‹ Traité des névrosesChapitre 34 sur 89 · ANESTHÉSIE CUTANÉE · texte numérisé non relu

ANESTHÉSIE CUTANÉE

qiï'ds opposent à nos efforts ; enOn, nous percevons la douleur, le cha- (ouiliemeDl, le frémissement, la vibration, etc. Un sens unique, le loucher, pai^aissait suffire aux physiologistes pour faire arriver au cerveaii rimpnession produite par toutes ces propriétés tanjribles dos coi*ps; mais aujourd'hui il est généralement reconnu que le sens cutané est multiple, et Ion admet comme autant de sensations distinctes et irréductibles iLandiy) : 1* celle de contact, dont les sensations de pression, de chatouillement, de vibration ne sont que des dérivés ; — i!* la sensation de la (cmpérature des objets, supérieure à la température du coqïs (chaleur) ou inférieure à elle (froid) ; — :V la sensation de la douleur : à quoi il faut ajouter que le toucher ne nous procurerait que des notions confuses et ifflpariaites sur Tétat des corps, s'il n'était aidé et pour ainsi dire per- Teetionné; — ^^^la sensation d'activité musculaire, dont nous aurons TocasioD de parler plus loin.

Sans doute on pourrait élever plus d'une objection contre l'opinion <1»^ auteurs qui vont jusqu'à admettre la spécificité absolue de cliacMme (le ces sensations et pour qui c les quatre sensations tactiles sont aussi essentiellement distinctes et diflérent entre elles autant que celles de lumière, de son, d'odeur et de saveur i (Landry). Mais il suffit que dans létat pathologique chacune de ces sensations tactiles puisse être isolément abolie, les autres demeurant normales ou même étant exalteras, pour que la distinction dont il s'agit doive être maintenue en clinique comme un moyen utile d'analyse.

Défiwtion. — Le terme générique d'anesthésie cutanée sert à désiimer la perte simultanée ou isolée des trois sensations de contact, de température, de douleur. L'abolition du tact reçoit encore quelquefois le nom spécial d'anesthésie proprement dite; l'insensibilité à la douleur, relui d'analgésie ou danalgie; l'insensibilité à la température, relui de thermo^anesthésie; ajoutons que pour certains auteui's (Gubici), il existerait une insensibilité au chatouillement <iu apallesthésie.

[Enfin, ces diverses sensibilités, au lieu d'être abolies complètement, sont simplement diminuées ou émoussées, et alors on peut dire qu'il y a hypo-esthésiey hypo-analgésie, hypolhermesthésie, hypopalleslhésie.]

Stmptômes. -r- L'ailaiblissement des sensations cutanées existe à des degrés divers, depuis la simple obtusion jusqu'à l'anéantissement complet; cet état varie aussi à différents moments chez le même malade.

Relativement à son étendue, l'anesthésie peut être générale ou partielle, et, dans ce dernier cas, occuper, soit une moitié latérale du corps sous forme d'une hémiplégiCj souvent très-exactement limitée par la ligne médiane, et pouvant affecter la sensibilité générale et spéciale {hémianesthésie cérébrale et hystérique)^ soit les membres inférieurs {pa*

raplégié) ou les membres supérieurs; elle peut être boruée à une pelite portion des téguments.

Quand un malade a perdu le tact, il n'a plus aucune notion de la présence des objets, il n'apprécie ni leur consistance, ni l'état de leur surface, ni leurs mouvements; dans les mêmes circonstances, la sensibilité au chalouillemenl est abolie, d'après Landry; cependant on Ta vue disparaître alors que le contact continuait à être senti (Beau).

Les sujets ont-ils perdu la sensation de la douleur, ils supportent avec une impassibilité complète les incisions, l'action du feu et des caustiques les plus violents. Enfm il est des malades chez lesquels la seule sensation de température cesse d'être perçue.

De toutes les paralysies partielles de la peau, celle qui s'observe le plus souvent à l'état d'isolement est Vanalgésie: ainsi des individus qui sentent avec la dernière précision le contact d'un corps léger effleurant à peine la surface des téguments, par exemple le passage des barbes d'une plume, peuvent être devenus en même temps absolument inaptes à percevoir la douleur; on peut les piquer, les pincer, on peul leur traverser d'outre en outre un pli de la peau, sans qu'ils accusent la moindre souffrance. L'inverse s'observe rarement : lorsque le tact est aboli, du même coup la douleur se perd, ou, en d'autres termes, l'existence de l'anesthésie proprement dite implique presque toujoui's celle de l'analgésie. Il en est de même du sens de la température : il persisle bien rarement en l'absence du tact.

