CHR
difficile de le reconnaître à la simple vue. Cependant , lorsqu’on examine avec beaucoup d’attention la cassure de ce chromate, on y aperçoit quelquefois des points blancs de sulfate de chaux irrégulièrement disséminés dans la masse. Toutefois, il est plus sûr d’en faire l’essai : le moyen le plus simple consiste à calciner, dans un creuset couvert, une partie de ce chromate avec un quart de son poids de charbon réduit en poudre fine, à traiter ensuite le résidu par l’acide hydrochlorique faible, qui, dans le cas de la présence du sulfate , décompose le sulfure de chaux formé et donne lieu à un dégagement d’hydrogène sulfuré. On filtre le liquide , qui est d’une couleur verte , en raison de l’hydro-chlorate de chrome qu’il renferme, on y ajoute une suffisante quantité d’ammoniaque pour précipiter les substances étrangères à la chaux , on filtre de nouveau, et dans la liqueur on verse de l’oxalate d’ammoniaque, qui occasione un précipité abondant d’oxalate de chaux.
On a quelquefois introduit dans le commerce du chromate de plomb mélangé d’amidon ; mais , indépendamment de ce que ce chromate se broie à l’huile avec difficulté ,
i46 CHR
on reconnaît facilement la présence de cette matière étrangère par la perte que ce chromate éprouve lorsqu’on le calcine fortement dans un creuset, et par l’odeur de matière végétale brûlée qu’il exhale pendant la calcination.
Le chromate de plomb n’est guère usité que dans les arts ; on l’emploie dans tous les genres de peinture, et particulièrement dans le décor et la peinture sur équipages; il est aussi employé dans la teinture des étoffes et dans la fabrication des papiers peints.
CHROMATE DE POTASSE NEUTRE (i).
Le chromate de potasse neutre est un sel d’une couleur jaune - citron , d’une saveur fraîche, amère et désagréable, cristallisant en
(i) M. Tassaert fils a remarqué qu’une dissolution neutre de chromate de potasse, loin de donner naissance à des cristaux de sel neutre , laissait au contraire déposer par le refroidissement des cristaux de chromate acide , et que les eaux-mères devenaient alcalines. (Annales de Chimie et de Physique, t. XXII, p. 5i ). Malgré cette observation, nous avons adopté la dénomination de chromate de potasse neutre, parce qu’elle est consacrée par la plupart des traités de Chimie.
CHR i47
prismes rhomboïdaux sans pyramides aux sommets; il est très soluble dans l’eau, plus à chaud qu’à froid. On l’obtient en calcinant dans un creuset une partie de mine de chrome pulvérisée et une partie de nitrate de potasse.
Le chromate de potasse est susceptible de s’unir avec d’autres sels neutres, particulièrement avec le sulfate de potasse , et de former des sels triples; et comme la couleur jaune est assez riche, ces sortes de combinaisons ne sont pas toujours faciles à reconnaître à la simple vue. L’un de nous a publié dans le Journal de Pharmacie de l’année 1 8a 3, page 1 84, l’analyse d’un chromate de potasse contenant 56 pour ioo de sulfate de potasse.
Le meilleur moyen de reconnaître cette falsification, outre les inductions qu’on peut d’abord tirer de l’intensité de la couleur et de la forme des cristaux, est de verser dans la solution de ce sel du nitrate de baryte jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité. La baryte se combine à l’acide chromique et à l’acide sulfurique pour donner lieu au précipité, tandis que l’acide nitrique du nitrate de baryte sature la potasse et reste en solution dans la liqueur. Mais comme le chro-
mate de baryte se dissout facilement dans l’acide nitrique, et qu’au contraire le sulfate de baryte y est insoluble , en versant de cet acide en excès sur le précipité, on pourra voir à l’instant si le chromate de potasse qu’on essaie contient ou non du sulfate de potasse, et pour connaître la proportion de ce sel, on n’aura qu’à dessécher avec soin le sulfate de baryte et le peser. La quantité d’acide sulfurique que renferme le sulfate de baryte étant connue, on saura très facilement la quantité de sulfate de potasse combiné ou simplement mélangé au chromate de potasse.
