‹ Traité des névrosesChapitre 73 sur 89 · L. Mercatus. — Op. omnia. Francfort, 1608, t. III, cap. xvn · texte numérisé non relu

L. Mercatus. — Op. omnia. Francfort, 1608, t. III, cap. xvn

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[On voit d'après la richesse de celle synonymie, les variations u< • breuses d'opinion qui ont régné sur la nalure de celle maladie. Cell'-' dans les lemps anciens n'était pas encore séparée de l'hypochondii' ■ de l'hystérie, el de nos jours encore elle est trop souvent confon.* dans quelques mémoires spéciaux, avec des maladies de la mooll: .w du cerveau, ou môme de l'estomac.

Le premier auteur qui ait établi la distinction entre le nervosisme, l'hystérie et Thypochondrie est R. Whytt au siècle dernier. 11 avait dit très nettement que les personnes pouvant être qualifiées de nerveuses formaient trois classes :

La première classe composée c de personnes qui, quoique jouissant ordinairement d'une bonne santé, sont cependant à cause de la délicatesse excessive de leur système nerveux, très sujettes à être attaquées de violents tremblements, de palpitations, de syncopes et de convulsions dans les cas où la frayeur, le chagrin, la surprise ou toute autre passion les affecte, et chaque fois qu'une des parties les plus sensibles du corps est vivement Irritée ou affectée d'une manière désagréable, par quelque cause que ce soit >. Pour Whytt, tous ces accidents sont des symptômes simpkment nerveux^ qu'il oppose à ceux de la seconde classe qui sont hystériques^ et à ceux de la troisième qui sont hypochondriaqties (1).] Malgré cette distinction nette et précise, un grand nombre d'auteurs frappés trop exclusivement par la prédominance de tel symptôme, de tel état morbide, au milieu de la foule des troubles fonctionnels ressentis par les malades, accordent une importance imméritée, les uns à la névralgie intercostale ou à la gastralgie, d'autres aux accidents cardiaques, ceux-ci à la dysménorrhée, ceux-là à la chlorose, etc. : ils dénomment la maladie d'après ce phénomène isolé, négligeant ainsi le caractère essentiel de g-énéralité qui la distingue. A la vérité, plusieurs auteurs signalent explicitement l'existence de cette affection, à titre d'espèce Dosologique distincte ; mais il est juste de reconnaître que le nom d'état lerveux proposé par Sandras, celui de nervosisme que M. Bouchut lui a ubstitué, ont l'avantage de marquer nettement les limites qui séparent ette névrose de plusieurs autres maladies longtemps englobées avec lie dans une description commune. Cependant nous préférons à ces lénominations un peu vagues, celle de neurasthénie^ qui a le mérite 'indiquer assez nettement Tétat de faiblesse nerveuse dans lequel sont longés les malades.

11 est fort difficile néanmoins de définir avec quelque exactitude une lection qui, pour nous servir des paroles de Sydenham, c n'est conante que dans sa mutabilité ». On en jugera par l'énoncé suivant : Névrose générale, caractérisée par des symptômes divers, presque ujours en^atiques relativement à leur siège, changeants eu égard à ir intensité, peu persistants quant à la durée de leur manifestation; à irche continue ou intermittente, sans évolution graduelle et régule, et dénotant un trouble des fonctions nerveuses cérébro-spinales tnsibilité, mouvement, intelligence) et ganglionnaires (actes de la vie panique).

} R. Wliylt. Traité den maladies de» nerfs. Traduct. française, Paris, 1777, 1. 1, p. lU.

Nous étudierons successivement Tétat nerveux aigu et chronique.

A. Symptômes. -^De rétat nerveux ou nervosisme aigu. — Très rare. Il est caractérisé par les phénomènes suivants :

a. c Les malades (dit M. Bouchut) sont pris de malaise accompa;riiê de faiblesse, d'inappétence et de dégoût, quelquefois de ptyalisme, de nausées ou de vomissements aqueux, de constipation résistante ond'irritabilité générale avec fièvre. Sans forces, brisés par la courbature, obligés de garder le lit, quelques-uns ne peuvent lever la tète de IV reiller sans craindre une défaillance ou la syncope ; ils supportent difficilement les odeurs, le bruit et la lumière. Leurs sens, devenus très excitables, doués d'une irritabilité maladive connue sous le nom d'hyper* esthésie, souffrent dans leur exercice ou donnent lieu à des illusions sensoi'iales nombreuses. Alors la maigreur et Taltéralion des traib augmentent, la langue reste blanche, les vomissements continuent et la constipation persiste, ainsi que Tétat fébrile; puis surviennent des accidents névralgiques et cérébraux très graves, des douleurs générales ou partielles dans la tète ou dans les membres, du délire d'abord passager, puis continu, Taffaiblissement des organes des sens, des hallucinations singulières, de Tassoupissement, du coma, des convulsions, et enfin la mort après un ou deux mois de souffrances inouïes, sans que Texamen le plus scrupuleux ait permis de découvrir une altération matérielle appréciable des principaux organes. »

6. A l'état nerveux aigu doivent être rapportés les faits de fiivre nerveuse proprement dite, signalés par les auteurs. Celte fièvre, quine>î pas toujours seulement apparente, comme on l'insinue volontiers, mai> souvent réelle, c'est-à-dire accompagnée de fréquence du pouls et d élévation de la température, présente d'ailleurs des caractères rariables : tantôt elle s'accompagne d'une excitation générale, d'une sorte d'êif thisme, comme la fièvre inflammatoire; tantôt d'une prostration plo^*^!l moins profonde, pouvant simuler une affection typhoïde. (Beau propos^ le nom de fausse doihiénentérie pour les cas de ce genre.) Continue, plus souvent irrégulièrement exacerbante comme la fébricule qu: marque le début de la phlhisie, elle affecte quelquefois une marche régulièrement périodique, à l'égal des fièvres d'accès de cause palusir^. Nous avons nous-même été témoin d'accès fébriles quotidiens, d'oc * intensité véritablement effrayante, avec claquement de dents, suivi J chaleur intense et d'abondantes sueurs, le tout survenu à la suite d<:( forte commotion morale, et ayant cédé à l'usage de quelques aflli>f^^ modiques, pour faire place, il est vrai, à de la dyspnée avec palj» citions, névralgie intercostale, etc.

Parfois la fièvre nerveuse coexistant avec de vives doulenrs et des troubles fonctionnels très marqués (délire, palpitatians, dyspnée, pneumatose intestinale), oiïre Timage trompeuse de la fièvre symptomalique qui accompagne les phlegmasies viscérales, telles que Tendorcadite, la pneumonie, Tentérite, etc.

[B. SYMPTÔMES. — État nerveux chronique. S'il est une maladie protéiforme, changeante et mobile dans ses manifestations, capricieuse dans ses allures, inconstante dans sa durée et son intensité, c'est bien le nervosisme chronique (1). L'étude de cette afTeclion est d'autant plus difficile qu'elle varie non seulement chez le même malade d'un temps à un autre, mais d'un malade à un autre. Chaque névropathe a une individualité morbide qui lui est propre : chez l'un, ce sont les troubles cérébraux et cardiaques qui prédominent; chez l'autre, ce sont les symptômes douloureux et névralgiques, et ceux-ci ont des sièges dilTérents, dans les muscles et dans les nerfs, à la peau et dans les viscères ; il y en a qui présentent à certains moments les signes d'une sorte de surexcitabilité nerveuse, tandis que d'autres, au contraire, sont plongés dans un état de faiblesse et d'alanguissement continuels. Nous avons donc à décrire une maladie confuse, vague et indécise, sans limites bien fixes, remarquable par le grand nombre de ses manifestations, {non morbus^ sed morborum ^Aon,) par la multiplicité des souffrances, des spasmes, des douleurs viscérales et des malaises sans nom qui finissent par constituer ce qu'un médecin bien connu par son état névropathique, appelait le supplice des nerfs {supplicium neuricum). Chez ces malades, l'état de souffi^ance est général ; tous leurs organes peuvent être atteints tour à tour et cependant aucun d'eux ne subit une altération matérielle; il en résulte qu'il n'y a souvent pas de localisation possible ni pour le patient ni pour le médecin, et qu'on peut dire de l'état nerveux ce que Mead disait de l'hypocondrie : c Non unam sedem habety sed morbiis lolius corporis est. >

Les souffrances, tantôt périphériques, tantôt et plus souvent viscérales, dont sont tourmentés incessamment les pauvres malades, les jettent dans un étal de profond abattement physique et de grande sensibilité morale; ils deviennent p&les, faibles, anémiques, pouvant à peine marcher ou se tenir debout; et cependant, telle peut être à un moment donné leur excitabilité nerveuse qu'une émotion violente, l'idée du devoir à accomplir ou d'un danger à éviter, vont décupler pour un instant leurs forces physiques et leur permettre des fatigues et des travaux dont elles parais-

(1) Dans le cours de cet article, nous emploierons indifféremment comme synonymes, les mots : NervoêUme chronique^ état nerveux^ neuratthénie.

AXERFLLD. 56

saient incapables. Une femme névropathique qui pouvait à pôe se promener une heure sans faligue, avait pu, lors de la révoiatioo de Juillet, suivre à pied pendant plusieurs heures son mari, of&eier dans la garde royale chassée de Paris (Sandras) ; une mère affaiblie, gardant presque toujours la position horizontale, et pouvant à peine faire quelques pas, veille jour et nuit au chevet de son enfant malade, et s'impose des privations et des fatigues auxquelles les plus forts et lesplas vigoureux ne peuvent résister, c Rien n'est plus admirable que cet étal nerveux, dit Sandras, lorsqu'il est au service d'une bonne tète et d'un bon cœur. * Mais aussi, dans certains cas, cette force de volonté et celle dépense nerveuse s'épuisent dans Taccomplissement d'actes les plus^utile^: ainsi, que de fois ji'a-t-on pas vu des femmes névropathiques quiUcrleur chaise longue où elles restaient confinées tout le jour, incapables en apparence de tout mouvement et de toute énergie pour aller au bal où elles dansaient toute la nuit, et où elles dépensaient une force musculaire incroyable! Mais dans tous les cas, cette excitation factice se termine toujours par une sorte d'épuisement nerveux dans lequel les malades restent plongés pendant un temps plus ou moins long. Alor^, tout l'organisme est en souffrance, le malaise est d'autant plus grand qu il est souvent indéfinissable, qu'il existe partout, qu'il change de place i chaque instant, qu'il varie même de nature, poursuivant, torturant, persécutant les malheureux névropathes jusque dans leur sommeil.

Tous les genres de sensibilité sont atteints : la sensibilité morale, qui imprime souvent à leurs sentiments une exquise délicatesse, à leur caractère une vive susceptibilité et qui leur donne une grande impre*sionnabilité pour toutes les émotions, tristes ou gaies; laseosibih^ organique s'exagérant dans tous les tissus, dans toutes les régionS|âla périphérie comme dans les viscères dont la fonctionnalité, habituellemoD' muette et silencieuse, est passée, comme le dit avec raison M. Brorhin, à l'état de fonclionnalité douloureuse. 11 en résulte que si les névropallie? ressentent plus vivement les impressions de l'âme, ils sont plus sensible également aux douleurs physiques, et que, toutes choses égales d'ailleurs en vertu du plus grand développement de leur sensibilité organique, i> éprouvent plus de souffrances pour le même mal que d'autres malades Pour eux encore, Tégalité devant la douleur n'existe pas, et il fautpKfr dre en commisération les malaises profonds qu'ils accusent en se renJjs' compte de cette exallalion réelle de la sensibilité qui leur est prof^^

Du reste, tout est contradiction dans leur état morbide : gracisouffrances pour un petit malaise; faiblesse du système neneux .. ^*' exagération de sensibilité morale et physique; signes de neura^tb- alternant avec ceux de la surexcitabilité nerveuse ; atonie considén » du système musculaire avec ces développements instantanés et inJ^ y dus de forces extraordinaires, etc. Leur système nerveux est eaon fj'

daos an état de faiblesse irritable^ prompt à s'émouvoir comme- il est prompt aussi à s'affaisser. Tel est Taspect présenté par certains névropathes, car dans cette maladie le tableau change, se modifie à chaque iDslant. L'affection n'est pas de celles qui se prêtent à une description uniforme, régulière, et le cliché photographique de l'affection est impossible à tirer parce qu'il change avec chaque malade. Aussi est-il important de passer en revue tous les appareils, tous les organes où les malaises et les douleurs variées peuvent élire domicile chez les névropathes. Nous verrons ainsi par celte énumération que les yiscéres sont le plus ordinairement en cause, et que les névroputhies viscérales constituent la note la plus accentuée de la neurasthénie.

a. — L'appareil cérébro-spinal est le plus souvent touché. Les malades éprouvent dans la tète des douleurs ou des sensations diverses; tantôt, il $'agitd'unecéphalalgiefrontaleouoccipitale,tantôtdevéritablesmigraines avec leur cortège ordinaire de symptômes ; d'autres fois, la douleur est plus limitée, plus fixe, existant sur le sommet de la tête et rappelant les caractères du clou hystérique; enfin elle peut être superficielle, ayant son siège dans le péricrâne qui devient très sensible à la pression. Toutes ces douleurs sont fugaces ou permanentes et déjouent dans l'un comme dans l'autre cas les efforts de la thérapeutique.

Les malades se plaignent aussi de sensations diverses : sensation de froid au sommet de la tête, de vide, de pesanteur ou de tension intracrânienne parfois très accusée, bouffées de chaleur au visage, battement dans les artères temporales, etc. Les étourdissements, les éblouisse* mentsetles vertiges surtout sont très fréquents : dans ce dernier cas les malades éprouvent une sorte de sentiment d'ivresse lorsqu'ils veulent marcher ou qu'ils passent un peu brusquement de la position horizontale i la position verticale, ils perdent facilement le sentiment de l'équilibre, ils sentent mal le sol sous leurs pas et s'imaginent dans leur démarche parfois incertaine et vacillante qu'ils sont portés dans l'air ; ce vertige peut exister aussi quoique plus rarement dans la position couchée, et alors il semble au névropathe qu'il éprouve le mouvement d'un navire ou qu'il s'enfonce continuellement dans un précipice. Ces sensations vertigineuses sont très fréquentes, parce qu'elles dépendent, non seulement de l'état nerveux lui-même, mais aussi de plusieurs causes réunies, de l'état anémique, des troubles gastriques, auditifs et visuels qui sont si fréquents dans cette maladie. Mais il ne faut pas les confon«> dre, avec ces pseudo-vertiges auxquels on a donné les noms de petir des espaces^ d' agoraphobie , de claustrophobie et encore d'astrapliobie (1) qui peuvent se montrer également dans l'état nerveux.

(1) Mot efT'pluyé par Beard pour décrire une affection caracU*risée par une frayeur extn^mc survenant à rapproche des orages, et s*accompagnaut de nausées, de vomiuements, de faiblesse des membres et de vcrliyes.

Ponr ces raisons aussi, le travail intellectuel est ordinairemenl pénible, Tapplication sur un sujet est difficile, il existe souvent une paresse de l'esprit, une sorte de fatigue cérébrale qui contraste singolièrement parfois avec l'animation de la conversation, ractivilé et la vivacité de Tintelligence. Cette fatigue cérébrale, {cirébrasthinie de Beard) survenant sans cause doit être aussi rapprochée de ces lassitudes singulières qui se montrent souvent au réveil des malades, et qui le$ jettent parfois dans une espèce de torpeur. Du reste, le sommeil est ordinairement mauvais, traversé et troublé par de Tagilation, des rêves ou des cauchemars, il n'est nullement réparateur.

b. — Du côté des organes sensoriels, les troubles sont très nombreQx L'acuité visuelle peut être diminuée ou d'autres fois exaltée ramblvopie, diplopie, vision d'étincelles, de mouches lumineuses, hallucinatioas de la vue, photophobie ; dans ce dernier cas, les névropathes craignent beaucoup l'impression delà lumière, et nousenavonsvu, qui, confinés et blottis dans leurs appartements, aiment à vivre continuellement dans une demiobscurité. Ces cas rappellent celui de Pomme concernant c une vaporeuse invétérée qui a vécu longtemps dans les ténèbres d'une chambre fermée, ne pouvant supporter sur la rétine trop sensible l'impressioû des rayons lumineux. )»

L'ouïe peut avoir perdu de son acuité, mais le plus souvent elle est exallée au dernier degré, et cette sorte d'hyperacusie exagère et reod particulièrement pénibles tous les bruits, tels que celui des voitures, d'une porte qui se ferme, d'un objet qui tombe, de la sonnerie d une pendule ou du tic-tac d'une montre, d'un simple frôlement, d*uD^ conversation, d'une lecture... Il semble même à ces pauvres palit'Db que leur voix propre, lorsqu'ils parlent, résonne dans leur tête, et leur irritabilité, leur état de malaise et de vertige augmentent lorsqu*il àe joint à tous ces symptômes, comme c'est l'ordinaire, des bouitl^^nne ments, des bruissements, des sifflements insupportables d'oreille. Quelques-uns perçoivent des battements artériels qui sont très pmbles, qui deviennent une cause d'insomnie et de préoccupations sansnombr*' lorsqu'ils se produisent surtout dans le silence de la nuit.

L'odorat acquiert une linesse et une susceptibilité très grandes que nous n'avons jamais vu atteindre à ce degré dans aucun autre é'X morbide. Celle exquise sensibilité peut exister pour toutes les ode irs. ou pour quelques-unes seulement, et pnrmi elles il esta remarquer (;> celles dont on vante ordinairement la force et la bonté sont pour les d-vropathes beaucoup plus désagréables que les odeurs mauvaises. N'*> connaissons une névropathe pour laquelle l'odeur du safran contenu li -ci le laudanum de Sydenham est si insupportable qu'elle détermine im:.dialement un violent mal de tête avec sentiment de défaillance et in:.* nence de syncope. Bien d'autres exeni{ les semblables ont été cités : i**'^

Todear de la poudre fraiche d'ipécacuanha (GuIIen), du musc, de la civelte (Hygmor), de la graine de lia (N. Guillot), le parrum de la violette (Bouchut). Une malade ne pouvait supporter Todeur des fraises dans un diner sans éprouver immédiatement un état d*angoisse très pénible bientôt suivi de crises nerveuses a\ec cris, éblouissements, bourdonnements, frémissements de la têle aux pieds (1) (Leroy-Dupré). Des impressions si offensantes pour Todorat n'étaient pas inconnues des auteurs anciens et Louyer Yillermay parle de certaines femmes vaporeuses qui I éprouvaient des migraines violentes, des suffocations et des convulsions véritables, toutes les fois qu'elles étaient forcées de respirer pendant quelque temps des odeurs antipathiques (2) >.

Le goût est moins souvent perverti. Certains malades ont de Tappétencepour les crudités ou les acides, d'autres ont de Tinappétence pour tous les aliments, d'autres encore trouvent à tout ce qu'ils mangent une saveur particulière qui n'existe pas, comme celle du sucre, du sel, du vinaigre, etc.

Ce n'est pas tout encore : ces perversions et hyperesthésies sensorielles peuvent arriver jusqu'aux hallucinations de la vue, de l'odorat, de l'ouïe, du goût et du toucher.

La peau est parfois le siège d'hyperesthésies diverses et multiples, ou elle présente une grande sensibilité et une exquise délicatesse; c est ainsi que l'application d'un vésicatoire, de la teinture diode et même d'un simple cataplasme peut déterminer une irritation cutanée excessive, très lente à s'effacer; nous avons même vu la simple impression du froid déterminer sur la peau de véritables plaques d'hyperhémie ; cet état de parésie vaso-motrice apparaît encore dans la facilité que l'oii éprouve à tracer sur la surface cutanée, à l'aide du doigt ou d'un simple corps mousse, des lignes rouges plus ou moins apparentes, analogues aux taches ou lignes méningitiques, ou à faire nailre des rougeurs sous l'influence des moindres émotions. Chez les névropathes, en effet, le centre émotif (situé comme on le sait, d'après M. Vulpian, dans la protubérance annulaire) est très excitable. Les rougeurs émotives n'existent pas seulement à la face, mais aussi à la partie antérieure et supérieure du thorax, au dessus des clavicules et du sterQUO), à la région du cou, du dos, du tronc, elles peuvent aussi sous unfi forme rubéolique {roséole émotive) occuper une grande étendue; c'est ainsi que M. Vulpian a vu un homme de cinquante ans, nerveux, impressionnable, souffrant de névralgies, présenter une roséole émotive qui occupait, chaque fois qu'on l'examinait, les parties antérieure et supérieure

(1) Cité par Kri»liabcr, loc ciLf p. 126.

(i) Louyer-VUlermay. Traité des maladies nerveuses ou vapeurs, t. I*% Paria, 1816, p. 45^ Longtemps avant lui Hygmor avait dit à ce sujet: suaveolentia moschus^Zibetha, etc., afe^ ticnem h^stêrkam promottent.

du thoraXy los épaules, la région antérieure de Tabdomen, la moitié supérieure des cuisses (1).

c. — Du côté de la circulation, on observe des troubles qui reproduisent les accidents connus en Angleterre sous le nom de cœur irritable {irritable heart) : palpitations, lipothymies, syncopes, fréquence du poulssans fièvre, battements artériels, accès d'angine de poitrine. Celle-ci n*est pas franche et ne présente pas tous les caractères que nous lui connaissons : les irradiations douloureuses sont moins fréquentes el régulières, elles existent par exemple des deux côtés, ou à droite seulement; d'autres fois, on note même une absence complète de cesimdiations, l'angoisse précordiale est moins violente, mais il y a souveoi plus d'oppression, les accès sont ordinairement nocturnes et se ré|yètent un grand nombre de fois. On peut se demander si ces violentes « douleurs au cœur > dont se plaignent si souvent les malades sont bien des accès réels d'angine de poitrine, et si même ceux-ci dépendent moins de l'état névrosi({ue que de l'influence diathésique (3), c'est-idire de l'arthritisme qui joue, comme nous le verrons plus loin, un gi*and rôle dans la production de la neurasthénie.

Non seulement le pouls est fréquent, mais il esiinstable, varianid'un moment à l'autre sous l'influence des causes les plus diverses et les plus légères ; on observe aussi très souvent des troubles de circulation périphérique caractérisés par une sensation de chaleur à la tête, de froid local aux membres inférieurs, ou encore par des sensations de chaleur se déplaçant avec la plus grande facilité.

d. — La respiration est aussi souvent affectée sous forme de dyspnée, ou plutôt de polypnée, c'est-à-dire d'accélération simple des mouvements respiratoires, ou encore sous forme d'étouffement ayant son siè^ à la gorge et donnant lieu à une sensation de strangulation ou d'étrangl^ ment par suite delà convulsion des muscles pharyngo-glottiques; enfin, les malades éprouvent souvent aussi un état de compression interne paraissant enchaîner plus ou moins les mouvements thoraciques. Le larynxpeut être plus directement atteint sous forme diaphonie snbite, dite nerveuse, ou encore de toux sèche, rauque, saccadée, p^ite, s£ produisant sous des influences diverses avec disposition très accentuée aux bâillements.

Dans le nervosisme la nutrition est parfois assez prafondémenl atteinte, contrairement à ce qui arrive dans l'hystérie,, les malades sont

(1) Vulpian. Leçon» sur VappareU v(U(Mnoteur, tom. H, p. 50.^ Voyet auttf : L. Mey«- Ueber kuntliches Errôthen {Arch. f. Phy» und ^ervenk.,. 1874.)

(2) Dernièrement {Acad. de méd., 1881), N. Vergely, de Bordeaux, a insislé sur raa|iBeJ« poitrine qu'on observerait souvent chez les diabétiques. Nous avons nona-aiéine otHcnré t**' lois l'angine de poitrine dans le diabète; mais pour nous, dans ces eas, l'angine de poitrw' ne relève pas du diabète, mais de l'arthritisme . Nous faisons la mêine reoarqw po*' '^ névralgies symétriques du diabète signalés par H. Wonns (Aead. de mM. de Paris, IHSf»

souvent pâles, amaig^es, et dans un cas même cet amaigrissement avait acquis de telles proportions qu'on pouvait croire à Timminence ou même à Texistence d*une atropiiie musculaire progressive. II en résulte que, s'il existe dans ces conditions une toux plus ou moins persistante, cet état doit inspirer de grandes inquiétudes et faire craindre à tort une tuberculisation commençante.

e. — Hais ce sont les troubles de Tappareil digestif qui sont les plus nombreux, les plus variés el aussi les plus importants. Dans certains cas, la sécrétion salivaire est considérablement diminuée, il en résulte un état de sécheresse souvent très pénible de la bouche et de risthme du gosier qui donne lieu à une sensation de constriction pharyngée et à une certaine difficulté de la déglutition; d'autres fois, au contraire, mais plus rarement, les malades sont tourmentés par une véritable sialorrhée. On observe encore des spasmes du pharynx, de risthme du gosier, de l'œsophage produisant une véritable dysphagie nerveuse; ces spasmes peuvent s'étendre à tout le tube digestif, à Testomac, au pylore, à l'intestin, pour provoquer des vomissements, de la gastralgie, de la constipation plus ou moins opiniâtre. Celle-ci alterne avec des flux diarrhéiques plus ou moins abondants, véritables débâcles intestinales qui plongent momentanément les malades dans un état réel d'affaissement, surtout lorsqu'elles s'accompagnent de crises enléralgiques. Dans certains cas, la diarrhée survenait chez quelques névropathiques observés par M. Guéneau de Mussy, toutes les fois qu'ils ne gardaient pas le repos le plus complet et ne restaient point couchés après le repas, ce qui était dû très probablement à une incitabilité exagérée du muscle intestinal que le moindre mouvement pouvait mettra en jeu (1). D'autres fois, la constipation est accompagnée ou suivie d^ rejet de concrétions muqueuses metnbraniformes souvent très abondantes. Enfin, on voit assez souvent se produire du côté de l'intestin des spasmes localisés qui, emprisonnant une certaine quantité de gaz, peuvent faire croire à l'existence de tumeurs réelles, quand il ne s'agit seulement que de pseudo-tumeurs abdominales caractérisées par la rapidité de leur apparition et de leur disparition, la facilité de leurs déplacements, et aussi par la coexistence d'un tympanisme très accusé.

Les troubles du côté de l'estomac sont plus importants encore : inappétence par absence ou diminution du suc gastrique, appétit capricieux, sensation de fer chaud, de pesanteur, de malaise, de dyspnée ; battements épigastriques, boufTéesde chaleurs, vertiges après les repas ou dans leur intervalle; éructations gazeuses très fréquentes avec borborygmes souvent très bruyants de l'intestin et ballonnement gazeux se produisant

(f ) D^ns ces cas, on comprend que Tasage d'une simple ceinture ventrale en immobilisan rintesttn sufllt pour prévenir et faire disparaître ces accidents. — Voy. Gueneau de Mussj Clm.métf.»t. p. 104.)

888 NÉVROSES COMPLEILES.

subilement à Tépigastre et dans les diverses régions de Pabdomen. Si rélat dyspeptique s'accentue davantage encore, la malade tourne dans un véritable cercle vicieux morbide; le nervosisme ayant créé la dyspepsie, celle-ci produit Fanémie qui, à son tour, entretient dans le système nerveux cet état si pénible de faiblesse irritable dont souffrent les malades. Mais il Tant bien se garder d'intervertir l'ordre et la filiation des symptômes, de prendre reffet pour la cause, d'attribuer aux accidents gastriques ou cardiaques une importance exagérée. La prédominance de ces derniers accidents dans le complexus morbide si variable de la neurasthénie, ne parvient pas en eflel à justifier pour des maladies anciennement connues la création de noms nouveaux, tels que ceux de maladie ou névropathie cérébro -cardiaque (Krishaber), de névropathie ou de maladie cérébro-gastrique) (Leven) (t), celle-ci étant, sous une autre dénomination, la tardive réhabilitation de la doctrine erronée de Beau. Ce sont là deux formes de la maladie déjà décrites il y a longtemps par de nombreux auteurs, et désignées sous les noms de nervosisme gastrique ou de nervosisfue cardiaque par M. Bouchut qui, suivant la prédominance de certains symptômes, avait aussi admis un nervosisme cérébral, spinal, laryngé, utérin, séminal, cutané, spasmodique, paralytique et douloureux.

On ferait un tableau incomplet de Taffection, si Ton n'ajoutait pas que les malades sont tourmentés par des douleurs incessantes, variables, vagues et indéterminées par leur siège comme par leur nature; tantôt en effel il s'agit de ces viscéralgies spasmodiques dont nous avons parlé au sujet des troubles des voies digestives; tantôt ce sont des arihralgies, des myalgies, des fatigues douloureuses ou un état d'impotence des membres, des fausses paraplégies ; d'autres fois encore les névralgies périphériques dominent la scène sous forme de névralgies faciales, intercostales, crurales ou même scialiques; enfin les malades éprouvent encore des sensations de brûlure, de cuisson ou d'hypereslhésie sur certaines parties de la surface cutanée.

f, — Au milieu de ces douleurs si vives, si variées, que deviennent l'intelligence et le caractère des malades? Les uns conservent une intelligence vive et active, d'autres s :mblent plongés dans un véritable affaissement physique ou moral; ou ils sont irritables, emportés, susceptibles; ils ont encore un caractère morose, sombre, taciturne, ne songeant qui leurs maux, ce qui engendre souvent dans leur esprit des idées bj-pocondriaques. Presque tous sont convaincus de la gravité de leur maladie et, sans craindre absolument la mort, ils la croient prochaine. Enlin. quelques-uns subissent la persécution de leurs accidents douloureux, avec calme et confiance, et aussi avec une sorte de résignation qui contraste singulièrement avec la multiplicité de leurs souffrances et Tiiu*

(1) Leven. De la maladie cérébro-gaslrique (France médicale, 1882).

puissance reconnue de toutes les médicalions. Dans certains cas, il semble qu*à Texaltation de leur sensibilité organique doive correspondre un état d'exquise sensibilité morale : nous les voyons impressionnables à Texcés, souvent généreux ou charitables pour les autres,. tandis qu'autrefoisils ne sont dominésquepar des pensées égoïstes et des préoccupations déplus en plus absorbantes sur leur état de santé; ils sont aussi sensibles aux encouragements, aux bonnes paroles, à Tin térèt affectueux qu'on leur témoigne. C'est bien là celte disposition du caractère qu'exprimait par ces paroles un médecin névropathe, le docteur D... (de Monteux) : i Depuis que l'homme existe et qu'il souffre, le langage de la pitié a été Tune de ses meilleures assistances, et souvent il obtient plus d'adoucis* sèment à ses maux par un coup d'oeil, par une pression de main, par une phrase, par une interjection charitable, que par tous les ingrédients que nous faisons bouillir, filtrer, concasser et moudre (1). >

j/. — Telle est la longue et douloureuse odyssée des accidents si divers queFon observe dans le cours de cette affection qui occupe tousles organes, qui atteint toutes les fonctions et qui peut aboutir à cette sorte de cachexie nerveuseoude marasme nerveux dont R. Whytt avaitdéji parlé il y a longtemps. Cet état de souffrances continuelles et générales provoque souvent une anémie profonde, un amaigrissement et un dépérissement progressifs; il engendre aussi des idées hypochondriaques qui les plongent parfois dans une grande tristesse et une sorte de langueur phy sique et morale dont on parvient difficilement à les tirer. C'est ce qui a pu faire dire avec raison à M. Bouchut, que leur existence est souvent un problème pour ceux qui les voient et qui les obsenent tous les jours; « on se demande, en effet comment ils peuvent lutter contre de pareilles souffrances, et cependant leur vie, devenue un martyre, se prolonge des mois et des années sans offrir de réels instants de calme et de repos. » La plupart de ces malades néanmoins sont doués d'une résistance vitale vraiment extraordinaire, traînant ainsi misérablement leur existence au milieu de ces douleurs sans fin qui les obsèdent et les assiègent ; ou ils ne succombent qu'aux progrès d'une affection intercurrente dont l'organisme profondément débilité n'a pu subir les atteintes ni conjurer les périls.

h, — Arrivé à la fin de la description de cet état morbide, il nous i^sle à indiquer sommairement les diverses formes qu'il peut affecter chez les différents malades.

Tantôt, ce senties phénomènes de dépression qui dominent la scène; Is sont alors caractérisés par de la faiblesse, de l'épuisement plus ou noins rapide des forces, un sentiment particulier d'accablement, de lécouragement, une imminence continuelle de fatigue, la difficulté du

^) Uiires névropQtfû^ues, Paris, 1877 ; 2* édition.

travail, une certaine confusion dans les idées, par une sensalion de vide dans la tète, de lassitude dans les membres le matin au réicil. elc C'est la neurasthénie à forme dépressive^ état que Rosenlhal rtpsk comme la forme dépressive de Tirritation spinale, et qu'il oppose »ec une certaine raison à la forme hyperesthésique.

Tantôt ce sont, au contraire, les phénomènes doiUoureux qui tout prédominants : les malades éprouvent des douleurs vagues un peu pvtmii, dans la tète, dans les viscères, aux membres; il y a des névralgies faciales, intercostales, crurales, lombo-abdominales, sciatiques qui, se succédant ou se remplaçant, ne laissent aux malheureux patients ni trè«e & repos. Ce long et pénible martyrologe peut s'appeler : la newnsikn\i névralgique {névralgie générale de Yalleix).

D'autres fois, ce sont les viscéralgies spasmodiques qu*0B ok<nt plus particulièrement : accidents spasmodiques de l'oesophage, ds pinrynx, deTestomac, de l'intestin, de l'anus, des bronches, etc. qui d«nent lieu dans certains cas à tant d'erreurs de diagnostic (t). Cesi a neurasthénie spasmodique.

Enfin, relativement au siège qu'affectent les accidents, il est ccru&t que l'on peut créer un grand nombre de formes : neurasihén%ê€irt\rv cardiaque j cérébro-spinale ^ cérébro-gastrique et génUtHurimain,]

Marche. — Durer. — Terminaisons. — Raremement ledébut de l>u. nerveux est brusque, cependant cela a lieu quelquefois à la soile d'cr vive commotion physique ou morale.