Quoi qu'il en soit, ces divers états, isolés ou réunis, sont tantôt fixes, tantôt mobiles et erratiques. Il n'est pas rare non plus de trouver l'anesthésie inégalement prononcée dans les diverses régions du corps : dans les unes, toute impression demeure sans effet, tandis que les autres sentent encore le contact, mais ne sentent plus la température ou la douleur, etc.

L'anesthésie est assez vaguement accusée par les malades qui, la plupart du temps, en ignorent même l'existence et sont tout surpris quand on la constate chez eux pour la première fois; quelques-uns cependant se plaignent d'engourdissements, d'une difliculté des mouvements; d'autres s'aperçoivent eux-mêmes de leur insensibilité, surtout à l'égard de la douleur; mais ils ont en général de la tendance à y voir la preuve d'un courage naturel.

[Il est quelques symptômes que l'on ne doit plus regai'der comme des conséquences éloignées de l'anesthésie, parce qu'ils sont tous des troubles trophiquos et relèvent d'altérations maintenant bien déterminées des centres nerveuxj, tels sont : un certain degré d'abaissement de la chaleur, un défaut de résistance à la température ambiante, un

ANESTHËSIE CUTANÉE. 393

fogorgement passif des capillaires veineux, l'état friable des ongles et de répiderme, la tendance de la peau anesthésiée à s'enflammer et luênie ise gangrener sous TinDuence du froid, de la chaleur, de la pression, la facilité avec laquelle des inflammations vésiculeuses y prennent naissance. Mais les faits de cette espèce appartiennent aux anesthésies par altération organique et particulièrement par lésion profonde des rentres ou des extrémités nerveuses, ils ne présentent aucune relation (le rause à effet avec les troubles de la sensibilité; ils doivent être roa5idérés comme des accidents dans les anesthésies dites essentielles, • Vst-à-dire se développant en dehors des conditions précitées, le plus mseni la nutrition des téguments, leur coloration, leur aspect ne subissent aucun changement notable.

MiRCHC, DURÉE, TERMINAISON. — L'anesthésic étant un phénomène •omman à un grand nombre de névroses ou de maladies appartenant à d jutres classes de la nosologie, il est impossible de résumer dans un énoncé général les innombrables variétés de sa marche et de sa durée.

Au sujet de Tanesthésie essentielle ou symptomatique des maladies OTTeuses, on peut seulement remarquer qu'elle présente souvent un <)<'but brusque, comme lorsqu'elle succède à une attaque hystérique, BOT marche îrrégulière, des disparitions, des récidives, des accroissei&^nU dont les causes échappent à toute recherche. Lorsqu'elle diminue ynT degrés, on obsei*ve assez fréquemment qu'après avoir été totale, (lie se limite à Tune seulement des sensations tactiles, et qu'elle aban- If'one successivement les régions qu'elle a occupées, avec cette parti- ^iarité, signalée par Beau, que le creux épigastrique est souvent le irrnier lieu où elle persiste. Quelquefois la peau, avant de recouvrer '1 >eo$ibilité normale, passe par un état temporaire d'hyperesthésie.

[Lorsque Tanesthésie est produite par une lésion complètement des- ^'tive de la partie postérieure de la capsule interne, on comprend ^n qu'elle soit persistante, mais elle n'est que temporaire quand l'ai- Tïtion siégeant en dehors du pied de la couronne rayonnante n'agit |Q^ par compression sur cette partie de l'encéphale.]

1^ terminaison n'est jamais Àcheuse.

t'»îiPucATioNs. — L'anesthésie de la peau coïncide fréquemment w»^ t elle des membranes muqueuses et, chez les hystériques, avec l'in- ^^o^ibiiité de la conjonctive, principalement à gauche; il n'est pas rare ^ U voir accompagnée d'anesthésie des nerfs musculaires.

I De anesthésie dans une partie de la peau se rencontre assez fré- ^^nuneat associée à l'hyperesthésie d'une autre partie. Il y a plus : les tt'-iDes nerfs dont les extrémités cutanées sont paralysées, peuvent être le <irge d'une sensibilité morbide exagérée dans une autre partie de

39i NÉVROSES DE LV SENSIBILITÉ.

leur trajet; delà cette anesthésie douloureuse^ pour rintelligence de laquelle il faut se rappeler comment le sensorium transporte à la périphérie les impressions nées dans un point quelconque du trajet d'un nerf. C'est ainsi qu'on trouve assez souvent au niveau des points douloureux, dans les cas de névralgie, par exemple, la peau privée de la sensibilité, anesthésiée ou analgésiée, et cette paralysie concomitante peut occuper une étendue plus grande que celle où la douleur se fait sentir; ellt* envahitjmême quelquefois toute une moitié du corps (Tùrck). [Enlio, lorsque fanesthésie est complète, absolue à la plantaire des membres inférieurs, elle peut entraîner dans la marcfie des troubles plus ou moin> accentués qui rappellent jusqu'à un certain point ceux de l'alaxie.]

