyj^ène, les Pythagoriciens dans les villes achéennes de la Grande Grèce, Anaxilas à Bhégion, Théron à Agrigente, Hippocrate et Gélon à Gela et à Syracuse. Tous s'efforcent à l'envi de donner à leurs patries respectives l'éclat artistique le plus brillant, s'attribuant efficacement un rôle de protecteurs et de Mécènes, comparables en cela, comme on l'a souvent remarqué, aux tyrans des républiques italiennes du XV siècle.
1. G. Perrot et Ch. Chipiez, Hist. de l'art dans Vantiquité, t. VIII, p. 109.