PROFESSEUR DE CHIMIE
MEMBRE TITULAIRE DE L’ACADEMIE ROYALE DE MÉDECINE, DE LA SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA SOCIÉTÉ DE PHARMACIE DE PARIS , 6tC. , CtC.
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La falsification des drogues simples et composées a été pratiquée de tout temps et daus toutes les contrées , mais les circonstances politiques qui , à différentes époques, ont isolé la France des autres nations , et Font forcée à se créer des ressources dans son propre sein , ont rendu les fraudes et les substitutions plus communes dans ce pays que dans aucun autre, La difficulté que l’on avait à se procurer des denrées exotiques a vivement excité la cupidité des fraudeurs , et a fait tolérer peut-être avec trop d’indulgence les nombreuses substitutions dont le commerce de la droguerie était devenu l’objet.
C’est particulièrement depuis les guerres de la république et rétablissement du système continental, que l’art de falsifier a pris un plus grand développement. Les ports français ayant été fermés aux marchandises étrangères , le gouvernement impérial crut devoir encourager l’emploi des succédanés ; des ouvrages furent publiés afin de faire connaître à la France sa propre richesse en ce genre, et soit enthousiasme , soit nouveauté, la plupart des productions des Amériques et des contrées équinoxiales ne tardèrent pas à être remplacées par des produits de notre sol. On lut même jusqu’à doter des qualités les plus précieuses des substances qui jusqu’alors avaient été regardées comme sans vertus. L’écorce de mai:-
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ronnier , la rhubarbe du Morbihan , le pavot et le pastel de nos de'partemens méridionaux , furent proposés pour remplacer le quinquina du Pérou, la rhubarbe de Chine, l’opium du Levant et l’indigo du Bengale.
Cet élan généreux , qui , sous plusieurs rapports , a eu l’influence la plus heureuse , puisqu’il a donné naissance à des établissemens de plus d’un genre (i), qui , malgré la paix et la concurrence , sont restés debout comme pour témoigner en faveur de notre industrie et de nos efforts, a servi de prétexte aux falsificateurs pour donner à leur cupidité et à leurs manœuvres frauduleuses la couleur du zèle et du patriotisme.
On vit alors Marseille transformée en véritable atelier de sophistiquerie : les gommes-résines , les résines, les baumes, les mannes, le castoréuni , l’opium, le musc, n’étaient plus que des mélanges grossiers qui , s’ils n’avaient pas sur l’économie animale une action funeste, étaient pour le moins dénués de propriétés.
Quoique depuis cette époque les évènemens politiques aient rendu au commerce toute sa liberté, et rétabli nos communications avec les diverses puissances, les sopliistiqueries ont survécu au système prohibitif qui les avait favorisées , et ont pris même une nouvelle extension des progrès faits par la Chi-
(i) Au nombre des conquêtes dont la France s’enorgueillira toujours, on doit placer en première ligne les fabriques de sucre de betteraves et de soude artificielle.
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mie dans ces derniers temps , progrès qui , mis à profit par les falsificateurs , ont rendu plus difficiles les moyens de découvrir la fraude.
Malheureusement les lois qui sévissent avec rigueur contre les falsifications qui peuvent porter atteinte à la santé publique , lorsqu’elles ont pour objet les boissons et les substances alimentaires, sont restées jusqu’à ce jour étrangères à la répression de celles qui , pour n’avoir pas sur l’économie vivante une action aussi immédiate , n’en sont pas moins nuisibles lorsqu’elles sont pratiquées sur des drogues ou des médicamens doués de propriétés énergiques.
C’est pour suppléer à cette insuffisance de la loi qu’à diverses époques on a publié des ouvrages destinés à dévoiler ce honteux trafic qui compromet à la fois l’existence des malades et la réputation des médecins , dont les soins et les espérances sont fréquemment trompés par l’emploi de médicamens falsifiés.
