‹ Traité des moyens de reconnaître les falsifications des drogues simples et composées, et d'en constater le degré de púretéChapitre 35 sur 100 · DE POTASSE · texte numérisé non relu

DE POTASSE

DAUCUS DE CRÊTE. Ces semences sont fournies par Yathamanta cretensis de L.,de la pentandrie digynie, famille des ombellifères, et nous viennent d’Égypte , de l’Archipel grec et des provinces méridionales de la France. Elles sont longues d’environ deux lignes,, demi-cylindriques, subulées, tomenteuses, couronnées à leur sommet par le style qui est persistant, d’un gris-verdâtre, d’une odeur

iü8

EAU

aromatique qui rappelle celle de l’origan, et d’une saveur chaude. Les semences de daucus de Crète que l’on trouve dans le commerce de la droguerie, sont toujours mélangées à des ombellules et à des débris d’ombelles coupés menu, que les pharmaciens sont dans l’habitude de séparer avant de réduire les semences en poudre.

On substitue assez fréquemment au daucus de Crète les semences de certains daucus denos contrées, et particulièrement celles du daucus carotta de L.; mais ces dernières sont assez faciles à distinguer aux caractères suivans : elles n’ont guère qu’une ligne environ de longueur, sont planes d’un coté, convexes de l’autre, striées longitudinalement, hérissées de poils assez longs, bien différens du duvet cotonneux qu’on remarque sur le daucus de Crète; leur saveur est aromatique, et leur odeur douce et agréable.

Le daucus de Crète est aujourd’hui peu employé; il entre cependant encore dans la thériaque.

EAU-DE-VIE. L’eau-de-vie est le résultat de la distillation du vin, et bien que l’on

donne aussi ce nom au produit de la distillation des autres liqueurs fermentées, on est dans l’usage d’y joindre, dans ce dernier cas, le nom de la substance d’où on le retire; c’est ainsi qu’on dit, eau-de-vie de grain , de pomme de terre , etc. Tous ces liquides considérés chimiquement ne sont que de l’alcool étendu de certaines proportions d’eau, plus une matière particulière qui donne à chacun d’eux l’odeur et la saveur qui les caractérisent.

L’eau-de-vie de vin proprement dite, qui est celle que l’on doit employer exclusivement en pharmacie, est un liquide ambré, dont la couleur est due à une portion de matière extractive et colorante qui provient du bois des tonneaux dans lesquels on le renferme, marquant de i5 à 220 à l’aréomètre de Cartier , d’une saveur chaude, mais agréable , qui se modifie par le temps. Tous les vins sont susceptibles de fournir de l’eau-de-vie en proportions variables; mais c’est particulièrement du Languedoc, de la Saintonge et de l’Angoumois que nous vient la plus estimée.

Un grand nombre d’épiciers et de débitans d’eau-de-vie, afin d’avoir un liquide qui leur

EAU

revienne à meilleur marché, sont clans l’habitude de préparer leur eau-de-vie en coupant de l’alcool à 33° avec de l’eau pour le ramener à 18 ou 20°. Ce mélange, qu’ils colorent ensuite en y ajoutant du caramel , possède bien tous les caractères physiques et le degré de la bonne eau-de-vie, mais il est loin d’en avoir le goût et la qualité , et le palais exercé d’un gourmet ne tarde pas à en faire justice.

D’autres fois on ajoute à l’eau-de-vie, dans le but de lui communiquer une saveur plus chaude et plus piquante, des substances aromatiques , telles que du poivre, du gingembre, etc.; cette addition se reconnaît bientôt à la saveur âcre et persistante de la liqueur. De plus , si 011 l’évapore lentement de manière à la réduire au tiers de son volume, l’alcool se dissipe et le liquide aqueux, qui le plus souvent devient trouble et laiteux, conserve une saveur âcre et brûlante qui n’a aucune analogie avec celle de l’eau-de-vie.

L’alcool étendu d’eau jusqu’au point de 11e marquer cpie 17 a 180 à l’aréomètre, est toujours fort long à s’éclaircir et à acquérir une transparence parfaite. Cette difficulté

EAU

vient de la séparation d’une certaine quantité d’huile volatile que contient toujours l’alcool, et qui, par suite de l’affaiblissement du degré de ce menstrue , n’est plus dissoute qu’incomplètement.