Le plus souvent, c'est lentement et irrégulièrement que les trcmU^s fonctionnels se multiplient et se généralisent, se montrent et dispen;^ sent; en d'autres termes, Tétat nerveux aigu est rare, absolumeiit |^'* lant, et l'état chronique n'est point, dans la plupart des cas, prêcO' d'une période d'acuité.

La marche continue avec exacerbations passagères présente qnelf ^ fois, mais très exceptionnellement, des intermittences régulière». (^ certains malades, les accidents se suspendent pendant des mois et ^ années, pour récidiver sous la même forme ou avec une phy»oa^« différente. Il peut arriver qu'une affection fébrile intercurrente lesif^ brusquement cesser; mais le plus souvent, on les voit penîster of^isJtrement, jusqu'à ce qu'une révolution heureuse, amenée parrif;e.?i^ les conditions physiques et morales, ou une médication appropn-*'. parvienne par degrés à les effacer; en somme, il est rare qne k t*^' vosisme disparaisse complètement.

Il peut se terminer par la mort, quand les malades, bon d'éot èr

(1) Voy. à ce sujet dan» la thtee de 0. Fouqael {àiuiê cUmqmt wm fMifMi^^^ iTort^iM hytéri^UiB. Paris, IS80) plusieurs obserrattons d'alTceUoiit ~ ' — ■* •• avons rapportées.

NEURASTHÉNIE. t91

prendre des aliments, en proie à de continuefles souifrances, tombent daos uo état de cachexie et de maigreur de plus en plus profond, où il suffit de la plus légère complication organique pour amener une terminaison funeste ; quelques-uns même succombent par les seuls progrès de celle phthisie nerveuse f de ce marasme nerveux. M. Bouchut a réuni UD certain nombre de faits très concluants à cet égard ; nous pourrions y ajouter Tobservation d'une femme que nous avons vu mourir dans un état d'anémie profonde avec des douleurs gastralgiques et des vomissements incoercibles : à l'autopsie, nous n'avons rencontré ni le cancer de Testomac, que nous nous attendions à trouver, ni aucune lésion appréciable soit des voies digestives, soit des autres viscères.

Étiologib. — C'est principalement dans la période moyenne de la vie que s'observe l'état nerveux; il n'appartient pas exclusivement au sexe féminin, quoiqu'il y soit infiniment plus fréquent que chez Thomme : 00 le voit souvent débuter à l'occasion de la première période menstruelle, et s'exaspérer à chaque retour des règles, accompagner l'aménorrhée accidentelle ou la ménopause ; l'âge critique est particulièrement fécond en accidents névropathiques, notamment en hyperesthésies diverses et multiples (Monneret); il faut noter encore l'infiuence de la grossesse, celle d'une lactation trop prolongée.

Nous n'avons pas besoin d'insister sur la prédisposition qui est comme attachée au tempérament dit nerveux, tempérament lié lui-même souvent à divers états diathésiques (goutte, rhumatisme, etc.), actuellement manifestés ou n'existant encore qu'en puissance. Nous verrons du reste plus loin, à propos de la discussion du diagnostic, que, pour nous, cette influence diathésique est absolument prédominante.

On sait aussi combien une éducation énervante, l'oisiveté, les passions vives, et plus spécialement les passions déprimantes, combien une hygiène vicieuse (veilles, excès de tous genres, alimentation insuffisante), contribuent à accroître la puissance pathogénique de cette prédisposition.

Les premiers symptômes de l'état nerveux remontent assez communément à quelque maladie aiguë antérieure (fièvre typhoïde, diphtérie, etc.); et leur développement est favorisé par une diète prolongée, des émissions sanguines répétées ; ou bien l'état nerveux accompagne ine autre maladie chronique, notamment: la syphilis constitutionnelle [^. larvée) f les troubles de la digestion et de l'assimilation compris sous e nom de dyspepsie ; la congestion chronique du Toie, d'après les recherches de Fleury. Un ensemble de symptômes névropathiques s'observe habituellement (mais pas nécessairement) avec l'altération du sang désignée sous le nom d'anémie ou d'hydrémie, si bien que pour quelques mélecins, les termes de chlorose et de névropathie sont devenus synonymes.

892 NÉVROSES GOMPLEXESi

€ En résuméy dit M. Bouchut, bien que les nombreuses causes du nervosisme aigu ou chronique soient très variées dans leur nature, et en apparence très diflerentes les unes des autres, elles se liennenl toutes par un lien commun, qui est la diminution de quanliié ou de qmliié de la masse totale du sang^ et rabaissement de Tun ou de Tautre de ses éléments, surtout des globules. Au fond de tout nervosisme il y a presque toujours primitivement ou secondairement une modificaiion plus ou mx>ins considérable du sang. »

Prenons note de cette sage réserve : altération du sang presque constante, c'est-à-dire manquant quelquefois, et manquant surtoutau début, ou justement son existence serait nécessaire pour fournir un appui solide à la théorie (de la génération des accidents nerveux par Télal anémique); — altération p/ii5 ou moins considérablcy et cela sans qu'il y ait toujours un rapport proportionnel entre le degré d'appauvrissement du sang et l'intensité des symptômes que l'on y subordonne ; altération quelquefois consécutive^ dès lors devant incontestablemeot être mise hors de cause pour un certain nombre de cas dont elle ne saurait expliquer le mode de développement. Nous revendrons tout à l'heure sur cette importante question, qui est à la fois de doctrine cl d<» pratique.

De l'état nerveux au point de vue nosologique. — Pour bien fair^ saisir les analogies de l'état nerveux avec d'autres névroses voisine?, ainsi que les différences qui permettent de l'en séparer, nous alloQï mettre sous les yeux du lecteur les principaux passages d'un discours académique de Beau, remarquable leçon d'histoire et de palholop'' qui perdrait à être paraphrasée.

€ Les symptômes réunis sous le nom de Nervosisme sont-ils elTeclivement différents de l'hystérie et de l'hypochondrie? Cela dépend, coinra^ on doit bien le penser, de l'idée qu'on se fait de l'hystérie ou de rhjT»'>chondrie, ou plutôt des caractères essentiels que Ton prête à ces A^-^^ maladies. C'est ce que nous allons examiner, en commençant par Tlip térie.

» Hystérie. — Voici quels seraient les principaux caractères de i'tiy* térie: névrose à symptômes bien définis et toujours les mêmes, ace nipagnée de la sensation d'une boule qui remonte à la goi^e, semonlr: > sous forme d'attaques convulsives et apyrétiques, séparées par des intervalles notables, sans altération de la nutrition.

t Ces phénomènes diffèrent notablement du nervosismej qui estaitcaractérisé par M. Bouchut dans son expression générale : névro:^ ^

(1) Bulletin de IWcadémie de médecine, 1859, l. XXIV, p. 750, discassîoo «r l^" tr-*de M. Boucbut.

NEURASTHÉNIE. g93

symptôme» tellement mobiles et variables que Ton trouYe à peine deux malades qui se ressemblent ; dans laquelle il n*y a ni convulsions ni ascension de boule ; qui est marquée ou par une marche continue ou par des accès rapprochés, souvent fébriles, et qui produit une détérioration profonde de l'organisme.

> On voit par ce qui précède que le nom d'hystérie n'est donné qu'à la forme convulsive de cette maladie, et que la réunion des symptômes non convùlsifs, appelée jusqu'à présent hy$Urici$me^ hystérie vapo' reuse ou sensitive^ névropathie protéiforme (Cerise), qui dépend de rhystérie, se trouve distraite de l'affection hystérique comme une névrose particulière, sous le nom de nervosisme.

> Cette séparation dans les formes convulsive et vaporeuse de l'hystérie peut certainement être proposée; il est même fort possible qu'elle soit acceptée ; mais il me semble qu'une semblable scission aura toujours contre elle de grandes difficultés.

> En effet, la forme vaporeuse ou protéiforme de l'hystérie existe ceilaioement seule ; elle est même la plus -fréquente des denx à l'état d'isolement; mais la forme convulsive se rencontre rarement sans être précédée ou accompagnée de la forme vaporeuse, c'es-à-dire que les phénomènes protéiformesou vaporeux servent de prodromes éloignésaux attaques convulsives ou se montrent dans leur intervalle. On voit par là que les deux manifestations, convuUive et vaporeuse, dénotent le même fonds morbide, produisant les vapeurs ou le nervosisme quand la susceptibilité nerveuse est médiocre, et produisant le mouvement réflexe de l'attaque convulsive quand la susceptibilité nerveuse est intense ou que les causes occasionnelles sont violentes.

I Quant aux symptômes différentiels du nervosisme et de l'hystérie convukivey je trouve que leur opposition a été exagérée. Ainsi, on doit accorder certainement que la forme convulsive est plus tranchée, plus définie que la forme vaporeuse, mais cependant cette dernière n'est pas tellement protéiforme qu'on ne la trouve à peine semblable sur deux personnes. On observe assez souvent chez les femmes vaporeuses la réunion des symptômes suivants : gonflement de la région épigastrique et des hypochondres, névralgie intercostale, palpitations, sentiment de dyspnée, quelquefois de boule, qui, partant de l'estomac, remonte jusqu'au milieu de la réj^ion sternale, et même jusqu'à la gorge, sans être suivi de mouvements convulsifs. On voit par là que lasensation de boule ascendante qui donnerait un cachet caractéristique à l'hystérie, c'est-àdire à la iorme convulsive, se trouve aussi, mais moins souvent, dans le nervosisme^ c'est-à-dire dans la forme vaporeuse. Lorsque celle-ci vient à augmenter d'intensité, par suite d'un surcroit dans l'intensité de la cause, la sensation de la boule s' exagérant finit par donner lieu aux mouvements réflexes de Tatlaque convulsive.

> La nutrition serait conservée dans Thysténe convalsive et très détériorée dans le nervosisme. Je regrette fort de ne pouvoir adopler cette opinion, car voici ce que j'ai remarqué : toutes les femmes affectées d^hystérie convulsive sont maigres absolument ou relativement... Et quand on a Toccasion d'observer de ces femmes qui passent de la forme vaporeuse à la forme convulsive, on constate facilement un surcroit de maigreur et de détérioration.

1 Toutes ces raisons me semblent démontrer qu'on ne peut pas opérer une séparation radicale entre les formes convulsive et vaporeuse de l'affection hystérique, c'est-à-dire enire l'hystérie et le nenosisme. Cette séparation est aussi arbitraire et aussi illégitime que celle que l'on voudrait tenter entre le vertige et Tattaque de la maladie épileptique... Malgré leurs dissemblances, on les regarde comme deux manifestations différentes du mal épileptique,paiTe qu'elles se rencontrent habituellement chez les mêmes individus, et que souvent l'une sert dr prodrome à l'autre, comme cela se fait entre la form^ vaporeuse de l'hystérie et la forme convulsive.

» Passons maintenant à l'hypochondrie et voyons si cette maladie e<i distincte du nervosisme.

Hypochondrie. — Pour un grand nombre de médecins i l'hypochondrie est caractérisée par une préoccupation constante sur des souffrances réelles ou imaginaires. Or, cette définition n'est guère donoée et acceptée que depuis le commencement du siècle. Les anciens médecins, c'est-à-dire Sydenham, Sennert, Willis, Highmore, Hoffmann. Stahl, Stoll. etc., appelaient, hypochondrie une maladie à symptôme* multiples, mobiles et variables, qui avaient pour foyer ou poursi^i:'' principal, la zone des hypochondres et de l'épigastre... Après lesauur énumérés, ces auteurs ont bien soin d'ajouter qu'on ne les trouve pa^ tous réunis sur le même sujet...

€ Parmi les symptômes de Thypochondrie des anciens médecioN il en est un qui a du vous frapper, c'est l'appréhension qui tounueoi^; le patient au sujet de sa maladie et des suites qu'elles peut avoir. Sei terreurs sont excitées tantôt par l'état du pouls, tantôt par la <îèQC Je la respiration; enfin, chez quelques-uns l'imagination est tellem<Qi frappée, qu'ils se croient atteints d'autres maladies, pu même victioiii d'une fascination. Ce travers morbide de l'intelligence qui figure xi nombre des symptômes de l'hypochondrie, mais qui pourtant nt» ï caractérisait pas pour les anciens, a paru tellement essentiel dansr.i maladie, à plusieurs nosographes de la fin du siècle passé, SagarSiivap:es, Cullen, etc., qu'ils le firent figurer dans la définition de 1'!}; " chondrie. C'est encore pour cela que ces nosographes classèrent rii):'* chondrie dans les hallucinations (Sauvages, Sagar,) ouïes malaJ -^ imaginaires (Linné).

iNEURASTHËNlË.

i A partir de cette époque, I*hypochondrie fut, pour ainsi dire» entièrement absorbée et eflacée par un de ses symptômes, par cette altération particulière de Tintelligence, qui consiste à s'exagérer la gravité d^unc maladie, ou même à considérer comme réelle une maladie imaginaire c'est-à-dire par le symptôme fwsomanie.

I Les auteurs de ce siècle ont presque tous marché sur la trace des prédédents nosographes. C'est par là qu'il faut comprendre pourquoi Frank, Georget, MM. Falret, firachet, Dubois (d'Amiens), Michéa, etc., ont tous, à l'exception de Louyer-Yillermay, Hureland, Trousseau, Pidouz, et quelques aulres,présenté Thypochondrie comme une névrose de l'intelligence. Quant on lit ces auteurs distingués, qui font justement autorité dans la science, on voit que c'est la nosomanie qui, sons l'ancien non d'hypochondrie, domine toute la maladie.

» Il y a même plus, c'est que les symptômes fournis par Tabdomen, le thorax, etc., tels que les éructations, les palpitations, etc., qui ont toujours servi à constituer l'hypochondrie des anciens... ne sont plus nécessaires pour caractériser Thypochondrie des modernes. Il suflit roaisteasint de se croire affecté d'une maladie grave que l'on n'a pas, pour être considérée comme hypochondriaque.

> Ce désordre particulier de l'intelligence existe réellement comme fait pathologique ; il est impossible dès lors de ne pas le compter au nombre des maladies qui affligent l'espèce humaine. Mais dans un but de précision analytique, on doit le distinguer sous le nom de nosomanie, de l'hypochondrie de VVillis, Hoffmann, Stoll, etc., bien que souvent il ûgure parmi les symptômes de cette dernière maladie...; le symptôme nosomanie n'est pas plus essentiel à l'affection hypochondriaque, que le symptôme palpitations ou le symptôme éructations...

» 11 me semble, en un mot, que l'on doit comprendre les rapports de la nosomanie et de l'hypochondrie des anciens, de la même manière à peu près que ceux de l'hydrophobie et de la rage. En effet, on sait que la rage a l'hydrophobie pour symptôme, mais on sait aussi que ce symptôme, surtout chez les^nimaux, n'est pas constant, essentiel à la l'âge ; d'un autre côté, on admet avec raison qu'en dehors de la rage on peut observer l'hydrophobie, Eh bien 1 on peut en dire autant de la nosomanie et de l'hypochondrie.

i Nous allons voir que les anciens avaient déjà distingué de Thypochondrie la crainte exagérée de la maladie, seulement ils n'avaient pas donné un nom particulier à ce dernier symptôme; ils le comprenaient sous le nom générique de mélancolie.., La mélancolie des anciens, ainsi comprise, c'est-à*dire comme renfermant la nosomanie des modernes, était parfaitement distinguée de l'hypochondrie. En effet, Sennert nous apprend que la mélancolie s'appelle hypochondriaque quand

elle a sa source dans les hypochondres... L'hypochondrie, dit encore cel auteur, est une maladie plus étendue et plus générale que la mélancolie hypochondriaque; il ajoute que la mélancolie ne se trouve pas exclusivement dans raffeclionhypochondriaque. En effet, il reconnaîlel décrit au long une mélancolie idiopathique ou primitive, puis des mélancolies symplomatiques d'affections autres que rhypochondrie. Tout ce qui a trait à la mélancolie en général et à ses espèces esteiposé par Sennert dans la partie consacrée aux maladies de la tète, tandis que rhistoire de l'hypochondrie se trouve dans le livre où il traite des maladies de l'abdomen.

« Après celle excursion dans l'histoire de l'hypochondrie, discutons la question que nous nous sommes proposée et que je dois rappeler, la voici : Le nervosisme est-il distinct de l'hypochondrie? Il est évident que le nervosisme n'est pas différent de Thypochondrie, quand on comprend cette dernière maladie comme les ancien?; mais si, comme la plupart des médecins actuels on entend la nosomanie sous le nom d'hypoiîhondrie, le nervosisme et l'hypochondrie sont deux maladies différentes. »

Ainsi envisagé,rétat nerveux peut exister comme espèce pathologique particulière et distincte ;il peut aussi se présenter comme état morbiie associé à d'autres névropathies diversement caractérisées. C'est en etM l'état nerveux ou, si l'on veut le nervosisme, qui forme en quelqui sorte le fonds commun de l'hystérie et de plusieurs autres affeclionf générales du système nerveux; on le retrouve pareillement chez !es individus atteints de névroses locales (notamment d'hyperesthésies),soi! à titre de cause prédisposante, d'imminence morbide, soit à titre de conséquence tardive, de complication.

Physiologie pathologique. — A ce point de vue nous avons i e\:miner plusieurs questions : Quelle est la cause prochaine de l'état aer veux ? Comment se produisent et se relient les uns aux autres les phénomènes si multiples et si divers qui traduisent Texistence de a^névrose? Enfin quelle en est la nature intime?

A. — Sur la première question, celle de la cause prochaine du n«»:vosisme,tous les systèmes médicaux semblent avoir épuisé leurs etT-t- Déjà à Toccasion des névroses en général, nous avons mentionné q* ques-unes des hypothèses qui ont eu cours à ce sujet : depuis le r^' •' nissement ou la laxité de la fibre, où le solidisme se complait, jusi;--^^ humeurs ou corrosives ou trop «liflluentes qui expliquent tout aui)des humoristes. Ne trouvons nous pas un retour vers ces idées dt"? " écrits du professeur qui attribue les névroses à une oscillation desr; lécules nerveuses {névropathies cl névraxopallie)^Ei dans les oii^^--'^

en grand nombre, où une altération de sang, principalement la chloroanémiCyest donnée comme la cause immédiate, constante, de presque toutes les perturbations nerveuses, ne reconnait-on pas sous une expression rajeunie cette môme âcreté ou ténuité des humeurs, si familière à nos devanciers?

Nous ne nous arrêterions pas à la discusion de ces hypothèses, s'il n'y avait là une question de fait et d'application qu'il importe d'élucider. En attribuant, comme on a de la tendance à le faire aujourd'hui, toutes les névropathies à l'état anémique, on généralise outre mesure, ce nous semble, une vérité partielle. Sans doute ces deux éléments, anémie et névropathiey se trouvent fréquemment associés, le fait est incontestcible et il est même important à connaître, au point de vue thérapeutique. Mais s'ensuil-il qu'il puisse servir de base à tout un système pathogénique, et de la coïncidence habituelle du trouble nerveux et de l'altération du sang, sommes-nous en droit de conclure à la subordination nécessaire de Tun à l'autre, à la génération immédiate de l'un par l'autre? Nous ne le pensons pas, et cela pour plusieurs raisons :

a. L'anémie ne préexiste pas toujours. — Sans même faire intervenir la pléthore vraie (condition hématologique dont le domaine semble se rétrécir de jour en jour, à mesure que s'étend celui de l'anémie avec symptômes pseudo-pléthoriques), il nous suffira de rappeler les exemples, assez rares sans doute, mais cependant bien avérés, d^état nerveux aigu et grave se développant en pleine santé, à la suite de quelque violente et soudaine commotion morale.

b. Uanémie peut exister sans état nerveux. — Quel est le clinicien qui ne se souvient d'avoir vu certaines femmes chlorotiques se plaignant à peine de quelque vague malaise, d'un peu d'essoufflement, etc. , alors que la teinte cireuse des téguments, la blancheur des membranes muqueuses, l'intensité et la continuité des bruits vasculaires révélaient manifestement une aglobulie des plus avancées ?

c.Quand l'anémie existe, il s'en faut que Fintensité de la névropathie coïncidente soit toujours proportionnée au degré d^altération du sang. Nous croyons qu'il suffit d'énoncer cette proposition ; car ce qui est vrai de l'anémie intense, l'est, h plus forte raison, de Tanémie légère. Au surplus, il est d'observation que, chez des personnes tourmentées par les affections nerveuses les plus cruelles, les plus persistantes, on ne parvient quelquefois qu'avec une extrême difficulté à saisir quelques indices d'anémie ou d'hydrémie, tel qu'un bruit doux, intermittent dans la région carotidienne, etc., alors que d'autres individus, avec une décoloration profonde, des souffles vasculaires très forts, ne sont pas ou sont à peine souffrants.

A la vérité, on peut faire à cet égard une objection spécieuse,on peut alléguer le désaccord si fréquemment noté en clinique, entre le degré

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d'une altération matérielle, quelle qu'elle soit, et la violence des symptômes qui en sont l'expression fonctionnelle. Mais, comme les discordances de cette espèce, ainsi que nous avons essayé de rétablir ailleurs {Remarqttes préliminaires) y dépendent justement du mode d'affection du système nerveux, comme c'est de ce mode d'affection même qu'on prétend cette fois donner l'explication, il s'ensuit que rargoment tiré de l'exemple d'autres affections perd ici toute valeur. La question subsiste tout entièie. Dire que l'appauvrissement du sang n'est que l'une des. causes, et non la plus essentielle, de l'état névropathique, qu'est-ce, sinon convenir qu'il faut chercher en dehors de l'anémie d'autres causes plus puissantes, plus immédiatement actives, dont le concours lui est indispensable, à elle, mais qui peuvent se passer du sicn,et devenir efficientes sans l'appoint qu'elle leur donne? Ces causes, il est vrai> sont extrêmement obscures, mais il nous semble y avoir profit pour la science à mettre des inconnues à la place des erreurs(l).

d. Que serait-ce si, à cette altération permanente et uniforme dn sang nous demandions la raison des symptômes divers et mobiles au plus haut degré de l'état nerveux ; si nous y cherchions le pourquoi de leur progression irrégulière, de leurs subites exacerbations, de leurs inlermissions non moins imprévues, de leurs caractères si différents chez deux malades également anémiques, et, chez le même sujet, de leurs oscillations continuelles du spasme à la paralysie, de Tinsensibilité profonde à la douleur aiguë, etc. ?

e. Un dernier point que nous devons signaler, c'est que souvent r anémie se développe consécutivement à la névropathie : i mesure que les accidents, surtout les accidents douloureux, persistent et se mulli* plient,on voit la nutrition languir, les malades pâlissent et s'amaigris^ sent (sans que toutefois cette cachexie arrive en général au degré d'une véritable émaciation). La réalité de ce mode d'évolution est reconnue ou concédée par tous ceux qui ont fait de l'état nerveux une étude approfondie et même à priori on ne conçoit pas qu'il puisse en être autrement : comment croire , en effet, qu'une perturbation générale et profonde du système nerveux, système excitateur de routes les fonctions de l'économie, puisse exister sans que les actes de la vie nutritive en soient troublés à la longue ?

Loin de nous cependant la pensée de nier Timportance de raltératioo du sang comme condition favorable, et souvent même comme cause décisive des manifestations névropathiques. Tout ce que nous cherchons à établir, c'est que ces dernières ont essentiellement leur ndson d'être

(1) T^ous sommes heureux de pouvoir citer, à Pappuî de ccUe appréciation, riotonû d'Andral; maintes fois nous ravons entendu s'élever contre la comptaisance eieetsive ttte laquelle certains médecins mettent toute névrose sur le compte d*ane chloroae mie «• supposée.

dans une disposition particulière du système nerveux qui ne saurait éire considérée comme la conséquence pure et simple de l'anémie. Cette disposition» on rappellera mobilité oapolaritéy faiblesse jdiathèse nerveuse jneurasihénief ou de tel autre nom, peu importe, pourvu qu'on n*ea méconnaisse pas la valeur, pourvu qu'on étudie les causes éloignées (diatbèses diverses, prédispositions originelles) ou prochaines (commotions morales violentes, etc.) qui lui donnent naissance, et cela quelquefois en l'absence de tout état anémique constatable; pourvu qu'on admette enfin la nécessité de compter avec elle et de la combattre par d'autres moyens que ceux réclamés par le seul défaut de l'élément globulaire du sang.

B. — Ce qui précède nous permettra d'être bref sur la théorie de rétat nerveux, proposée et soutenue avec un grand talent par Beau. D'après les idées de ce savant maître, non seulement l'état nerveux serait constamment sous la dépendance de Vaglobuliey mais encore celle-ci aurait presque invariablement pour origine le trouble des fonc* lions digestives, ou dyspepsie. L'état anémique et névropathique, une fois constitué, deviendrait à son tour la condition sine qua non du développement des diathèses,si le malade en porte en lui le germe, ou même des maladies accidentelles, dont il affronterait les causes productrices dans un état de moindre résistance organique ou vitale. Ainsi : trois séries de symptômes : accidents primitifs ou dyspeptiques proprement dits; auidents secondaires^ comprenant tout ensemble l'anémie et les névropathies diverses; accidents tertiaires , maladies diathésiques ou autres. Il est certain que telle est souvent l'évolution des actes morbides; mais est-elle toujours et nécessairement la même? Nous avons déjà tenté d'apprécier la valeur pathogénique de l'anémie ; un mot maintenant sur les deux autres termes de la théorie en question, à sa<*voir: 1** sur la dyspepsie considérée comme cause de l'appauvrissement du sang, et 2"* sur l'anémie (avec ou sans perturbations nerveuses prédominantes), comme cause du développement des maladies diathésiques.

a. — Le trouble des voies digestives, nous le reconnaissons volontiers, échappe souvent quand il est peu marqué (dyspepsie latente) ; mais encore est-il que chez certains anémiques la dyspepsie manque à peu près complètement, même pour un observateur habitué à en saisir les plus faibles indices. Puis, quand elle existe, cette dyspepsie est souvent hors de toute proportion avec l'état d'anémie et de névrose, état que cependant on envisage comme en étant la conséquence. Enfin, dans bien des cas, les voies digestives ne s'affectent qœ secondairement ^ comme tant d'autres appareils organiques, l'intégrité fonctionnelle de tous étant liée à celle du système nerveux. Lorsque, par exemple, à la suite d'une vive frayeur ou de quelque autre causo de ce genre, des symp-

900 NÉV&OSES COMPLEXES.

tomes névropathiques éclatent dans divers points de réconomie, céphalalgie, dyspnée, palpitations, etc., et qu'en même temps on voit Tappétit 86 supprimer, les digestions devenir pénibles, les selles rares, etc., ce n'est évidemment que par suite d'un choix tout à fait arbitraire que nous irons mettre ces symptômes dyspeptiques au premier rang en leur subordonnant tous les autres. Quoi! voici une cause dont l'action s'adresse visiblement au système nerveux, et cependant elle ne parviendrait à modifier les fonctions de ce même système qu'après avoir, par un détour jugé indispensable, impressionné tout d'abord les voies digestives? Pourtant, comment nier que celles-ci, au contraire, ne fassent bien souvent que subir le contre-coup de l'affection nerveuse, quand (m a journellement sous les yeux les faits de lésions organiques du cenean et de ses membranes, entraînant à leur suite l'anorexie, le vomissement, la constipation, etc., c'est-à-dire quand la clinique nous donne b preuve d'une influence dont la physiologie suffirait à faire prévoir la réalité et la force ? C'est le système nerveux qui tient partout sous sa dépendance immédiate les sensations, et dans l'espèce, l'appétit, la soif, le besoin de défécation; — les sécrétions, sécrétion de la salive, du suc gastrique, pancréatique, etc. ; — les mouvements, et par conséquent les contractions péristaltiques, etc.

Donc c'est quelquefois la névropathie qui engendre les troubles dyspeptiques au lieu d'en être le produit; d'autre part nous savons aussi que l'anémie, loin d'être toujours cause de la névropathie, n'en est quelquefois que la conséquence, l'effet.

Maintenant quelle part les accidents primitifs et secondaires de la dyspepsie (état des voies digestives, du sang et du système nerveux) prendront-ils au développement des maladies ultérieures? Leur influence, facile à démontrer dans certains cas, est très problématique, nous semble-t-il, pour beaucoup d'autres. On rencontre, il est vrai, un assez grand nombre d'individus chez lesquels (pour ne parler que des affections dialhésiques), l'évolution des tubercules ou du cancer est préci'déeet semble favorisée par un état de faiblesse ou de cachexieantérieur; encore s'agirait-il de déterminer si quelquefois cet affaiblissement, ce n'est pas déjà la maladie organique qui commence, loin d'être seulement unecondition qui en prépare le développement. Mais combien ne voit-on pas de personnes qui tournent impunément toute leur vie dans un cercle de souffrances névropathiques, sans que les lésionsdonl, pour des raisons d'hérédité ou autres, on redoute chez elles la fomution, arrivent jamais à se constituer? D'autre part, que de fois certain? néoplasmes dialhésiques, surtout le cancer, prennent naissance sans avoir été précédés d'aucun état cacheclique appréciable!

En faveur de l'importance de la dyspepsie et de l'anémie dans la pro-

duction de l'état nerveux, on allègue les bons effets du traitement tonique, reconstituant. Application hasardée, selon nous, de Tadage : Naiuram morborum ostendunt curationes. Car d'abord les succès sont peu nombreux, quand on veut bien compter les faits d'état nerveux chronique fortement caractérisés qui se terminent par la guérison. Puis il ne faut pas oublier de combien d'éléments divers ce traitement se compose et quel rôle capital y jouent les préceptes de l'hygiène; certes, TeiBcacité, malheureusement déjà assez bornée, de l'intervention médicale, se réduirait ici à bien peu de chose, s'il fallait s'en tenir à la seule médication directe de la dyspepsie ou de l'aglobulie, et si l'on ne mettait en œuvre une série de moyens variés qui modifient l'ensemble de la constitution, et ne laissent pas, naturellement, que d'agir sur les fonctions digestives, d'inlluer sur la composition du sang, etc.

C. — Quanta rechercher quelle est la nature intime de l'état nerveux, nous ne l'entreprendrons même pas. Les théories que nous avons déjà mentionnées sont tout au plus des tentatives ingénieuses; d'ailleurs, par leur caractère gratuitement hypothétique, elles échappent à toute discussion. Mais ce qu'il nous sera permis de faire remarquer, c'est l'inconvénient de certaines dénominations dérivant de ces mêmes vues de l'esprit et qui tendent à donner une idée inexacte ou incomplète de l'état morbide qu'elles servent à désigner. Comme il s'agit de phénomènes multiples, différents et quelquefois mêmes opposés, soit chez divers sujets, soit dans divers organes, il ne saurait être question exclusivement de débilité nerveux ; le nom de faiblesse irritable nous semble mieux choisi pour exprimer la diversité des phénomènes qui s'offrent à l'observateur, depuis les paralysies et les anesthésies jusqu'aux spasmes etaux douleurs névralgiques; il a de plus l'avantage de rappeler les indications principales du traitement : fortifier, calmer.

Diagnostic. — a. Établir le caractère dynamique ou nervetix d'un phénomène donné, c'est 1"* constater l'absence de toute lésion d'organe qui justifie ce même phénomène, et S"" reconnaître certaines particularités d'étiologie, de début, de marche, etc., propres aux névroses.

Pour arriver à ce double résultat, à l'égard de chacun des symptômes de Félat nerveux, on suivra les règles que nous avons indiquées en traitant des divers hyperesthésies, anesthésies, spasmes, convulsions, paralysies, etc., objet des articles précédents. NousnW reviendrons pas ici. Contentons*nou6 d'insister sur l'importance qu'il y a, quand on se trouve en face d'un symptôme de ce genre, à ne pas s'en laisser imposer par sa prédominance pour croire àson isolement : bien souvent un interrogatoire attentif permettra de découvrir un grand nombre de troubles fonctionnels simultanés, là où d'abord on n'aura cru .voir qu'un seul

symptôme, et c'est à reconnaître la généralité de Taffection et i établir renchaînement de ses divers éléments que se réduit, à proprement parler, le diagnostic de Tétat nerveux.

Soudaineté des manifestations symptomatiques ; marche irrégalière, intermittente des accidents; caractère bizarre de quelques-uns, souvent leur intensité excessive, leur multiplicité même, leur mobilité c'est-à-dire la facilité avec laquelle ils se succèdent, se déplacent, alternent et semblent se transformer les uns dans les autres ; données étiologiques : hérédité, âge, sexe, causes morales, etc., telles s(mt les principales données de ce diagnostic, qui ne présente, en général, pas de sérieuses difficultés.

b. Une question d'une haute importance est celle de savoir si Téiat nerveux est, pour nous conformer à la division^ de M. Bouchut, pnmttifoxx consécutif; de reconnaître si c'est à une névrose pure et simple que l'on a affaire, ou bien si le désordre quelquefois très vaguement accusé du système nerveux n'est pas l'expression insolite et en quelque sorte détournée de quelque lésion viscérale en voie de formation, ou même d'une altération organique existant actuellement, mais encore latente. Les praticiens les plus habiles sont quelquefois embarrassés pour se prononcer nettement à cet égard, et ce n'est pas trop d'une observation attentive et longtemps continuée pour atteindre en pareil cas à une certitude complète.

c. Enfin la neurasthénie se distingue de l'hystérie par des signes caractéristiques qui paraîtront bien plus évidents encore lorsque noQ5 aurons fait l'histoire de cette dernière maladie.

d. Doit-on faire le diagnostic de la neurasthénie avec une forme At rhumatisme qu'on appelle le rhumatisme vague ou nerveux*t Ce diagnostic devient plutôt un parallèle, car nous avons la conviction que ces deux maladies se confondent presque toujours et qu'elles ne formeot réellement qu'un seul et même état morbide. Ce qui nous confirme encore une fois de plus dans cette idée, c'est que tous les cas d'irrilatioQ spinale ou de neurasthénie que nous avons pu observer et presque tous ceux dont nous avons vu dans les auteurs la relation complète, surtout au point de vue de 1 étiologie, sont d'origine rhumatismale ou goutteuse. De là, à admettre la nature rhum^Uismale au goutteuse itc^ih maladie, il n'y a qu'un pas et nous n'hésitons pas à le franchir : dan^ la plupart des cas, la neurasthénie est une névrose arthritique.

