VI INTRODUCTION
donc pas, à proprement parler, d'une seconde édition, mais d'une œuvre personnelle et nouvelle, que nous plaçons avec une légitime hésitation à côté de la première, heureux et fier si nous avons pu ne pas la rendre trop indigne de son aînée.
Lorsque ce livre parut pour la première fois en 1863, une classification exacte des névroses élaitimpossible ; elle serait encore prématurée etdifficile dans l'état actuel de la science; et pour ne pas changer de fond en comble l'ensemble du volume, pour respecter autant quUlétait en notre pouvoir la forte empreinte donnée à cette œuvre par le maître, nous avons la plupart du temps laissé à leur place les anciennes divisions, quoique nous eussions voulu confondre dans une seule description le^néuralgies multiples^ la névralgie généruUe, f irritation spinale et le nervosisme, maladies qui, malgré leurs diverses appellations, nous paraissent puiser leur symptomatologic un peu différente dans une commune origine, ou exprimer les multiples modalités d'un même type morbide. Nous penson3 aussi qu'aux trois grandes classes de névroses décrites dans ce volume, ^ névbosbsde la sensibilité, névroses de là moti- LiTÉ, névroses complexes, ~ il Sera désormais juste et utile d'en ajouter une quatrième : le3 névroses vaso-motrices.
Malgré cette omission volontaire qui n'a pas été complète, puisque nous avons passé en revue les troubles vaso-moteurs pouvant survenir dans les névroses de la sensibilité, de la motilité, et dans les névroses complexes, nous avons été obligé, par suite des progrès incessants de la science, de donner à ce livre une extension considéi^le : nous avons en effet ajouté près de 700 pages aux 520 pages environ que contenait la première édition.
Le lecteur trouvera ainsi des chapitres inédits, tels que ceux des anesthésie^ sous le rapport de la pathogénie>de la n^'t^raZ^i^ e/m^ra^maXîf ii^,des tremblements en général ,de la maladie de Parki^isonydes> paralysies d'origine viscérale et périphérique, du nervosisnie chronique ou neurasthénie^ etc« D'autres sujets ont dû aussi recevoir des développements considérables, et parmi eux: \es7iévr algies en gém'ral et en particulier jlàmigrainey X angine de poitrine ^^ ver tige, X^spas-nés fonctionnels, les contractures, Yépilepsie, la chorcc et Yhijstérie.
TRAITÉ
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INTRODOCTION. u
Mais bien que la science n'ait pas de frontières, et que sa patrie soit partout où il y a des chercheurs et des travailleurs de bonne volonté, personne ne nous contredira même à l'étranger, lorsque nous déclarerons que la neuropathologie est une science éminemmenl française. C'est la France qui lui a donné le jour avec Rostan» BouiUaud, Lalleraand, Bayle, Esquirol, Galmeil,Rochoiu pour les maladies du cerveau ; avec Brachet, H. Landouz| (de Reims), Schut* zenberger, Négritt* (d'Angers), Briquet, Valleix, Sandras, Gerise,etc. , pour les névroses ; c'est encore elle qui lafatt fortifier et grandir. Aussi nliésitons-nons pas à proclamerque la révolution si féconde opérée dans les maladies de l'appareil respiratoire par ce grand génie qui s'appelle Laennec, a étéaccomplie de nosjours pour les maladies du système nerveux par deux hommes éminenls, Dochenne (de Boulogne) etCharcol : Duchenne (de Boulogne), ce clinicien modeste et incomparable qui, n'étant rien à l'Hôpital, rien à l'Académie, rien à la Faculté, sut prouver une fois de plus que ni les positions officielles ni les titres honorifiques ne font les grands médecins, cet infatigable travailleur qui a résolu l'œuvre du labor improhM du poète en créant^ au milieu du chaos des affections médullaires décrites par Ollivier (d'Angers), des maladies nouvelles et des types morbides comme l'ataxie locomotrice progressive, l'atrophie musculaire, la paralysie atrophique de l'enfance, les paralysies générales spinales, la paralysie pseudo-hypertrophique ou myo-sclérosique, la paralysie labio-glosso-laryngée ; M. Gharcol qui^ mettant heureusement à profit les éléments si précieux d'un grand service à la Salpètrière, a su formuler les lois suivant lesquelles se produisent les grandes attaques de l'hystérie et éclairer d'un jour tout nouveau l'étude de celte névrose, qui dans les affections de l'encéphale et de la moelle a exploré, découvert des régions ou des lésions jusqu'alors inconnues,etquia poursuivi avec tant de succès l'étude des localisations cérébro-spinales inaugurée par Broca,continuée beaucoup plus tard par Hilzig, Ferrier, Meynert, Iluguenin, Garville et Duret. Nous nous sonunes souvent inspiré de son enseignement, et sans nous contenter toujours de nos observations personnelles, nous avons tenu à citer les ouvrages de ses élèves parmi lesquels nous devons une mention toute ^^d^Xtk r Iconographie photographique de la SalpêfriêreyWx patientes recherches et excellentes publications de H. Bourneville.
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Il faut aussi rappeler les travaux de Delasiauve, Th. Herpin, A. Voisin et Magnan sur Tépilepsie, de Lasègue sur quelques accidents hystériques et snr la déformation du crâne chez les épileptiques, deLegrand du Saulle sur l'étude médico-légale des épileptiques et des hystériques, de Luys sur le système nerveux en général, et enfin les livres de Bouchut, Fabre (de Marseille), Grasset (de Montpellier), Poincaré (de Nancy).
