‹ Traité des moyens de reconnaître les falsifications des drogues simples et composées, et d'en constater le degré de púretéChapitre 96 sur 100 · TAR · texte numérisé non relu

TAR

discuté et fait connaître la valeur de chacun d’eux. Il a remarqué que plusieurs de ces procédés, et notamment celui de M. Philipps , donnaient de l’émétique contenant toujours une certaine proportion de tartrate acide de potasse. Le moyen facile qu’il a indiqué pour reconnaître la présence de ce sel dans l’émétique, consiste à faire dissoudre une partie de l’émétique qu’on veut essayer dans quatre parties d’eau, et à voir si cette dissolution ne précipite pas f hydro-chlorate de baryte, l’oxalate neutre d’ammoniaque, le nitrate acide chargent et l’acétate de plomb convenablement acide (i). Ce dernier réactif, surtout préparé ainsi qu’il est indiqué ci-dessous, est d’une si grande sensibilité, qu’on peut découvrir dans l’émétique la plus petite quan-

(i) Pour préparer cet acétate de plomb, ou prend: acétate de plomb cristallisé, 8 parties ; eau distillée, 32 parties; on fait dissoudre dans l’eau à chaud; on remplace celle qui s’est évaporée, et l’on filtre pour séparer un peu de carbonate. On ajoute alors au )iq uide : acide acétique à 90, i5 parties , ou , ce qui est la même chose , on prend 8 parties de solution u’acétate, et l’on y ajoute 3 parties d’acide acétique à ()°.

464 THÉ

ti té de tartrate acide de potasse; mais il arrive quelquefois que la précipitation n’a lieu qu’après quelques instans.

L’émétique obtenu par le procédé du Codex , qui consiste dans l'emploi du verre d’antimoine, au lieu de l’oxi-chlorure ou du sous-sulfate, est fort sujet à contenir du tartrate de fer et même de la silice. Ce sel de fer, dont il est très facile de constater la présence par les réactifs, est assez difficile à séparer de l’émétique , mais celui qui en est souillé possède toujours une teinte jauneverdâtre. Il est donc essentiel que les pharmaciens qui ne préparent pas eux-mêmes l’émétique, se le procurent toujours en cristaux, afin d’être plus sûrs de sa pureté.

THÉ. Les diverses sortes de thés que l’on rencontre dans le commerce doivent toutes être rapportées, selon Kœmjfer, Thunberg et M. Desfontaines , au thea chinensis, arbrisseau qui croît en Chine et au Japon, et qui appartient à la polyandrie monogynie et à la famille des orangers.

On divise commercialement les thés en /liés verts et en thés noirs; mais la différence

THE

de couleur qui les caractérise ne provient pas de ce que ces feuilles sont produites par deux arbrisseaux diflérens, ainsi que l’avait pensé Linnêe, qui, d’après cette opinion, avait donné à l’un le nom de thea viridis, et à l’autre celui de thea bohea. On peut supposer avec plus de vraisemblance qu’elle est due à l’âge des feuilles et aux procédés employés pour opérer leur dessiccation.

Voici les diverses espèces de thés dont les cargaisons se composent le plus communément.

Thés noirs.

Thés verts.

Thé boui,

Thé camphou, Thé saotchon, Thé paotcliaon, Thé pekao,

Thé soncliay.

Thé hayswen-skine , Thé tonkai,

Thé hayswen,

Thé perlé,

Thé poudre à canon, Thé tcliulan.

La plupart de ces thés étant d’un usage fort limité, nous ne décrirons ici que les espèces les plus employées; les personnes qui voudraient sur la récolte, l’enroulement et la dessiccation du thé, des notions plus étendues, devront recourir aux ouvrages d’His-

466 THÉ

toire naturelle et aux divers mémoires publiés sur cet objet.

Thé vert proprement dit, appelé aussi thé tOTikai ou twankay. Est en feuilles d’un vert assez pur, légères, assez friables, peu ou pas roulées, contenant quelques pétioles et beaucoup de menus.