Trousseau avait déjà dit que certains états vaporeux que Ton confond avec des accidents hypocondriaques ou hystériques sont quelqaefoi^ jugés pour des attaques dégoutte articulaire (1)>. Bien avant lui Hufeland, Sydenham, R. Whygt avaient dit que l'hystérie el t'hjpo-

(i) Trousseau. Clin» méd.

condrie puisaient leur source dans le rhumalisme ; et dans les temps plus rapprochés de nous, Gerdy comprenait sous la dénomination de rhumatisme nerveux un ensemble de phénomènes rhumatismaui et névro* siques apparaissant ou augmentant sous l'influence des variations atmosphériques comme sous celle des causes morales. Dernièrement encore, Reynolds a insisté sur les troubles mentaux et nerveux d'origine goutteuse, troubles qui peuvent être rapprochés jusqu'à un certain point de ceux que nous avons décrits dans la neurasthénie. C'est ainsi qu'il décrit des alternatives d'excitation et de dépression, un besoin irrésistible de locomotion, des insomnieg opiniâtres, un état d'hystéricisme qui empêche le malade de vaquer à ses affaires, une certaine altération de la mémoire, des troubles de l'audition et des hallucinations plus ou moins distinctes, des accidents vertigineux, des douleui*s de tète plus ou moins vives, des aberrations ou modifications de la sensibiHté parmi lesquelles il place des sensations diverses d'engourdissement, de fourmillement, de lourdeur et de paresse dans les membres, etc. (1).

L'énumération des symptômes du rhumatisme vague montrera bien l'analogie, et même bien plus encore, l'identité des deux aflections-: c Dans le rhumatisme vague, dit judicieusement M.Besnier, l'état morbide s'accuse essentiellement dans toute l'étendue du système périphérique ou central par les phénomèmes névropathiques les plus variés, les plus rebelles, et quelquefois les plus graves et les plus pénibles, à ce point qu'il n'y a peut-être pas une des manifestations névrosiques, quelle qu'elle soit, sous laquelle ne puisse se larver le mal rhumatismal chez les sujets placés constitutionnellement dans cet état (2) i. Le rhumalisme vague ou névropathique est, en* effet une affection essentiellement mobile, fugace et changeante, qui affecte la superficie des organes, qui dans les jointures occupe seulement quelques points de celles-ci sans même traduire sa présence par des phénomènes congestifs ou fluxionnaires qui, dans les muscles, se manifeste par des courbatures et des crampes, dansles membres ou dans les viscères par des spasmes, des névralgies ou des douleurs, subissant l'influence barométrique, avec crises gastralgiques et entéralgiques, douleurs vésicales, envies incessantes d'uriner, ténesme vésico-rectal, palpitations, spasmes des bronches, accidents nerveux ressemblant à Tanger pectoris, migraine, Bbthme, vertige, extrême sensibilité de la peau, éruptions cutanées alternant souvent avec des éruptions à la surface des muqueuses ou

(1) Reynolds. {Brit, meâ. journal. Analyse dans les Annales méd. ptych. Janvier 1882, p. 159.)

(2) Besnier. Article Rhumatisme. Dict. encycl de méd. 1876, 3« série, tom. IV, p. 769. Voyez aussi un exellent travail de Leclcre sur le rhumaiismet manifestations diathésiques traitées par Us eaux de Plombières, Paris, 1855.

904 iNÉVROSES COMPLEXES.

endermoses comme les appelle si bien M. N. Gueneau de Mussy. De même que nous avons vu les manifestations de la neurashénie se fiier sur les viscères au point même que Pidoux avait été amené à les appeler des névroses organiques, de même nous voyons celles du rhumatisme vague se fixer également sur les viscères, comme s'il s'agissait d'un rhumatisme interne. On observe aussi des troubles de la circulation donnant lieu parfois aux signes de la pléthore abdominale chez les hémorrhoïdaires, à la dyspepsie, à Thypérémie du foie, à la constipation ou au catarrhe intestinal.

Tous ces symptômes, tous ces caractères se retrouvent à peu près dans la neurasthénie. Ajoutons encore que chez les névropathes arthritiques nous avons observé parfois l'existence d'un herpès névralgique des organes génitaux extrêmement rebelle qui par ses récidives fréquentes, ses douleurs si vives etsipromptement généralisées, tourmente, persécute, poursuit incessamment les malades, les pousse à la tristesse et à la mélancolie (1).]

Pronostic. — On ne meurt que très exceptionnellement par le seal fait de l'état nerveux; mais on en guérit bien difficilement. Sandras nous semble avoir plutôt atténué qu'exagéré le pronostic de cet état morbide, lorsqu'il dit : c Les douleurs n'y sont pas vives, mais pleines d'ennui et de découragement; c'est certainement une existence misérable que celle des névropathiques. Pour la durée, il est vrai de dire que peu de maladies sont aussi longues. »

[Tissot, de son côté, a résumé le pronostic de cette affection d*une façon si heureuse et si conforme à notre manière de voir, que nous croyons utile de reproduire le passage suivant : c En général, on peut dire que les maladies du genre nerveux prennent peu sur la durée de la vie, qu'elles l'abrègent peu; qu'après avoir porté le bouleversemeat partout, après avoir fait craindre de voir périr d'un moment à l'autre elles laissent souvent, le moment après, dans le plus parfait calme . mais, je le répète, si elles prennent peu sur la longueur deîs jours, elles prennent beaucoup sur le bonheur, parce que les nerfs sensiU'^ éprouvent vivement toutes les impressions ; au milieu de la santé, la plus faible cause d'irritation que souvent on ne peut ni prévoir, ni éviter, détruit dans l'instant ce calme dont on jouissait; ain^i. on ne peut presque pas répondre d'un jour entier de bien-être, et li crainte lient dans une espèce d'attention continuelle sur tout ce ({'y l'on doit éviter, qui est une vraie peine; et une peine de tous k^

(Il M. Mjiariac, dans une élude Iros rt^marjuable à tous é^rtls {Leçon smrtkerpei ^ '-^ gique J« organes gfnitaus. Parts 1877). émet une npiiiion aiialofive ila nMre et dit jf i*"* Uiritis occupe le premier rang parmi les causes coDstitutionnelles de Therpè* gta..i "- >nilgi>)ue.

moments, quelque légère qu'elle soit, est un vrai malheur; ainsi, quoique les maux des nerfs soient rarement mortels, ils sont réellement très lâcheux (1).

Traitement — 11 y a deux indications principales à remplir : i* Traiter la cause. C'est ici que le traitement hygiénique et moral a la plus grande importance: il faut à ces malades une vie tranquille, calme, simple, à la campagne, au milieu de la famille ou amis dévoués; on doit éloigner d'eux le bruit des villes, les préoccupations, les soucis et les inquiétudes de la vie; on doit proscrire aussi la solitude, Tennui, l'oisiveté, la lecture des romans, les passions tristes et déprimantes, et leur ordonner des promenades fréquentes au grand air, de l'exercice, du massage, un peu de gymnastique et des occupations qui s'adressent plus à leur corps qu'à leur esprit, afin d'éviter tout ce qui conduit à la vie contemplative.

Il faut chercher aussi à combattre le vice diathésique, que celui-ci appartienne à l'arthritis ou à l'herpétisme. Dans le premier cas, qui est de beaucoup le plus fréquent, nous employons le salicylate de soude, le plus souvent à petite dose (un à deux grammes par jour, pendant un ou deux mois); dans le second cas, il faut s'adresser à Tarsenic qui peut agir doublement , et comme antiherpétique , et comme tonique du système nerveux.

L'anémie, les affections de matrice, les troubles gastriques, etc., sont des causes plutôt adjuvantes que déterminantes de l'état nerveux; néanmoins il est nécessaire de combattre tous ces accidents qui contribuent pour une grande part à entretenir la maladie. C'est pour cette raison que les préparations de fer et de manganèse, que les substances eupeptiques (pepsine, pancréatine, papaïne, acide chlorhydrique, etc.) et les poudres absorbantes, la noix vomique et les amers, sont particulièrement indiqués.

2* Traiter les accidents ou complications de la névrose. Avant tout, J faut chercher à calmer la douleur qui peut bien contribuer aussi your son propre compte à augmenter les accidents, puisqu'elle est, omme Ta dit si bien Tissot, c le destructeur de la santé ». C'est pour ette raison que l'on mettra en usage les narcotiques (opium, morhine, codéine, morphine par les voies gastrique ou sous-cutanée, en yant soin d'en éviter l'abus, puisque le morphinisme détermine, 'après Lewinstein, un certain état nerveux); les anesthésiques, tels ue réiher (sous forme de sirop, de capsules, de gouttes ou de liqueur 'Hoflmann), le chloroforme, le chloral, etc. Parmi les sédatifs du système nerveux, il faut citer en première

1) Tismoi* Truite de* nerfs et de leun maladies (Eneyelopédie de* $c. mid., ISiO, p. 213).

ligne les bromures (bromures de potassium, de sodium, d'ammonium, bromure double de potassium et de lithium dans les cas assez fréquents où la neurasthénie présente un état uricémique assez prononcé), la belladone, la jusquiame, l'hyosocyamine, les préparations de ciguë, d'aconit et d'aconitine, l'eau de laurier-cerise, etc.

Dans la forme dépressive de la maladie, il faut tonifier le système nerveux par des moyens divers : en première ligne, nous recommandons encore les préparations arsenicales qui renjplacent même avantageusement les préparations ferrugineuses, souvent assez mal supportées, et que nous avons pour notre part employées avec un cemin succès dans le traitement général de cette maladie; en seconde ligne, les préparations de manganèse, les bains d'air comprimé, les inhalations d'oxygène, etc. Ajoutons encore le quinquina , la quinine, les amers, la teinture d'arnica, l'alcool, etc.

L'hydrothérapie sous forme de douches froides, de drap mouillé, de lotions froides, etc., est quelquefois assez mal supportée; il faut alor? avoir recours à l'emploi des bains stimulants ou calmants (bains de tannin, de sels de Salins, sulfureux, bains tièdes à ^6 ou 28 d^résou chauds à 34 ou 35 degrés). A l'hydrothérapie on joindra les frictions sèches avec des gants de crin anglais sur les membres, ou les frictions avec des substances légèrement irritantes ou stimulantes, le baume de Fioravanti, le Uniment de Rosen, le Uniment volatil camphré, etc. On aura recours à des eaux minérales très diverses, suivant les indications principales à remplir: les eaux ferrugineuses ou ferro-raanganésiennes contre l'anémie (Ax, Luxeuil, Lamalou, Forges, Bussang, Spa, Orezii, Renlaigne), ou encore les sulfureuses faibles (Luchon, Vernet, r.auterels, Saint-Sauveur, Bagnères deBigorre); les eaux de Plombières, de Fougues, d'Evian, de Vals,deMarcols, etc., contre Tétat dyspeptique ou enléralgique; celles de Saint-Sauveur, de Luxeuil, de Bourbon- Lancy, de Plombières, etc., contre l'élément rhumatismal; contn? l'élément névropathique et herpétique, les eaux de Royat, du Mont- Dore, de Saint-Nectaire, de la Bourboule, de Royat, de Néris, de Bagnères de Bigorre, de Moligt; contre l'état lymphatique, les eaui salines (Salins de Jura, Salins de Moutiers); les eaux de Salies de Bêarn sont trop fortes, et les bains de mer ne conviennent pas dans tous !r cas, le littoral delà Manche est trop excitant, et parmi les nombreu-.* stations maritimes, il faut donner la préférence à celles d'Arcacl- :' de Biarritz, etc., ou encore à celles du Uttoral méditerranéen.

L'électricité devra être employée plutôt sous forme de couno continiissurle trajetde la colonne vertébrale, surtout lorsque la ma!.-, présente des symptômes d'irritation spinale. C'est dans ce cas qucs^): indiqués, de chaque côté de la colonne vertébrale, des applications*teinture d'iode, de vésicatoires, de pointes de feu, etc.

Noos arrivons enOn à la série inlerminable de tous les antispasmodiques, parmi lesquels nous trouvons encore les bromures, la belladone, la jusquiame, le datura, Taconit, Téther. Bornons-nous à citer toutes les préparations de valériane (valérianate d'ammoniaque ou de zinc, poudre, extrait ou teinture de valériane, perles d'éthérolé de valériane, etc.), celles d'asa fœtida, de castoréum, de musc, de camphre, de tilleul, etc.

Enfin, nous aurons à peu près résumé la question quand nous aurons dit qu'il faut combattre non seulement la douleur ou l'état spasmodique, mais encore tous les accidents presque innombrables de cette maladie : la dyspepsie, la constipation ou la diarrhée, la spermatorrhée, les affections de l'utérus, des poumons, etc., etc.

Nous avons ainsi passé en revue un grand nombre d'indications thérapeutiques, nous avons cité beaucoup de médications diverses, au point que dans le traitement de cette maladie, le médecin doit certainement éprouver l'embarras du choix, au milieu de ce dédale d'agents narcotiques, toniques, névrosthéniques, antispasmodiques, etc. Or, la richesse de ces médications si nombreuses pourrait bien cacher une pauvreté réelle de nos moyens et l'impuissance de notœ action. Car il n'est peut-être pas d'affection qui résiste davantage aux efforts de la thérapeutique ; c'est dans la neurasthénie, en effet, qu'on observe si fréquemment ces susceptibilités singulières, ces résistances ou ces révoltes de Torganisme contre certaines substances médicamenteuses. Les malheureux malades ne réagissent pas ou réagissent trop sous leur influence : tel peut supporter des doses élevées de chloral ou d'opium pour n'arriver qu'à grand'peine à quelques heures de sommeil; tel autre au contraire est plongé dans un véritable état soporeux pour avoir pris quelques gouttes de laudanum ou 1 centigramme d'extrait thébaîque; chez celui-ci, la quinine ou la belladone produisent rapidement des effets toxiques; chez celui-là, Tingestion d'un médicament quelconque produit des effets tout opposés à ceux que l'on croyait obtenir. Kn un mot, il s'agit souvent d'une véritable ataxie thérapeutiquey puisque dans la neurasthénie, le réactif, c'est-à-dire l'organisme ne répond pas ou répond mal à l'action des substances chimiques ou mé- Jîcamenteuses. D'où la conclusion que dans cette maladie, il faut bien >e garder d'abuser des drogues , qu'il faut porter toute son attention iur l'hygiène physique et morale, en se rappelant ces paroles si sages je Tissot : c On peut se montrer grand praticien sans ordonner de nédicaments; le meilleur remède est souvent de n'en prescrire au- :uii* 9 Nous rappellerons que le système nerveux se trouvant dans un ttat de faiblesse irritable^ les efforts du thérapeute doivent concourir ce double but: fortifier et calmer.

(Hypnotisme^ léthargie, etc.)

BiMusraphie. — Depuis le Traité de la catalepsiey de M. Bourdin (Paris, IBil, iD-8*>), l'ouvrage le plus complet sur cette maladie est celui de T. Puel (De la catalepsie, dans Mémoires de VAcad. de méd., 1856, t. XX, p. 408). Nous y reD* voyons le lecteur; il y trouvera la liste complète des travaux publiés sar la catalepsie depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, et surtout l'indication précieuse decen cinquante observations cliniques relatives à cette névrose. J. Skoda. — Geschickte einer durcfi mehrere Monate anhaltenden Katalepsit(Zài-

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Affection très rare, d'une nature énigmatique la catalepsie a quelquefois pour synonymes : lethargus^ catochus, coma vigil, vigilanSf stupor, contemplationy extase. Quelques auteurs la confondent avec l'hystérie; à tort, car la catalepsie paraît être au moins aussi fréquente chez l'homme que chez la femme ; elle se rencontre d'ailleurs assez souvent isolée de tout signe d'hystérie.

Sa définition peut être donnée en ces termes: Névrose intermittente essentiellement caractérisée par l'impossibilité où est le malade de [changer volontairement d'attitude, tandis qu'une personne étrangère ;>eut à son gré faire passer successivement tous les muscles de la vie mimale par tous les degrés intermédiaires entre les limites extrêmes le contraction et d'extension (Puel). [C'est une maladie dans laquelle a tension musculaire est persistante avec abolition de la sensibilité à Bi fatigue (Laségue).J

Symptômes. — A ce point de vue, on divise la catalepsie en complète l Incomplète, simple et compliquée.

Presque toujours on note quelques symptômes précurseurs : en-

gourdissement de rintelligence, rêves pénibles, obtnsion des sens, loquacité, céphalalgie ou pesanteur de tète, perte de b mémoire^ secousses convulsives isolées, constriction des paupièreSt crampes dans les membres, respiration ralentie, suspirieuse, palpitations et accélération du pouls, syncopes, coloration vive ou pâleur de la Eaice. k la suite de ces phénomènes, auxquels se mêlent parfois ceux des autres névroses dont la catalepsie peut être la complication, on voit éclater les symptômes de Vaccès cataleptique,

a. Dans h catalepsie complète y (grand mal cataleptique) c*estd'abord l'abolition de Tintelligence et une profonde insensibilité à toute impre^ sion extérieure; mais le symptôme vraiment caractéristique, c'est un état particulier des muscles : suivant une heureuse comparaison, les membres deviennent alors semblables à de la cire. Le malade garde l'attitude où l'attaque Ta surpris, quelque pénible et quelque bizarre qu'elle puisse être : on en a vu rester pendant des heures les bras lerés en l'air ou étendus, conserver la posture d'un homme qui s'apprête i tirer un coup de fusil, etc.

[Une fille de cinq ans vivement contrariée de voir que sa sœur avait pris à table un met qu'elle désirait, devient raide tout à coup et reste une heure, la main étendue vers le plat (Tissot) ; un magistrat, insulté eo pleine séance, reste muet les yeux largement ouverts, la bouche béante, le point dirigé vers son insulteur (Fehr). L'invasion est tellement soudaine que souvent les malades sont surpris au milieu d'une phrase, d'une occupation quelconque, en montant une échelle, en gravissant un escalier, en cherchant à atteindre un objet, et le corps immobile comme une statue reste plus ou moins longtemps dans l'attitude d'tta mouvement inachevé. Ainsi une femme est prise de catalepsie extatique chaque fois qu'elle entend un psaume, ou un passage retraçant l'amoar du Christ (P. Hoffmann) ; un capucin extatique pendant ses crises, ae parle pas, reste à genoux, immobile, la main droite élevée en Tair et le regard au ciel (Sagar) ; une dame pieuse tombe toujours i Téléva* tion(Jolly).

Quelques malades font des mouvements lorsqu'on les touche» lorsqu'on les pique ou qu'on les pince, mais à leur réveil ils n'ont auoiM conscience de ce qui s'est passé ; ils peuvent voir sans reconntitiv la personnes qui sont devant eux, entendre sans comprendre; cepeodatf le malade de M. Mesnet répondait aux questions qu'on lui adressait t: entendait à distance les moindres bruits. Le goût peut même étrecoo* serve, et l'on cite des exemples de certains malades irapressionoabîîs aux odeurs.

Pendant tout le temps de l'accès, on note le plus souvent l'aboliti't de toutes les sensibilités et des facultés intellectuelles : le malade ne^ '^ plus, n'entend plus, ne sent plus, ne comprend plus, ne se soav -fil

plus : il n'est plus en relation aTec le monde extérieur. Cependant, la respiration s'exécute toujours avec régularité, le cœur bat normalement, et les fonctions digestives ne s'arrêtent pas.

Si les fonctions intellectuelles sont absolument abolies dans le grand mal cataleptique, elles ne sont souvent qu'émoussées et confuses dans le petit mal. Les malades ont après leur accès un souvenir très vague de ce qui s'estpassé, et pendant sa durée, quelques uns ont pu manirester une certaine émotion en versant des larmes, ou ils ont pu même répondre par des signes de tète aux questions qu'on leur adressait. Une malade observée par Favrot disait une fois l'attaque finie: c il m'était impossible de bouger ; on aurait approché de moi un fer rouge que je n'aurais pu m'éloigner. »

• Rosenthal a examiné les réactions électriques chez deux malades : chez l'un, les réactions aux deux courants étaient normales; chez l'autre, il y avait exagération de la contractilité électro-musculaire, et de l'excitabilité galvanique des plexus et troncs nerveux ; l'attitude obtenue par l'excitation faradique des fléchisseurs et des extenseurs du bras, ou par la galvanisation des nerfs correspondants, disparaissait dès qu'on cessait Télectrisation, et la main reprenait la position qu'elle avait auparavant (1). Enfin pour Benedikt il y a augmentation de l'excitabilité galvanique dans les nerfs, et diminution de l'excitabilité faradique dans les muscles.]

Cherche-t-on à vaincre la contraction des muscles, on les voit céder lentement comme si l'on étendait un corps élastique, et les parties sur lesquelles on a agi demeurent, en quelque sorte, indéfiniment dans la nouvelle position qu'on leur a imprimée : on a pu ainsi plier certains malades en deux en élevant les membres supérieurs et inférieurs, et le corps ne portant plus que sur le sacrum, etc. ; mais souvent aussi, iprës quelques oscillations, les parties reviennent peu à peu à une situaion moins incommode.

D*après Skoda, la température du corps est abaissée aux extrémités (2) ; a circulation et la respiration ralenties et faibles; la face hébétée; les naïades, incapables de faire les mouvements nécessaires pour la préension et la mastication des aliments, quelquefois même pour la délutition, restent sans prendre aucune nourriture; d'autres mangent v'idement les aliments qu'on leur met dans la bouche. A la suite de l'accès, qui cesse quelquefois brusquement, les indidus se plaignent de lassitude avec brisement des membres, de cépha- Igie, conservent de la stupeur, et tantôt ne se rappellent que très valemenl ce qui s'est passé autour d'eux et en eux-mêmes (plusieurs

i) RoflentliaK Loc* eiL p. 517.

:2> [Cependant un malade observé par M. Grastet, présentait 3S^ le matinde rattaqtie, 37*8 soir ; 39* et 38* le lendemain ; puis 38*, 38*6 et 37*5. — Paul de Saint Martin a consUté si pendant l'accès une aagmentation de 2 à 4 dixièmes de degré. ]

ont quelques idées délirantes); d'autres fois ils font preuve de souvemrs précis, et racontent, comme nous l'avons dit plus haut, que peadant l'accès, il leur a été impossible de manifester par aucun mouvcmeni l'activité persistante de leurs facultés, ce qui est extrêmement rare.

b. Dans la catalepsie incomplète^ {petit mal cataleptique) tantôt c'est la perte de connaissance qui manque, tantôt l'état cataleptique des muscles se trouve limité à une partie du corps, à l'exclusion des autres ; quelquefois même, il est borné à un seul membre.

[Dans cette forme atténuée, les troubles de la sensibilité, de la motilité et de l'intelligence subissent quelques modifîcalions. Ainsi, pour la motilité, la roideur cataleptique peut épargner les muscles de la face, ceux des lèvres et des paupières qui conservent leurs mouvemenls; elle peut être limitée à une moitié du corps (hémi-catalepsie), ou même seulement aux membres supérieurs, aux membres inférieurs, et même à un seul de ces membres. Parfois, l'état catalepticpie ne se produit sur es membres que quelques secondes après avoir été maintenus dans uoe position, ou il cesse de lui-même après quelques minutes.

La sensibilité n'est pas toujours abolie; M. Lasègue a cité un cas ou il y avait hyperesthésie d'un côté et anesthésie de l'autre ; d'autres fois, la sensibilité est répartie d'une manière plus ou moins irrégulière sur le corps.]

Marche, durée, terminaison. — La marche est irrégulièrement intermittente, et dans l'intervalle des attaques, les malades sont en '^^ néral exempts de tout phénomène morbide. Les accès sont presque toujours provoqués par quelque émotion morale; leur nombre, souveat considérable, se réduit d'autres fois à deux ou trois, ou même à un ^^'

La durée de l'affection est, en quelque sorte, indéterminée, elladlposition à avoir des accès de catalepsie peut persister toute la vif. quant à la durée des accès, elle varie de quelques minutes à plusieurs semaines, mais le plus souvent ne dépasse pas quelques heures.

La terminaison est presque toujours favorable, et Ton poumi: à peine citer un exemple où la mort ait été la conséquence de la >eul: catalepsie ; assez souvent, chez les femm es, c'est l'apparition des nç^^ qui signale la cessation de l'attaque. Inutile de dire que, pour «inévrose comme pour les autres, les récidives sont à craindre ; cepen^^' la guérison définitive est relativement assez fréquente.

Étiologie. Si nous laissons de côtelés faits exceptionnek de catal^[^ ^ chez les vieillards ou les très jeunes enfants, nous voyons la mau*'? se développer surtout dans l'âge adulte, avec une Iréquence égale û:' les deux sexes, suivant Bourdin, un peu plus grande chez rhomae, selon d'autres.

On cite des faits où Taction de Thérédité paratt incontestable ; il est loin d'en être ainsi de l'influence qui a été attribuée à une position sociale élevée, aux écarts de régime, à l'usage de certains aliments, à la masturbation, aux troubles delà menstruation, à la présence de vers intestinaux, et à diverses affections viscérales. En somme, les causes prédisposantes sont fort obscures.

Parmi les causes occasionnelles, les plus actives sont les émotions morales et particulièrement la frayeur, le chagrin, l'amour contrarié; viennent ensuite les ti*avaux intellectuels trop soutenus, la contemplation, les méditations profondes. Quelquefois la catalepsie semble se rattacher à l'impression du froid. Dans bon nombre de cas, on ne découvre aucune cause manifeste.

[On peut observer aussi la catalepsie & l'état épidémique. Ainsi, les nonnes du couvent d'Uvertet dans le comté de Boom de 1550 à 1553 ont été atteintes d'accidents nerveux divers, de spasmes convulsifs et d'hallucinations, dans le cours ou à la suite desquels elles tombaient subitement à la renverse et < restaient étendues sur le sol comme mortes i. Les religieuses du monastère de sainte Brigitte, les filles de sainte Ursule d'Aix, les Ursulines de Loudun, les religieuses du monastère de sainte Elisabeth deLouviers, etc., etc., ont présenté des accidents cataleptohystériques sur la nature desquels le doute n'est pas permis.

On observe encore la catalepsie à titre d'élément associé à divers états morbides. Elle est dite alors sympiomatique ou secondaire. C'est ainsi qu'elle se rencontre, assez rarement il est vrai, dans le cours de maladies diverses, telles que la pneumonie (Rostan), la fièvre typhoïde (Taupin), le rhumatisme articulaire aigu (Landry), la fièvre intermittente (Bourdin), l'helminthiase (Van Swieten, Pinel, Georget). Plus souvent, elle s'allie à d'autres affections nerveuses, telle que la lypémanie, la manie, rhypochondrie,le tétanos, mais surtout le somnambulisme, l'extase et l'hystérie. Cette dernière névrose et la catalepsie ont même entre elles de telles affinités que beaucoup d'auteurs ont longtemps attribué à cette dernière une nature hystérique, et que l'on peut en tous cas, suivant l'expression de Linas, les regarder dans la famille des névroses, comme deux sœurs jumelles. Elles peuvent s'associer de trois manières différentes : l'attaque d'hystérie est terminée par une attaque de catalepsie; elle lui succède; enfin les attaques, au lieu d'être alternantes, se Combinent et se mêlent l'une à l'autre.

Chez des sujets prédisposés, et surtout chez les hystériques calmes, presque somnolentes, à caractère indolent, demi-torpide, réagissant peu, plus promptes à pleurer qu'à s'irriter, M. Lasègue détermine un élat cataleptique par la simple fermeture des paupières. Alors, les malades ressentent un engourdissement général, elles répondent avec une lenteur et une paresse progressives aux questions qu'on leur adresse, puis

AXEMPELD, 58

les globes oculaires étant convulsés en haut, elles tombent dans un sommeil profond pendant lequel elles restent absolument insensibles à toule excitation venue du dehors, ce qui distingue cet état du sommeil nalurel.

Catalepsie provoquée, expérimentale. — M. Charcot a entrepris dernièrement à ce sujet des expériences extrêmement intéressâmes dont nous allons donner un court résumé :

1** On dit à la malade de fixer une vive lumière (1). Aussitôt, ou après quelques secondes ou quelques minutes au plus, elle tombe dans l'état cataleptique : elle est immobile, les yeux ouverts, fixes, Tanesthésie est absolue, Tintelligence absente, les fonctions de relation abolies, les membres ont acquis la singulière propriété de garder l'attitude qu'on leuriail prendre {flexibilitas cerea), les réflexes tendineux sont aboUs ou très diminués. De plus, si Ton donne aux membres une attitude correspondant à un sentiment quelconque, Texpression de la physionomie traduit celle du geste. Ainsi, elle devient souriante lorsqu'on approche les mains de la bouche comme si elles envoyaient un baiser ; elle devient dure et menaçante si au contraire on porte le poing en avant dans l'attitude de la menace. C'est ce phénomène que Braid appelait du nom de suggestion.

2*" Si l'on supprime brusquement la lumière par l'interposition d'un écran ou la fermeture des paupières, l'état cataleptique est remplacé par un autre état auquel on a donné les noms différents de somnambulisme, de somniation provoquée, de sommeil magnétique et que M. Charcot appelle plu^ justement du nom de léthargie. Alors, les membres qui pendant l'état cataleptique avaient conservé l'attitude qui leur avait été imprimée, retombent inertes, les réflexes tendineux sont maintenani exaltés, et l'on peut constater par les expériences suivantes, un phénomène singulier qui a été désigné sous le nom d' hyp^excitabiliu neuro-musculaire : si on frappe légèrement avec le bout du doigt le nerf facial, au devant de l'oreille droite par exemple, immédiatement les muscles de la moitié correspondante de la face se cootracteni avec violence; si Ton touche le muscle stemo-mastoldien droit, b face se porte à gauche ; si Ton gratte avec un instrument mousse au avec la main les muscles fléchisseurs des doigts, la main se ferme aussitôt avec violence et on a une contraction des muscles flécfaiv seurs; si l'on touche avec le doigt ou avec un instrument quelconque Tun des nerfs de l'avant bras, on peut déterminer immédiatement suivant les nerfs atteints la griffe cubitale caractérisée par une légère flevioa

(I) Il existe bien d'autres moyeas de produire la catalepsie hystérique. Ainii «• ''^'* au même résultat par les vibrations sonores d'un diapason, par la production d'où bnuf * tense et inattendu, par rinfluencc du regard, de la pression des globes oculaires, df Uf sion sur le vertex. Enfln, la catalepsie se produit spontaDément sous rînOneiiced*iMts** tion, d'un coup de tonnerre.

Catalepsie. 915

du poignet, rinclinaison de la main sur le bord cubital, la flexion des deux derniers doigts dans la paume de la main, l'adduction et l'extension du pouce avec extension des deux premiers doigts ;ou encore la griffe médiane caractérisée par un mouvement de pronation, de flexion du poignet et des doigts, complète pourTindex et le médius, incomplète pour l'annulaire et le petit doigt, d'opposition du pouce avec flexion de la phalange ; enfin la griffe radiale caractérisée par la supination de l'avant bras, l'extension du poignet, l'extension de tous les doigts portant surtout sur les premières phalanges, les deux dernières étant légèrement fléchies. Non seulement l'excitation des nerfs et desmuscles, mais aussi l'excitation des tendons provoque des contractions et des contractures. Pour faire cesser celles-ci immédiatement, il suffit d'exciter légèrement par la pression de la main par exemple les muscles antagonistes. Dernièrement M. Cbarcot a démontré que cet état d'hyperexcitabilité n'appartient pas exclusivement aux muscles et aux nerfs, mais qu'il s'étend au centre cérébral lui-même, au moins en ce qui concerne les régions motrices. Ainsi, pendant l'état de léthargie hypnotique, un courant galvanique appliqué sur un des côtés du crâne, provoque sans réveiller le sujet des secousses musculaires du côté opposé du corps, c'est-à-dire dans les membres supérieur et inférieur et dans la moitié de la face; tandis que, le malade une fois réveillé, le même courant appliqué de la même façon ne donne lieu à aucun mouvement (1).

Toute cette période est encore caractérisée par un frémissement constant de la paupière supérieure, par la convulsion du globe oculaire dans divers sens, et aussi par la persistance de l'anesthésie totale et absolue. Telle est la première phase de la léthargie provoquée qu'on pouiTait appeler cartis hystérique.

S" La seconde phase est marquée par un certain état de somnambt^ lisme. Si vous appelez la malade un peu vivement, elle se dirige vers vous les yeux toujours fermés, et on peut ainsi la faire coudre, écrire, travailler, avec autant de précision que si elle était à l'état de veille.

Si l'on veut faire cesser cet état, on n'a qu'à souffler sur le visage de la patiente, ou qu'à lui comprimer la région ovarienne ; alors elle se réveille^ en faisant entendre un léger bruit pharyngien Ain au spasme de cet organe et en présentant un peu d'écume aux lèvres, sans avoir eonscience de ce qui s'est passé pendant le sommeil.

Hais on peut varier les expériences : ainsi, nous avons vu plus haut 1 ''impression de la lumière produire la catalepsie, et la suppression de la lumière produire la léthargie. On peut, eu soulevant les paupières de la malade léthargique, la faire revenir à l'état cataleptique et ensuite

(1) Choxcoi. Phénomènes produiU par r application sur la voûte du crâne, du courant gair^émiqucy pendant la périoque léthargique de Vkgpnotieme chei les hystériquei (Progrès r^sédieal, 188S, n- 2 et 4).