Mais l'édifice scientifique a besoin du soutien et de la sanction de l'expérimentation. Après Magendie,FIourens et Claude Bernard, M. M. Vulpian et Brown-Sequard ont eu l'honneur de l'avoir établi sur des bases plus solides, le premier par son enseignement sur la médecine expérimentale, par ses travaux sur l'appareil vaso-moteur, sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, le second par ses découvertes impérissables sur l'épilepsie, et par ses recherches encore récentes sur les phénomènes d'inhibition et de dynamogénie.
Malgré l'illustration de leurs auteurs,malgréla richesse des idées et l'abondance des résultats acquis, les travaux remarquables dont nous venons de donner une rapide et incomplète énumération, n'ont pas encore fait oubUer la légitime faveur avec laquelle fut accueillie , il y a tantôt vingt ans, la première édition des Névroses. Pour mieux apprécier l'importance de l'œuvre, il serait injuste de voir seulement l'état actuel de la science et de ne pas au contraire se reporter à un quart de siècle en arrière : alors, les maladies nerveuses n'étaient décrites que d'une manière confuse, leur étude était d'autant plus difficile que la plupartde ces affections étaient mal définies, que leur symptomatologie était vague, leur diagnostic indécis, leur étiologie obscure, et leur traitement livré trop souvent au hasard ou à la fantaisie de l'empirisme. Avec cet esprit méthodique et sur, avec cette précision dans les idées et cette clarté dans l'expression qui ne furent pas ses moindres qualités d'écrivain, notre regretté maître apporta l'ordre et la lumière dans ce chaos informe et obscur des névropathies. Ce fut lui qui, dans ces pages admirables où la puissance du raisonnement est encore rehaussée par la vigueur du style, sut un des premiers, utiliser les donnéesde la
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phy$iol(^e pathologique. Aussi, n'a-t-il pas été tout à fait étranger à ce mouvement si fécond qui a porté les médecins vers Tétude des névroses. Du reste, Axenfeld exerçait une grande influence sur tous ceux qui l'approchaient, sur ses lecteurs comme sur ses audi* teurs, sur ses collègues comme sur ses élèves, et ses maîtres parmi lesquels il en comptait d'illustres conune Andral, saluaient en lui rhonnenr et Tespoir de la médecine f française . D'autres que nous, plus autorisés, pourront rappeler, avec le talent si remarquable de Fécrivain, Féloquence si communicative du professeur, les qualités si profondes du grand clinicien; on ne vantera jamais trop la puissance de son intelligence d'élite, la fermeté de ses opinions, la rectitude de son jugement, l'éclat et la grâce de son esprit, la sérénité forte et calme de son âme, l'aménité et l'austère dignité de son caractère; on ne saura jamais assez dire ce que furent la bienveillance, le dévouement et fabnégation de cet homme de cœur qui sut toujours rester modeste et bon au milieu de ses plus grands succès de professeur et de médecin. Ses élèves ne se rappellentils pas ces consultations ou ces visites de l'hôpital, pendant lesquelles il compatissait avec tant de douceur aux innombrables misères dont il était le témoin attendri, et soutenait de ses encouragements ou du secours de sa bourse, toujours si généreusement ouverte, les malheureux déshérités de la santé et de la fortune? On l'avait déjà vu, jeune encore, pendant son internat^ donner la mesure de son dévouement, s'installer au chevet de son maître Giraldès victime d'un cruel accident, lui prodiguer jour et nuit les soins les plus assidus, voulant par tous les moyens calmer l'acuité des souffrances physiques et morales... Maître plus tard, n'apprend-il pas qu'un de ses anciens internes vient d'être atteint d'une redoutable maladie contractée à l'hôpital ? Aussitôt il accourt, il ne manque pas un jour, pendant de longs mois, de venir apporter le secours de ses exhortations et de ses bonnes paroles, il relève un courage abattu et près de défaillir, il adoucît par sa présence l'amertume de tristes pensées et de sombres présages, et avec l'aide d'autres maîtres excellents, d'habiles chirurgiens, de collègues ou d'amis dévoués dont le souvenir n'est pas perdu, il panse et guérit la blessure. Celui qui écrit ces lignes, ne pourra jamais l'oublier,..
xjv LXTRODLCTIO.
Âxenfeld ne savait pas i{ue bientôt lai-mème, terrassé par un mal implacable, serait l'objet d'un déTouement à toute épreuve de la part d*un de ses plus fidèles amis dont le caractère est à la hauteur de la scieoce, du professeur Potain, qui pendant les longs et tristes jours d'une cruelle affection, lui rendit une grande partie du bien fait autrefois à tant d'autres.
Telle est la mémoire dont nous conserverons toujours au fond du cœur le culte pieux et sacré, tel fut Thonmie au sujet duquel nous aimons à répéter les nobles et émouvantes paroles d'un maître qui est lui-même un si bon juge de l'honnêteté scientifique et professionnelle, de la bienveillance et du dévouement pour tous, du professeur F. Guyon : c Quel est celui de nous qui ne se sent profondément ému en entendant nommer cet homme de bien; en se rappelant ce caractère aussi élevé que droit; inflexible dans le devoir, incapable de transaction; ce cœur aimant et généreux, dévoué jusqu'à l'abnégation ; ce savant dont l'esprit était sérieux et orné, brillant et enjoué, la mémoire impeccable; qui a été l'honneur de notre Faculté et auquel il n'a manqué que de vivre pour en devenir la gloire, *
Henri Uuchârd
Paris, U 11 mai 1882.