Tous les manufacturiers ou fabricans de toiles peintes, qui sont dans le cas de faire usage du chromate de potasse, devront donc toujours, i°. le choisir d’une nuance riche et très éclatante; 2°. avoir égard à la cristallisation rhomboïdale propre au chromate pur; 3°. enfin, l’essayer par le moyen indiqué plus haut , ou faire des essais comparatifs avec un chromate de potasse de la pureté duquel ils se seront assurés.
Le chromate de potasse sert en Chimie à préparer la plupart des autres chromâtes ; dans les arts, on l’emploie pour obtenir le
CIR 149
chromate de plomb, et dans la fabrication des toiles peintes.
CINABRE. V. Sulfure de mercure.
CIRE. La cire est une substance d’une couleur jaune plus ou moins foncée , grenue , grasse et ductile, se ramollissant facilement sous les doigts, d’une odeur agréable, particulière. Elle n’adhère point aux dents lorsqu’on la mâche et elle se fond à 68°. La cire est produite par les abeilles; elle est destinée à former les rayons dans lesquels ces insectes déposent le miel dont ils font provision. Après avoir débarrassé ces rayons du miel qu’ils contiennent, on les fond avec un peu d’eau à une douce chaleur, et on les coule
dans des moules de terre, de bois ou de rné-
tal. En refroidissant lentement, la cire laisse déposer des impuretés que l’on sépare avec un instrument tranchant; c’est à ce dépôt de couleur grise que l’on donne le nom de pied. Lorsqu’on achète de la cire, on doit casser en deux chaque pain ou chaque brique, afin de s’assurer si le pied n’aurait pas été entouré à dessein d’une couche de belle cire.
CIR
Ue tout temps on a falsifié la cire en y mélangeant des résines, du galipot ou du suif de mouton; mais ces substances lui donnant une consistance onctueuse et une odeur désagréable, les fraudeurs ont eu recours à un autre moyen. Cette nouvelle supercherie consiste à incorporer avec la cire de la fécule de pomme de terre. M. Delpech , pharmacien au Bourg-la-Reine , qui a signalé ce genre de falsification il y a quelques années, en indiquant le mal , a donné le moyen de s’en garantir. Il traite la cire qu’il soupçonne altérée , par l’essence de térébenthine aidée de la chaleur; cette huile volatile dissout la cire et laisse la fécule intacte. La cire mélangée de fécule est d’une couleur jaune terne et plus pesante que la cire de bonne qualité.
Il y a environ quatre à cinq ans que nous eûmes occasion de rencontrer dans le commerce de la cire mélangée à une masse emplastique préparée avec la litharge et l’huile; mais comme le mélange était fait dans des proportions à peu près égales, la pesanteur des pains fit bientôt reconnaître cette fraude. Un petit morceau de cette cire, projeté dans de l’eau hydro-sulfurée, noircissait à l’instant.
La cire a un grand nombre d’applications
CIR
dans les arts; il en est quelques-unes pour lesquelles il est nécessaire de la blanchir. Cette opération, qui est fort simple, consiste à diviser la cire en petites lanières ou rubans fort minces, afin quelle présente beaucoup de surface et peu d’épaisseur, et à l’exposer à l’action simultanée de la lumière et de la rosée, jusqu’à ce qu’plie soit devenue très blanche ; en cet état , on la fond au bain-marie et on la coule pour en former des pains plats d’environ deux onces; c’est ce qui constitue la cire vierge du commerce. La cire fait la base de la plupart des emplâtres et des onguens.
CIRE BLANCHE , Cire vierge. La cire blanche n’est autre chose que la cire jaune qui a subi l’opération du blanchiment, ainsi que nous l’avons dit plus haut. {V. jCire.) Il paraît que cette opération, en détruisant la matière colorante de la cire, la prive aussi d’une partie de son onctuosité. C’est dans l’intention de lui rendre le liant qu’elle a perdu, que les ciriers y ajoutent, au moment de la fondre , une certaine proportion de suif. Mais comme ce motif sert souvent de prétexte pour en introduire outre mesure,
i5* CIV
et que l’on manque de moyens faciles pour reconnaître de petites quantités de suif dans la cire, nous croyons devoir conseiller de la choisir toujours sèche et cassante, non adhérente aux doigts et ne laissant aucun goût de suif dans la bouche après l’avoir mâchée.
La cire blanche entre dans la composition du cérat de Galien , de l’jonguent blanc rhasis, du dia palme, etc.