9\0 >ÉVROSES COMPIEÏES.

proToquer l'étal lélfaar^Mque eo ferauni les ren. hiem plus essore fin peut produire chez le riiême sujet reii^leoce âmaltaiiêe d'one A^fNt- Ulhargie et d'une hémicaialepsie. Ainsi sur ane msdade plonge dans rétat cataleptique, si Ton ferme fceil gauche par exempte, elk devient létiiargiquei gauche tandis qu'à droite elle reste catalepûqQe, c esi-idire que de ce côté, les membres gardeol les attitudes ^'on leur imprime, tandis que du côté gauche, ils sont dans la résolution d doués de cet état d^hypereicitabilité neuro-musculaire fféààl i la léthargie.

Les contractures qu'on a provoquées pendant Fétat léthargique dUp^iraissent si on réveille alors la malade i cette période, et eela par les procédés indiqués ("souffle sur le visage, compression ovarieQni*);miis si on la réveille au contraire pendant Tétat cataleptique, les contneuires persistent absolument comme s*il s'agissait de contractures permanefites ; pour l'en débarrasser il laut la plonger de nouveau dans la sonmklion. Enfin, les hystériques affectées de contractures permanentes utificielles sont soumises à un état spécial du système musculaire que M. Charcot désigne sous le nom de Diaihèse de contracture, en vertu de laquelle les muscles acquièrent la propriété de se contracturer farilement sous Tinfluence d'agents divers. Ainsi une contracture existant â la main gauche, si l'on place un aimant à une faible distance de la mûn droite, on déplacera la contracture qui, cessant à gauche, se reproduit à droite avec les mêmes caractères (1).

Enfin, M. Gliarcot a fait la remarque que l'on peut provoquer, comme on voit spontanément survenir, une sorte de léthargie sans hypérexcitabilité musculaire, ou somnambulisme. Ainsi une malade présente au ^triti une zone hystérogène douloureuse; si, après l'avoir endormie par U regard, on exerce une pression sur le sommet de la tète on détermiih' une ébauche d'attaque épileptoîde après laquelle la malade se trouva" plongée dans un nouvel état de sommeil avec rigidité générale qui s'efface bientôt sous l'influence de légères frictions. Alors la résolution muRQlairepeut être complète, l'hyperexcitabilité musculaire n'existe pas, o& ne peut plus produire la catalepsie par le soulèvement des paupières, el il existe un état plus complet de sonmambulisme. Si alors on vient ^ presser les globes oculaires, la malade revient à laléthai^ie avech>^erexcilabilité musculaire, après avoir poussé un soupir et fait entendit un bruit pharyngien, de sorte que la pression sur le sommet de la tète c« sur les globes oculaires peut, au gré du médecin, produire la léthar^'^ avec ou sans liyperexcitabilité musculaire.

En poursuivant plus loin encore cette question si bien étudiée dir* ces derniers temps par Charcot et Richer en France, par IIeidenbain<' Berger en Allemagne, nous allons passer en revue des phénomènes --

(!) Voy. Richer. Loc. cit., p. 360-428.

CATALEPSIE. 9i7

les actes inconscients et V automatisme — qui se lient d'une façon assez intime à Tétat cataleptique. Ainsi la malade est dans Tétat cataleptique, Tanesthésie est totale et absolue, et cependant les sens peuvent être impressionnés d'une certaine façon : on lui montre un objet en appelant son attention sur lui, elle le ûxe, le suit du regard, et suivant qu'il se rapproche ou s'éloigne, sa pupille se dilate ou se contracte; on remarque aussi que l'expression de son visage devient souriante quand on dirige son regard en haut, et qu'elle devient sombre au contraire quand il est dirigé en bas. C'est ainsi qu'on peut susciter chez elle d'une façon inconsciente des hallucinations gaies ou tristes. Sous Tinfluence de ces hallucinations même, l'état cataleptique peut cesser, la malade devient une véritable automate, elle marche, suit l'objet sur lequel son regard est fixé pour redevenir immobile et de nouveau cataleptique dès qu'on l'a soustrait à ses yeux. Il en est de même pour le sens de l'ouïe.

Dans certains cas, la cataleptique peut reproduire automatiquement tous les mouvements, tous les gestes, accomplis par une personne placée devant elle et dont elle a une vague notion (Heidenhain). C'est ainsi qu'elle marche quand on marche bruyamment, qu'elle menace du poing quand on fait ce geste, qu'elle s'assied, se lève, se couche, frappe du pied et des mains, tire la langue, lève le bras, lorsque tous ces mouvements sont exécutés devant elle. De même elle peut répéter, comme s'il s'agissait d'un phonographe, dit Berger, toutes les paroles qu'on prononce devant elle, même en langue étrangère. Dès qu'elle reste en repos, elle retombe dans l'étal cataleptique jusqu'à ce qu'elle en soit tirée par une nouvelle excitation sensorielle. Parfois même, en plaçant les membres dans une attitude correspondant à une action bien déterminée, on provoque celle-ci. Ainsi par exemple, si Ton place une malade un pied sur les barreaux d'une chaise et les deux mains saisissant un rideau, comme dans l'acte de grimper, à peine cette altitude est-elle communiquée que l'on voit la malade en train d'escalader rapidement Li chaise. Si on met entre ses mains un soufflet, elle souffle le feu ; si on lui donne une serviette et du savon, elle se lave les mains, mais dès queTaction d'escalader une chaise, de souffler le feu, de se laver les mains, etc., est accomplie, elle retombe dans son état cataleptique. Mais, comme le font remarquer avec juste raison HM. Charcotel Richer à qui nous empruntons ces détails, la production de ces derniers phénomènes d'automatisme < exige la mise en œuvre inconsciente de la mémoire et du souvenir, et rappelle plus ou moins le cas si remarquable de M. Mesnet étudié par ce judicieux observateur sous le nom d'automatisme de la mémoire et du souvenir (1). >

(1) Meinet. Paris, 187^.

Lorsque le sens de Touïe persiste, on peut faire nattre chci la cataleptique les hallucinations les plus variées en rapport avec les idées différentes que l'on exprime. On lui dit par exemple : « voyez ce bel oiseau qui vole » ; elle dirige alors son regard en Tair et s'écrie avec une expression de contentement : t Oh ! il est beau !» — On lui dit qu'elle est dans un parterre de fleurs, elle se baisse aussitôt et cueille des fleurs; si on lui dit alors qu'elle a un serpent à ses pieds, elle se lève, pousse un cri et sa face prend une expression d'effroi. Il suffit dédire à l'une des malades observée par MM. Cliarcot et Richer : c Ecoute la musique > et aussitôt on la voit écouter, battre la mesure, le souvenir lui faisant entendre tantôt un opéra, tantôt un autre. — Dans tous les cas, si on laisse Thallucination se terminer sans en provoquer une autre, la malade retombe dans son état cataleptique.

Voici une expérience extrêmement intéressante : si pendant que la malade est dominée par son hallucination, on ferme l'œil gauche, le côté correspondant est frappé d'hémilélhargie avec hyperexcitabilil<î neuro-musculaire, mais la malade n'en continue pas moins le cours de son hallucination et de ses discours ; si c'est au contraire l'œil droit qui est fermé, la malade se tait immédiatement, la parole est supprimée {aphasie provoquée).

Mais, ce serait une erreur de croire que tous ces divers phénomène? puissent être provoqués chez toutes les cataleptiques; il en est un grand nombre qui restent toujours immobiles comme des statues chez lesquelles on ne peut, ni par îa voix, ni par le geste, produire ces singuliers symptômes d'automatisme, de suggestion et ces riai^ hallucinatoires que nous venons de décrire.

En résumé, l'état cataleptique et l'état létha^gique sont très diffi^renLs comme nous avons pu le voir. Cependant il existe parfois, pendant la léthargie, un état caiaJepti forme qu'il ne faut pas confondre avec l'état cataleptique vrai. Le premier est dû à un certain état de contraciur^ d'un membre que Ton provoque toujours, en vertu de rhyperexcilabilit'^ neuro-musculaire pendant la léthargie, lorsqu'on veut allonger le l«rji par exemple. Mais s'il garde la position qu'on lui a imprimée, cVslj'ir suite d'un état de contracture des muscles qui peut bien ressemblera la catalepsie vraie. Voici à ce sujet, les caractères différentiels q^î permettent, d'après M. Richer, de distinguer ces deux étals :

CATALEPSIE ÉTAT C ATA LE PTI FORME DC LA UTIàtC^I

Yeux ouverts. Pas de convulsions des globes Yeux fermés; convulsion des globe» «

oculaires. laires.

Pas de frémissement des paupières. Frémissement constant des ptupitVtf.

État cataleptique général. État cataleptique partiel.

Souplesse et l»'»jçèreté des membres. Le plus souTent, rigidité des iwnbr'* U

membre est toiqoun lourd i soulever.

L« nombre garde aossitdt la postâon coiii- Il faatlc pins soaTent insister et maintenir

moniquée. quelques secondes au moins le membre avant

de l'atMindonner.

Les membres conserrent indéfiniment la po- Le plus souvent, le membre retombe bientôt, sition communiquée.

La friction et le massage ne modifient en La friction et le massage amènent toujours

aucune façon la position communiquée au la résolution du membre qui retombe inerte* membre*

On voit par lesdéTeloppements dans lesquels nous sommes enlré, que la catalepsie peut s'unir à divers états d'extase, de somnambulisme.]

Pour établir le diagnostic de la catalepsie, il suffit de constater ce fait singulier et complètement caractéristique indiqué plus haut, cet état des malades, incapables de se mouvoir volontairement, mais conservant passivement toutes les attitudes qu'on leur donne. Évidemment rien d'analogue ne s'observe ni dans l'extase, ni dans le tétanos, ni dans la congestion. Rappelons seulement que la catalepsie est souvent simulée.

Le PRONOSTIC est en général favorable ; l'âge avancé des malades, la complication d'autres névroses moins bénignes, telles sont les seules conditions qui lui donnent quelque gravité.

Pour le TRAITEMENT de la catalepsie, on a mis en usage une foule de médications destinées, les unes à écarter des complications ou la cause présumée des accidents (émissions sanguines, vomitifs, purgatifs, emménagogues), les autres à combattre la névrose elle-même, et cela tantôt i Taide d'agents excitants ou perturbateurs (vésicatoires, sétons, moxas, affusions froides, bains froids), tantôt au moyen des stupéfiants et des antispasmodiques (narcotiques, valérianate de zinc, etc.); le tout sans succès bien marqué. Un traitement général dirigé contre l'état nerveux (voy. ce mot) est utile pour prévenir le retour des accès; l'aimant, l'électiîcité et les frictions sur le trajet des muscles contractés ont été préconisés pour en arrêter le développement ou en abréger la durée. (Yoy. sur l'utilité de ce dernier moyen et sur son mode d'action le mémoire intéressant de Puel.)

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aussi la hiblioliraphie deriRHirATiON SPLNALK,de la neurasthénie, de la catalepsie»

de*lacHORËE, de l'ÉPiLePSiE, etc.

Synonymie. — Suffocation ou préfocalion utérine; mal de mère, vapeurs, etc.

Définition. Divisions. — D'après la judicieuse remarque d'Andral, rhysiérie embrasse, à peu de chose prè^, l'ensemble des affections nerveuses; dès lors, comment détinir un état morbide aussi complexe?

Il y a peu de temps encore, quand les nosographes n'avaient fixé leur attention que sur un certain nombre de phénomènes hystériques, les phénomènes convuisifs, ils pouvaient, sinon donner une définition irréprochable de la maladie, du moins en énoncer les caractères essentiels dans une description concise.

L'hystérie était cette c affection du sentiment, du mouvement, de rintelligem^e, presque exclusivement propre à la femme, apyrétique, afiectant d'ordinaire une marche chronique et se montrant sous formi de paroxj/atnes^ ceux-ci caractérisés :

AXIHFELD 59

i"* Par UD sentiment de constriction et de strangulation à la gorge^ souvent précédé ou accompagné de la sensation d'un corps rond monsupétant de l'épigastre ou de quelque autre région vers les parties supérieures {boule hystérique) ;

^ Par des convulsions générales d'une irrégularité et d'une violence extrêmes ;

3*" Par des troubles variés de la sensibilité bientôt suivis;

4'' D'un collapsus ou d'une sorte d'état syncopal avec conservation ou suspensioa des facultés intellectuelles. »

Mais, s'il est juste de reconnaître, (avec les auteurs du Compeiidittm de médeciney à qui nous avons presque textuellement emprunté le résumé qui précède) que les symptômes des paroxysmes sont les plus caractéristiques, qu'en dehors d'eux il devient difficile de délimiter l'hystérie comme espèce morbide, il faut bien avouer aussi que cetavan* tage ne s'obtient pas sans sacrifice. Ce que la définition y gagne en apparente rigueur, elle le perd en exactitude véritable : chez bien des hystériques € l'aiTection du sentiment, du mouvement, de l'intelligence » se traduit dans l'intervalle des accès, et même en l'absence de tout paroxysme, par un ensemble de troubles fonctionnels analogue, sinon identique avec celui que nous avons étudié sous le nom d'État nerveux ou de neurasthénie. De là, la nécessité de faire entrer dans la définition de l'hystérie et la variété la plus anciennement décrite, savoir Thystém convxUsive (attaque de nerfs, hystérie à attaques^ etc.), et celle qu'une observation^ plus précise nous oblige d'y annexer : Vhystérie non mvulsive (également appelée hystérie sensitive, vaporeuse^ protéifome. hystéricisme ou hystérisme)- De là nécessairement aussi la difficalté et. dans tel cas donné, l'impossibilité de différencier cette deuxième variété, de la neurasthénie avec laquelle elle se confond en plusieurs points, et dont on peut dire qu'elle ne représente que Tun des modes ou l'une des formes. Nous aurons à examiner plus loin jusqu'à qnd point cet état nerveux on neurasthénie, observé chez certaines femmes, participe aux caractères de l'hystérie, et si les distinctions de ce genre ne sont pas plus nominales que réelles.

Symptômes. — Afin de mettre un peu d'ordre dans la descripii-n d'une maladie que les nosographes proclament à Tenvi un protée insai* sissable, nous commencerons par exposer séparément les symplômes li^ l'hystérie convulsive et ceux de l'hystérie non convulsive.

I. Symptômes DE l'hystérie convulsive. — Gonsidéréeà tort par plt^* sieurs auteurs comme la forme unique de la maladie, l'hystérie con-

HYSTËRIE. 931

vulsive présente à considérer des accès ou atlaqvLes^ et des intervalles libres.

(Joe attaque hystérique {attaque ou crise de nerfs) est, à proprement dire, un ensemble d'accidents spéciaux et graves qui apparaissent d'une manière soudaine, prennent une certaine intensité et, après une durée ordinairement couite, disparaissent aussi brusquement qu'ils étaient venus. On peut en observer de bien des espèces, presque tous les symptômes de l'hystérie étant susceptibles de présenter des appa* ritions ou exacerbations temporaires de ce genre, pour s'évanouir ou s'atténuer ensuite; et l'on se trouverait de la sorte conduit à décrire des attaques de douleurs, d'aliénation mentale, de paralysie ou de dyspnée, de tympanite, de contracture, etc., comme on décrit des attaques de convulsions ou de spasmes. Mais, quelque rationnelle que puisse paraître une pareille manière de procéder, il est plus conforme à l'usage, et aussi à l'observation clinique (où la fréquence et la gravité d'un phénomène décident de la valeur qu'on lui accorde), de prendre les attaques convulsives pour type et, en quelque sorte, pour centre de la sympiomatologie, sauf à grouper, comme autant de variétés ou d'accessoires, autour de ces exacerbations de l'affection motrice, les exacerbations concomitantes, antérieures ou consécutives des troubles sensitifs, intellectuels, etc.

Disons donc en quoi consiste une attaque d'hystérie convulsive, supposée aussi complète que possible, et indiquons successivement ses prodromes, ses symptômes proprement dits et les phénomènes qui la suivent.

[Nous verrons ainsi par cette étude dont nous appuyons la description sur les travaux si remarquables de M; Charcot, consignés dans le travail récent de son élève P. Richer sur l'hystéro-épilepsie, que dans la grande attaque hystérique, c rien n'est livré au hasard; que tout se passe au contraire suivant de certaines règles bien déterminées, communes à la pratique d'hôpital et à celle de la ville, valables pour tous les temps, pour tous les pays, chez toutes les races; règles dont les variations mômes n'affectent en rien l'universalité, puisque ces variations, quelque nombreuses qu'elles puissent paraître, se rattachent toujours logiquement au type fondamental (1) ». Nous verrons aussi que cette hystéro-épilepsie n'a de l'épilepsie que le nom, et que les convulsions épileptiformes dont Tattaque complète est composée, n'appartiennent pas plus au morbus sacer que tant d'autres convulsions à forme épileptique si fréquentes lins un grand nombre d'affections nerveuses ; on ne peut même pas lire pour les cas où la période épileptuïde est prédominante dans l'ataque hystérique, qu'il y ait combinaison des deux névroses et que la

(1) Charcot. Introduction au livre de P. Richer sur lliystéro-épilepsie. Paris, 1881.

93i NÉVROSES COMPLEXES.

malade soit à la fois hystérique et épileptique. Cette combinaison peut cil ^det se rencontrer dans les cas d'hystéro-épilepsie à crises disiindeii que nous aurons à étudier plus loin à propos des complications. Mais il est important de ne pas confondre ces faits avec ceux dont nous allons donner la description, qui appartiennent à une seule névrose, à l'hystérie, à Yhysiérie épileptiformede Louyer Villerraay, à Vhysieria major ou grande hystérie de M. Gliarcol. Pour faire cesser toute confusion à ce sujet, nous proposons de n'appliquer le nom d'hystérO'épilepsie(\\ï'ï la réunion réelle chez le même individu des deux névroses, résenani les noms d'épileptO'hystériey d'hystérie épileptiforme ou d'hysléria maj(ïi aux cas où Thystérie reste seule en scène et n'est pas compliquée d'épilepsie, malgré l'existence de convulsions ou de symptômes épileptiformes pendant la durée des attaques. Du reste, nous renvoyons an diagnostic, pour bien montrer la différence capitale qui sépare les deux états morbides au point de vue symptomatique.

Prodromes de Tattaque. — Les prodromes précèdent d'un ou de plusieurs jours, {prodromes éloignés) ou de quelques minutes à quelques heures {prodromes prochains) les attaques convulsives. Ils consisleni en troubles psychiques ou hallucinations, en troubles viscéraux, troubles de la motililé et de la sensibilité.

a. Les troubles psychiques se manifestent de un à huit jours avant l'attaque, d'abord par un changement complet dans le moral et lecarari^r^ des malades : elles négligent leurs occupations ordinaires, laissent Jt côté tout travail, elles sont d'humeur inégale, ont l'espril tendu, agilt: inquiètes elles deviennent soupçonneuses, jalouses, irritables, impatientes, tristes, moroses, mélancoliques; tour à tour liant aux éclal<cJi versant d'abondantes larmes, et passant avec rapidité de la tristesse la plus profonde à la gaité la plus franche, de la tendresse à la haine; elles deviennent loquaces, parlant sans cesse, tenant des propos souvent incohérents, chantant même, ou au contraire, se renfermant dansK^ mutisme le plus absolu.

D'autres fois, elles sont en proie à une agitation extrême, ont un besoin d'activité fébrile cherchant partout des disputes, marchant, courant, sautant, brisant ou renversant tout ce qu'elles rencontrent > f leur chemin ou sous leur main. C'est ainsi qu'une malade (citée jm P. Richer), dans la période prodromique des accès, cesse tout tra\a: s'élance dans la cour et se livre aux gesticulations les plus des.données; au milieu de celte agitation survient alors chez elle un faccès caractérisé par une perte de connaissance avec tremblement ct*> vulsif du corps; puis elle se relève et poursuit sa course vagabonJ-. ^milieu de laquelle survient assez souvent une contracture d'un ou deux bras.

Ces malades ont souvent des hallucioations qui se monlrepit toujours du côté anesthésié (Gharcot). L'une d'elles voit des cha^s noirs, des corbeaux, des rats, des vipères, des animaux les plus fantastiques, elle les voit du côté droit s'il y a hémianesthésie droite, et au contraire du côté gauche, s'il y a hémianesthésie gauche. II en est de même pour les hallucinations de rouie qui affectent plus souvent l'oreille du côté anesthésié et qui consistent en voix qui les appellent, en sifllements, sons de cloche ou de fanfare, etc. — Ces hallucinations présentent encore comme caractère d'èlre plus accusées pendant la nuit : ainsi un homme s'approche nuitamment de la malade, l'embrasse du côté anesthésié ; un autre vient toutes les nuits, lui parle, la touche et la couvre de baisers (1). Parfois même les hallucinations tristes ou gaies précèdent seulement de quelques instants le phénomène de l'aura avec lequel elles peuvent se confondre.

b. Les troubles viscéraux peuvent atteindre les voies respiratoires ou circulatoires (oppression, besoin d'air, hoquet, rire, perte de la voix, cris d'animaux, bâillements, soupirs prolongés, palpitations, rou. geurs, sensation de froid (2) ou de chaleur) ; les organes de la digestion (inappétence, vomissements, appétit exagéré, constriction pharyngée, tympanite, borborygmes, etc.); ou encore les troubles de sécrétion peuvent affecter les glandes salivaires, la peau, les reins (ptyalisme, diapborèse, polyurie, etc.).

c. Parmi les troubles de la motilité on constate: une plus grande faiblesse du côté anesthésié, des crampes douloureuses, des secousses, du tremblement. Ces secousses, ou commotions épileptoïdes^ sont souvent partielles, agitant un côté du corps, un membre, la face etc., ou elles peuvent même se généraliser et constituer dans l'intervalle des grands accès, de petites attaques épileptoîdes avortées.

Assez souvent, on observe comme prodrome une contracture ordinairement partielle, à début brusque, pouvant passer rapidement d'un membre à l'autre et même se généraliser quelques instants avant l'attaque. Ces contractures sont très variables suivant les différents malade ; cependant on a remarqué que parfois elles se présentent toujours avec les mêmes caractères chez le mêmesujet : ainsi chez l'une, la contracture commence toujours par le bras gauche pour se développer ensuite dans les autres membres; chez l'autre, elle commence par le bras droit, puis

(l) Ces hallueiaaiions erotiques sont asses fréquentes, et ron peut lire à ce sujet le récit (les amours de Gen... dans Vlconograpkiephotographùiue dé la Salpétriere, t II, p. i02. A rapprocher de toutes ces visions nocturnes des possédées do Loudun, et de bien d'autres qui ont (ail condamner Urbain Grandier au bûcher.

i) Roseothal (Wiener med» Zeilung, n»' iSet 2i. 1S71) a cité ua cas remarquable où les attaques conTulsïTes aYaient pour signes précurseurs, une sensation subjective de froid et une décoloration des mains et des bouts des doigts. Les deux mains devenaient très pâles, le iN>ui des doigts et les ongles d'un bleu foncé, dont la température s'abaissait de 33* -4 à J0o6.

elle s'étend à la jambe gauche; enfin, chez nne autre, tous les muscles se roidissent, la malade est presque immobilisée dans la position qu'elle a prise, elle ne peut articuler que des sons incompréhensibles par suile de la contracture linguale, et bientôt Tattaque commence.

d. Dans les jours où les heures qui précèdent Tattaque convulsive, on peut observer aussi des troubles de la sensibilité. Une malade présente tout-à*coup les symptômes de Thémianesthésie sensitive et sensorielle; ou si celle-ci existait déjà, elle s'accuse davantage, devient plus fixe et plus rebelle aux traitements. A ce dernier point de vue, il est remarquable même que la résistance de cette anesthésie aux œsthésiogènes, à Taimantation, à la métallothérapie et à rélectricité statique est souvent un indice de Tarrivée prochaine des attaques. Nous verrons en eiïet plus loin, ces phénomènes de transfert et de disparition de Tanesthésie s'effectuer sous Tinfluence de rélectricité, de TaimanUtion et de Tapplication de divers métaux et au contraire nous le verrons plus ou moins faire défaut lorsque les malades seront eniauninence d'accès convulsifs.

Dans certains cas les troubles de la sensibilité s'accusent davantage du côté des sens spéciaux (amblyopie (1), surdité d'un côté, etc.). Enfin c'est au contraire Texaltation de la sensibilité, Tbypéi'esthésie dans certaines régions du corps qui devient un phénomène prodroraique.

e. Jusqu'ici, nous avons eu surtout en vue les prodromes éloignés de l'attaque hystérique; nous allons maintenant étudier sous le nom d'aura hystérica^ les phénomènes douloureux qui peuvent préiéder immédiatement l'attaque.

Le point de départ de l'aura peut avoir un siège variable. Sans psrier des auteurs anciens qui la faisaient partir de l'utérus ou qui cropieat à la possibilité de l'ascension de la matrice, nous devons citer Lorry ^^t Pujol qui avaient déjà décrit les douleurs hypogastriques et abdominaies des hystériques, M. Briquet qui plaçait ces douleurs dans les muscles de l'abdomen sous le nom de cœlialgie et qui a noté le plus souvent comme point de départ de l'aura la région épigastrique, enfin Schatzenbergcr, Piorry et Négrier qui ont nettement assigné comme siè^'t à ces douleurs, la région ovarienne {ovarie ou ovaralgie).

On s'est demandé si réellement c'était bien l'ovaire qui était le siè;c de l'hypéresthésie. Or, il a été prouvé que la peau ne pouvait être mi?< en cause, puisqu'elle est ordinairement privée de sensibilité dans ^'i point, et que les muscles ne devaient pas être incriminés puisqu'ils f>e'> vent être pinces ou comprimés entre les doigts sans douleur. Celle-^i^^^ profonde et M. Gharcot s'est assuré qu'elle répondait à la région ovj-

(1) VUus obscuratio cum aoimi deliqaio instantem coaTulsionem tifmfleaiit(Hipp<^f^-'^

tienne puisqu'il a pu sur le cadavre, transfixer Tovaire en enfonçant une longue aiguille au niveau du point correspondant à celui où les hystériques accusent la douleur iliaque ; enfin, il a prouvé que dans cette région, l'ovaire seul est en cause puisque dans un cas de grossesse il a -vu la douleur ovarienne monter de bas en haut et suivre ainsi le mouvement d'ascension de la matrice qui se produit normalement dans l'état gravide (i).

Toujours est-il que la douleur dans une des deux fosses iliaques ou dans les deux à la fois, peut être spontanée^ au point que les malades redoutent le moindre attouchement, le poids des couvertures ; d'autres fois, la douleur est f^\x\eaLeùi provoquée par la pression profonde dans le point exact d'intersection d'une ligne horizontale passant par les épines iliaques antéro-supérieures et des lignes verticales limitant latéralement Tépigastre. La pression de ce point détermine les phénomènes de Vaura hysterica tels qu'ils se présentent spontanément à l'approche des crises. Ces phénomènes consistent dans des sensations douloureuses comparées à des tiraillements, à des élancements qui montent vers répigastre où elles déterminent une sorte de constriction très pénible compliquée parfois de nausées et de vomissements (premier ncsud de Faura, d'après Piorry) ; la pression continuée donne lieu à des palpitations, à la précipitation du pouls, à la sensation du globus hystirieus (second namd de l'aura) : cette sensation de boule peut s'arrêter à la partie inférieure du cou à la fossette sns-sternale, ou atteindre le larynx à sa partie supérieure, et prend, pour H. Landouzy, la forme d'une boule ascendante pour le thorax et tournoyante pour l'abdomen ; puis, le plus souvent, ce sont des troubles céphaliques, qui ne sont que la continuation de l'aura : sifflements intenses dans l'oreille du côté où •est exercée la compression ovarienne, sensation de battements dans les artères ou de coups de marteau dans la région temporale, ou encore de points lumineux, puis obnubilation dans l'œil du même côté (Gharcot) ; à ce moment {troisième nœud de l'aura), les malades ne peuvent plus rendre compte de leurs sensations, la conscience devient obtuse, l'Inteltiigence se voile, il y a des alternatives rapides de pâleur et de rougeur •de la face, et l'accès éclate. Dans certains cas, l'aura se complique d'un -sentiment général de froid, de frissons intenses, de douleurs extrêmement vives au sommet de la tète et à la nuque, de tendance à la syncope, de vertige et d'engourdissement dans l'un des côtés du corps.

Les différentes phases de cette aura, surtout lorsqu'elle n'est pas pro- -voquée, ont une durée variable. Ainsi les douleurs ovariennes peuvent

(1) Noat avons to la malade qui fait le sujet de cette démonstration presque anatomique el nous avons nons-mèroe constaté que sons llnflnence de la grossesse, Thyperesthésie ovarienne avait changé de place avec les ovaires, et qu'elle s'était élevée dans la cavité abdominale*

exister pendant un jour ou deux ou seulement pendant quelques heures ou quelques minutes; mais quand l'aura est arrivée au creui épigastrique et surtout au niveau du larynx, elle précipite sa marche et se termine très rapidement par la crise convulsive (i).

Ainsi, Taura complète atteint la région ovarienne, Tépigastre, pais le larynx sous forme de boule, et enfin la tète. Dans certains cas, Ton des stades est supprimé, par exemple celui de Tépigastre, ou de la région ovarienne, auquel cas Faura a un point de départ épigastrique (Briquet). D'autres fois elle est simplement céphalique lorsqu'elle est bornée aux sensations de la tète.

f. L'ovaire n'est pas le seul point dont la pression puisse déterminer Tattaque. Il y a aussi d'autres points ou zone$ hystérogènes qui sont variables avec les différents sujets et qu'il faut savoir chercher très exactement.

Ainsi, Willing et Turk avaient noté que la pression des apophyse^ épineuses pouvait provoquer des crises convulsives ; Rosenthal cite le cas d'une femme qui entrait en convulsions dès que par l'examen au spéculum on touchait un certain point du col de l'utérus; dès i808> Baillif (i) dans sa thèse inaugurale, parlait d'une malade chez laquelle il se produisait une attaque par une légère friction au dessus de lappendice xyphoide, et il ajoutait que c chez certains hystériques, oo trouve nombre de points assez sensibles pour que, par des frictions assez vives, ils deviennent le point de dépari de douleurs rétle^es pouvant occasionner l'attaque >.

Les zones hystérogènes peuvent encore exister dans les poiols les plus variés : entre les deux omoplates, à l'épine dorsale, au niveau de la région lombaire, entre les deux épaules, en dehors et un peu audessous ou encore au-dessus du sein, en dehors du sein, soui ie^ aisselles, au-dessus du mamelon, en aiTÎère et à gauche de Tépine dorsale, au sommet de la tète, au niveau du rebord des fausses côtes, (it> épines iliaques antérieures, de chaque côté du sternum etc.

Parfois, chez certains sujets la pression d'un seul point oe suffit pas. et il est nécessaire de toucher deux points symétriques pour produire un effet. Enfin chez quelques malades, mais non chez toutes, oi peut provoquer une attaque d'hystérie ou de catalepsie par Y^divi d'une vive lumière ou la fixation du regard sur un objeU On peut alors

(1) Ambroise Paré avait donné une description assez remarquable de Vmmrm ktftlertcé <lJ femme, aupaniTant que ces accidents adrienneot, sent monter de sa matrice ose tirs r^^ doul'^ur ju9<^ue$ à U bouche, de lestimiach • I au cceur, et lui semble qa*elle estxM^^r. f** -' sentir monter quelque morceau ou autre « hose qui lui clost le gosier, avec ^raad baiti'?*'"de cœur... Vjo^^u^ unes se couchent courbée< siir le Teotie, pour aToir ncNodre do^:f«' mettant la main dessus, pressant et s'efforçant, p-jor eapeseker q«« U aalnei t* monte. »

(iiBailUr. Sommet mmgnétique dans Vk^ttèrie (ThiM 4c Stnsboorf, IMS).

dans ces cas» regarder le fond de la rétine comme un foyer hystérogène (1).

Ces zones hystérogènes siègent surtout au tronc, elles sont plus fréquentes en avant qu'en arrière, occupent les parties latérales en avant et médianes en arrière; et quand elles sont unilatérales, elles existent surtout à gauche. Elles sont variables avec les différents sujets, mais il est à remarquer que pour les mêmes malades, elles persistent le plus souvent aux mêmes endroits. Mais, de toutes les zones hystérogènes» la plus Tréquente et la plus importante est celle qui siège à l'ovaire.

Ces zones n'affectent avec l'hémianesthésie aucun rapport, excepté l'ovarie qui se montre le plus souvent du même côté que l'hémianesthésie, quoiqu'on ait trouvé parfois une ovarie gauche avec une bémia* nesthésie droite, et réciproquement ; elles deviennent plus excitables non loin des attaques, moins excitables après elles ou sous l'influence (le causes diverses et principalement d'une émotion; enûn, si la pression de ces zones détermine des attaques, elle peut aussi les supprimer, absolument comme s'il s'agissait de l'ovaire, et il est à remarquer que, pour les arrêter, la pression doit être plus forte que pour les produire.

Description de l'attaque complote. D'après M. Charcot qui a si admirablement étudié cette question, l'attaque d'hystériecomplète se compose de quatre périodes :

1* Période épileptoîde ;

2* Période de clonisme;

3' Période des attitudes passionnelles;

4* Période de délire.

V La période épileptoîde se compose comme une attaque épileptique, de convulsions tétaniques suivies de convulsions cloniques^ de résolution musculaire et de sommeil stertoreux, tous phénomènes qui peuvent être arrêtés par la compression de l'ovaire, ce qui n'existe pas pour répilepsie vraie.