Thé hayswen ou hyson. Ce thé offre des feuilles grandes, entières, roulées longitudinalement et recourbées sur elles -mêmes; d’une couleur vert-grisâtre glauque; légèrement argenté, d’une odeur suave.

Thé perlé. Il est préparé avec des feuilles plus jeunes que celles du thé hayswen; sa forme est arrondie, ramassée; les feuilles sont roulées d’abord longitudinalement, puis dans le sens transversal. Ce thé doit être brillant , lisse, d’un gris-bleuâtre et argenté; son odeur est agréable. M. Robiquet. a eu occasion de voir du thé perlé auquel on avait communiqué au moyen du talc, cet aspect argenté qui est propre aux belles quali tés de thé perlé.

Thé poudre a canon. Est roulé comme le

THE

thé perlé, mais en boules beaucoup plus petites , qui sont formées par des fragmens de feuilles. O11 l’estime d’autant plus , qu’il est plus égal, plus fin et plus lisse. Son goût est agréable, son odeur douce ;son nom lui vient de sa ressemblance avec la poudre à canon.

Les thés noirs se distinguent très facilement des thés verts , non-seulement par leur couleur, mais encore parce qu’ils ne sont qu’imparfaitement roulés , d’une grande friabilité, et par conséquent plus chargés de débris et de menus. Ces thés, qui sont aussi plus légers que les thés verts, renferment très souvent des bûchettes qui sont des pétioles ou des extrémités de rameaux; leur couleur n’est pas toujours d’un noir uniforme. Voici les espèces les plus estimées.

Thé pékao. Sa couleur est en général suivie et d’un beau noir; ses feuilles sont longues, fines, entières. On préfère celui qui offre beaucoup de petites pointes blanches, brillantes , couvertes d’un léger duvet ; ces pointes ne sont que les feuilles non encore développées qui se trouvent à l’extrémité des rameaux. Le thé pekao a un goût délicat et une odeur suave.

THE

Thé saotciion ou souciton. Le thé saotchon de belle qualité est ordinairement préparé a vue des feuilles cueillies sur les pousses de l’année; il doit être bien roulé et bien desséché, d’une belle couleur brune mêlée de violet ; il est lourd à la main et peu chargé de poussière et de débris. Son odeur doit être suave et agréable, et offrant quelque analogie avec celle du melon bien mûr.

Thé boui. On appelle thé boui, un mélange de feuilles prises sans distinction; il est peu roulé, souvent brisé, et contenant beaucoup de menus et de poussière, de bûchettes et de feuilles jaunâtres; son odeur est forte et herbacée. C’est la sorte la plus commune et la plus employée.

Les fraudeurs ont cherché à diverses époques à substituer au thé des feuilles qui eussent quelque analogie avec lui, sinon par les propriétés, au moins par les caractères extérieurs. Frédéric Accum , dans son Treatise on adultérations of food and culinary poisons , Londres 1820, consacre un chapitre entier à faire connaître les diverses sophistiqueries dont le thé est souvent l’objet. Il dit qu’à Londres un grand nombre de

THÉ 469

marchands mélangent au thé des feuilles de prunier sauvage ( prunus spinosa ) (1), de frêne ou de sureau, colorées, soit en noir au

(1) Le prunier sauvage ou épine noire a des tiges épineuses et souvent recouvertes d’un lichen foliacé très blanc en dessous. Il a des rameaux piquans et des feuilles alternes et lisses, beaucoup plus petites que celles du prunier domestique. Son fruit , nommé prunelle, est rond, de grosseur médiocre, d’une couleur bleuâtre ou violet foncé , d’un goût acerbe. Lorsqu’il est bien mûr, on en prépare un vin avec lequel en Angleterre on falsifie le vin de Porto.

Ce sont ces deux sortes de substitutions qui ont donné lieu aux vers suivans :

» China and Porto, now farewell;

» Lot others buy what you’ve to scll.