CIVETTE. La civette est une matière demi-fluide, onctueuse, d’une couleur jaune fauve qui passe au brun en vieillissant, et qui s’épaissit par son contact avec l’air. Son odeur est très forte et très désagréable en masse, suave et agréable lorsqu’elle est divisée ; en cet état , elle se rapproche beaucoup de celle du musc.
La civette est produite par deux mammifères carnassiers, nommés viverra civetta et viverra zibetha de L., qui sont originaires des contrées brûlantes de l’Afrique et de l’Asie. Cette substance est contenue dans une poche, située entre l’anus et les parties de la génération. Pour la recueillir, on enferme l’animal dans une cage de fer, on lui embarrasse les jambes de deriière avec un bâton
passé au travers des barreaux, et au moyen d’une petite cuiller, on vide la poche qui renferme le parfum.
La civette se rencontre rarement pure dans le commerce ; sa consistance , sa couleur et son odeur pénétrante donnent aux fraudeurs la facilité de pouvoir la mélanger à des substances étrangères, sans qu’il soit possible de reconnaître cette altération. Quelques auteurs prétendent même que celle qui nous parvient de la côte Guinée est déjà mélangée à des corps gras avant de nous être expédiée.
En 1824, un capitaine de navire qui revenait des îles du Cap -Vert nous remit une petite quantité de civette qu’il assurait avoir vu recueillir; les expériences tentées pour parvenir à connaître les élémens de cette matière ont donné les résultats suivans, consignés par l’un de nous dans le Journal de Pharmacie , 1824 : i°. de l’ammoniaque libre; 20. deux matières grasses , l’une solide, l’autre liquide; 3°. du mucus; 4°- de la résine; 5°. de l’huile volatile ; 6°. une matière colorante jaune ; 7°. des sous-carbonate et sulfate de potasse, du sous-phosphate de chaux et de l’oxide de fer.
1 54 coc
COCHENILLE, Coccus càcti de L., est un insecte hémiptère de la famille des gallinsectes, originaire du Mexique. Elle se présente dans le commerce sous la forme d’un petit corps irrégulier, généralement convexe d’un côté, et légèrement concave de l’autre, ayant une ligne et demie de longueur environ, et une ligne de largeur, très ridé à sa surface et présentant des lignes transversales assez apparentes.
La couleur de la cochenille varie; elle est quelquefois d’un rouge foncé noirâtre, et désignée dans le commerce sous le nom de cochenille noire ; d’autrefois elle est d’une couleur gris -blanchâtre jaspé de rose, et porte alors le nom de cochenille grise , jaspée ou argentée. Ces sortes de cochenille ne sont qu’une seule et même espèce, et les différences qu’on y observe tiennent à ce qu’on est dans l’usage, pour faire périr la cochenille noire, de la plonger dans l’eau bouillante qui la prive de la poussière blanchâtre dont elle est naturellement recouverte. La cochenille grise, au contraire, que l’on fait mourir en l’exposant à la chaleur d’un four, conserve la couleur qui lui est propre.
Quelques auteurs ont pensé que ce mode
GOC
de préparation de la cochenille devait établir une supériorité en faveur de la cochenille grise, en ce que l’eau dans laquelle on plonge la cochenille noire doit toujours lui enlever une portion de sa matière colorante; mais cette manière de voir n’est pas justifiée par les usages du commerce, car la cochenille noire est toujours cotée, dans les prix courans, 2 à 3 francs de plus par kilogramme (1).
Les cochenilles noires sont peu sujettes à être falsifiées; mais il n’en est pas de même des cochenilles grises , que certains marchands jaspent artificiellement en les exposant dans un endroit humide ou à la vapeur d’eau, et les brassant avec de la craie de Briançon dans un sac de peau long et étroit. Cette cochenille, qui, par cette préparation^, acquiert du poids et un aspect argenté, est
(1) M. Fée, dans l'article Cochenille de son Coj/r's ch Histoire naturelle pharmaceutique , 11’adopte point cette manière de voir ; mais les raisons sur lesquelles il s’appuie ne nous paraissent pas de nature à infirmer celles que nous avons données depuis long -temps en faveur de l’opinion contraire et à prévaloir sur l’expérience journalière des fabricans.
coc
ensuite criblée pour la séparer de l’excédant du talc, et enfin livrée au commerce.