Cette période est précédée de phénomènes douloureux de l'aura que nous avons décrits, de quelques troubles moteurs (secousses générales ou localisées, clignotement convulsif des paupières supérieures, mouvements comme ondulatoires du ventre avec borborygmes plus ou moins sonores, tremblement général, accélération de la respiration, violentes palpitations et fréquence du pouls, etc.) Pendant toute la durée de ces prodromes, la malade a conscience encore de ce qui se passe autour d'elle, puis au bout de quelques secondes, surviennent

(1) Carré. La rétine considérée comme foyer hystérogène. {Gaiette d*oplUhalmolo(iie,ii!' 1, 879.)

trois symptômes qui marquent le début de la période épileptolde : perte de connaissancey arrêt de la respiration, tétanisation moscalaire.

Lorsque l'attaque est povoquée par une émotion, une frayeur, ou la pression d'une zone hystérogène, le début est beaucoup plus rapide, sans prodromes, la malade tombant brusquement et comme fondroyée. Mais la chute n'est pas aussi brusque que dans l'épîlepsie, et il arrive très rarement, en raison des prodromes qui indiquent l'imminence de l'attaque et aussi de la conservation incomplète de la connaissance, que les hystériques se fassent des blessures graves en tombant.

Pendant la période épileptoïde la perte de connaissance est absolue. tandis que dans les autres périodes, elle est incomplète. Ce qai le prouve, c'est que par la suspension de l'attaque au moyen de la compression ovarienne, les malades déclarent ne rien sa rappeler pendant la période épileptoïde, et que si cette compression est eierrée pendant les autres périodes, elles peuvent encore rendre compte df impressions ou hallucinations.

Il n'y a pas de cri comme au début de l'attaque épileptique vraie; et ce que M. Briquet a décrit sous ce nom s'applique à des cris divers (cri5 gutturaux, laryngés, etc.,) produits par le spasme des muscles duphaquelques-unes de leurs rynx,du voile du palais ou du larynx.

La phase tonique de la période épileptolde doit être décomposé'' d'après P. Richer en :

a. Phase tonique avec mouvements ; h. Phase tonique avec immobilité.

a. Les mouvements de la phase tonique ressemblent à ceox u l'épilepsie partielle, et ils ont pour caractères de s'exécuter avec une certaine lenteur, d'être très étendus, de figurer des mouvements J-* circumduction; ces convulsions sont générales, avec prédominant d'un côté.

« La tête se raidit, se renverse lentement en arrière, faisant saillir I^ cou qui se gonfle, ou bien subit un mouvement de rotation, tournai habituellement la face du côté du corps où prédominent les osvulsions, ou bien demeure rectiligne, un peu penchée en avant et s erfonçant entre les deux épaules qui s'élèvent. La face excessivement pi toutd'abord, ne tarde pas à se congestionner. Le front se ride, les ;*»'^î convulsés cachent habituellement leur pupille sous la paupière s^:f^ rieure, ou roulent dans l'orbite. La bouche s'ouvre déraesurémeoi. ^ langue sort quelquefois et se meut d'une commissure àTautre; ou h: : les mâchoires sont fortement serrées, et par un mouvement de didu^îic du maxillaire inférieur, la malade fait entendre un grincement de il- ni* souvent très intense. Le nez se plisse différemment; enfin toute fa fe''"'

est grimaçante. Cette distorsion de la physionomie se produit avec une lenteur relative, et par là même se distingue facilement de Tagitation convulsive et partielle des traits qui marque la phase clonique > (1). La respiration s'arrête comme dans le phénomène de l'effort, pour être entrecoupée par de profondes inspirations, et l'ampliation du thorax esta cette période, isochrone avec le soulèvement de Tabdomen, tandis que dans la phase clonique il y a plutôt un véritable antagonisme entre les mouvements de Fabdomen et ceux de la poitrine (P. Richer).Il se produit aussi brusquement un gonflement du cou beaucoup plus accusé que dans l'attaque d'épilepsie vraie.

Les membres, dès le début, exécutent des mouvements variables suivant les sujets, mais qui changent rarement pour la même malade ; le plus souvent il s'agit de mouvements de circumduction commençant aux bras, par des mouvements de pronation, de flexion du poignet, d'élévation des bras, puis par leur abaissement qui leur fait prendre en pronation forcée une position étendue le long du corps. Puis ces mouvements se répètent trois ou quatre fois de suite. Il en est de même des jambes qui se fléchissent, s'étendent plusieurs fois, le plus souvent avec prédominance d'un côté. Pendant ce temps, le tronc exécute des mouvements de torsion, de flexion et d'extension, ce qui donne lieu à des attitudes très variées, les malades pouvant se porter sur un côté ou un autre, ou se ramasser comme en boule, etc.

6. A cette phase tonique avec mouvements, succède bientôt la phase Ionique avec immobilisation. La malade est alors immobilisée par la tétanisalion générale des muscles, qui est telle que dans les tracés graphiques obtenus par MM. P. Richer et Regnard, cette période est représentée par une ligne droite tandis que pour la précédente, au contraire, il y a une ligne très dentelée. Le plus souvent, la malade se trouve dans l'extension complète avec décubitus dorsal; la tête est fortement renversée en arrière, le cou est très gonflé avec des veines très saillantes, la Tace est cyanosée, boufQe, contracturée et immobile, il y a de l'écume aux lèvres, les bras sont étendus dans l'adduction et la rotation en dehors avec les poignets fléchis et les poings fermés. Les membres inférieurs sont aussi dans l'extension, avec les genoux serrés fortement l'un contre l'autre, les jambes en pied-bot équin tournés en dedans ou en dehors. Le tronc raidi repose sur le dos ou sur l'un des côtés, et souvent courbé en arrière comme en opisthotonos.

Mais les attitudes qu'on observe, ne ressemblent pas toujours à c^lle que nous venons de décrire, elles peuvent subir même de grandes variations, rappelant sans doute par quelques uns de leurs caractères, celles de la deuxième période de clonisme, dont elles se distinguent

(i) p. Richer. Loe, cit.

cependant par la lêtanisalîon rnusculaire, la perle de connaissance et le spasme respiratoire. Ainsi on peal Toir déjà 1p$ attitudes du crucifiement^ de l'arc de cercle: d'autres fois encore, le corps est immobilisé dans le décubitus latéral avec extension des deox bras, d^une jambe et flexion de l'autre jambe, ou encore dans le décubitus latéral avec flexion d'un bras, extension d'un autre bras porté en Pair et flexion des deux jambes, etc..

c. Mais, cette immobilisation tétanique dure peu de temps, elle est promptement remplacée par la phase des convulsions clonique$.

Celles-ci prennent d^abord dans un membre immobilisé et raidi par la télanisation, Tapparence de trépidations rapides et brèves; puis le> mouvements convulsifs deviennent plus étendus, se généralisent i tout le corps, quoiqu'ils puissent se montrer surtout dans un côté, ils agitent le tronc et les membres qui prennent des positions diverses, la face qui devient afl'reusement grimaçante avec une écume abondante, s'écoulant hors de la bouche, les muscles du ventre dont l'agilatioD convulsive fait entendre des bruits sonores. La respiration qui avait été suspendue dans la phase précédente, reprend péniblement son cours, d'abord irrégulière, sifflante et saccadée, et accompagnée de hoquet, de mouvements bruvants de déglutition. M. P. Richer a constaté souvent, à ce moment, un désordre dans le jeu mécanique de la respiration, les convulsions des muscles abdominaux empêchant le soulèvement de Tabdomen qui, à Tétai normal, accompagne Tampliation thoracique au moment de la respiration.

d. Puis bientôt, Toi^ge convulsif se calme, les mouvements cloniques ne deviennent plus que des oscillations petites et légères, et la malade tombe dans la phase de résolution musculaire. Alors les muscles sont relâchés, le corps reste étendu le plus souvent sur le dos ou sur le côté, la face est encore congestionnée, la respiration est plus régulière, mais bruyante, il y a du stertor, et une salive mousseuse, sans cesse agitée par la sortie de Tair expiré, s'écoule de la bouche. Parfois, cette résolution musculaire n*est pas complète, elle peut être traversée par quelques secousses, par quelques frémissements fibrillaires, par un battement convulsif des paupières, ou encore par une contracture qui raidit un membre.

Cette période épileploîde se prolonge ordinairement pendant deux ou cinq minutes, les deux premières phases caractérisées par le tonisme et le clonisme ayant une durée constante d^une soixantaine de secondes, et la phase de résolution ayant au contraire une durée très variable.

^Li période épileptoïde composée de convulsions tomijoes, do-

HYSTÉRIE. 94 i

niques, de stertor et de résolution musculaire, vient de se terminer. La seconde période des contorsions et des grands mouvements {clonisme ou clownisme va commencer. Elle peut être décomposée encore en deux phases :

a. Phase des contorsions ou attitudes illogiques;

b. Phase des grands mouvements,

a. Dans la première, la malade prend des positions les plus variées, les plus surprenantes, et les plus extraordinaires, elle exécute de véritables tours de force, affecte des attitudes que M. Charcot appelle avec raison illogiques^ voulant les opposer ainsi aux attitudes passionnelles que nous aurons plus loin à étudier, et qui ont pour caractère d'exprimer, ou plutôt de représenter une idée. L'attilude de Varc de cercle est la plus fréquente : la tête et les pieds portent seuls sur le lit, et formentavecle ventre saillant, une courbe très prononcée; d'autres fois, l'arc de cercle est constitué par l'épaule et les pieds; d'autres fois la tête, dans l'extension exagérée, s'appuie par la face sur l'oreiller, et se rapproche des pieds; il y a encore des arcs de cercle avec décubilus dorsal, latéral, etc., enfin on peut observer un véritable arc de cercle renversé, la malade reposant sur le sommet de l'arc formé par le ventre au lieu de reposer sur la tète ou sur les pieds.

Lorsque la face est agitée par ces contorsions convulsives, elle présente souvent un aspect effrayant : les globes oculaires exécutent en haut, en bas, en dedans ou en dehors, des mouvements fréquents, qui donnent lieu à des strabismes souvent horribles à voir; les muscles des sourcils, des paupières, des lèvres et de la face, se contractent violemment, la langue sort convulsée de la bouche, et Ton peut avoir ainsi l'image plus ou moins fidèle d'une attaque démoniaque.

b. Puis à cette phase des contorsions, qui indiquent un degré encore peu accentué de contraction musculaire, succède celle des grands mouvements, qui est au contraire en rapport avec un complet relâchement des muscles. Les mêmes mouvements se reproduisent rapidement et souvent (dix à vingt fois de suite), et parmi tous ceux que l'on observe, les plus fréquents sont ceux de la salutation : Le tronc se fléchit brusquement; le front va jusqu'à frapper les genoux, puis brusquement encore le corps se redresse, le dos et la tète frappent vivement l'oreiller; ou ce sont les jambes qui exécutent ce mouvement; ou enoore, le tronc, la tête et les mains appuyés sur le lit, les jambes s'élèvent, se fléchissent, puis s'étendront en formant un véritable arc de cercle.

Souvent le début de celte phase est marqué par un ou plusieurs cris perçants semblables au sifflet du chemin de fer; ou encore il peut survenir une sorte de rage pendant laquelle, la malade se frappe la poi-

9if NÉVROSES COMPLEXES.

trine, chercha à mordre, i s'arracher les cheveux, à déchirer ses vêtetements, el pousse de vérilables cris de rage, ou même des hurlements de bète fauve.

Dans cette période, la perte de connaissance est incomplète, et les contorsions de la première phase se distinguent des convulsions tétaniques de la période épileplolde, par les caractères suivants : elles sont d'une durée plus longue, et il n'est pas rare de voir l'attitude de l'arc de cercle, par exemple, persister pendant cinq ou dix minutes; il n'y a pas d'écume à la bouche ; il n'y a pas de suspension de la respiration, pas de spasme inspiratoire, et en conséquence, pas de turgescence faciale (Charcot, Richer).

S"" La troisième période des attitudes passionnelles ou des poses plastiques, est une période d'hallucinations pendant laquelle les malades par la mimique variée et saisissante qu'elles impriment à leur physionomie, par les paroles qu'elles prononcent, nous font assister pour ainsi dire à tout ce qu'elles voient, ce qu'elles sentent et ce qu'elles entendent. Ces altitudes expriment tour à tour la joie ou la terreur, la gaité la plus franche ou la tristesse la plus sombre, elles expriment la menace, le désespoir, le commandement, la provocation, la supplication, la prière, l'effroi, l'attente, le lubricité; ou encore elles présentent l'aspect du crucifiement avec les bras étendus en croix, la tête renversée en arrière, les yeux grands ouverts dirigés vers le ciel ; ou encore c'est la position de Yextase qui prédomine, etc..

Ces hallucinations ont le plus souvent pour caractère de reproduire les émotions tristes ou gaies qui ont frappé les malades, et qui ont même pu devenir la cause déterminante de leur maladie vingt ou trente ans auparavant, comme M. Dunanl de Genève en avait fait depuis longtemps la remarque ; et lorsqu'elles changent d'aspect, que de gaies elles deviennent tristes et réciproquement, c'est que, pendant le cours de sa maladie, l'hystérique a subi d'autres émotions dont les hallucinations donnent encore le reflet.

Pendant toute la durée de cette période, la sensibilité générale et spéciale est abolie, on peut pincer, piquer la malade, on peut lui mettre un flacon d'odeurs fortes sous le nez, elle ne sent pas; enfin, une fois cette période terminée, elle garde un souvenir, quoique confus parfois, de ses hallucinations passées.

A'' Dans la quatrième période, qui succède presque sans interruption à la troisième, avec laquelle elle se confond, il y un délire qui porte surtout sur les actes un peu importants qui ont marqué la vie de l'hystérique. Il est donc très variable, emoreinl de gaité, de tristesse,

d'idées mystiques ou religieuses, etc.. Quelques unes racontent la longue histoire de leurs amours ou bonnes fortunes, d'autres impressionnées par la mort d'une de leurs voisines voient celle-ci à chaque instant, etc.. D'autres fois, ce délire plus ou moins loquace, est remplacé par le mutisme le plus obstiné, ou encore, l'accès se termine par des pleurs ou des rires sans 6n. Il y a encore des hallucinations, la malade perçoit des voix, elle entend la musique de c militaires rouges > qu'elle voit près d'elle, puis, subitement, elle est prise d'une grande frayeur causée par la vue de rats noirs à longue queue, de corbeaux, de chats, de vipères, etc.. Le plus souvent, cette zoapsie est le signal de la fin de l'attaque.

Celle-ci qui se termine souvent par une abondante évacuation d'une urine claire et limpide, et quelquefois par de l'hypersécrétion salivaire, peut laisser à sa suite des contractures généralisées ou partielles et des paralysies diverses. Mais parfois aussi, on a pu noter au contraire la disparition de contractures ou de paralysies, sous l'influence d'une attaque.

Durée, phénomènes oculo-pupillaires des attaques; état de mal hystérique. — Ordinairement, la première période de la grande attaque hystérique a une durée de une à trois minutes, elle est dans la plupart des cas, assez nettement séparée de la période suivante (période de clonisme), qui a une durée à peu près égale. Cette seconde période se confond davantage avec la troisième (période des altitudes passionnelles), qui dure de cinq minutes à un quart d'heure. Donc, la durée moyenne de l'attaque est d'un quart d'heure à une demi-heure. Quant à la quatrième période (de délire) qui est une prolongation de la troisième, elle a une durée très variable, de quelques minutes à une demiheure et même parfois davantage.

Pendant le cours de l'attaque, on peut constater du côté de la pupille des modifications bien étudiées dans ces derniers temps par Charcot et Féré. Au début de la première phase, la pupille se resserre et reste contractée pendant toute la période tonique; elle se dilate fortement durant celle des grands mouvements; au moment des attitudes passionnelles et du délire enfin elle présente des alternatives de dilatation et de resserrement dues sans aucun doute aux mouvements d'accommodation provoqués par les différences d'éloignement ou de rapprochement des objets et des personnes figurant dans l'hallucination. Ajoutons encore que la compression ovarienne modifie les dimensions pupillaires en même temps qu elle arrête l'évolution des symptômes. Par exemple, l'ouverture irienne étant contractée pendant la

m NÉVROSES COMPLEXES.

période épileptoïde, reprend ses dimensions primitives dès que la compression ovarienne fait cesser les accidents convulsirs; si celle-ci au contraire est exercée au moment de la période clonique, la pupille, qui était dilatée un instant auparavant, reprend aussitôt son diamètre nonnaI( 1).

Souvent la grande attaque d'épilepto-hystérie ne reste pas isolée, et se répète un plus ou moins grand nombre de fois ; alors, il s^agit de Vétat de mal hystériqney composé d'accès se succédant sans interruption, ou d'accès se succédant en laissant entre eux quelques minutes d'intervalle. Dans le premier cas, la quatrième période de délire fait défaut à la fin de l'attaque, pour ne se montrer qu'à la fin de la série des attaques, et celle des altitudes passionnelles n'est pas encore terminée, que la période épileptoïde de l'accès suivant recommence; dans le second cas, les attaques sont complètes et se terminent chaque fois par la quatrième période.

Le nombre des attaques composant une série peut-être de vingt à cent et même au delà, la série dure quatre à cinq et à vingt-quatre heures. Enfin, les séries peuvent se succéder en laissant entre elles quelques heures de répit, et la durée de l'état de mal peut être de quinze jours, d'un mois, et même de deux mois.

Cet état de mal hystérique, malgré celte prolongation, se distingue de l'état de mal épileplique par l'intégrité relative de l'état général et aussi par l'état de la température qui, malgré la répétition et la longeur des crises convulsives ne dépasse jamais 3<S degrés à 38",5, tandis quo dans le morbus sacer Fétat général est très altéré, le pronostic devient très grave, et le chiffre thermique peut atteindre 40 et 4i degrés.

Irrégularités des périodes. Attaques hystériques incomplètes et irrégulières. — Nous venons d'étudier l'attaque complète d'hystéroépilepsie avec ses quatre périodes. Mais celles-ci n'évoluent pas toujours avec la même régularité, il est même assez fréquent de les voir dissociées chez la même malade, l'attaque alors pouvant n'être constituée que par la période épileploïde, ou par celle des contorsions, ou par celle des attitudes passionnelles, ou encore par celle du délire.

D'autres ibis, toutes les périodes sont représentées, et Tune d'elles, par exemple la période épileptoïde, prend une importance et une longueur inaccoutumées; il y a en un mot prédominance de l'une des périodes sur les autres, ce qui revient à dire que toutes les modificationï ont lieu par excès ou par défaut.

On conçoit qu'il serait possible pour chaque période de multiplier

(l)Féré. Des phénomènes oculo-vupillair es chei les hystèro^épUeptiquet. {Soc- di kw' 29 oct. 1881.)

et même d'imaginer les variétés. Nous allons en faire une étude rapide en passant en revue toutes les périodes :

1. — Pour la première période, les variétés les plus importantes sont représentées : l"" par Vétat de mal épileptoïde; S"" par les accès épileptoides incomplets ;

U Vétat de mal épileptoïde esi constitué par la succession presque ininterrompue d'accès de convulsions toniques et cloniques, se terminant par la résolution musculaire et un sommeil stertoreux. Cet état de mal a pu, dans un cas cité par M. Charcot, persister pendant deux mois; mais le plus ordinairement, il se prolonge seulement quatre ou cinq heures, chaque série se composant de soixante à quatre-vingts attaques., Celles-ci ressemblent absolument à celles de Tépilepsie, et on peut distinguer Vétat de mal épileptoïde hystériqw de Vétat de mal épileptique par les caractères suivants :

a. La température dans Vétat de mal épileptoïde s'élève de 87*^,5 à 38»,5, tandis que dans Tépilepsie, pour un même nombre d'attaques, elle monterait jusqu'à SO'^jS ou 40''.

h. Dans l'intervalle des accès hystériques, ou à leur suite, on constate une intégrité presque absolue de l'intelligence, ainsi que l'innocuité de l'état général ; il n'y a pas d'évacuation involontaire des urines ou des matières fécales, la malade pouvant même dans le court espace de temps qui sépare les accès, se lever et aller satisfaire ses besoins ; dans rétat de mal épileptique au contraire, l'intelligence est obtuse, la mémoire est presque nulle> l'état général mauvais, il y a souvent incontinence d'urine ou de matières fécales.

c. La compression de l'un des deux ovaires, ou des régions hystérogènes peut arrêter les attaques ou la série d'attaques hystériques.

d. Parfois, dans l'état de mal épileptoïde, le diagnostic de l'hystérie s'impose par la prédominance de certains accidents plus spéciaux à la névrose, tels que des contractures générales ou partielles, les mouvements bruyants de la déglutition, les ondulations convulsives du ventre avec borborygmes, ou encore par l'imjnixtion, au milieu des attaques de certains phénomènes qui, se présentant une seule foisau milieu deces accès si nombreux, portent avec eux le cachet de rhysiérie : position en arc de cercle, extase, délire particulier, rires et pleurs, etc., qui sont autant d'ébauches très incomplètes des deuxième, troisième et quatrième

périodes.

Il faut ajouter encore que, parfois les accès épileptoTdes n'ont qu'une ressemblance assez éloignée avec ceux du morbus sacer, parce que la première période peut être dissociée à son tour, et l'accès n'être constitué que par les convulsions toniques sans convulsions cloniques, au

AXXKrELO. M

Ir^'jt-jre* et det î-r/ou--<* de- rr,>r:-bre«-

ir I>;jri- k* <£/>(>?> épiUfpioVJ^t inojmpUJ*, la milid*? est p -ris^ ie fc/'/o'i»';t d^n* !»;• rnernb/e*. dans l*rs rriUî-.Ieî de la faie, de fr^^l*yiutu**: d»^r p<itjpi»-:reî et de perte de coDn3i5-3i& ;«. Ce? prlili a'.èj dé-J;rfiér p^r qijrlqjei au-eurs 5om5 i'^s noms de y^rûo^ ^a de iyttxj^^ hf/iterûpi^'i, ^>^fj-til'jent une ♦^L'JU'^he de la p^ri«,-Je épilef»t:»î»k q:i re-^emhle un peu au vertige épileplique, mais qui s'en di-lin/rje ''^p;fjd;int p.'ir l'existence de certains ph^^nornênes plui spé<:iaui à la névrofee liy-i/;rique : Contracture pouvant précéder ou suivre IVctiN fcvmptime» de strangulation, de tympanite, de ï>«jrbory^e5, d'hjpere-îllié-ie ovarienne.

II. — D'autres fois, Tattaque peut être boniée à la seconde période, ou cjtWft'CX a une prédominance marquée sur les autres périodes qui se trouvent à peine représentées.

y l/)rsque cette phase des contorsions se prolonge cl s'exagère, elle pr^ut donner lieu à la variété appelée attaque démoniaquey analogue à rjtWft dont autrefois les possédés ou les convulsionnaires étaient atteints. Dans ce cas, le-5 mouvements toniques du début de la première période sont souv^*nt exagérés et impriment aux membres des convulsions extrêmes : la face est congestionnée, cyanosée, le cou est gonflé, les yeux fortement convulsés en haut, il y a suspension de la respiration; puis ce spasme respiratoire se détend, et aloi*s la période épileplolde S€ termine sans résolution musculaire faisant place aux contorsioos h plus violentes, les plus hideuses de la seconde période; les membre^ se projettent en bas, se fléchissent et se raidissent alternativement, s^ contournent et s'entrecroisent; la face se contracte violemment dans tous les sens et exprime la terreur, TeHroi ou la fureur ; les yeux sont ouverts laissant à peine voir les pupilles dirigées en haut, à gauche ou à droite, la langue noire, cyanosée, sort convulsivement de la bombe qui est largement ouverte, les traits du visage sont tiraillés en tous sens; la malade cherche à mordre, elle s'arrache les cheveux, scdécJrr'» la poitrine avec ses rnains crispées, lacère ses vêtements, se fnppt violemment la poitrine, pousse des cris de rage, de fureur, de dottleur et fait entendre des gi*ognements, ou des hurlements de bêle fauve.

L'agitation est telle qu'elle peut être à peine maîtrisée par quatre ou six personnes. Enfin Tattaque se termine par des contractions, des crampes extrêmement douloureuses qui contournent les membres et que les malades désignent elles-mêmes le plus souvent sous le nom de tortil^ lements,

9* Dans d'autres cas, ce n'est plus la phase des attitudes illogiques ou des contorsions qui prédomine comme daqs l'attaque démoniaque, c'est la seconde phase de la seconde période caractérisée par les grands mouvements. Alors, Tattaque, pour être aussi violente et aussi désordonnée, est moins effrayante, elle se compose de sauts, de culbutes, <le projection des membres, de salutations brusques et rapides, d'élévation et d'abaissement des membres, et enfin de mouvements étranges et exagérés qui confînent presque aux exercices des acrobates. C'est une véritable attaque de clownisme.

m. — Parfois l'attaque hystérique est représentée par les attitudes passionnelles souvent précédées ou interrompues par quelques phénomènes épileptoïdes qui forment comme une ébauche de la première période. Dans ce cas, les poses plastiques durent une demi-heure, une heure et même davantage, puis surviennent un léger battement con- Tulsif des paupières, une faible distorsion des traits qui annoncent le début d'une nouvelle attaque et qui sont le signal de production de nouvelles poses plastiques. Les attitudes passionnelles peuvent être variées, en rapport avec les hallucinations, ou d'autres fois elles se présentent toujours avec les mêmes caractères, la malade prenant toujours l'attitude de la prière, de la contemplation, du crucifiement, etc.

Dans les attaques d'exiasBy les malades absorbées, immobiles, silen- -cieuses, restent des heures, des journées entières dans une sorte decontemplalion muette dont elles ne peuvent être tirée> que par certaines personnes ayant une influence sur leur volonté. Ainsi la fameuse extatique de Kaldern sortait de son état à l'audition d'un seul mot de son confesseur. Et cependant, comme chez toutes les extatiques, la sensibilité générale et spéciale était abolie pendant toute la durée de l'accès à l'exception de l'organe de l'ouïe qui pouvait le plus souvent percevoir encore quelques sons.

Sans entrer dans une discussion que ne comporte pas la nature de notre travail, sur la question de savoir s'il existe, comme Brierre de Boismont le pense, deux espèces d'extase, l'une morbide, et l'autre physiologique qui serait le résultat de méditations profondes chez les personnes religieuses, chez les philosophes et les savants, ou si au contraire, Textase n'est pas toujours un état pathologique, nous pouvons affirmer qu'un grand no'mbre d'extatiques ont été des hystériques chez

lesquelles il est toujours possible de trouver des signes indiscutables de la névrose (1).

IV. — Enfin la quatrième période constituée par le délire peut prendre une grande importance aux dépens des autres périodes qui sont à peioe marquées. Ainsi, une jeune malade citée par P. Richer (2) avait des attaques composées par quelques phénomènes épileptoldes, par quelques accidents à peine appréciables deladcuxièmeetde la troisième période, et surtout par un délire très accusé. Elle avait des accèsde manie, criait, battait sa mère; elle se livrait à des tentatives de suicide, puis en proie à une excitation nymphomaniaque, interpellait sur un balcon lef passants et surtout les jeunes gens par des propos inconvenants. L'accès se terminait par des pleurs.

Ce délire peut aussi avoir un caractère religieux comme celle malade observée pendant longtemps à la Salpêtrière, la nommée G..., qui prononçait des paroles emphatiques, excitait les hommes à la pénitence, s'accusait de toutes les fautes de sa vie et demandait pardon à Dieu; une autre chante, puis parle de sa mort, des médecins qui l'entourent avec une loquacité extrême interrompue par quelques phénomènes épileptoïdes. Enfin M. Bourneville a relaté le Tait d'un délire dt paroles qui a duré plus de deux jours (3).

On sait du reste que pendant la durée des convulsions, il n'est pas rare de voir survenir un délire assez semblable à celui de Tivresse alcoolique ou chloroformiquc, c'est-à-dire bruyant, très agité, sorte de rêve eo rapport avec les pensées qui occupent habituellement la malade ou qui l'ont vivement frappée peu de temps avant l'attaque. Quelquefois, le? facultés sont dans un état d'exaltation surprenante : le langage prend une distinction et une élévation inaccoutumées, les sens (l'odorat, l'ouïe) présentent une prodigieuse finesse.

Mais d'autres fois, l'attaque de délire a lieu en dehors de toutaccèi convulsif, l'hystérie est alors larvée, purement intellectuelle comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, pour l'épilepsie. Xouf l'étudierons plus loin à propos de l'état mental des hystériques.]

1. Voyez sur ccUe question de I*extase, les auteurs suivants :Sonden (de StocUotml.n* moire sur V extase religieuse épidémique qui régnait en Suède en 18il-18i:2(Ga4. mtd. 'J Paris, 1843). — L. Bore. Les stigmatisés du Tyrol ou Vexlatique de Kaldem. Paris, I84jL- Kuhn. Happort sur la jeune extatique de Niederbronn (courrier du BoM^Hkin l8iH;. — S^deret. obs. de sommeil extatique. Union méd. 18M. — Bergot. Recherchei sur rextase. Tb>^ Paris, 1856. — Dubrisay. Obs. de délire extatique (Ann. med psych, 1858). — Lelour»^- Étude sur Vextase. {Unionmed. 186'i); — Michéa art. extase du dict de med, ri •<•' prat. Paris, 1871. — £. Mauriac et \erdaUe. Étude médicale sur l'extatique et fv^^ Paris, 1»75.— Bourneville. Louise Laleau ou la stigmaiisée belge, Paris, lcJ75.

{%)Loc. cit., p. 228.

(3). Iconograph, phot, de de la Salpêtrière, t. II, p. 146.

1.68 dissemblances que les attaques d'hystérie offrent entre elles, chez les diverses malades, ou chez la même femme à des époques différentes, sont donc extrêmement nombreuses; il n'est pas de maladie qui se prête plus malaisément à Tartifice d'un type de pathologie descriptive. Les différences portent tantôt sur l'intensité et le siège des symptômes coDYulsifs, tantôt résultent de l'apparition des phénomènes étrangers au système nervo-musculaire.

Et d'abord, les attaques convulsives qui viennent d'être décrites, sont loin de présenter toujours la même apparence générale : les symptômes dont elles se composent peuvent se combiner de mille manières, prédominer capricieusement les uns sur les autres, et offrir tous les intermédiaires imaginables entre une légère dyspnée accompagnée de palpitations et de quelques secousses dans les membres, jusqu'aux convulsions universelles avec perte absolue de connaissance, etc. Briquet a tenté de ramener toutes ces variations à quatre ordres de causes, savoir :

1* La susceptibilité particulière contractée par certains groupes musculaires, ou par le fait d'une irritabilité plus grande, ou par suite de l'habitude où sont les malades de les mettre en jeu, pour exprimer telle ou telle passion qui les anime fréquemment. Ainsi, les convulsions affecteront les muscles du col, chez les personnes qui expriment habituellement leurs passions par des mouvements de la tête; la strangulation sera très forte si, d'habitude, les émotions provoquent le resserrement du pharynx; les mouvements morbides prédomineront surtout à la poitrine chez les femmes qui se mettent facilement en état d'anhélation, etc. , chez quelques-unes, il y a des mouvements du bassin comme dans le spasme cynique (variété à laquelle on a attribué à tort une très grande importance) ; les femmes qui souffrent habituellement de l'épigastre, éprouvent, pendant les attaques, des constrictions très vives des muscles du hautderabdomen,etce sont elles surtout qui se frappentou cherchent à se déchirer la région épigastrique.

2* L'âge des malades : dans l'enfance et l'adolescence, les attaques sont remarquables souvent par la bizarrerie et le caractère puéril des actes auxquels les hystériques se livrent, par l'intensité ou l'excentricité de leur délire : elles dansent, chantent, cherchent à mordre, à grimper sur les toits, etc.

Quant à l'influence de la constitution, elle se manifeste, chez les femmes d'un caractère emporté, par l'énergie des convulsions accompagnées d'un délire bruyant ; chez les femmes lymphatiques ou d'humeur douce, par des attaques peu fortes, peu bruyantes, et dégénérant facilement en coma et en somnolence; les femmes méchantes continuent i l'être pendant leurs crises ; celles qui présentent les attributs de la constitution nerveuse sont remarquables par la généralisation et

rirrégularité des convulsions ; enGn, ajoute Briquet, il est très possible que les femmes à tempérament dit ulérin aient plus facilement que les autres les convulsions du bassin analogues au spasme cynique; les jeunes ûlles craintives sont volontiers prises de tremblements, etc.

S"" La cause déterminante des attaques, quoique ayant une influence moins générale, n'est cependant pas complètement indifférente. Quand l'hystérie succède à des chagrins ou à des conti-ariétés, il y a plus d'oppression et de strangulation que dans tout autre cas, et à la fin des attaques, les sanglots sont plus multipliés et les pleurs plus abondants; les jeunes filles devenues hystériques pour avoir été maltraitées, ont très facilement du tremblement ; lorsque la maladie s'est développée à la suite d'une vive frayeur, les femmes se débattent beaucoup et sont prises de délire avec visions terrifiantes. Dans certaines épidémies de névroses, les religieuses dont l'hystérie était causée par une grande exaltation mystique, commettaient des actes d'impiété, proféraient des blasphèmes ; d'autres tenaient des discours, prophétisaient, etc.

4"" Ce qui modifie surtout les phénomènes des attaques, ce sont les impressions ressenties pendant leurs intervalles, et à cet égard, nous devons signaler particulièrement la puissance de l'imitation : il suiSt qu'une hystérique ait vu une fois un geste, aperçu un acte qui l'ait frappte pour qu'elle l'imite involontairement soit dans ses attaques convulsives, soit pendant leur intermission; de là l'action des hystériques les unes sur les autres, et la contagion apparente de la maladie. Les gestes, les cris, les symptômes morbides de l'une font impression sur les autres, et il en résulte, dans les lieux où plusieurs malades se trouvent réunies (salles d'hôpital, pensionnats, couvents, etc.), ime uniformité singulière de tous les symptômes ; rien de plus curieux à- cet égard que l'histoire des épidémies nerveuses dont nous avons déjà parlé, où la puissance de l'imitation se révèle par des résultats si extraordinaires (1).

Telles sont les principales circonstances qui modifient les attaques convulsives de l'hystérie.