Pour faciliter la clarification , certains marchands projettent dans le liquide une petite quantité d’acétate de plomb dissous dans l’eau, le brassent et l’abandonnent au repos. Le trouble momentané que ce sel occasione disparaît bientôt, et après 24 heures l’eau-de-vie est devenue très limpide.

Cette pratique condamnable sous tous les rapports ne mériterait-elle pas de fixer l’attention de l’autorité ? On nous objecterait vainement que la proportion d’acétate de plomb , relativement à la quantité de liquide à laquelle on l’ajoute, est trop petite pour qu’il en résulte aucun accident ; nous sommes d’un sentiment contraire et nous pensons même que bien que ce sel vénéneux ainsi étendu soit à peine sensible aux réactifs, il peut encore avoir sur nos organes une action funeste, par un usage prolongé.

EAU DISTILLÉE, Eau pure. L’eau de sources et de rivières 11’étant pas toujours

EAU

propre aux usages de la Médecine et de la Chimie en raison des matières salines et terreuses qu’elle contient, l’emploi de l’eau distillée devient indispensable dans certains cas.

M. Chevreul ayant remarqué que l’eau distillée contenait presque toujours une petite quantité d’ammoniaque et ramenait au bleu le tournesol rougi, on doit toujours avoir la précaution de rejetterles premières portions qui passent dans le récipient.

On reconnaîtra toujours facilement l’eau distillée de l’eau commune, à ce que la première n’est pas précipitée par les dissolutions d’argent, l’eau de chaux, l’hydro - chlorate de baryte et l’oxalate d’ammoniaque; qu’elle est sans action sur le papier coloré, et qu’elle 11e laisse après son évaporation aucun résidu.

EAU DISTILLÉE DE CANNELLE. Suivant le Codex , on doit préparer cette eau avec de la cannelle de Ceylan ; mais la cherté de cette écorce fait qu’on lui substitue souvent la cannelle de Chine. L’eau qui provient de la distillation sur cette dernière possède toujours un goût peu agréable et une odeur

EAU

qui rappelle celle de la punaise, tandis que l’eau distillée de cannelle de Ceylan a une odeur suave particulière , et une saveur aromatique et piquante fort agréable.

L’eau de cannelle a toujours un aspect laiteux, qui tient à ce que la pesanteur spécifique de l’huile volatile de cannelle étant à peu près la même que celle de l’eau, elle reste en suspension dans ce liquide. Néanmoins, après un certain temps, une partie de l’huile gagne le fond du vase et l’eau reprend un peu de transparence. Pour obvier à cet inconvénient, quelques praticiens ajoutent dans l’alambic, au moment de distiller, une petite quantité d’alcool, qui par sa propriété dissolvante facilite l’union de l’huile avec l’eau.

Il se dépose souvent dans l’eau de cannelle des cristaux colorés en jaune, qui ne sont autre chose que de l’acide benzoïque. On s’en assure en les dissolvant à chaud dans une petite quantité d’eau. Ce liquide rougit alors sensiblement le papier de tournesol; par le refroidissement il laisse déposer des cristaux brillans, micacés, auxquels on peut facilement reconnaître les propriétés de l’acide benzoïque. C’est à la présence de cet acide que

174 EAU

l’eau de cannelle doit la propriété de rougir le tournesol, et non aune altération, ainsi que cela arrive pour plusieurs autres eaux distillées.

EAU DISTILLÉE DE FLEURS D’ORAN- GER. On obtient l’eau de fleurs d’oranger en distillant de l’eau commune sur les fleurs fraîches du citrus aurantium de L. , arbre de la polyadelphie icosandrie, dicotylédones polypétales hypogynes , famille des aurantiacées. Cette eau, lorsqu’elle vient d’ètre préparée, n’a pas une odeur bien développée, mais après un certain temps elle devient suave et des plus agréables. Pour la conserver d’une année à l’autre, on doit la préparer dans les proportions d’une livre de fleurs pour une pinte d’eau, c’est ce qui constitue l’eau de fleurs d’oranger simple ; mais si l’on cohobe cette eau simple sur une nouvelle livre de fleurs, ou qu’on retire une pinte d’eau pour deux livres de fleurs , l’eau qu’on obtient est beaucoup plus aromatique , et porte le nom d’eau de fleurs d’oranger double.