Celui que nous publions aujourd’hui a pour but, non - seulement de faire connaître les nombreuses falsifications que l’on fait subir journellement aux drogues simples et composées , maïs encore d’indiquer les moyens que l’on peut mettre en pratique pour déterminer le degré de pureté de beaucoup de produits usités en Médecine et dans les arts , qui , sans être falsifiés à dessein , se trouvent toujours dans le commerce mélangés à des quantités variables de matières étrangères ; tels sont les acides , l’alcool , les chlorures de chaux
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et de soude , l’oxide de manganèse , la potasse , la soude, etc.
Nous avons cherche à réunir les diverses falsifications déjà publiées , et qui étaient éparses clans un grand nombre d’ouvrages , et particulièrement dans les journaux de Chimie et de Pharmacie , et nous y avons joint celles que notre position nous a mis à même de connaître, en évitant de citer les fraudes qui nous ont paru incertaines ou trop grossières , et qui par cela même offrent peu de danger.
Au nombre des falsifications que nous signalons , il en est qui , pour être reconnues , n’ont besoin que d’être indiquées ; mais il en est d’autres , et notamment celles qui sont relatives aux substances végétales, telles que les racines, les bois, les écorces, etc., dont souvent on ne peut s’assurer que par un examen sévère et approfondi de caractères et de propriété^ physiques qui, considères isolement, peuvent paraître minutieux ou de peu de valeur, mais qui acquièrent de l’importance par leur ensemble. Dans ce cas, nous nous sommes attachés à donner une description exacte et détaillée de la substance de bonne qualité, d’après les meilleurs auteurs (i), et V échantillon sous les yeux, et nous avons fait suivre l’article d'un tableau indiquant l’examen comparatif du macéré ou de l’infuse des substances vraie et falsi-
( i) L’Histoire abrégée des Drogues simples par Ml. Guibourt est un des ouvrages que nous avons consultés avec le plus de fruit.
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fiée , et les changemens qu’y dénotent un certain nombre de réactifs.
On trouvera dans le cours de l’Ouvrage quelques sophistiqueries qui ne se pratiquent peut-être plus aujourd’hui ; mais comme les causes qui leur avaient donne' naissance peuvent se reproduire d’un moment à l’autre, nous avons jugé utile de les signaler.
L’ordre alphabétique que nous avons adopté paraîtra sans doute peu méthodique ; mais nous n’avons pas cru devoir sacrifier les avantages qu’il présentait pour la facilité des recherches, à une classification raisonnée, toujours difficile à établir parmi des substances de nature si differente , et qui d’ailleurs n’aurait rien ajouté à l’utilité de l’ouvrage.
Nous ne terminerons pas cet avant-propos sans donner une liste bibliographique des ouvrages qui , dans les vingt dernières années qui viennent de s’écouler, ont été publiés en France sur les falsifications des drogues simples et composées , ou qui s’en sont occupés d’une manière plus ou moins directe. Intéressés que nous sommes dans la question, il ne nous appartient pas d’émettre une opinion sur le mérite ou les défauts de chacun d’eux ; c’est une réserve que notre position commande , et dont on appréciera facilement les motifs.
Favre. Delà Sophistication des substances médicamenteuses, et des moyens de la reconnaître. Paris, 1812.
Dictionnare des Sciences médicales. Paris, 1812 — 1822. ( Articles Commesiibles , Sophistications, Vins, etc.)
Guiboukt. Histoire abrégée des Drogues simples. Paris,
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Kapeler et Caventoo. Manuel des Pharmaciens et des Droguistes , traduit en français sur la dernière édition de l’ouvrage allemand d 'Ebermayer, et approprié à la nouvelle Pharmacopée française. Paris, 1821.
Desmarest. Traité des Falsifications relatives à la Médecine , aux Arts et à l’Économie domestique. Paris, 1828. ( Cet ouvrage fait partie de la Bibliothèque industrielle.)
Fée. Cours d’Histoire naturelle pharmaceutique , ou Histoire des substances usitées dans la Thérapeutique, les Arts et l’Économie domestique. Paris, 1828.