L'une des variétés intéressantes de l'hystérie convulsive est celle qu'oD désigne quelquefois par les mots de convulsions internes. Briquet, sous le titre d'attaques de spasmes, en donne la description suivante: ( Sur les quatre cents hystériques observées par moi, il s'en est trouva dix à douze au plus qui avaient été atteintes de spasmes violents oudiex lesquelles ceux-ci remplaçaient des attaques convulsives avec perte de connaissance. Ce qu'on est convenu d'appeler une attaque spasmodiqu<î. se compose de troubles qui sont presque toujours à peu près lesm&nes. On peut se faire une idée assez juste de Tattaque spasmodique à >o^

(1) Voy. le mémoire de M. Jolly : De rimitation considérée daw $88 rapporit 8ttf «« hilosophie, la morale et la médecine (}tém . de VAcad. de méd,, 1846, l. XIII, p. 5^t.. s» le travail de M. Bouchut ; De la contagion nerveuse et de rimUation{Bullet. de VAn^^ Mid,, 1860-61, t XXVi, p. 818).

degré le plus léger, par ce qui arrive chez une femme impressionnable qui vient d'éprouver une contrariété : il se manireste à Tépigastre un sentiment de resserrement et de compression qui amène une sorte d'étouffemenl ; le cœur bat avec force et avec rapidité; la gorge se serre à tel point qu'il se produit une sorte de strangulation qui arrête la voix et empêche la déglutition, enfin, un sentiment d'inquiétude et un besoin d'agitation se font sentir dans les membres... La véritable attaque spasmodique, celle qui se comporte à la manière d'une attaque convulsive, se compose à peu près des mêmes éléments, seulement ils prennent un degré d'intensité bien plus élevé... La femme devient irritable, irascible, ou tombe dans une sorte d'humeur noire, puis elle éprouve des bâillements, des pandiculations, un malaise indéfinissable... Au bout de quelques heures, l'épigastre se serre, un poids considérable, une constriction violente ou une douleur déchirante se font sentir dans cet endroit; des palpitations se déclarent, pendant lesquelles la malade semble craindre que le cœur ne se rompe dans la poitrine ; les muscles du thorax se contractent très rapidement au point de provoquer jusqu'à 100 inspirations à la minute ; des douleurs vives se font sentir dans le côté et dans le dos, une sensation très pénible semble monter à la gorge sous la forme d'un globe, et, arrivée là, elle provoque une strangulation qui cause la douleur déchirante la plus vive et pendant laquelle la malade pai'alt près d'étouffer ; alors la déglutition devient complètement impossible; une violente douleur éclate dans la tète, les mains s'agitent, se crispent involontairement, Tintelligence néanmoins se conserve tout entière. Cet état de souffrance est quelquefois porté à un degré effrayant, dure pendant quelques minutes ou quelques heures ; puis des sanglots éclatent, des pleurs surviennent, les urines coulent claires et abondantes, et tous les accidents se calment, laissant après eux de la céphalalgie, des douleurs à l'épigastre, dans les côtés et dans le dos, et un sentiment de brisement et de courbature qui se dissipent peu à peu. Ordinairement, les femmes se sentent alors plus légères, ont les membres plus dispos et l'esprit moins préoccupé qu'avant l'attaque.

Dans certains cas, les accidents spasmodiques sont anormaux . ainsi, on peut voir alternativement la perte de la voix, le miaulement et l'aboiement, les vomissements, le hoquet, la distension de Testomac ou des intestins par des gaz, les coliques avec ballonnement du ventre, la dysurie ou la polyurie, phénomènes dont la plupart se produisent, comme les précédents, dans la manifestation des passions.

Il est des femmes chez lesquelles les attaqifes spasmodiques existent toujours seules (peut-être parce qu'elles ont un caractère plus ferme que celles qui ont des attaques avec convulsions) ; alors elles ont une grande intensité. II en est d'autres qui ont alternativement des attaques de spasmes et de convulsions.

[La léthargie j la catalepsie et le somnambulisme peavent également apparaître tantôt sous forme d'attaques, comme manifestations isolées de la névi-ose bystériquey tantôt diversement combinées avec lessyiDplôme> spéciaux de la maladie.

Les attaques de léthargie ou de sommeil peuvent succéder i des accès con\iilsiCsy ou se montrer à l'état isolé en dehors de ces accès convulsifs. Sur le nombre assez considérabled'hyslériquesqu'ileut à observer, Briquet n'a rencontré que trois cas d^bystérie avec des attaques consistanl en un véritable sommeil. Celui-ci survient toujours très rapidement, pendant les repas, au milieu d'une conversation; M.Armaingaud en a donné une excellente observation que nous citerons plus loin an sujet des troubles vaso-moteurs; H. Boumeville, dans le tome III de V Iconographie de laiSalpélrière en rapporte p!usiem*s cas; nous même nousavonsobsené un cas très intéressant, dans lequel la malade tombait dans un profond sommeil des qu'elle mettait le pied à terre, sommeil dont on ne pou>ait la tirer que par la pression énergique des globes oculaires (1).

Dans certains cas même, rhystérie prenant la forme comateuse p<*ut exposer à des erreurs de diagnostic et faire croire à Texistenre d'urémie ou d'affection cérébrale plus ou moins grave.

Pendant ces attaques de sommeil qui peuvent durer parfois un temps très long, on observe un léger frémissement des ^laupières supérieures, les convulsions des globes oculaires, et souvent même quelques mouvements convulsifs très légers qui agitent de temps à autre les muscle^ de la face. De plus, le début de ces attaques de sommeil spontané— analogue à celui des attaques de sommeil provoqué — est annoncé par quelques phénomènes épileptoîdes qui ont été très bien obsenés par Briquet : vive rougeur à la face« serrement des mâchoires, raidissement momentané des membres, inspiration sifflante, mouvement de déglutition, écume.

Les attaques de léthargie peuvent s*accompagne^detouslessigne^(ie la mort apparente. On connaît à ce sujet l'histoire d'Asclépiade, d'Apillonius de Tliyane qui, rencontrant chacun une femme que l'on men.^ii en terre, découvrirent qu'il s*agissail seulement d'un état léthar^nqué prolongé ; on sait la terrible aventure de Yésale qui fut mandé, -dit Ambroise Paré, c pour ouvrir une femme de maison qu'on estimait e-ir*: morte par suffocation de matinée, et le deuxième coup de rasoir q li' donna, commença ladite femme à se mouvoir et démonstrer par austrrs signes qu'elle vivait encore. >

Le Journal des savants de 1745 rapporte l'histoire de la femme du:.

(I). Vo^ei au<si la thèse de X. Espanel: HystérUifme et àfslme. Dm mmmeii Af- ' •* foe e» particuiier (Thèse Paris, 1857 . — L. Bout^e«. De Im forau eoméiemte d^fài* "v Thèse Paris, IhTô). Nous n'avons ici eo ^u«î que le sommeil spoataaé, el iwa U ^ut^'i TOToqué dont nous avons parlé an chapitre de la catalepsie.

colonel anglais que l'on crut morte et que celui-ci ne voulut pas laisser enterrer, parce qu'il se refusait de croire à un pareil malheur. Huit jours se passèrent sans que le corps présentât le moindre signe de putréfaction et de vie. Quel ne fut pas Tétonnement lorsqu'au son des cloches d'une église voisine, on vit cette femme se réveiller en sursaut et dire : Voilà le dernier coup de la prière, il est temps de paitir ! Elle guérit parfaitement et vécut encore longtemps.

Ch. Lepois raconte qu'une religieuse hystérique eut une attaque de léthargie si prolongée qu'elle passa pour morte. On l'ensevelit, et si elle ne s'était pas réveillée à temps, elle eût certainement été mise en leiTe toute vivante.

Enfin, plus récemment encore, Ed. Pfendler a rapporté les deux faits suivants: RachelN... âgée de 28 ans, est prise d'une attaque de léthargie pendant laquelle on la crut morte. Elle était enterrée quand le fossoyeur, voulant s'emparer de ses vêtements, ouvrit le cercueil pendant la nuit; mais, durant cette opération, elle revint subitement à la vie (1). — Une autre hystérique, âgée de quinze ans, était prise d'attaques de léthargie qui duraient trois à quatre jours; dans l'une d*elles, le U' Pfendler et cinq médecios de Vienne, parmi lesquels 0. Franck, crurent à la mort, d'autant plus qu'on s'imaginait déjà sentir un commencement de putréfaction; on avait tout disposé autour d'elle pour l'inhumation, la cloche des morts avait déjà sonné quand elle se réveilla. Or, pendant sa léthargie, elle avait tout entendu, de sorte qu'elle assistait pour ainsi dire à tous les préparatifs de sa mort sans pouvoir sortir de cet état (3).

Nous ne voulons pas nous étendre davantage sur ce sujet, parce que nous sommes convaincu qu'un grand nombre de ces observations ne sont pas absolument concluantes et ont été prises dans un temps où le merveilleux et le surnaturel jouaient un rôle des plus importants. La malade hystérique que nous avons vue atteinte pendant 2i et même 48 heures d'un sommeil prolongé, restait sans aucun doute immobile dans son lit; les mouvements respiratoires étaient imperceptibles; mais on sentait le pouls, quoique beaucoup plus faible qu'à l'état normal, on pouvait entendre les battements du cœur, et surprendre à de longs intervalles quelques grands soupirs ou profondes inspirations. Par conséquent, sans vouloir révoquer en doute la véracité de tous ces faits ou la possibilité de telles erreurs, nous croyons qu'il convient de ne leur accorder qu'une créance très limitée.

(1) Pfendler, de Vienne. Quêlquet observationt pow iervirà VhUtoire detaléthargiej Paris 1S33.

(2) Mesnei Éludet tur U somnambulitme , 1860.— Lnnier {Ann. méd. psych,, 1858); MoiMenet, Acte$ de laSoe. méd de« hop., 2* fasc. p. 223; — Chambard, Ou d^hytténe ovecêonrnamMiime (Hevuê mené . de méd et de cAtr., 1879 ; — Gauche, Hyitérie et antmam* buliême {LencéphaU, n*\, 1881 ; — Chambard et Bail, arUcleSOMNAMBUUSME dMdicl. eficyc. des 9e, méd., 1881.)

Il n'en est pas de même de la catalepsie qui peut se montrer ani diverses périodes de Tatlaque épilepto-hystérique, et surtout pendant les attitudes passionnelles de la troisième période {extase cataleptique)^ ou encore apparaître sous formes d'accès distincts alternant avec des crise:> convulsives ou d'autres manifestations de l'hystérie.

Enfin, le somnambulisme peut aussi être mêlé aux attitudes passionnelles qu'il remplace parfois, ou se montrer sous forme d'accès distiocls. Nous nous contenterons à ce sujet de citer les observations de MM. Favrot, Mesnet, Billet, Lunier, Moissenet, Cbarcot et Chambard.] -

Coup d'œil sur rbystérie convulsive en général. — Après avoir indiqué les symptômes de l'hystérie convulsive, et avoir cherché à donner une idée des nombreuses variétés qu'ils présentent, il* nous reste à envisager cette forme de la maladie dans son ensemble, c'est-à-dire a examiner les points suivants, au sujet desquels l'ouvrage de Briquet nous fournit seul des renseignements précis.

V Fréquence relative de U hystérie avec attaques de convulsions. — Il est des hystériques qui éprouvent pendant un temps fort long tous les accidents de la maladie, quelquefois à un degré assez élevé, sans jamais avoir d'attaques. Quelle est la proportion relative de ces faits et deceui d'hystérie à attaques? « Les auteurs ne le disent pas. J'ai dû faire (dit Briquet) des recherches sur ce point, en voici le résultat : Sur ii\ hystériques dont j'ai pris l'observation, les trois quarts avaient eu des attaques. Si l'on réfléchit que les femmes des classes supérieures à celle qui fréquente les hôpitaux, quoique peut-être plus impressionnables, sont exposées à beaucoup moins d'émotions violentes, on trouvera, je pense, que ce n'est pas beaucoup s'éloigner de lavéritéque de considérer comme probable que la moitié des femmes atteintes d'hystérie n'a j><i> d'attaques. »

2* Mode d'invasion des attaques. — Chez quelques femmes, l'hystérie débute par une attaque convulsive (c'est ce que nous nommerons attaque primitive); chez d'autres, les accidents névropathiques existent d'abord seuls pendant un intervalle qui peut varier de quinze jours à vingt ans (attaques consécutives) ; il en est enfin qui présentent simultanément 1^ symptômes de l'hystérie convulsive et non convulsive. Dans tes deux tiers des faits recueillis par Briquet, les attaques avaient apparu dans le cours de la première année.

3° Age auquel les attaques se montrent. — La période de la vie i laquelle les premières attaques surviennent le plus fréquemment, esi celle de quinze à trente ans ; de trente ans jusqu'à la vieillesse le.^ attaques primitives deviennent rares ; à l'enfance, jusqu'à quinze ans, correspond leur fréquence moyenne.

Dans cette dernière période, le nombre des attaques primitives remporte sur celui des consécutives ; le contraire a lieu pour la période de quinze ans à trente ; les années postérieures à l'âge de trente ans ne présentent plus de différence notable entre les unes et les autres.

De l'enfance jusqu'à l'âge de douze ans, la disposition aui attaques ne se modifie point; de douze ans à vin^t-cinq, elle va croissant à peu près régulièrement d'année en année; enfin, de vingt-cinq à cinquante-huit ans, limite des apparitions de première attaque, celte disposition devient très faible.

ht" Butée de la période pendant laquelle surviennent les attaques. — Suivant Georget, quand les attaques ont lieu chez des sujets jeunes et qu'elles ont été produites par des causes accidentelles, d'ordinaire la disposition à leur retour ne persiste pas bien longtemps. D'un autre côté, il est assez bien établi que, passé quarante ou quarante-cinq ans les accès d'hystérie cessent entièrement, ou deviennent plus rares et diminuent d'intensité.

Briquet s'est livré à des recherches statistiques dans le but de déterminer la durée du temps pendant lequel subsiste l'aptitude au retour des attaques hystériques ; il a vu ce temps varier depuis une année jusqu'à quarante-quatre années I Des variations aussi considérables lui ont paru principalement en rapport avec l'âge auquel les malades ont eu leur premier accès: ainsi, pour les faits d'hystérie datant de l'enfance, la durée moyenne de la succession des attaques, prises dans leur ensemble, a été de seize années; quand la maladie avait débuté entre onze ans et vingt ans, cette moyenne a été de près de quatorze années ; enfin, quand l'invasion avait eu lieu de vingt à trente ans, cette même moyenne a été de dix années et demie. Ce qui peut se traduire ainsi : moins les sujets que l'hystérie atteint sont avancés en âge, plus ils ont de chances de voir leurs attaques se reproduire pendant longtemps ; et l'on sait en effet que l'hystérie qui se montre chez les filles très jeunes est la plus difficile à guérir. Mais il ne faut pas perdre de vue les influences assez nombreuses qui, indépendamment des tendances propres de la maladie, peuvent intervenir pour en enrayer la marche ou en prolonger la durée.

5* Nombre des attaques convulsives. — Quelquefois il n'en existe qu'une seule, et alors le plus communément elle a lieu dans Tenfance, à la suite d'une vive émotion, ou bien on en observe un très petit nombre à de longs intervalles. Mais d'ordinaire les attaques deviennent facilement périodiques, et se répètent au nombre d'une ou de plusieurs (jusqu'à vingt et même jusqu'à cent (Landouzy) dans la même journée, ou reparaissent tous les deux ou trois jours, toutes lessemaines, tousles mois. Les attaques très rapprochées peuvent ainsi revenir pendant un temps variable, depuis quelques jours jusqu'à plusieurs années.

6' Durée des attaquées considérées en eUes-mémes. — Elle peut n'èlre que d'une minute, ou s'étendre à plusieurs jours (quarante-cinq jours chez une malade de Georget, avec des intervalles de quarante à cinquante minutes) : un quart d'heure ou une demi-heure, telle est la durée habituelle des attaques couvulsives. Elle va, en général, diminuant à mesure que l'hystérie devient plus ancienne, et, ce qui concorde avec le même fait d'observation, elle s'abrège d'autant plus que les attaques se rapprochent davantage. Mais on conçoit combien l'intervention des causes occasionnelles et l'inégale susceptibilité des sujets doivent faire apporter de restrictions à cet énoncé général.

7* Durée des intervalles libres. — Les intervalles des attaques présentent une trop grande irrégularité pour qu'on puisse rien établir de général à leur égard. Mais ce qu'il importe de signaler, c'est que les accès d'hystérie, tout en étant soumis à tous les hasards des causes accidentelles, présentent souvent dans l'ensemble de la série qu'ils forment, une sorte de périodicité ; en d'autres termes il est des époques pendant lesquelles il semble qu'ils se produisent ou avec une entière spontanéité, ou du moins avec une facilité bien grande, eu égard aux causes peu puissantes qui les déterminent. Un petit nombre des hystériques que j'ai observées, dit Briquet, avait eu de quatre à six attaques par an ; un dixième d'entre elles n avaient eu tous les trois mois, un cinquième en avait eu tous les mois; tant que les attaques ne sont pas plus rapprochées, elles sont le plus souvent provoqués par des causes appréciables ; les attaques convulsives que j'appellerai spontanées oui une grande tendance à affecter la forme périodique; c'est parmi elles que se trouvent les exemples de convulsions revenant tous les deux et tous les trois jours, toutes les semaines ou tous les quinze jours. Il est quelques cas où la régularité de ces périodes est tellement grande que l'attaque arrive constamment à la même heure, soit du jour soit de la soirée. Les retours mensuels ne paraissent pas dépendre de l'infltteace exercée par la menstruation, c puisque dans le tiers des cas seulemeot les attaques avaient lieu aux époques d'apparition ? des menstrues, i

8"* Il nous resterait à parler des causes qui, avec le concours d'une disposition morbide à peu près permanente, provoquent la réapparition des attaques hystériques; mais ce sujet sera mieux à sa place au paragraphe de Vétiologie.

Quant aux circonstances qui peuvent amener la disparition momentanée ou définitive des accès, nous aurons soin de les indiquer en parlant de la marche de la maladie.

II. Symptômes de l'hystérie non convulsiye. — On ne saurait trop

insister sur celte vérité longtemps méconnue, que l'attaque convulsive n*est pas seule Thystérie, n'est pas toute Thystérie ; la même souffrance générale du système nerveui qui se traduit par les convulsions, peut d'autre part se révéler par d'innombrables perturbations Tonctionnelles. Il est vrai que celles-ci éclatent souvent à la suite des accès convulsirs, ou, s'ilsexistaient auparavant, qu'on les voit acquérir alors une intensité plus considérable ; mais il s'en faut que ce soit là une règle générale, et dans bien des cas, ces troubles fonctionnels ne sauraient en aucune façon être rattachés aux attaques convulsives; au surplus, les accès peuvent faire entièrement défaut (ce qui a lieu d'après les relevés de Briquet, dans près de la moitié des cas). Entre les attaques convulsives et les symptômes névropathiques, ce n'est pas un rapport de cause à effet qui existe, mais bien une relation intime qui dérive d'une commune étiologie. Peut-être n'est-il pas inutile, pour mieux faire ressortir cette sorte d'équivalence de tous les symptômes hystériques, d'emprunter un exemple à une autre partie de la pathologie : l'histoire de l'intoxication saturnine nous paraît d'autant mieux se prêter à cette espèce de parallèle, que justement la plupart df3s accidents saturnins se produisent vers le système nerveux, et forment une véritable névrose plotnhique. La colique est, comme on sait, l'un des effets les plus remarquables de cette intoxication, et de même que l'attaque convulsive de l'hystérie, l'attaque douloureuse qui constitue cette colique a eu le privilège d'absorber l'attention des médecins, au point de faire reléguer au second plan toutes les autres manifestations de la même cause, f Assurément, dit à ce sujet Requin, entre toutes les maladies saturnines, la colique est sans comparaison la plus fréquente; elle est aussi celle qui d'ordinaire se développe la première et qui, en outre, possède au plus haut degré une physionomie distincte et caractéristique; mais, indépendamment de cette colique, il n'est, en vérité, aucune névrose viscérale ou autre, il n'est aucun phénomène de paralysie musculaire,, aucune variété d'obscurcissement des sens, aucune perturbation de fonctionnalité encéphalique ou rachidienne, dont l'empoisonnement saturnin ne puisse nous offrir la reproduction. Et surtout, n'allons pas croire, d'après le langage adopté par le commun des auteurs, que ces diverses maladies soient toujours et nécessairement précédées par la colique ; qu'elles en soient la conséquence et la terminaison. Il est constant, il est incontestablement avéré que chacune d'elles se manifeste quelquefois protopathiquement, ou en d'autres termes sans colique prodromique. Chacune a son individualité propre et, pour ainsi dire, sa pleine et entière indépendance; chacune peut se montrer la première, chacune peut se développer isolément et sans qu'aucune autre des maladies congénères viennent l'accompagner ou lui succéder. > — Ces dernières considérations s'appliquent avec une remarquable jus*

le^^ aux ^)rait\ôines né\Topai}jiqiie> de rhy^téri^. me !K»s ar»''t« mainU^aaot expcrser biiè^erû^nL Ce sera en quelque s-r-ne il repfx^î-- tioo du tableau d^jà présenté â raiiide Jfta/ fi^rr^nx, feakfD^ot '^^ des trait- plus accentué» et des couleurs plus cùmtra*i^mle$,

Atant de cherclier â déterminer quels 5onl parmi c« Bonibr'Ti troubles fonctionnels, les plus fréquents et les plus caractcri>tiq^e5 i*rhv^lérie, et comment ils se combinent de manière i constitoercer^o* ^lOupes utiles à connaître pour le diagnostic, il conTÎeat (fabcrl d'énumérer ces «jTnptômes, dont la liste est longue, et que nous ria-^ jteron^ k;us deux chefs :

1* Troubles de la vie de relation (Tondions cérébrales ou étal mental, sen.'îibililé sp^^ciale et générale, molilité) ;

2* Troubles des fonctions organiques.

Caractère, nuBors, état mental, délire des hyslirifaes. — Tons les auteurs qui ont décrit rhystérie, s*étendea( a^ec un soin jalon sur h description complète des accidents convulsifs, des troubles sensitîfs ou moteurs, des pliénomènes viscéraux et périphériques, que la grande névrose peut produire ; mais aucun d^eux n'insîsted*une façon particolière surTétat des facultés mentales et affectives, aucun d'eux ne nous montre l'hystérique au point de vue moral et intellectuel avec les tendances et les traits parfois si saillants de son caractère. On a en absolument tort de laisser dans Tombre cette étude si intéressante, et c*est pour combler cette lacune qu*il n'ous a semblé utile de réunir dans une vue d'ensemble tout ce que Ton sait sur ce sujet en nous inspirant non seulement de nos recherches personnelles, maïs aussi des observations rapportées par nos devanciers, Tardieu, Moreau (de Tours), Lasègue, Le^rand du Saulle, Charcot, Bourneville, etc.

Les hystériques peuvent présenter pendant leur existence des troubles intellectuels ou de simples aberrations de caractère, sans avoir ni attaques ni autres manifestations de la névrose; d'autres fois aussi, les perversions intellectuelles ou mentales peuvent précéder pendant un temps plus ou moins long les manifestations somatiques; plus souvent elles leur succèdent, soit immédiatement, soit longtemps après.

a. — Un premier trait de leur caractère est la mobilité. Elles passent d'un jour à l'autre, d'une heure ou d'une minute à une autre, avec une incroyable rapidité, de la joie à la tristesse, du rire aux pleurs ; versatiles, fantasques ou capricieuses, elles parlent dans certains moment^ avec une loquacité et une animation étonnantes, tandis que dans d'autres elles deviennent sombres et taciturnes, gardent un mutisme complet ou encore restent plongées dans un état de rêverie ou même

HYSTÉRIE. d59

-de dépression mentale dont on peut difficilement les Caire sortir ; elles sont alors prises d'un sentiment vague et indéfinissable de tristesse avec sensation de serrement à la gorge, de boule ascendante d'oppression épigastrique et éclatent en sanglots, ou elles vont cacher leurs larmes dans la solitude qu'elles réclament et qu'elles recherchent ; d'autres fois au contraire, elles se mettent à rire d'une façon immodérée sans motifs sérieux. Elles se comportent en un mot, dit Ch. Richet, < comme les enfants que Ton fait rire aux éclats alors qu'ils ont encore sur la joue les larmes qu'ils viennent de répandue »

Leur caractère change comme les vues d'un kaléidoscope, ce qui a pu faire dire avec raison par Sydenham que, ce qu'il y a de plus constant chez elles, c'est leur inconstance. Hier elles étaient enjouées, aimables et gracieuses, aujourd'hui elles sont de mauvaise humeur, susceptibles et irascibles, se fâchant de tout et de rien, indociles par système, taquines par parti pris, méchantes par calcul, maussades et boudeuses par caprice, mécontentes de leur sort ; rien ne les intéresse, «lies s'ennuient de tout. Elles éprouvent une antipathie très grande contre une personne qu'hier elles aimaient et estimaient, ou au contraire témoignent une sympathie incompréhensible pour telle autre; aussi poursuivent-elles de leur haine certaines personnes avec autant d'acharnement qu'elles avaient autrefois mis de persistance à les entourer d'affection. — Bergeret d'Aii)ois nous montre une hystérique qui a fait condamner à plusieurs mois d'emprisonnement et même à cinq ans de réclusion, des innocents pour lesquels elle avait conçu un violent sentiment de haine (1). — C'est encore là l'histoire si souvent renouvelée du malheureux mari qu'hier elles aimaient tendrement et qu'aujourd'hui elles ne peuvent plus voir; elle se plaignent alors de ne plus recevoir les preuves d'une affection qu'elles repoussent, portent contre leur mari des accusations sans nombre et sans nom ; ddà dans le foyer domestique des troubles et des discussions sans cesse alimentées par leur esprit d'agression, par leur imagination féconde et désordonnée ; de là aussi ces demandes, ces procès en séparation de corps où les hystériques accusent, se défendent pendant des heures avec une lucidité parfaite, avec un accent de conviction et de sincérité bien propres à émouvoir les juges en leur faveur.

Parfois leur sensibilité est exaltée au plus haut point pour les motifs les plus futiles, alors qu'elle est à peine touchée par les plus grandes émotions : elles restent presque indifférentes, impassibles même à l'annonce d'un vrai malheur, elles deviennent tout à coup d'une extrême susceptibilité, versent d'abondantes larmes, s'abandonnent au désespoir le plus profond pour une simple parole mal interprétée et transforment en offense la plus légère plaisanterie. Cette sorte d'ataxie morale s'observe

(1) AnnaUi <f Aygtène publique et de méd, légale; iS63.

r^no> !a p'a« ^^ompl-rtie â riao:-Qi'j!:iÇ d> §.70 csari, ^I-^-U reste froi :devant te d^n^^ qjî mena^^ sa forta»?. c Tonr i tzar doa-ri^s e, en.p^jtû^j dit Mor^a d-; Tours», bî^cf^i^asle* ^H Tn-rE-»^, Lrp-nrç-îoonaî-i^ i Teii^rs, rar-a-îrol mâîlreîaes d-? te-ir p-r^xti-^ n^jvZT^îii-ri!. îocapaMe? d« résî-ler â d-rs imp'^îsioQs d-ç la n^izrt la pi 1$ opp^ -fé?.., prés^Dtant un défaut d'équilibre ealrc tes taca!:*^ mooîes 5TipérîrT:rç5, la Tolonté, b con^ecc«, et te? f^^ a!:^ înf-ri^nres, î]lidoct5^, pa-^fioa-,

dé«ir«. >

Otte extr^ffi^ rnobiiîtéd^n- leur •'iitd' esprit et dans leurs di>p-î5!tioci affectives, celle initabilii4 de kir caractère, ce 'jéfiat de Ciit'r, cette aU^Dce de subi! ; té dans leurs idées et leurs To!iti-:*iis, rendent compte aussi de rimpo<sibi!ilé où elles se trouvent de port-rr lon/temps leur a'.ten:ioa sur une lecture^ sur une étuije, sur an Ira^.vi quelconque.

Tous ces chan^'ements se produi^nt avec la plus gTan<le fap»iditi!: ; chez elles, les impulsions ne sont pas, comme chei les éf^ilep»tique>. privées af'S^ilument du contrôle de Tintelligence, mais elles sont vivement suivies de l'acte. C'e>t ce qui explique ces mouvements subits de colère et d"in Jignalion, ces enthousiasmes irréfléchis, ces affolemen'i de dé-espoir, ces eiplosions de gaîté folle, ces grands élans d*aire\li«"n, ces atlendri->emenis rapides, on ces brusques emportements pendant les^juels, a^ri^sant coTime des enfants gâtés, elles trépignent da pie-i. bri^nt les meubles et éprouvent le besoin irrésistible de frapper.

b. — Lors/jue les hystériques sont réunies, comme dans un s^rvi. " d'hôpital par exemple, leurs mœurs présentent des caractères importants à étiidier : elles se recherchent volontiers, forment des groupes isol'^s. fuyant avec un certain orgueil la société des épileptiques pour lesquels elles n'ont pa- assez de mépris; mais elles devieifnent vite jalons^ entre elles, ourdissent de petits orpplots les unes contre lesautn^-, portent Vesprit de dénonciation J!i?jqu'à s'accuser des moindres faiL^, pui^, leurs amitiés éphémères sitôt mortes que nées, elles se sép;irer>' bien vile et se querellent ou se disputent pour les motifs les moins 5«!'rieiix. Comme elles ont aussi le caractère enfantin et qu'elles sont eipo>ées entre elles à une sorte de contagion ou d'imitation neigeuse, o^î les voit organisant de me-quines conspirations dlndiscipline ou de rébellion, on les voit encore toutes prises d'un fou rire à propos de rier, d'un homme qui passe, de la pluie qui tombe, d'une mouche (\:\ vole, etc., puis ce sont des récriminations, des reprodies, des lanient> lions, des larmes sans fin. Dans un service reufermant des épileptique* et des hystériques, on reconnaîtra souvent celles-ci par Tbabitui qu'elles ont de mettre des fleurs au chevet de leur lit, de s'orner la l': de rubans (ordinairement rouges ou bleus), de porter une cravale aiA

couleurs éclatantes; et comme il est dit que tout est contraste dans leur caractère ou leurs manières d'être, il est intéressant de les voir avec ces parures et ces Ûeurs sur la tète, marcher par une pluie battante à rapproche de leur délire ou de leurs accès convulsifs, pieds nus, les vêtements en désordre et les cheveux au vent (1).

c. — Un second trait de leur caractère est un esprit d'oppositiofij de contradiction et de controverse. Elles mettent autant d'insistance à nier qu'à aflirmer, à refuser aujourd'hui ce qu'elles ont demandé, réclamé, exigé hier; elles éprouvent un secret plaisir à combattre, avec une assurance qui n'a d'égale que leur absence de conviction, l'opinion contre laquelle elles se seraient révoltées autrefois, ou encore à provoquer autour d'elles l'étonnement et la stupéfaction par les thèses plus ou moins extraordinaires et paradoxales qu'elles soutiennent.

Elles sont surtout aiïectées de ce subdélire ou de cet état malicieux (ainsi désigné par H. Daily), qui les porte à organiser des intrigues, des querelles, des brouilles, à créer des embarras, à écrire des lettres anonymes pour semer la discorde, à simuler des maladies pour le singulier plaisir de faire naître dans leur entourage de grandes inquiétudes. — Une jeune fille déclare qu'elle ne veut absolument pas manger ; sa famille éplorée joint les supplications aux prières, quand on s'aperçoit un jour qu'elle prend des aliments en cachette (2). — Une autre annonce qu'elle a résolu de mourir tel jour à telle heure, et comme on a l'air de ne pas croire à sa parole, elle s'irrite, reste pendant trois jours consécutifs faisant la morte, avec une force de volonté telle qu'elle résiste aux excitations les plus vives employées pour la tirer de cette espèce de coma. Bientôt elle se lève enchantée, fière et radieuse du tour qu'elle a joué et de l'étonnement qu'elle a dû produire; mais tout n'était que pure comédie, comme elle l'avoue plus tard.

C'est qu'elles aiment porter tout à l'extrême, ne sachant pas vivre avec :»iinplicité; c'est qu'elles exagèrent tous les sentiments, TindifTérence comme l'enthousiasme, l'affection comme l'antipathie, la tendresse comme la haine, la jpie comme le désespoir, et qu'elles dramatisent tout sur la grande scène du monde où elles sont et restent toujours de vraies comédiennes. Elles veulent qu'on s'occupe d'elles, qu'on les plaigne, qu'on s'intéresse à leurs petites comme à leurs grandes misères ; aussi n'épargnent-elles aucune ruse, aucun stratagème, aucune invention pour arriver à ce résultat.

Ce besoin de simuler , d'attirer l'attention sur leurs actes, d*étaler une certaine mise en scène, ce désir de faire parler d'elles et d'affecter des poses théâtrales, sont tellement irrésistibles qu'ils les poussent

(1) M. Bourneville a judicieusement insisté sur ces derniers détails dans VlecnographU photographique de la Salpétriére, 1S76-1877 .

{t) Daily, De Vétal et du délire malicieux (Ann. méd. ptych., 1877. p. 3j6}.

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souvent h se déchirer, à se mutiler et même à jooer la comédie du suicide.