Cette falsification se reconnaît en faisant macérer la cochenille dans l’eau tiède : l’insecte se gonfle, s’arrondit, et la poudre se détache et se rassemble au fond du vase. Avec un peu de patience, on peut aussi la séparer mécaniquement.
On a quelquefois cherché à imiter la cochenille en faisant une pâte avec des grabeaux de cochenille pulvérisés et des matières étrangères , au moyen de l’eau et d’un mucilage, et en granulant cette pâte de manière à lui donner la forme de l’insecte; mais, outre que cette falsification grossière peut se reconnaître à la simple vue , si l’on met tremper dans l’eau une pincée de cette fausse cochenille, le mucilage se dissout et la poudre se précipite.
On trouve aussi dans le commerce, sous le nom de cochenille sylvestre , une substance qui vient de l’Inde, et qui , au premier coup d’œil , a quelque analogie avec la véritable cochenille ; mais si on l’examine avec attention , on voit qu’elle est composée de grains tout-à-fait irréguliers , les uns très petits , les autres très gros, mélangés de parties agglo-
COC 1 57
mérées d’une forme sphérique , d’nne couleur rougeâtre et qui paraissent avoir servi de nids à l’insecte. Cette cochenille a un aspect violacé imitant la couleur de la lac-dye; sa cassure est terne, terreuse et quelquefois blanchâtre ; elle est peu répandue dans le commerce, et fournit très peu de matière colorante.
Le type de la bonne cochenille, quelle que soit d’ailleurs la nuance de sa couleur , devra toujours offrir des grains bien détachés les uns des autres, bien nourris, lourds, arrondis, peu ridés, mais présentant distinctement la forme et les anneaux qui sont propres à cet insecte.
Les teinturiers, pour s’assurer de la qualité de la cochenille, sont dans l’usage d’en mâcher quelques grains, afin de voir si elle colore fortement la salive en rouge ; mais le moyen le plus exact consiste, suivant M. Robiquet (Dictionnaire Technologique, art. Cochenille) à prendre deux quantités égales de cochenille, dont l’une, déjà connue pour être de première qualité, servira de terme de comparaison , et l’autre celle que l’on veut acquérir. On les fait bouillir chacune dans une égale quantité d’eau , puis on met une
COL
mesure égale de ces teintures dans deux petites éprouvettes graduées, et l’on y ajoute peu à peu une solution de chlore jusqu’à ce que la liqueur soit devenue jaune. La différence de quantité de chlore exigée pour la décoloration de chacune d’elles, fera connaître leur différence de qualité.
MM. Pelletier et Caventou , qui ont fait l’analyse de la cochenille, l’on trouvée formée
i°. De carminé ;
2°. D’une matière colorante animale particulière;
Î stéarine , éla'ine ,
acide odorant;
4°. Des sels suivans : phosphate de chaux, carbonate de chaux, hydro-chlorate de potasse, phosphate de potasse, potasse unie à un acide organique.
COLLE DE POISSON. V. Ichtyocolle.
COLOMBO. La racine de columbo est originaire de l’Inde, et nous vient de l’ile de Ceylan; on en tire aussi de Madagascar et de la côte orientale de l’Afrique. L’arbre qui la produit est le cocculus palmatus de DC., menispermutn palmatum de Lam. M. Guibourt a signalé, il y a quelque temps, l’exis-»
COL
tence d’une fausse racine de columbo que l’on rencontre dans le commerce, et dans une note qu’il a publiée à ce sujet (i), il examine avec beaucoup de soin et d’exactitude quels sont les caractères qui peuvent servir à les faire distinguer; nous avons cru devoir les reproduire ici comparativement :
Vraie racine de columbo. Elle est en rouelles d’un à trois pouces de diamètre, ou en tronçons de deux à trois pouces de long. Elle a une teinte générale verdâtre, une saveur très amère , une odeur désagréable , mais qui ne devient sensible que lorsque la racine est rassemblée en masse.
L’épiderme est d’un gris-jaunâtre ou brunâtre , quelquefois presque uni , le plus souvent profondément rugueux; les rugosités sont irrégulières, et n’offrent aucune apparence de stries circulaires parallèles.
Les surfaces transversales sont rugueuses , déprimées au centre de la racine par suite de la dessiccation, ou offrent plusieurs dépressions concentriques, comme la bryone desséchée. Dans quelques morceaux dont la vé-
(i) Journal de Chimie médicale , t. II, p. 334-