DARDANOS
tos, fils d'Ëuthymachos, en souvenir de la légende que nous venons de rapporter.
Cependant, ce récit n'est-il pas un conte inventé après coup, comme celui d'Arislote, pour donner une explication de faits qui paraissaient incompréhensibles? Est-ce la tradition rapportée par Pausanias qui explique les types monétaires? Ne sont-ce pas, au contraire, les types monétaires et les ex-?otos de Delphes qui ont donné naissance à la légende?
Sans rien préjuger sur le fond même de cette question, nous avons émis au t. II de la Première Partie de cet ouvrage, l'opinion que ces bipennes qui jouent un rôle si important dans les origines historiques et légendaires de Ténédos, rappelaient les bipennes qui, au même titre que les chaudrons et les trépieds, servaient primitivement de monnaie. Nous ne reviendrons pas sur ce point. Les bipennes déposées comme ex-votospar le roi Périclytos dans le temple de Delphes y jouaient le même r6le que les 66eXi<jxoi offerts en ex-votos par Phidon dans le temple
de Héra à Argos : c'étaient de vieilles pièces démonétisées, et voilà pourquoi la véritable monnaie qu'on frappa pour remplacer ces TcsXéxei<; porte leur image symbolique sur l'une de ses faces *.
Dans le type janiforme des monnaies ténédiennes, au lieu des tètes de Ténès et de Philonomé, on pourrait aussi proposer de reconnaître celle de Dionysos Dimorphos, ou plutôt, peut-être encore, les tètes de Dionysos et d'Ariadne. La bipenne qui est l'attribut du Zeus de Labranda sur les monnaies cariennes, était aussi placée dans la main de Dionysos, et même, à Pagasae (Thessalie}, ce dieu était adoré sous le nom de iriXexuc *. Le culte de la hache était un des plus anciens du monde oriental '.
A Ténédos même, dont les vignobles étaient renommés, on célébrait tous les ans un sacrifice solennel en l'honneur de Dionysos et la grappe de raisin figure souvent, à côté de la double hache, sur les monnaies ténédiennes des temps postérieurs ^.
§ IV. — Dardanos.
L'histoire de Dardanos, vieille ville de la Troade, à l'entrée de l'Hellespont, est des plus obscures. D'après la légende, elle reçut son nom de Dardanos, fils de Zeus, lancètre mythique de la dynastie royale de Troie. Cest dans son voisinage que l'on plaçait la scène de l'enlèvement de Ganymède et ce jeune dieu figure, en effet, sur
1. Voyez le présent Traité^ Première partie, t. II, (sous presse) .
2. Scol. ad lliad., XXiV, 428; F. Lenormant, art. Bûcchus, dans le Dictionn. des antiq. gr, et rom. de Saglio, p. 624.