Le malheureux atteint de spleen ou de désespoir qui veut attenter sérieusement à ses jours, fait ses préparatifs en silence loin de tout regard indiscret; Taliéné atteint de manie aiguë se donne la mort avec une sorte d'instantanéité irréfléchie; c'est pour fuir souvent des ennemis et un danger imaginaires que l'alcoolique se précipite par une fenêtre ou se jette à Teau ; et le lypémaniaque, poursuivi et harcelé sans cesse par ses idées de suicide, reste longtemps sans en rien dire à personne, hésitant et troublé encore dans raccomplissemenl de Vacle

qui doit mettre fin à son existence L'hystérique agit autrement :

elle déclare souvent bien des jours et des mois à Tavance qu'elle est lasse de la vie, elle annonce urbi et orbi qu'elle veut se tuer, et tout en cherchant avec un certain art à déjouer la surveillance de son entourage, elle ne manquera pas de laisser percer son dessein par certaines paroles ou certains sous-entendus assez adroitement imaginés, elle aura bien soin d'être vue au milieu de ses préparatifs et s'arrangera toujours de manière à recevoir un prompt secours au momeni opportun. — Une des malades de la Saïpèirière a l'idée, sans savoir trop pourquoi, de se précipiter du haut du puits de Grenelle et Tob arrive naturellement à temps pour la retenir; un autre jour elle prend un flacon de chloroforme et s'enferme dans les lieux d'aisanc^; pour s'empoisonner, dit-elle ; puis elle se pratique une saignée avec des ciseaux, enfin une autre fois elle prend sans cause vingt pilules de belladone et annonce avec une satisfaction mal feinte ou mal contenue qu'elle a voulu attenter à ses jours. C'est bien la même mahde qui dans la jeunesse s'est opéré la section du mamelon. — Une autre hystérique efi'rayait tous les soirs son entourage par ses menaces répétées de se jeter par la fenêtre. Sa famille affolée, qui avait tort de la prendre au sérieux, l'attache afin de la mettre dans rimpossibilité d'exécuter son projet. Sur ces entrefaites, le D' Hammond arrive, b délivre de ses liens et de ses entraves, puis il lui déclare qu'elle est libre ; elle court à la fenêtre, regarde un instant, hésite et revient i son lit en adressant au médecin quelques épithètes malsonnantes. Elle n'a jamais recommencé (1).

Le rôle du médecin est donc de ne pas trop ajouter foi à ces menaces, mais il ne faulpas non plus qu'il mette la comédienne trop ouvertement et en face du monde au défi d'accomplir un acte longtemps annonce d'avance ; car l'hystérique est souvent vaniteuse^ orgtieUleusef elle e^t essentiellement la femme prompte aux coups de tète, sujette aux toquades, et poussée par cet orgueil incompréhensible et par un £iui

(1) Hammond. Maladiei du système nerveux, trad. française, 1879.

amour-propre, elle voudra mettre sérieusement à exécution le projet •qu'on a traité trop légèrement. — La marquise de Prie, la trop célèbre maltresse du duc de Bourbon, après avoir été exilée de la cour et dépitée de son abandon, annonce qu'elle va se donner la mort, tel mois, tel jour, telle heure ; elle convie ses amies à des danses, donne des fêtes, parait gaie, animée, pleine d'entrain; le soir elle parle en- ^re en présence de son nouvel amant de sa détermination formelle qui est accueillie par des sourires d'incrédulité. Celui-ci, croyant encore à une mystification, lui donne le poison de sa propre main, et due se rend à l'évidence que lorsqu'il est devenu impossible de lui porter secours (Taguet) .

Quel est le plus souvent le but de ces tentatives de suicide? Une malade observée par M. Taguet (1) va nous l'apprendre: cette femme était unie à un mari pour lequel elle ressentit d'abord une réelle afleclion. Au bout d'un certain temps, elle prend un malin plaisir à lui faire de la peine et toutes ses actions concourent vers ce but singulier : elle lui déclare un jour qu'elle est lasse de son amour, et pour aiguillonner sa jalousie, lui annonce qu'elle va courir les aventures galantes ; elle n'en fait rien et reste vertueuse. C'est alors qu'elle imagine la simulation du suicide : on laisse à sa disposition quatre pilules purgatives qu'on lui dit renfermer de fortes doses d'opium ; les pilules disparaissent, il n*y eut pas naturellement d'effet purgatif, puisqu'elles n'avaient pas été ingérées, et la malade simule assez grossièrement une intoxication par l'opium ; un jour, elle force la serrure d'un placard, fait disparaître un flacon renfermant â grammes de morphine pour injections sous-cutanées, et vient annoncer avec une certaine fierté et une certaine ostentation qu'elle a absorbé tout le flacon, ce qui était faux ; enfin, elle essaie de se pendre aux rideaux de son lit, après avoir pris la précaution d'ouvrir la porte de sa chambre, afin qu'on pût ta voir et la secourir. Or, fait important à constater : cette malade renouvelait ses menaces et ses tentatives chaque fois que son mari venait la visiter, ou qu'elle se voyait observée par les médecins. Quelle est la <)onclusion à tirer de tous ces faits? C'est que, — comme pour l'anorexie hystérique qui est plutôt le résultat d*un état mental que d'un état gastrique, — l'entourage est l'obstacle à la guérison, c'est que l'isolement de la malade et le changement de milieu doivent être impérieusement, formellement réclamés, parce qu'ils sont les seuls moyens curatifs dont nous disposions en pareille circonstance.

d. — Les hystériques sont donc remarquables par \env esprit de dupli- ^Uéy de mensonge^ de simulation, t Un trait commun les caractérise, dit Tardieu, c'est la simulation instinctive, le besoin invétéré et incessant de mentir sans intérêt, sans objet, uniquement pour mentir, et cela non

(1) Ta^et. Ami. med. piyeh. IS.

seulement en paroles, mais encore en actions, par une sorte de mise en scène, où l'imagination joue le principal rôle, enfante les péripéties les plus inconcevables et se porte parfois aux extrémités les plus funestes (1). » c Elles portent encore, dit Morel, la manie analytique du soupçon jusque dans ses dernières limites. Elles se noient dans les suppositions les plus bizarres, les plus fausses, les plus ridicules et les plus injustes. L'amour de la vérité n'étant pas, d'un autre côté, la vertu dominante de leur caractère, elles n'exposent jamais les faits dans leur réalité et trompent aussi bien leurs maris, leurs parents, que leurs confesseurs et leurs médecins (2). »

Exagérant leur mal, inventant même des maladies dont elles ne son( pas atteintes, elles éprouvent une satisfaction secrète â tromper les personnes qui les entourent, et surtout les médecins, lorsque ceui-ci paraissent s'occuper d'elles et s'intéresser scientiûquement à leur affection. Chomel qui ne voulait plus s'occuper des hystériques parce qu il avait été souvent trompé par elles, aimait à rappeler l'histoire suivante : Une malade entre dans son service, présentant des phénomènes nerveux dont la bizarrerie et l'étrangeté l'intéressent vivement; il rédige soigneusement son observation, prend des notes, reste près d'elle pendant plus d'une heure; puis quand l'interrogatoire lui semble épuisé, il lui demande si elle n'a plus rien à dire : c Oui, monsieur, répond-elle, c'est que de ce que je vous ai conté, il n'y a pas un mol de vrai. » Cette boutade, hâtons-nous de le reconnaître, nous étonne de la part d'une hystérique qui ne convient ordinairement pas de ses mensonges, qui a l'esprit de ruse et de dissimulation porté parfois jusqu'à ses dernières limites, et qui montre toujours une certaine ténacité et une persévérance extraordinaire dans la narration des faits qu'elle invente.

11 n'est pas de supercherie qu'elles n'imaginent pour satisfaire leur besoin souvent irrésistible de se rendre intéressantes, de faire parler d'elles et de se poser sur une sorte de piédestal. C'est ainsi qu'elles exagèrent leurs mouvements convulsifs, qu'elles se plaignent de maui incroyables et qu'elles peuvent s'astreindre par une persistance qui contraste singulièrement avec la mobilité et l'inconstance de leur caractère à des actes souvent monstrueux ou à des pratiques repoussantes. — Une jeune lille hystérique est prise de vomissements dont l'aspect rappelle absolument celui de l'urine; tous les malins on la sonde et les vomissements ne reparaissent plus, puis comme on pense à la possibilité d'une supercherie, on fait surveiller la jeune malade, et on ne tarde pas à la surprendre buvant ses urines en cachette tous les malins (3).

(1) Tardifîu,^2oc. cit.

(2) Morel, Etudes cliniques.

(3) t. Dupouchcl, De la folie hystérique (Thèse de Paris, i87i).

Ces faits de simulation ne sont pas rares : c On en rencontre à chaque pas dans l'histoire de rhystérie, dit M. Charcot (1), et l'on se surprend quelquefois à admirer la ruse, la sagacité ou la ténacité inouïe que les femmes qui sont sous le coup de la grande névrose, mettent en oeuvre pour tromper... surtout lorsque la victime de l'imposture doit être un médecin. Dans l'espèce, il ne me paraît pas démontré que la parurie erratique des hystériques ait été jamais simulée de toutes pièces et pour ainsi dire créée par les malades. En revanche, il est incontestable que, dans une foule de cas, elles se sont plu à dénaturer, en les eiagérant, les principales circonstances du cas, et à lui imprimer le cachet de l'extraordinaire, du merveilleux. Voici en général comment les choses se passent : L'anurie ou l'ischurie avec les vomissements existent seuls pendant un certain temps, et le phénomène est réduit par conséquent à sa plus grande simplicité. Mais bientôt, principalement si les accidents semblent exciter l'intérêt et la curiosité des médecins, de Turine pure sera expulsée par les vomissements, en quantité considérable; il- en sortira par les oreilles, par le nombril, par les yeux, et même par le nez, ainsi que cela eut lieu dans un fait récent. Enûn, si l'admiration est poussée à son comble, il s'y joindra peut-être des vomissements de matières fécales. >

Les médecins ne sont pas seuls trompés par ces supercheries. Que de fois aussi les hystériques se sont-elles jouées de la crédulité publique en annonçant à des populations ignorantes, superstitieuses et trop souvent avides de surnaturel, des appparitions miraculeuses ou des faits extraordinaires qui avaient le tort de n'exister que dans leur imagination et dans leur esprit inépuisables d'invention et de mensonge I Et pour citer un exemple des plus récents, n'a-t-on pas vu dernièrement une hystérique simuler les plaies et les blessures des véritables stigmatisées! (2)

C'est ainsi que se posant en victimes ou en héroïnes, elles inventent mille histoires mensongères où le vrai et le faux sont mêlés avec un art si parfait que la justice peut être facilement déroutée. — En 1873. M"* de M..., âgée de dix-huit ans, accuse le vicaire de la paroisse de l'avoir violée , elle raconte que tel jour, telle heure, alors qu'elle se trouvait en prière à l'église, le vicaire s'approcha d'elle après avoir fermé toutes les portes et la pria de l'accompagner à la sacristie ; là le vicaire lui fait une déclaration brûlante, et, comme elle résiste, il fait mine de se porter un poignard au cœur ; elle s'évanouit, dit-elle, et lorsqu'elle a repris ses sens, elle était violée. A la cour d'assises, les médecins légistes l'interrogent sur le modu« fadendi, et comme elle répond par des détails enfantins, on l'examine et on la trouve absolument vierge, sans traces de vio-

(1) Charcot. Leçons sur le mal. du système nerveux, tom I p. ^81. (i) Bail, La stigmatisée de S... {LeneéphaU 1881.)

lence extérieure. — Une jeune fille très pieuse se fait un jour avec une paire de ciseaux plus de six cents incisions sur tout le corps, puis elle prétend que ces blessures sont l'œuvre d*un individu qui a voulu lui infliger le dernier outrage. Pressée de questions par M. Toulmouche (de Rennes), elle finit par avouer qu'elle s'est volontairement pratiqué ces nombreuses blessures, et cette singulière comédie a précédé de pei> une attaque d'hystérie des mieux caractérisées (1).

Quelquefois elles s'accusent elles-mêmes, ce qui détourne davantage les soupçons, elles imaginent de toutes pièces un crime dans un but qu'on ne peut concevoir ni définir, elles en indiquent les circonstances et les péripéties avec un luxe et une précision de détails qui ne peuvent laisser aucun doute dans l'esprit du magistrat, et cependant tout le récit est faux d'un bout à l'autre. — Telle, il y a peu de temps, cettejeune fille qui se dénonce et s'accuse d'avoir tué un jeune homme sur le botà d'une pièce d'eau où il était ensuite tombé. On ne retrouve pas le cadavre, et l'on acquiert bientôt la certitude qu'il s'agissait d'une hystérique et d'une histoire inventée par elle. — D'autres fois encore, elles se plaisent à mystifier toute une population : Tout à coup, dit Legrand da SauUe, il survient dans un pays de grandes divisions entre diverses familles qui cessent de se fréquenter, parce qu'elles ont reçu des lettres anonymes. C'est que dans ce pays, il y a une femme hystérique au courant des histoires de tout le monde et qui est entrée dans la voie des lettres anonymes , éprouvant un certain plaisir à semer partout la discorde. — M. Lasègue raconte l'histoire suivante qui, pendant quelques années, a ému plusieurs tètes couronnées : une femme écrit au roi Victor-Emmanuel pour lui dire qu'elle est fille naturelle de sa sœur la princesse de Carignan; comme preuve elle parle d'une cassette cachée sous le lit de la femme qui lui servait de mère; un jésuite venait voir cette femme, et un jour cassette et jésuite disparaissent. Ne recevant pas de réponse, elle écrit lettres sur lettres, donne son adresse ; on fait des recherches en France, on ne découvre rien; mais un envoyé du roi, convaincu de la véracité de ce récit, l'emmène à la cour d'Italie. Elle revient en France où l'on finit par savoir qu'elle est femme d'un coilTeur, et un jour M. La>ègue la voit en proie à une attaque d'hystéro-épilepsie suivie d'aphasie (3).

Lorsque les hystériques sont entrées dans celte voie périlleuse, elles ont déjà mis un pied dans Taliénation mentale, et au point de me médico-légal, elles n'ont plus l'entière responsabilité de leurs actes.

(1) Toulmouche, Consultations médico-légales sur deux eas Mssn rares ^akerratim imt taie {Ann. tthyg. pub, et de tnéd. légale. Paris, 1S53). Voyez aussi Legrind da S»uilc • £tu(ie médieo4égale sur Vhystérie et sur le degré de responsahUiU des k^iriquet (Cat. éa Hdp., 1S59, p. 145.) — Bulard fThèse ia., de HontpaUier, 1858). ^ DopMchol H Chikrtt (Thèses in., de Paris; lS7iet 1878).

(2) Lasègua, Les kystériques, leur perversité, leurs mensonges {Ann. néà epi/ck^ IMt )

e. — Si leurs impressions, disons-nous, sont mobiles, fugaces et changeantes, on peut voir aussi , par une singulière contradiction qui n*est pas rare dans l'histoire de rhystérie, avec quelle constante persévérance, avec quelle fixité invariable elles reviennent toujours à une même idée qu'elles ont imaginée tout d'abord et à laquelle elles s'attachent comme à une chose réelle : témoin cette histoire d'amours toujours la même et toujours répétée de la même façon par la fameuse hystérique Gen.... observée à la Salpêtriëre ; témoin encore, pour ne citer que celui-là, le cas du malheureux Urbain Grandier qui, accusé par les religieuses Ursulines de Loudun de venir les visiter pendant la nuit, expia sur le bûcher des crimes imaginaires. C'est que les hallucinations laissent parfois une impression profonde et durable dans leur esprit, puisque les hystériques croient à la réalité de leurs rêves pendant un temps assez long. Le fantôme mal dessiné d'abord de ces hallucinations prend une forme et bientôt un nom : Ainsi, dans le procès célèbre qui a agité l'opinion publique en 1835, Marie de M . . . persiste avec une énergie rare dans ses accusations de viol portées contre M. La R... (1); elle décrit avec les moindres détails les sensations tactiles, les attouchements dont elle a été victime dans son rêve, et les termes dont elle se sert contrastent souvent avec la pureté de sa vie et la chasteté de son cœur, tant il est vrai que l'hallucination et l'excitation qui l'accompagne suggèrent chez les malades, au dire de Brierre de Boismont, c des expressions qui no leur sont pas familières. :»

Ces idées fixes qni constituent, suivant l'expression si ingénieuse d'Esquirol, une sorte de catalepsie de l'intelligence, peuvent donner lieu à différents accidents chez les hystériques. Ainsi nous avons vu que certaines malades refusent toute alimentation, non pas seulement parce qu'elles ont perdu la sensation de la faim, mais aussi parce qu'elles s'imaginent que le travail digestif détermine des douleurs trop vives ; une autre se condamne à un mutisme absolu, parce que l'exercice de la voix détermine, dit-elle, un peu de douleur, et elle reste ainsi muette pendant des mois; une troisième croit remarquer que la marche et la station provoquent des sensations douloureuses, et alors pour les éviter, elle a résolu de ne plus marcher pendant une année ; une hystérique tient les yeux fermés pendant des journées entières laissant tomber ou contractant convulsivement ses voiles palpébraux et se refusant absolument à les ouvrir. On pourrait citer un grand nombre de faits semblables où les hystériques se condamnent par parti pris, par obstination, par une sorte d'opiniâtreté maladive, à ne plus manger, à ne plus marcher, à ne plus voir. Elles ont décidé ainsi pendant des mois et même des années de ne plus vivre de la vie commune, presque calmes

(1) Ure U relation extrêmement intéressante de ce procès dans le cahier 46 des Ca«iês eélékre$ de U>u$ Um peuplet^ par Fouquier. ^

et indifférentes au milieu des émotions ou des tristesses de leur entourage; celui-ci à beau prier, supplier, insister, « l'excès d'insistance appelle l'excès de résistance > (Lasègue). .

C'est là une preuve d'une grande force de volonté, dira-l-on?Non, c'est de la force d'inertie, c'est plutôt une instabilité ou une perversion de la volonté. Les hystériques ne veulent pas aujourd'hui ce qu'elles voulaient hier, elles veulent ce qu'elles ne devraient pas vouloir, el si elles sont parfois capables de grandes énergies, elles ne savent pas montrer de suite dans leurs volitions pas plus que dans leurs senlimenU. Vous les voyez concevoir de grands projets, prendre de belles résolutions : elles vont travailler, elles travaillent déjà avec ardeur, sur voire conseil elles abandonnent la lecture des romans qui les absorbait tout à l'heure, elles renoncent à leur vie contemplative, à leur manie si fréquenle d'écrire el de composer des vers et se livrent à des travaux manuels, elles s'occupent de leur maison et reprennent au foyer domestique la place qu'elles avaient presque abandonnée, en un mot, tout marche à souhait pendant plusieurs jours, quand tout à coup s'écroule cet échafaudage trop fragile de grandes promesses... Le travail suppose un effort persévérant de la volonté : elles sont bien capables de cet effort, mais elles ne peuvent y persévérer ; aussi ne sont-elles fW5 travailleuses y et se plaisent-elles à vivre le plus communément dans une insouciante oisiveté. Elles reviennent bien vite à leurs anciennes habitudes, déclarant qu'elles ne peuvent vivre ainsi, se disant trop malheureuses, et tout est et sera toujours à recommencer, parce que leur volonté défaillante fléchit sans cesse sous le joug plus puissant de leurs petites comme de leurs grandes passions.

f. — Les hystériques présentent-elles cette tendance aux plaisirs sexuels, celte imagination lascive ou cet accès de sensualité qu'on s'est plu de tout temps à leur attribuer? Le fait existe, mais il est plus nrc qu'on le pense, et l'on cite bon nombre de ces malades chez lesquelles b sensibilité génésique est même tellement émoussée qu'elle parait presqu»» absente. Les désirs ou appétits vénériens sont nuls, l'acte génital peut môme être accompli par elles avec une réelle indifférence et mèmeavi^< une certaine répugnance. Ce qui a pu faire dire le contraire, c'est qu*elle> sont souvent romanesques, aimant les aventures galantes qu'elles savent souvent arrêter au moment opportun. Quelques-unes cependant, sans jamais présenter ces phénomènes d'érotisme ou de nymphomanie qui peuvent compliquer la névrose, mais qu'il ne fautjamais confondre aveelle, onl une certaine excitabilité génésique, elles sont ordinairemeni libres dans leur langage, employant des mots expressifs pour peindre leurs sensations, et l'on voit souvent dans les hôpitaux comme dans b clientèle, des femmes qui éprouvent un singulier plaisir à se fair' sonder tous les jours pendant des semaines entières, ou encore

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d'autres malades qui simulent une affection de matrice et qui reviennent sans cesse consulter le médecin pour réclamer un examen au spéculum.

On en rencontre enûn qui ont ce qu'on peut appeler le tempérament génitaly caractérisé par une certaine ampleur des masses charnues et l'abondance du système pileux, par l'expression mobile de la physio- Domie, l'animation Tacile des traits, Téclat brillant des yeux, la flamme brûlante du regard, l'épaisseur et la coloration des lèvres qui sont d'un rose vif tranchant avec la blancheur des dents, enfin par le développement des seins et des organes sexuels ; elles peuvent parfois résister pendant un temps plus ou moins long aux pensées qui les obsèdent, mais bientôt, vaincues dans la lutte inégale du devoir et de la raison contre le désordre et le dérèglement des sens, elles peuvent chercher, elles cherchent souvent dans les attouchements solitaires une diversion passagère à l'ardeur qui les tourmente... Puis ces attouchements se répètent et conduisent à Térotisme, à la nymphomanie, accidents qui peuvent, nous le redisons encore, compliquer l'hystérie, mais qui sont absolument distincts de cette névrose. On les voit alors abandonner parents, amis, enfants, et aller chercher dans la prostitution un remède encore impuissant à la triste fureur qui domine leur raison et leurs sens (Tardieu).

g. — Ce qui les distingue encore, c'est une sorte de quiétude dans laquelle les laissent toutes les affections d'une durée plus ou moins longue dont elles sont atteintes. Que l'on mette eu regard deux malades, l'une avec une hémiplégie permanente compliquée de contracture due à une lésion quelconque des centres nerveux, Tautre avec une contracture hémiplégique de nature hystérique, et l'on comprendra quelles différences les séparent au point de vue mental. La première ne verra pas sans une inquiétude toujours croissante, la rigidité musculaire envahir de jour en jour davantage ses membres immobilisés déjà par un long repos ; la seconde, c'est-à-dire l'hystérique, subit cette immobilisation prolongée avec une insouciance étrange, avec une patience singulière, qu'il ne faut pas prendre pour de la résignation, et l'on sent que ses plaintes, ^es récriminations et ses doléances d'une heure ne sont pas sérieuses, comme si elle savait par avance qu'il ne s'agit pas d'une affection irrémédiable.

Mais cette quiétude ne provient pas toujours d'un raisonnement plus ou moins inconscient que l'hystérique peut faire sur la gravité ou la bénignité de ses accidents morbides ; elle est due aussi à un état cérébral singulier qui mérite de nous arrêter un instant. Ces malades peuvent être atteintes d'une perte absolue et générale de toutes les sensibilités, et cependant elles ont si peu conscience de ce trouble profond qu'elles n'en parlent jamais, qu'elles peuvent marcher, se livrer à toutes sortes d'occupations sans être le moins du monde incom-

modées, au point même qu'elles manifestent le plus souvent un grand étonnement quand le médecin attire pour la première fois leur altenlioQ sur ce point. Quelle différence avec Tanesthésique parlésion encéphalique ou médullaire, qui s'aperçoit, qui se préoccupe de la plus légère diminution de la sensibilité, de la difficulté consécutive de la marche, de la sensation de corps élastique qu'il éprouve sous ses pas et qu'il sait si exactement analyser! Toutes deux sont anesthésiques, pourquoi donc l'hystérique, qui l'est davantage, le ressent-elle moins? C'est parre que cette dernière se trouve dans une situation d'esprit comparable à celle des individus qui, distraits par une forte préoccupation, deviennent dès lors incapables de sentir les impressions les plus violentes, c'est aussi parce qu'elle a dû acquérir par le fait même de sa maladie une sorte de paresse cérébrale qui « la rend moins apte à percevoir certaines modalités sensitives (1) ».

Dans certains cas cependant, le cerveau des hystériques est hanté par des idées hypocondriaques. Mais on s'aperçoit bien vite que cette hypocondrie n'est pas vraie et qu'elle a souvent pour but d'inspirer un certain intérêt ou de faire naître dans leur entourage des inquiétudes pour leurs maux réels ou imaginaires. Elles parlent d'elles à tout propos, deleurvie manquée, de leurs affections perdues ou de leurs illusions évanouies, de leurs souffrances continuelles ou de leurs douleurs incomprises, et dans toutes leurs paroles ou leurs actions on remarque que c'est toujours leur personnalité qui domine, ou le moi qui est en jeu. C'est qu'elles sont souvent égoïstes^ ne pensant qu'à elles, qu'à leurs petites comme à leurs grandes misères, presque heureuses de tenir leurs parents et leurs amis en haleine d'inquiétude et de tristesse jusqu'au jour où un être aimé, un enfant qu'elles avaient semblé voir avec une certaine indifférence, tombe sérieusement malade. Alors, elles exagèrent tout, le danger comme le dévouement, oublient pour un temps les préoccupations de leur santé, passent des nuits entières au chevet d'un lit, s'épuisant en privations inutiles ou en agitations stériles.

Certaines femmes hystériques ont souvent la manie de demander des conseils à tous les médecins qu'elles rencontrent ou qu'elles vont trouver; ce qui étonne même de la part d'hystériques intelligentes. c'est leur crédulité facile dans l'efficacité des moyens les plus bizarres, ou dans la parole de vulgaires charlatans et de somnambules. Enfin, elles ont la manie des médicaments, cessant l'un pour en reprendre un autre, et s'attachant quelquefois à l'un d'eux avec un-? persistance telle qu'on est parfois obligé de les tromper pour éviter 1j production d'accidents toxiques. C'est ainsi qu'elles abusent souvent de la morphine, et la morphiomanie des hi/slériq\ies qu'on observe si fré-

(1) Lasègue. De Panesthésie et de l'ataxie hystériques {arch, de mêd. 1864, p. 390.)

quemment, est d'autant plus difficile à guérir qu'on ne peut faire appel à la volonté pour en réprimer l'habitude et les abus...

h. — Si les facultés affectives sont atteintes, les facultés intellectuelles ont conservé parfois, ont acquis même un certain degré d'excitation; quelques-unes de ces malades sont brillantes, enjouées, aimables dans le monde, — quand elles le veulent, — elles ont de Tespril, la mémoire sûre, une imagination vive, une conversation animée, ce qui a pu faire dire avec raison que même avec ces profondes aberrations du sens moral, cet état diffère delà folie réelle, qu'il constitue plutôt une forme de caractère qu'une maladie de l'intelligence, et qu'il n'y a en un mot qu'un seul côté défectueux dans leur esprit, c'est « l'impuissance de la volonté à réfréner les passions > (1).

Les hystériques s'agitent, et les passions les mènent, pourrait-on dire encore. Toutes les diverses modalités de leur caractère, de leur état mental, que nous avons énumérées et que nous avons cherché à étudier, peuvent presque se résumer dans ces mots : elles ne savent pas,

ELLES NE PEUVENT PAS, ELLES NE VEULENT PAS VOULOm. C'eSt bien CU effet

parce que leur volonté est toujours chancelante ou défaillante, c'est parce qu'elle est sans cesse dans un état d'équilibre instable, c'est parce qu'elle tourne au moindre vent comme la girouette sur nos toits, c'est pour toutes ces raisons que les hystériques ont cettemobilité, cette inconstance et cette mutabilité dans leurs désirs, dans leurs idées ou leurs affections. C'est encore pour la même cause qu'elles manquent de franchise et qu'elles commettent si souvent des mensonges; car elles laissent leurs pensées errer au gré de leur imagination vagabonde ou déréglée qu'elles sont impuissantes à diriger, comme si elles étaient sans cesse sous l'influence d'un empoisonnement par le haschich. oi elles obéissent si souvent à leur premier mouvement et à l'exaltation de leurs sentiments, si d'autres fois elles expriment des idées singulières et baroques, disant tout ce qui leur passe par la tète, si elles se livrent encore à toutes sortes d'enfantillages ou d'extravagances, se faisant remarquer par une certaine liberté d'allures et de conversation, si jamais calmes et pondérées elles sont toujours passionnées et ardentes pour le bien comme pour le mal, ce n'est pas seulement parce que la raison n'intervient point pour redresser toutes ces irrégularités de conduite ou de paroles, mais c'est surtout parce que le frein de la volonté est pour ainsi dire faussé au point de ne pouvoir plus ni les arrêter ni les retenir. Pour une raison ou une autre, cette volonté renait-elle dans leur esprit, et des guérisons dites c miraculeuses >, peuvent survenir : une hystérique atteinte d'anorexie ne veut pas manger jusqu'au jour où un médecin impose son autorité, et lui démontre que son affection va

(1) Ch. Richet, Im démomêquet itmijawrél^hui, ete. {Revue de$ deux fiumte, 15 jaoT.

devenir irès-grave; une autre, complètemenL immobilisée par la contracture depuis plusieurs années, se met à marcher tout à coup à Tannonce d'un incendie ; une autre, atteinte de paraplégie se lève et va à la rencontre d'un frère qu'elle n'avait pas vu depuis lonsctemps. N'ont-elles pas aussi entendu vanter les cures miraculeuses produites par certaine eau douée de propriétés surnaturelles? Elles entreprennent le grand voyage depuis longtemps prémédité et préparé par la lectuif ouïe récit d'histoires extraordinaires, elles emportent avec elles la conviction et la volonté de guérir, elles n'ont pas encore franchi le seuil de la grotte mystérieuse que subitement les guérisons surviennent : Ie> paralytiques marchent, les aveugles voient et la parole est rendue à celles qui ne parlaient plus! C'est que l'hystérie est un terrain (erûU en miracles thérapeutiques qui s'opèrent par la vertu d'une imaj^inaliou puissamment surexcitée, ou par le réveil subit et inattendu d'une volonté depuis longtemps endormie. C'est ainsi que les pilules de mie de pain décorées sous le nom de pilules de fulminate de taraxacum, ont souvent opéré des miracles qui disputent la palme à l'ingestion d'une eau claire (i). Tous ces faits n'en sont pas moins intéressants paiw qu'ils démontrent l'influence salutaire de la volonté sur la disparition d'un grand nombre d'accidents hystériques et l'importance qu'on doit lui attacher au point de vue de la conduite thérapeutique à tenir.

A maladie psychique en effet, on doit opposer un traitement psjdiique. Il f^iut inspirer confiance aux malades, leur parler quelquefois avec uat certaine autorité, il faut encore savoir leur exposer ou plutôt leur exa^»'*rer le danger de leur situation avec une voix assurée et presque impérieu><: quinesouffrepasde réplique. Voici, entre mille, un exemple qui démontre l'heureuse influence produite par la volonté du médecin sur celle du malade : M. Charcot, qui a eu l'obligeance de me raconter ce fait, est appelé un jour en toute hâte par le médecin ordinaire d'une hystérique en danger de mourir d'inanition. Celte malade était en eCTet atteinte d*un<:* anorexie invincible^ elle se refusait à manger depuis des mois, el l'eia; était devenu très grave, voisin de la cachexie: corps exlrèmemeui amaigri avec les chairs flasques et le ventre creusé en bateau, face p;Uet blême, yeux excavés, pouls petit et misérable, jambes légèreni» i.

infiltrées En présence d'un état si menaçant, M. Charcot prend un-

gravedétermination, il éloigne la malade de ses parents et lui commani. impérieusement de manger, car si elle ne le fait pas, elle est vou'*une mort certaine avec des souff'rances horribles. Ces paroles, ^'• mesures sévères produisent un grand efiet: le premier jour, ellevoK. bien toucher à un peu de nourriture, le second jour, elle mangea, 1jours suivants davantage encore, et après une semaine elle mang* -

(1) On sait que Cru?eiihier parvenait à faire avorter une attaque conTiUaive es f^*^ boire à la malade de gré ou de force plusieurs verres d'eau froide coap sur coup.

comme tout le monde, puis après dix mois de ce régime elle s'était transformée, avait repris son embonpoint et sa santé d'autrefois. Interrogée par le médecin consultant sur les motifs, le but de son abstinence volontaire, elle répondit: < D'abord je n'avais pas faim; puis tant que mes parents furent là, je ne crus pas au danger parce que je voyais dans leurs remontrances de tous les jours un excès de leur affection ; mais vous êtes venu, vous avez éloigné mes parents, vous m'avez parlé d'une voix sévère, j'ai senti alors que mon état était réellement grave, fat voulu manger, et j'ai mangé. » — Une autre hystérique était atteinte d'une paraplégie complète depuis plusieurs mois. M. Charcot lui avait annoncé qu'il serait obligé pour la traiter avec succès, de l'envoyer seule dans un établissement hydrolhérapique et de la séparer ainsi de ses parents. Quelques semaines se passent sans aucune amélioration, quand une nuit elle voit, elle entend dans un rêve le médecin consultant qui lui apparaît et lui renouvelle sa prescription de la façon la plus formelle. Les hystériques, on le sait, croient longtemps à la réalité des rêves ou des cauchemars qui troublent si souvent leur sommeil agité... Celle-ci à son réveil prend peur, elle a déjà résolu de marcher, et ce que les médications les plus diverses n'avaient pas fait, la volonté seule, qui est uu galvanisme, a pu l'accomplir : elle a pour ainsi dire électrisé les membres de la paralytique et leur a rendu la faculté locomotrice.

î. — Eh terminant ces considérations sur le caractère, les mœurs et rétat mental des hystériques, il est nécessaire de déclarer encore que toutes les malades sont bien loin de posséder, surtout à ce point, ces dispositions de l'esprit que nous avons cherché à étudier. Quelques-unes se contentent d'être fantasques, capricieuses et inconstantes, ne présentant toujours qu'une certaine faiblesse ou instabilité de la volonté; d'autres sont inquiètes, émotives à l'excès, véritables sensilives qui tressaillent ou s'agitent au moindre soufQe des plus petites passions. A ce degré môme, l'hystérie légère n'est pas, comme le dit si bien M. Richet, une véritable maladie, c'est plutôt une des expressions, une des modalités du caractère féminin. On peut même ajouter avec lui que les femmes à vapeurs, sujettes à c avoir leurs nerfs », comme on dit dans le monde, sont plus femmes que les autres femmes.