» Your port, and your bohea;

» For wc’ve our native sloe divine,

» YVhose fruit yiclds ali our Porto winc,

» Whosc leaves make ail our tca. »

( Litlerary journal , vol I, pa»c 14 )

On peut les traduire ainsi : adieu maintenant, Chine et Portugal! que d’autres vous achètent ce que vous avez à leur offrir, votre vin et votre thé; car notre sol produit un prunier merveilleux, dont le fruit nous fournit tout notre vin de Porto et dont les feuilles servent à faire tout notre thé.

TIIE

moyen d’une teinture préparée avec du bois de Campêche, soit en vert au moyen d’une préparation dans laquelle il entre des sels de cuivre.

Afin de démontrer que ce trafic remonte à une époque assez éloignée, et pour donner une idée des revenus dont il prive la couronne, Accum cite un rapport fait à la Chambre des Communes en 1783, duquel il résulte que la quantité de faux thés fabriqués pendant une année dans les diverses parties de l’Angleterre, avec les feuilles citées plus haut, s’est élevée à plus de quatre millions de livres , tandis que la quantité de vrais thés vendus par la Compagnie des Indes ne montait pas à plus de six millions.

Enfin il indique les moyens de reconnaître ces diverses supercheries, et termine son chapitre par une liste des individus condamnés par les tribunaux de Londres en 1818, pour avoir vendu des thés ainsi frelatés.

On voit, par ce qui précède, que la falsification du thé par diverses feuilles indigènes est très répandue en Angleterre, puisqu’elle fournit chaque armée aux magistrats l’occasion d’appliquer des peines sévères

THE

à ceux qui s’en rendent coupables. Ce qui nous paraît moins évident, c’est la coloration des feuilles de thé en vert au moyen des sels de cuivre. Il est en effet peu probable que des marchands soient assez maladroits pour employer à ce genre de fraude des substances qui ont sur l’économie animale une action si funeste, quand ils possèdent tant d’autres moyens de parvenir au même bu t sans avoir à redouter le moindre accident.

Nous n’ajouterons rien à ces réflexions, puisque l’auteur affirme que sur vingt - sept sortes de thé faux analysées, dix-neuf étaient colorées de cette manière, et que les témoignages irrécusables qu’il apporte en preuve de son assertion sont les condamnations juridiques prononcées contre les falsificateurs; cependant nous devons dire que nous avons essayé un grand nombre d’échantillons de thé vert que nous avons fait venir d’Angleterre, et qu’aucun ne nous a offert de traces de la présence d’un sel de cuivre. Quoi qu’il en soit, voici les essais indiqués par 1Accum> pour reconnaître les thés imités d’avec les thés vrais.

Le thé noir factice coloré au moyen du bois deGampèche, lorsqu’on le frotte légèrement

THE

après l’avoir humecté sur une feuille de papier blanc , produit immédiatement une tache d’un noir - bleuâtre, et lorsqu’on le projette dans l’eau, il donne de suite une teinture de meme couleur qui rougit en y versant une ou deux gouttes d’acide sulfurique. Le véritable thé produit au contraire une liqueur d’une couleur ambrée qui ne rougit pas par l’acide sulfurique.

Le thé vert coloré par les sels de cuivre, communique aussitôt à l’ammoniaque liquide une belle couleur bleu-saphir; il suffit pour cela d’agiter dans un flacon bouché une pincée du thé que l’on soupçonne, avec une petite quantité d’ammoniaque étendue de son poids d’eau.

Le thé coloré par des sels de cuivre, lorsqu’il est projeté dans de l’eau chargée de gaz hydrogène sulfuré, acquiert aussitôt une couleur noire. Le vrai thé vert n’éprouve aucun changement par cette expérience.

Enfin , on peut encore constater cette fraude en calcinant dans un creuset de platine, une partie du thé que l’on veut essayer avec trois parties de nitrate de potasse. La matière végétale ne tarde pas à se détruire, et l’oxide de cuivre, si le thé en contient,

Page 1