Les eaux de fleurs d’oranger du commerce, qui viennent de Malte et de Provence, soit

par stagnons , soit distribuées en petites bouteilles de verre mince recouvertes de papier collé, sont souvent le produit de la distillation, non - seulement des fleurs, mais encore des feuilles et des fruits de l’oranger. Ces eaux, que les débitans donnent à très bas prix, ont une odeur analogue à celle de la feuille d’oranger lorsqu’on la pile ou qu’on la brise entre les doigts ; leur saveur est d’une amertume assez prononcée et n’a rien d’agréable. On apprécie facilement la différence qui existe entre ces eaux et celle préparée comme l’indique le Codex, en les comparant entre elles.

L’eau de fleurs d’oranger contient souvent de l’acide acétique à l’état de liberté, dont la quantité est quelquefois assez considérable pour être très sensible au goût et au papier de tournesol, et lorsque ces eaux se trouvent en contact avec du cuivre, ce qui a lieu pour celles qui nous arrivent en stagnons, elles contractent une saveur métallique très désagréable et peuvent avoir un effet très fâcheux sur la santé. On reconnaît la présence du cuivre dans l’eau de fleurs d’oranger, par l’addition de quelques gouttes d’ammoniaque liquide, qui, dans le cas de la présence d’un

i j6 EAU

sel cuivreux, détermine dans la liqueur une belle couleur bleue (1).

L’eau de fleurs d’oranger est d’un usage très fréquent dans l’économie domestique ; en Médecine, on l’administre comme calmante et anti - spasmodique; elle fait partie d’une multitude de préparations magistrales.

EAU DE JAVELLE. V. Chlorure de potasse.

EAUX DISTILLÉES. On distingue en pharmacie deux sortes d’eaux distillées , les eaux distillées odorantes et les eaux distillées inodores. Les premières portant avec elles l’odeur propre aux substances qui ont servi à les préparer, il est impossible de les confondre avec aucune autre ; on peut tout au plus les obtenir moins chargées en s’écartant des doses prescrites par les formulaires.

(i) M. Boullaj, pharmacien de Paris, a reconnu un des premiers que l’eau de fleurs d’oranger était souvent acide au moment même de la distillation. 11 a proposé, pour parer à cet inconvénient, d’ajouter dans l’alambic un gros de magnésie calcinée par livre de fleurs d’oranger.

EAU

Il n’en est pas de même des eaux distillées inodores, auxquelles on substitue l’eau distillée simple, et plus souvent encore l’eau commune. Dans ce dernier cas , la substitution se reconnaît aux sels calcaires et magnésiens que renferme toujours l’eau commune, et qui n’existent point dans les eaux distillées.

Mais lorsqu’on emploie l’eau distillée simple pour remplacer les eaux distillées des plantes inodores, la fraude devient plus difficile à constater; néanmoins au nombre de eaux distillées dont on fait usage en Pharmacie, il en est quelques-unes qui possèdent des caractères qui peuvent les faire distinguer au premier abord. Celle de centaurée, par exemple, quand elle a été cohobée plusieurs fois, acquiert une odeur très vive et très pénétrante qui a de l’analogie avec celle de l’alcoolat de cochléaria. L’eau de trois noix a une saveur astringente, une odeur particulière et souvent une couleur ambrée. Celles de laitue et de pavot rouge cohobées , ont une odeur vireuse et une saveur nauséabonde très marquées.

De plus, les eaux distillées de plantes inodores ne sont jamais aussi limpides que l’eau

ECO

simple; souvent même, quelque temps après leur préparation, elles laissent déposer des flocons blanchâtres qu’on est obligé de séparer par le filtre; d’autres fois elles deviennent épaisses et filantes. Dans ce dernier cas, elles doivent être rejetées.

Les eaux distillées sont d’1111 usage très fréquent en Pharmacie; elles servent de véhicule à la plupart des potions.

Page 1