CHAPITRE ITI GORINTHE ET LE PÉLOPONNÈSE
§ I. — Gorinthe.
La position géographique de Corinlhe^ sur rislhme étroit qui relie le Péloponnèse au continent, faisait de cette ville, plus encore que de Mégare, Tentrepôt du commerce entre l'Orient et l'Occident, ainsi que le relai obligé de toutes les routes qui venaient des différents points du continent grec pour se grouper là comme en un faisceau et se répandre ensuite dans toutes les directions sur la péninsule péloponnésienne. Gorinthe, que Virgile et Horace qualifient de bimaris^ avait deux ports : Tun, le Cenchrées (KeYXpeaO ^^^1*^ ^ ^'^^^ sur le golfe Saronique, en face d'Ëgine; Tautre, le Léchœon (Aé^aiov) était au fond du golfe dit de Gorinthe sur la mer occidentale. Son acropole, TAcrocorinthe, couronnait la montagne au pied de laquelle la ville était bâtie, dominant au loin la plaine et les deux golfes * .
Gelte position exceptionnelle n'avait pas manqué d'être remarquée par les naviga-
teurs Phéniciens qui s'y installèrent comme à Mégare et à Égine, et y implantèrent, dit-on, le culte de TAstarté sidonienne *.
Homère fournit sur les origines légendaires de Gorinthe des détails qui sont, pour la plupart, interprétés par les types monétaires. Ginq générations avant la guerre de Troie, régnait à Gorinthe, Sisyphe, le plus habile des hommes, S xipStTcoc dtvSpûv, ce qui lui valut d'être condamné par les dieux jaloux, à rouler éternellement son rocher du haut de TAcrocorinthe. Son fils s'appelait Glaucos; son petit-fils fut Bellérophon qui combattit la Ghimère, monté sur Pégase, et dont la légende devait être sans relâche exploitée par les graveurs des coins monétaires. Bellérophon fut chassé par Prœtos, roi d'Argos, et Gorinthe demeura longtemps sous le joug des Argiens. Dans le partage de l'empire d'Argos, à la suite de la conquête doriennS) Gorinthe échut à l'Héraclide Alétès.
1. E. Curtius, Hist, grecq., t. I, p. 322. 2. Ê. Gurtius, Hist, grecq,, t. I, p. 322.
CORINTHË
La grande prospérité maritime et com.
merciale de Corinthe, comme celle d'Égine, de Mégare, de Ghalciset d'Érétrie, remonte jusqu'à cette époque. Dès le ix« siècle, sous la dynastie fondée par Bacchis (les Bacchiades), les vaisseaux corinthiens fondent Corcyre et s'aventurent dans le bassin occidental de la Méditerranée. Au vm* siècle, les Corinthiens passent, avec les Milésiens et les Samiens, pour être les premiers marins du monde ; ils installent des comptoirs aussi bien sur les bouches du Nil que dans le Pont Euxin et dans les mers d'Occident. Ils s'allient aux Samiens et à Chalcis dans les guerres lélantiennes ; en 735, ils fondent Syracuse; en 704, le Corinthien Aminoclès vient à Samos pour y construire des navires d'une forme nouvelle, la trière ou galère à trois rangs de rames *.
Vers 664, Corinthe dut soutenir contre Corcyre, sa colonie, une guerre dans laquelle elle fut vaincue, et ce désastre provoqua, à Corinthe même, une révolution qui chassa la dynastie des Bacchiades.
L'un des membres de cette puissante famille, Démarate, obligé de s'exiler (vers 660) passa en Etrurie avec toute une armée d'artistes et d'artisans : potiers, ciseleurs et fondeurs en bronze, graveurs de gemmeSy coroplastes, etc. Ce fut le point de départ d'une ère nouvelle dans l'histoire de l'art italo-étrusque. Le fils de Démarate, Tarquin TAncien, devint roi de Rome.
A Corinthe même, Cypsélos fonda une nouvelle dynastie ; c'est vers la fin de son règne (657-629) que la monnaie corinthienne fait son apparition. La prospérité industrielle
1. Thucyd., 1, 13; cf. C. Torr dans la Revue archéologiquCy 1894, II, p. 24, et ci-dessus, p. 202. Voyez aussi, E. Gurtius, EisL grecque, 1. 1, p. 330.