‹ Traité des névrosesChapitre 38 sur 89 · V. — De quelques autres états morbides anesthésiques · texte numérisé non relu

V. — De quelques autres états morbides anesthésiques

Les membranes muqueuses possèdent, comme la peau, la sensibilité tactile, douloureuse et calorique, mais à un degré, en général, infiniment moindre. Toutefois sur les limites ou le tissu tégumentaire change tout ensemble de structure et de propriétés, ces membranes (conjonctive, muqueuse nasale, buccale, uréthrale, vaginale, etc.) se rapprochent de la peau sous le rapport de leur sensibilité ; il en est même, comme la muqueuse du bout de la langue, qui à cet égard ne le cèdent point aux régions favorisées des téguments, d'aufres encore qui les surpassent (conjonctive coméenne, comme vivacité de la sensibité douloureuse).

Des causes analogues à celles que nous avons vues déterminer Tabolilion ou l'afTaiblissement des sensations cutanées peuvent donner lieu à Tanesthésie des membranes muqueuses et des organes qu'elles tapissent. Mais jusqu'à présent ces états pathologiques n'ont été que fort incomplètement étudiés : on s'est borné la plupart du temps à noter en passant que la langue, la conjonctive oculaire, la vessie, le vagin, le clitoris étaient en même temps que la peau privés de leur sensibilité ; pour d'autres parties plus profondément situées, une semblable anesthésie a pu être soupçonnée avec plus ou moins de vraisemblance, mais non directement démontrée : dans l'impossibilité de les mettre en rapport avec des agents qui puissent y faire naître des sensations tactiles, on est presque toujours réduit à admettre l'anesthésie des organes profonds quand on constate l'absence de la douleur, dans telles conditions pathologiques où l'on suppose qu'il devrait s'en produire.

Si la sensibilité des viscères pouvait être interrogée directement, le médecin y trouverait peut-être l'explication de bien des phénomènes obscurs; plus d'une perturbation des fonctions viscérales n'est sans doute que la conséquence d'une anesthésie des membranes muqueuses : If's excitants physiologiques cessant d'impressionner les surfar*>s de la manière habituelle, il doit s'ensuivre le trouble ou le défaut des actions oi^aniques dont cette impression est le stimulant nécessaire et comme

le premier chaînon : la contraction des conduits et des réservoirs miisculeux, les sécrétions glandulaires ne peuvent manquer d'être entravée^ par le seul fait d'une semblable anesthésie ; de là peut-être tant de paralysies, de rétentions, dont le point de départ reste inconnu. M. Gendrin a admirablement fait ressortir l'importance de ces aneslhésies internes. Leur étude pourra conduire un jour à une interprétation plus rationnelle et à une médication mieux dirigée d'une foule d'états morbides.

Il est un certain nombre de modes de sensibilité qui ont reçu le nom de sens internes ou besoins : faim, soif, désir du rapprochement sexuel, besoin d'excrétion urinaire et fécale, etc. Ce serait une erreur de croire qu'il existe pour chacun de ces sens un organe spécial ; que par exemple la muqueuse de l'estomac soit le siège de la sensation de la faim, la muqueuse pharyngée le siège de la soif, la muqueuse des voies génilalos celui du sens génésique; s'il en était ainsi, les états morbides des sens internes rentreraient intégralement dans la pathologie des membranes muqueuses. Mais il importe de noter ce double fait expérimental qui «'^l incontestable, à savoir :

V Que les besoins auxquels nous faisons allusion peuvent prendre naissance en dehors des circonstances physiologiques qui les provoquent d'ordinaire, et que, notamment, ils se font sentir avec une vivacité insolite, lorsque certains points particuliers de rorp;anismeonl subi quelque modification pathologique : c'est ainsi qu'une faim canine s'observe dans diverses gastralgies, que la soif accompagne la sécherez»' du pharynx, et qu'un érotisme morbide conduit à des accès vénérien-^ tant de sujets affectés de blennorrhée chronique; que le ténesme est un symptôme d'hémorrhoïdes, de dysenterie ;

2" A ces sortes d'hypercsthésies des sens internes, on peut opposer autant d aneslhésies spécifiques; exemple ; l'anorexie et l'absence de S".f si fréquentes chez les sujets nerveux et par laquelle s'expliquent lestai!d'abstinence prolongée pendant plusieurs jours et plusieurs sernalu'^ que Ion a notés chez plusieurs hystériques. (De pareilles privation^ n»^ sont-elles pas à la sensation de la faim ce que les tortures impassiM'** ment supportées par les mêmes femmes sont à la sensation de la d«»uleur?) De môme, c'est une véritable anesthésie du sens de la procréali'û que cotte forme de l'impuissance nerveuse appelée syncope génitale impuissance assez fréquente chez l'homme, plus commune chez !»> femmes, et entre autres chez les femmes hystériques. La constipatii»U'|iJi accompagne presque constamment les névroses est généralement attribuée à une paralysie des fibres musculaires de l'intestin; mais lorsqu'unsemblable paralysie existe, n'est-elle pas plutôt la conséquence de ii rétention des matières, résultat elle-même du défaut de besoin dV\pulsion, etc.*?

ANESTHÉSIES EN PARTICULIER. iî7

Symptômes. — Les espèces d*anesthésie acceptées par les pathologistes varient suivant le nombre plus ou moins considérable des modes de sensibilité auxquels ils reconnaissent une existence distincte. Nous n'avons pas à discuter toutes les opinions émises à cet égard ; disons seulement que Ton est dans l'habitude de distinguer :

l' Une sensibilité commune (anesthésie), c'est-à-dire la faculté que possèdent la plupart des organes et des tissus de transmettre au seniOT\\m les impressions agréables, indiiïérentes ou pénibles, résultant tantôt de Faction des agents externes, tantôt d'une modification qui se produit en l'absence de toute influence du dehors;

2* Diverses sensibilités spéciales ou spécifiques, c'est-à-dire la faculté inhérente aux appareils de la vision, de l'ouïe, du goût, de l'odorat et du tact, et qui les rend seuls aptes à transmettre au sensorium les modifications produites dans notre organisme par la lumière, par les sons, parles molécules sapides ou odorantes, par les variétés de forme, de surlace, de température des corps, etc.

Mais s'il est évident qu'aux nerfs optique, acoustique, olfactif et aux nerfs du goût est dévolu un mode propre et exclusif d'impressionnabilili? bien distinct de celui qui constitue la sensibilité commune, il est plus difficile de différencier nettement de celui-ci la sensibilité des téguraenls. A la vérité, la peau se rapproche des appareils sensoriels par le toucher qui réside dans quelques régions privilégiées; mais elle partage avec la plupart des autres organes la sensibilité au contact, qui ne diffère pas essentiellement de la sensibilité commune. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet. Qu'il nous suffise, pour le moment, d'avoir montré quelles difficultés soulèvent ces divisions, établies, ce nous semble, sur une base trop métaphysique.

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