Nous grossirions beaucoup le chapitre des complications, si non> énumérions comme telles tous les symptômes qui se développent en même temps que Fanesthésie dans le coui's de diverses maladies; car à un faible degré elle en accompagne un très-grand nombre, ce qui même, pour le dire en passant, diminue beaucoup sa valeur au point de vuo du diagnostic.

Causes. — Elles ont été exposées au chapitre des anesthésies on général auquel nous renvoyons. Il en est de même de l'analomie et de la physiologie pathologiques.

Diagnostic. — a. L'existence de Tanesthésie se constate sans autre difficulté que celle suscitée par la simulation; il faut toujours être en garde contre quelque supercherie, principalement chez les hystériques.

Le degré de l'aneslliésie et son espèce peuvent être appréciés ave* une rigueur sulTisante pour les recherches cliniques par les manœuvre^ que nous avons indiquées.

Veut-on évaluer encore plus exactement le degré d'anesthésie tacliK'. on pourra se senir du procédé employé par E.-H. Weber pour comjMrer entre elles les diverses régions du corps au point de vue de l«"ir sensibilité normale : ce procédé consiste, comme on sait, à toucher U peau avec les deux pointes émoussées d'un compas et à noter récail»^ment plus ou moins considérable qu'on est obligé d'imprimer aux branches de l'instrument pour que le sujet éprouve la sensation d* deux points touchés au lieu d'un seul point.

C'est à l'aide de l'exploration directe que l'on vérifie le mieux IVxi^tence de l'anesthésie, ses limites précises et les variétés qu'elle présent''. Après avoir pris la précaution de faire fermer les yeux au malade, ^^a l'interroge sur les sensations que lui donne l'extrémité du doigt < « quelque autre corps promené légèrement à la surface de la peau; >"' l'impression que produisent le tiraillement des poils, la pénétration d'une aiguille ou d'une épingle, le pincement, la pression, ou que Tui

ANESTUÉSIE CUTANÉE. 395

naitre le contact d'un coi*ps chaud ou froid, tel qu'une éponge imbibée d'eau, une cuiller de métal. Les malades donnent souvent des réponses d'une remarquable netteté et formulent sans s'en douter la distinction si longtemps méconnue par les physiolo^jfistes des diverses sensations tactiles : Je sens, disent-ils, que vous me piquez, mais vous ne me faites pas souffrir (analgésie sans anesthésie) ; ou bien : Je sens la forme et la roDsistance du corps qui me touche, mais je ne saurais dire s'il est chaud ou froid (persistance du tact, perte de la sensation de température).

Dans l'appréciation de lanesthésie, il faut tenir compte d'un certain nombre de faits de physiologie normale dont l'ignorance pourrait conduire à admettre un état morbide là où il n'en existe point; tels sont : le pfu de sensibilité naturelle chez les enfants et chez les vieillards; Timpressionnabilité plus grande, dit-on, du côté gauche pour la chaleur; mais surtout l'inégale sensibilité des diverses régions du corps comparées entre elles.

Tout à l'heure nous rappelions les curieuses recherches faites par E.-II. Weber, au moyen d'un compas dont les deux branches, suivant le degré de leur écartement, donnent la sensation tantôt de deux points touchés, tantôt d'un seul. Entre l'extrémité de la langue, où il >nK\[ d'un intervalle d'une demi-ligne pour produire une sensation double, et la région rachidienne ou crurale, dans lesquelles, à une dislance de 30 lignes, les deux pointes sont senties comme une seule, l'expérience montre une foule d'intermédiaires.

[Nous reproduisons ici un tableau qui montre, d'après les recherches récentes de M. A. Manouvriez (I), les distances, limites normales qui pourront être aussi utilement comparées aux mesures obtenues chez les malades.

HOMIIE ADULTE SAIN.

Minimèlrov.

I verticalement 5 obliquement, du trou au- '\ ditii externe a la commit- > s sure labiale /

., . . \ paume longitudinalcment 5

Main, partie moyenne J "j .^

... . ,, . I face antérieure — 17

Avanl-bras, face antérieure. { - ., . •»

i face postérieure — x3

„ .. i face antérieure — 36

Bra5. parue moyenne | face po.térieure - 31

Épaule, partie moyenne .... face externe ^- 40

Région sfemale, médiane verticalement 34

I)os,nioitié latérale — 12

A- . .. I plante longitudinalcmcnt 9

Pied, partie moyenne j ^ ^ -

.... I face interne — 45

Jambe, parue moyenne.... } f^^^ ,,i^, , 33

Cuisse, partie moyenne face antérieure — 50

^li Manouvriez, Nouvel /Stlhésiomètre à pointes isolantes. Perfectionnement apporté à h mesure de h sensibilité tactile {Arch. de phys., novembre et décembre 1876).

Page 1