D'autres au contraire, n'ont en aucune façon et à aucun degré le caractère hystérique ; on voit parfois de ces malades qui sont atteintes des accidents convulsifs les plus accusés ou encore des phénomènes permanents de la névrose tels que les contractures, les paralysies, les troubles de la sensibiUté, et qui présentent une pondération remarquable dans leurs idées ou leurs sentiments relies sontcalmes, confiantes dociles et sérieuses; elles n'ont pas enfm cette mobilité de caractère qui est l'un des li'aits principaux de l'état mental des hystériques.

Mais toutes les hystériques ont, comme le dit si bien M. Fabre (de Marseille), le système nerveux en rupture S équilibre; et il estinléressanty à la fin de cette étude, de faire remarquer que les contrastes signalés dans leur caractère ou leurs manières d'être, s^obsenent également et au même degré dans toutes les affections où Ton voit coexister chez le même sujet les phénomènes si opposés de l'exaltation et de la diminution fonctionnelle de l'activité nerveuse, les paralysies les plus complètes succéder aux plus violentes convulsions ou aux contractures les plus tenaces, Thyperesthésie se montrer côte h côte avec Tanesthésie, les douleurs les plus vives alterner avec Tétat le plus absolu d'indolence... N'est-ce pas là le tableau de l'anarchie du système nerveux!

j. — Cette étude présente donc un grand intérêt à Tâge adulte. Mais dès le jeune âge, on peut déjà surprendre quelques dispositions du caractère qui permettent de reconnaître une certaine tendance à ralîectioa nerveuse.

€ Ce sont ordinairement des fillettes de huit à douze ans, quelquefois plus jeunes encore, à la physionomie éveillée. Elles sont facilement impressionnables, sujettes à pleurer ou à rire sous les prétextes les plus futiles, et douées d'une vive imagination et d'une intelligence remarquable. Elles se distinguent dans toutes les études surtout sur la musique, le dessin et possèdent un talent naturel d'imitation. Elles pratiquent volontiers le mensonge et jouent d'instinct la comédie i {Jules Simon). On voit ces enfants avoir sur leur santé des préoccupations qui ne sont pas communes à leur âge, elles ont une tendance aax idées hypocondriaques, se plaignant tour à tour de gastralgie, de douleurs entéralgiques, de céphalalgie, de névralgies diverses. Les auteurs anciens ont souvent assimilé à tort Thypocondrie à l'hystérie. Nous ne confondons pas ces deux états morbides si différents, mais nos observations nous autorisent à penser que le plus souvent Thypocondrie dans le jeune âge est le symptôme précurseur de l'hystérie qui w naître à un âge plus avancé.

D'autres fois où remarque que dans leur enfance elles sont turbulentes, indisciplinables, au point qu'elles sont obligées de quitter leurs classes et qu'elles n'ont pas reçu Tinstruction la plus élémentaire; elles sont querelleuses, susceptibles, se fâchant avec leurs petites compagnes, sujettes à de violentes colères.* La fameuse hystérique Gen... était follette, difficile à tenir, elle courait partout, s'échappait de Técok avait déjà la manie de sauter par dessus les murs et de se cacher aJ point qu'on était parfois obligé de l'attacher; enfin, vers Fâge «fe quinze ans, elle était souvent prise sans cause d'une profonde tris* tesse, refusant de parler pendant des journées entières. ^I>

( (1) Voy. encore plus loin, le paragraphe relalif à rhystërie infaalile.

En résumé, ces petites filles présentent de bonne heure des habitudes, des manières et des allures qui portent déjà le cachet de la névrose dont elles seront plus tard atteintes: elles sont impressionnables à Texcès, la moindre contrariété, les moindres reproches et réprimandes sont reçus avec des sanglots ou d'abondantes larmes et produisent un sentiment d'oppression, d'étoufTement, de compression à Tépigastre, de strangulation à la gorge etc; vives et irritables, elles ont souvent de grandes colères pour de petites choses et des accès de jalousie pour des riens; elles ont aussi une grande mobilité d'humeur et des bizarreries de caractère qui paraissent étranges; coquettes et maniérées, elles éprouvent déjà le désir d'appeler sur elles l'attention ou d'inspirer de Fintérèt, et savent déjà pratiquer le mensonge ou jouer la comédie; la physionomie est ordinairement intelligente, expressive, la mémoire est fidèle, l'imagination a de la vivacité, elles ont des insomnies et des cauchemars, de véritables hallucinations et des terreurs nocturnes; elles se plaignent souvent de migi*aine ou de céphalalgie, d'hyperesthésie et de sensibilité à la lumière, de gastralgie avec vomissements tenaces, de névralgie intercostale et d'hyperesthésie ovarienne qui commence à se montrer au moment de la puberté ; enfin elles ont à propos de la plus légère bronchite ou d'une simple angine, des toux paroxystiques et persistantes, présentant souvent un timbre particulier, des spasmes passagers et divers du côté de l'œsophage, du pharynx, du larynx et des viscères abdominaux, spasmes qu'elles expriment par la sensation de corps étranger à la gorge, de bètes qu'elles ont dans le ventre, de vers qui montent ou qui descendent, ou de poids qui les oppriment.... Dans certains cas encore, on observe des palpitations, des tendances aux lipothymies et aux syncopes, des pertes de connaissance incomplètes que l'on confond trop souvent avec des accidents épileptiques, surtout s'il s'y ajoute , comme il arrive parfois , de véritables attaques convulsives.

11 faut insister sur les dispositions du caractère, sur les troubles divers du système nerveux qui permettent dès l'enfance de reconnaître, de dépister et de combattre la disposition à l'hystérie. Voici encore d'autres exemples qui, en relatant divers accidents nerveux du jeune âge, dévoilent bien le caractère hystérique dès cette période de l'existence : une petite fille de dix ans est atteinte pendant plusieurs mois d'une céphalalgie frontale atroce qui dure plusieurs mois, qui résiste à tous les calmants, à l'hydrothérapie même, et qui cède un beau jour brusquement au moment d'une attaque de spasme pharyngo-laryngé avec toux rauque et une sorte d'aboiement. Or, dans ce cas, plusieurs médecins consultés n'avaient pas hésité à porter un pronostic très grave, puisqu'ils admettaient une affection des centres nerveux. — Une autre petite fille de six ans, jalouse de son petit frère, se dit atteinte de douleur

de lête, elle accuse du vertige, des douleurs névralgiques vagues, de la pliotophobie, elle refuse tout aliment, craint le moindre bruil, redoute rimpressioa de la lumière, le pouls est accéléré au momenl des visites... Au quatrième jour, on s'aperçoit de la supercherie, on contraioi la petite comédienne de se lever, de marcher et de manger, et tous ces symptômes qui avaient un moment éveillé quelques inquiétudes, disparaissent comme par enchantement; or, cette enfant est devenue jeune fille, elle a maintenant seize ans, et elle est assez souveai alteinle de spasmes, de mouvements convulsifs sur la nature hystérique desquels il n^est môme pas permis d'hésiter. (1)

West a rapporté deux cas de simulation à peu près semblables : ~ un enfant de treize ans se plaint pendant neuf mois de céphalalgie avec pholophobie, il a une hyperesthésie du cuir chevelu, de rinappélence, de la constipation, il accuse une certaine difficulté dans la marche, etc., et cependant on découvre que l'enfant exagère tous ses symptômes douloureux lorsqu'on l'observe. Or, après un traitement moral pendant lequel l'indifférence des parents et du médecin joue le principal rôle, le petit malade guérit complètement. — Une petite fille, qui avait eu à dix-huit mois des convulsions, à six ans une toux spasmodique avec sensibilité considérable de Tépiglotte, accuse depuis huit ans et demi jusqu'à dix ans et demi une céphalalgie très intense, elle s'en plaint surtout lorsqu'elle se sent l'objet de l'attention de sa mère et du médecin; ellepi'ésente des bizarreries, une irritabilité de caractère insolites pour son âge, refuse parfois de manger et bientôt éprouve nettement la sensation de la boule hystérique, puis elle est prise de dysphagie avec symptômes d'hydrophobie nerveuse et de convulsions générales, accidents dont un irai- ^ tement moral eut seul raison (2). Dans ces cas, ajoute si judicieusemeol

M. West, c'est moins l'état du corps que celui de l'esprit qui doit éveiller les craintes du médecin. Car, l'attention constante donnée aui moindres sensations du malade, « l'habitude de satisfaire tous se^ désirs et fantaisies, sous prétexte de maladie, et l'indulgence que Tenfant trouve toujours en ce cas dans un amour maternel exagéré, exercent une très funeste influence sur leur caractère et en font déjeunes hypocondriaques. »

k. — Nous avons étudié les dispositions intellectuelles et menlaks de rhystérique à l'âge adulte, nous avons vu ses tendances névrosiquei dès le jeune ûge ; il serait intéressant de savoir ce qu'elle devient à u point de vue & un Age plus avancé, à l'époque de la ménopause [^ exemple. Or à ce sujet, il n'existe absolument rien de précis : sauj

(1) Jules Siinuii, Conférencei cliniques et thérapeutiques sur les nudmdies des afab, 188(), p. 135.

(i) West, Leçons sur les maladies des enfants, Irad. par Archambault. i- éd., I^* p. 3il.)

doute, le caraclère devient plus calme et les sentiments plus fixes, les idées sont moins fluctuantes et les volitions moins mobiles ; mais d'autres fois aussi on peut voir éclater des accidents nerveux connus sous le nom (Thystérie de retour ou de la ménopause et souvent accompag^nés de tendances erotiques si bien décrites par M. Noël Gueneau de Mussy (1).

L — Enfin nous avons vu que dès l'enfance, les traits se présentent sousTaspect d'une physionomieéveillée, mobile, expressive qui contraste singulièrement avec la figure indifférente, inerte et sans expression des jeunes épileptiques. £n est-il de même chez les adultes et leur état mental a-t-il son reflet sur leur physionomie, en un mot existe-t-il une constitution, un faciès hystérique f Sous le rapport de la constitution, les avis ont toujours été partagés depuis longtemps, comme le prouvent les deux citations suivantes que Ton pourrait aisément multiplier : Ârétée croyait ainsi dépeindre les hystériques : c Juvenes muliercute quae sunt sensibilioris generis nervosi, et texturae tenuioris. > Forestus au contraire disait : c Mulieres virosse, corpulentes, et multo sanguine praeditae. » C'est bien la même opinion exprimée par Louyer-Yillermay qui prétendait que toute femme hystérique est forte, brune, plélho* rique, pleine de vie et de santé, ce qui est une grande exagération et une erreur manifeste. Car, < il n'existe pas, dit Briquet, de constitution hystérique appréciable par les apparences extérieures ; cette maladie prend les femmes comme elle les trouve, blondes, brunes, giasses, maigres, fortes, faibles, colorées ou pâles ; il n'y a pas de choix. Quelques hystériques, à la vérité, ont la figure délicate, intelligente ; mais il en est tant dont la face béotienne, apathique et dure trahit la stupidité, ou dont les traits amaigris, décharnés et le teint hâve constatent la dégradation, qu'il faut renoncer au beau type grec comme spécimen de la prédisposition à l'hystérie. Il y a d'ailleurs de par le monde trop de femmes hystériques pour que cette maladie n'atteigne que des belles. Dubois d'Amiens avait deviné tout cela; car, au milieu du fatras d'écritures sur cette matière qu'il avait été forcé de compulser, il finit par dire : Je soupçonne fort qu'il n'existe pas de constitution hystérique, comme l'entendent les auteurs (2). i

Malgré cette assertion un peu exclusive de Briquet, il n'en est pas moins vrai que quelques hystériques présentent parfois, sinon une constitution prédisposante, au moins un faciès particulier qui nous a permis dans certains cas, à leur simple aspect, de faire un diagnostic de visu. Nous avons suffisamment démontré que leur état mental est surtout formé de contrastes, qu'une volonté sans force est ordinairement unie à une activité désordonnée de l'imagination, et qu'à une vive exaltation

(1) Gueneau de Mussy, Érot'umede la ménopatise [Gui. hebd. 1870 et Clin» mèd., iom II, p. 3i3. Paris 1875).

(2) Briquet, Traité de Vk^fêlérie, p. 92-03.

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de la sensibilité morale correspond souvent un défaut de réaction aux impressions si diverses qui les frappent, etc. Aussi ces contrastes se trahissent sur leur physionomie par une expression habituelle de langueur et d'abattement accompagnant une certaine mobilité des traits. Pour Todd, l'éclat de Toeil et un léger abaissement de la paupière supérieure, cachant en partie le limbe de la cornée, ont été indiqués comme caractérisant habituellement le faciès hy$terica.

Jusqu'ici, nous avons passé en revue les mœurs, les modifications de caractère chez les hystériques. Il nous sera plus facile mainlenaat d'étudier leurs attaques de délire. Celui-ci, comme on le sait, fait partie de la grande attaque hystérique; mais il peut devenir prédominant, prendre une importance exagérée , se prolonger même beaucoup plus qu'à l'état normal au milieu ou à la suite de quelques rares phénomènes à peine ébauchés des autres périodes de l'accès coa* vulsif; d'autres fois, les attaques de délire peuvent se montrer à l'élal isolé chez des malades qui ont déjà eu à une époque plus ou moins éloignée des attaques convulsives, ou même qui n'en ont jamais eu (hyûtrie mentale ou larvée).

Le déHre, ou la folie hystérique, éclate le plus souvent sans cause, ou sous l'influence d'un chagrin, d'une émotion, du travail régulier ou d'ao trouble de la menstruation, ou encore de la grossesse, de l'état puerpéral,de pertes sanguines d'origine traumatique (Moreau,de Tours), ou même après une maladie aiguë, telle qu'une fièvre typhoïde. Mais il ne faut pas croire que ces accidents mentaux prennent toujours leur origine dans des désirs et des besoins immodérés ou dans une passion trop longtemps contenue; nous avons vu en effet, que les hystériques ont même assez rarement l'imagination lascive qu'on leur prête, et qu'il est important de faire une distinction absolue entre l'hystérie et li nymphomanie.

L'exemple suivant montrera suffisamment les caraclèresde ce déUre .

L... à la suite de ses attaques, entre dans un délire de paroles qui a dure uv fois pendant deux jours consécutifs. Ainsi, après une crise convulsive^ sa physif^n'*mie exprime tour à tour V effroi, la colère et la menace, le mépris, la tristesse et la joie. L... se soulève d'abord àdemi et prononce ces paroles incohérentes : t Et;ne te vaux pas?... Tu n'élais pas digne d'être aimé!... {Effroi), des rats au dcf hère!... ils me mordent!... maman! » (Elle rejette brusquement le bras, se dfco'é' vrant). f Chameau! Pignouf! Vaurien! > (Elle reprend sa position primitive). 1 1 tu continues? > {Après une nouvelle attaque, elle croise les bras, semble réfléchies décroise et dans l'attitude de la menace) : c Sale bétel Pignouf! Est-il permi ' 11 m'en fait faire du mauvais sang! .. J'irai sitôt que Je pourrai... Tu m'eiivoie5 :grenouilles. > {Elle ouvre la bouche, y introduit les tnatns comme pour y retn" quelque chose :) c 11 ose encore ! En a-t-il du toupet? Prends garde I {bis) Tu oses \ei ' à la Salpétrière. {bis) La prochaine fois que tu viendras ? > {menace), c Pour jl*

I Pour moi tu ne devrais pas y Yeiiir... Infâme! Lâche I... Tu es un homme capricieux! Mes parents m'en ont dit... Ta qualifies les vices d'un voyou... > (Repo$^ les bras se croisent.) c Toi qui aimes tant ta fille! » (allusions à son pèrSt fait des signes de téte^ air de mépris.) c De quoi? Tu es une mère infâme! Et mon père t'a pardonné !... Tu es une sale femme, tu es une femme mondaine. > (Elle pleure, se coutre le visage avec les nsains*) c S'il était permis de battre sa mère, je te battrais.. • Si je voulais... Puis je te dis quelque chose. Tiens, flûte! sale bétel... Je le dirai à papa... Ant..., il est meilleur que toi, il te jouera des tours... Quand papa l'a souffleté parce qu'il l'avait trouvé avec une fille... Je ne coucherai pas ici ce soir... Sois tranquille... Je lui apprendrai... Je ne le dis pas à d'autres, pour ma réputation, mais sans cela!... Tu te figurais que je voulais rester novice toute ma vie!.. Tu sais bien ce qui te pend au nés... S'il t'a fait noire â mes yeux, il n'a fait que son devoir... Maman! Vas-tu finir?.. 11 me met des rats dans le derrière. ^{Effroi y elle se retourne, repos.) € Ton garçon t'en fera des tours aussi... Tu crois que je n'ose pas te regarder eo face?... Tu ne viens pas me voir... Si je ne me sauve pas, c'est pour papa, sans cela, je sauterais sur les murs... J'ai agi comme une innocente, dit papa... Toi, tu m'as donné l'exemple... Je ne comprends pas que tu dises que je tombe du haut mal... Je suis contente de te voir, pour avoir des nouvelles de papa ; mais au bout d'un quart d'heure!.. Et tu ne veux pas que je te dise tes vérités... Chaque jour que tu viens, tu pleures... Tu crois que j'irai chez toi?.. Flûte!.. La police?... alors je raconterai tout... Tu as beau t'améliorer maintenant, il est trop tard... Tu dis que je gâte le ménage... Je te renie pour ma mère... ne m'envoie plus de rats !.. Des crapauds! des crapauds!» <1)

A ce moment, L... est saisie d'effroi, elle supplie qu'on lui enlève ces animaux et s'agite. On lui comprime alors la région ovarienne; la malade revient â elle et cause naturellement. Mais au bout de trois ou quatre minutes, on observe un battement des paupières, le regard devient fixe, les bras se croisent, et sans passer par les périodes épileptoîde et clonique, L... retombe dans la période de délire. Il s'agit donc, comme le fait remarquer judicieusement M. Bourne ville, d'altaques constituées uniquement par la troisième période. Ce délire de paroles continue ainsi pendant deux jours, tantôt conversant avec son amant supposé, tantôt parlant de sa mère, riant, pleurant, se disputant, voyant des paons, des serpents, etc.. Durant cette .ongue attaque de délire, la température a oscillé entre 37%8 et dlè'^i.

Voici encore un exemple de délire de paroles que nous avons observé à rhôpital Tenon tout dernièrement :

La malade est très-agitée. Elle a pris un lorgnon, dont elle mâche un verre. On parvient à lui faire rendre les morceaux, soit avec l'abaisse-Iangue, soit avec les doigts portés jusqu'à l'amère gorge. Le délire commence à U heures du matin.

Elle parle de femme de chambre, de sa bonne, demande sa robe, tire les rideaux pour sonner. 11 faut qu'elle sorte pour un rendez-vous, rue du Cherche-Hidi, rue Turbigo. U faut qu'on aille lui chercher un livre, le fils du jésuite, rue du Cherche-Midi.

c Marie, Marie! i s'écrie-t-elle {On fait une injection de morphine dans la région sous épineuse), c Marie — Je veux ma bonne — et je la veux. Il faut que je sorte ce soir, i — c {Pourquoi faire f » lui demande-t-on). *- c C'est très ennuyant. Je vais y aller moi-même, i {On V empêche de descendre du lit, elle se jette à terre, mais elle ne peut marcher, on la couche.)

c Marie, Marie! — Oh! mais écoute, tu comprends, mon frère, {regard fixe) c'est très-ridicule, j'ai demandé ça, on ne me le fait pas. C'est très-ennuyant. Non, non je irai jamais vu ça. J'irai moi-même et j'irai et puis c'est que j'irai moi-même, i — (Elle veut descendre. Quelques grands mouvements.)

(1) Boumeville, Iconographie de la Salpélrière, t. 1, p. 146 et 147.

€ Ob ! c'est très-malbeureux d*étre comme cela. Marie, Marie ! Non, non je qa jamais tu ça. Marie, Marie! Oh! des cornichons, des serpents, des serpents!

> Ailes donc chercher Marie. Tonnerre de chien! on ne reut pas aller chercher Marie. J'irai moi-même. Marie, Marie ! » (On lui met lacatmisoUj grande résistance, i

c Marie! mais saprelote, tonnerre de m... Marie! Allex donc chercher ma robt^d*' chambre à petits carreaux. J*ai nn rendez-TOOS ce soir. 11 ne fant pas qae je le manque. > {Elle monte debout sur son lit. On la recouche, ellese tient raide inné lenU pièce.) c Marie! .Allés... et le livre, le frère du jésuite, je crois roe du Cherche-Midi. Ah! TOUS ne Toulez pas que je m'habille; ça ne sera pas dit. Oh! oh! Nari»! Tonnerre de m... Marie! ob! oh! allez chercher ma robe de chambre, celle qui \\ !•? mieux. Dépécbez-Tous. J*ai un rendez-vous, je n'ai pas le temps d'attendre. 11 demeure rue du Cherche-Midi. C'est le 61s du Jésuite; je ne me trompe pas. yest-'*e pas, mon trère, que c'est ça? C'est trop fort. Mais non, mais... * {murmures inintelligibles) c Vous comprenez, je suis dans ma chamhre. Quand on est danssa cham bre... T'iras chercher la femme maudite. Y a très longtemps qne je ne l'ai lue, moa frère. La femme du mort. (Cris) Marie ! {regard fixe). Mais, Ta-donc Marie. Jf TOUS mettrai à la porte. Vous êtes ici pour m'obéir. Allez chercher ce lÎTre, on je vais vous mettre à la porte. Mon frère, nons aTons rendez-Tons. » {On lui demande Oii le rendez-vous fOn a fini de mettre la camisole — cris — wsoment de calme.} c Mais, mon frère, qu'est-ce qui donc qui m'habille, qu*est-ce qui donc? Je veoi m.! robe. J'ai réfléchi, je ne veux pas sortir. J'ai un rendez-vous. > {Avec quif demandr-t'On). c Mon frère, t'es bien curieux. C'est pas ponr vons. Je t'aime bie&,mo(i frère; mon frère, tu sais, t'es trop curieux. Tu n'en sauras pas pins long. Pourquoi ne t'en vas tu pas avec ta bonue-amie? > (Je tiens cotr ma sœur^ lui répond-on; — paroles incoliérentes à voix basse.) f Tu ne l'auras pas... > {Elle répète quatorze fois cette phrase; — cris), c je te dis qne tu ne l'auras pas, i — («n instant de calm^* c tu ne l'auras pas. — Écoute, je veux bien te donner tout ce que tu voudras, maisça, lu ne l'auras pas ; ça, ça ne se donne pas. Tu ne Tauras pas, tu ne rauras pas. Alors tu crois que je vais te le donner? Tu t'en ferais mourir. > (Pourquoi?) c Tu t'en ferais mourir. Tout ce que tu voudras. Pas ça. Mon frère, d'abord, j'ai pas besoin de te rendre de compte. Tu crois que je vais te donner ça. Tu ne l'anras pas. Et puis, je vai< m'en aller (cris). Tu vas m'ouvrir la porte. Tu ne veux pas que je sorte i {grand* mouvements pour descendre du lit et se dégager de la camisole: cris. — * bf porte est ouverte », lui crie-ton : — cris mouvements cris); — c Je necoochen pas chez toi, tu peux y compter. Non, non, tu ne l'auras pas, tu ne l'auras pas. Je n*crier à l'assassin, si tu ne me laisses pas sortir. Tu ne veux pas? .\h ! ta ne veui pa: Ah! ah! non; c'est très-drôle, on n'est pas chez soi; non — non — non — si tu crois que je suis venu pour faire tes volontés, tu te trompes. J'ai de la tète, je ne sui^ pas anglaise pour rien. Marie ! Marie! > {cris; on iuimet les aie zes autour des cuissf-^ pour f attacher; cris modulés) : • Marie, Marie > {Qu'est-ce qu'elle a fait Marie ' dit-on.) tUanel {cris) Marie! Voyons dépéche-toi. Va me chercher ma robe decbautbre, depuis que je te le commande. Tu n'es pas payée pour ne rien faire, t {Crti répétés; respiration bruyante; cris; silence). < Marie! > — {silence) i M\'i me cliLTcber dans ma malle un livre; vous verrez ma robe; il faut que je son**. N'est-ce pas, mon frère, puisque tu sais où je vais. C'est très- ennuyant, lapersoo'-r: ne sera pas contente. Faut pas manquer ça. Tu ne l'auras pas. > (Silence ; soNptM cris) ; t Non, non. Je veux sortir et je sortirai, sacré tonnerre. > (Efforts pour y dégager de la camisole; — cris; cris; mouvements; cris^ silence^ cris.)

11 iieures 18 du matin; (soupirs, elle est complètement attachée: cris plainti!* silence. Elle s'est enfoncée dans la camisole de force, a Vair de dormir on i*' sort un peu la tête de la camisole et on l'attacha solidement y a tair -*dormir.)

t Ah. maman! ^ (cris. Tremblement des jambes ; cris, trembletnent des jambe*

11 heurtîs^25 (cris; — on lui rn Hacha les jambes; — cris).

Ce délire s*cst reproduit tous les matins avec une intensité décroissante peedx' rinr] jours. Djs injections répétées de morphine à la dose de 0«^0i chaque foi5. :• produisirent aucun effet sédatif.

D'autres fois ce délire de paroles fait place à un délire ffaciiony ou plutôt de mouvement. Il s'agit alors d'une véritable folie ambulatoire pendant laquelle les malades courent, escaladent les murs, sautent sur les toits, échappent à chaque instant & la surveillance et vont se blottir ou se cacher dans un coin, non sans «ivoir, au préalable, fait quelque bruit. Elles sont bien différentes en cela des épileptiques que nous avons vus, inconscients de leurs actes, traverser silencieusement toute une contrée et revenir à leur point de départ, sans savoir où ils sont allés.

I/hystérique Gen... était affectée au plus haut point de cette forme de folie dtf monTement : après une attaque, elle se livre à une danse singulière, saute en Tairr les pieds abandonnant le sol en môme temps, elle jette alternativement la tète en avant et en arrière. Elle voit des corbeaux, des chiens, des rats, des chats, des serpents, porte brusquement sa main à la tête pour se garantir des corbeaux qui la piquent, saute pour éviter les vipères, etc., (délire hallucinatoire); puis elle prend 4es atiitudes variées sous Tinfluence de ses hallucinations, (attitude de la prière, du mépris, delà menace, extase, etc..) Puis d'autres fois, elle imagine des projets d'évasion, parvient à s'échapper trois ou quatre fois, grimpe sur un toit, court d'un air effaré, agitant bras et jambes, brisant tous les objets qui sont à sa portée, cassant tous les carreaux d'une fenêtre. []t\e fois, elle se sauve et on la trouve dehors à un^ heure du matin toute nue avec sa chemise dans la main, elle a un besoin incessant de mouvement, elle saute, danse, se tient debout au pied de son lit, cherche à em-* brasser les personnes qu'elle rencontre, relève ses jupes et présente une physionomie qoi exprime un haut degré de lubricité. Puis elle tombe dans un véritable état d^ prostration, refuse de parler, de manger, accuse des hallucinations viscérales diverses (vipères ou serpents qui pénètrent dans son ventre etc.). L'insomnie est absolue, et 0g%25 d'extrait Ihébaîque ne procurent aucun sommeil, ni aucune sédation des symptômes. Son délire prend un caractère tantôt mélancolique, d'autres fois éror ti.{ue, parfois religieux. Dans ce dernier cas, elle prend des attitudes particulières, elle est à genoux, la tète relevée avec un crucifix qu'elle embrasse un grand nombre de fois en invoquant Dieu; elle tombe en extase, les yeux se dirigent vers le ciel avec les mains jointes qui reposent sur le lit (attitude de la prière) ou avec la tête un peu penchée en arrière (attitude des illuminées), le regard est porté vers le ciel, le corps reste immobile et presque inerte, la physionomie exprimant la béatitude la plus parfaite, etc.

Le récit de ses échappées, de ses pérégrinations multiples n'est pas moins intéressant. Dès l'âge de quatorze ans, elle est courtisée par un jeune homme du nom de Camille qui meurt bientôt. On l'enferme pondant l'enterrement pour qu'elle ne cause pas de scandale, elle parvient à s'échapper par une fenêtre, court au cimetière et veut se jeter dans la fosse ; pendant la nuit, elle se rend encore au cimetière appelant son amoureux qu'elle veut déterrer. Plus tard, elle s'enfuit d'un hospice où elle avait été placée, et fait pendant trois mois à pied le voyage de Toulouse à Paris. Un jour, il lui prend fantaisie d'aller en chemin de fer, elle arrive à Saint-Leu, décliire les affiches apposées à la gare, si bien qu'elle est arrêtée. Arrivée à la Salpêtrière, elle accouche d'une fille en 1867, s'échappe en 1870 et se fait infirmière à l'hôpital saint Antoine d'où elle est renvoyée pour s'être disputée avec une religieuse et s'être livrée sur elle à des voies de fait. Pendant le siège de Paris, elle a la fantaisie d'aller aux avant-postes; parvenue à Saint-Denis, elle est ramenée comme espionne, parce qu'elle refusait de parler (mutisme hystérique). Après la guerre et l'armistice signé, elle quitte Paris pour aller voir sa fille en Bourgogne. A Montbard, elle est retenue parles Prussiens et reste huit jours dans leur camp. En 1876, elle part pour la Belgique voir c sa sœur » Louise Lateau dont elle avait entendu parler, et elle arrive au Quesnoy (près de Lille) où elle est prise d'une attaque convulsive, et à Bruxelles

S«2 >ÉTROSES COIPIEÏES.

4'oà eO< rert^nt hittd&î |M/V rcaCrer à li Sàl^étnêre ea 1 «TT. i'çk e&e s'>s fi.t

Teli sont ces trois exemples frappants de délire faTstériqne. Xoos aKons eo aoâlvser les différeols caracières :

a. — Conscience du délire. <7est, dit Morean de Tours, im des raractitres qui è^iinposent tout d^abord à ratteotioa, les nxalades apnt uie coosHence nette ou très obscure du troubk inlellôclael où Os s« trouvent : c Le naufrage des facultés intellectueiles n'est complet «pie dans des cas eiceplionnels ei essentiellement transitoires. QueFon interroge les malades au plus fort de leurs divagations, alors même qu'elles s^abandonnent à toutes sortes d^excentricités, d'extravagaBce^, que toutes leurs paroles trahissent le désordre de leur esprit, qu'elles paraissent subjuguées par des convulsions délirantes, des hallucinations de toute nature.*, la première question qu'on leur adresse semble les rem^tre spontanément dans leur bon sens, les rendre a elles-mêmes. Elles codviennent qu'elles ne savent pas ce qu^elles disent, qu'il nj a rien de réel dans leurs visions, etc, ce qui ne les empêche pas, une fois que vous cessez de leur parler, de tenir en arrêt leur imagination vagabonde, de retomber aussitôt dans Tétat d'où vous les avez tirées (2). »

b. — Analogie avec Us délires toxiques. Le délire bystériiiiie présente d*abord des analogies frappantes avec le délire alcoolique ctfactérisé, comme on le sait, par des troubles hallucinatoires, le plus souvent de nature pénible et parfois de nature gaie qui reflètent les préoccupations dominantes du moment ou les occupations de tous les jours, par des visions d'animaux, par la mobilité des conceptions délirantes. N'y a-t-il pas là presque tous les caractères du délire hystérique dont Tobjet change d'un moment à l'autre, pendant lequel les malades ont des hallucinations diverses, qui reflète et reproduit aussi plus ou moins exactement les préoccupations ou les opinions dominantes du moment? El s'il est bien démontré, d'après M. Lasègue, que le délire alcoolique n'est pas un délire, mais un rêve (3), ne pourrait-on pas aussi faire la même démonstration pour le délire hystérique?

Autrefois, les hystériques ou démoniaques, étaient préoccupées pendant leur délire, de l'idée qu'elles avaient plusieurs démons dans leur corps, parce que cette croyance était presque universelle i cette époque; maintenant, le délire des hystériques a changé d*objet, sinon de caractère, parce qu'on ne croit plus de nos jours à ces sortes de choses, tant il est vrai, comme l'a remarqué Esquirol, que les formes des maladies mentales reflètent les croyances, les idées générales, religieuses ou philosophiques de chaque époque.

(1) Iconographie photogr. de la Salpétriëre, tome l*', p. 65 et suif.

(2) Traité pratique de la folie névropatique (Paris, 1869, p. li.)

(3) Arch. gén. de méd., nov. 1881, p. 513.

De même, on retrouve aussi des analogies avec les effets déterminés par rintoxication du hachisch, si bien étudiés par Moreau, de Tours. -€ On retrouvera, dit Richer dans les deux cas, la même mobilité dans la succession des idées et des hallucinations, la même vivacité d'interprétation pour les gestes et les altitudes, la même action de l'imagination du sujet sur la variété et la richesse de son délire, la même influence des occupations et des préoccupations journalières sur la na* ture des conceptions délirantes, ^a même reproduction des scènes .passées dont la mémoire a conservé une vive empreinte, les mêmes visions de feux colorés, d'animaux variés, fabuleux et autres, de jardinsde perspectives éblouissantes, les tintements d'oreilles, les bruits de •cloches, etc. (i). i

c. — Analogie avec Vital de somnaMbulisme. On observe, en effet, "dans certains cas, que le délire hystérique prend quelques caractères de l'état somnambulique, comme l'insensibilité à tous les agents extérieurs et la perte du souvenir au réveil.

Enfin, parmi les autres caractères du délire hystérique, il faut noter avec P. Richer : d. — Fexaltation de IHfUelligence. Briquet avait déjà, remarqué que les facultés intellectuelles et sensorielles prennent parfois tme activité surprenante, les malades pouvant, dans quelques cas, parler un langage très élevé ou faire des vers ;e.—la mobilité des idées, la perversion des idées et des sentiments (certaines hystériques pendant leur délire accablent d'injures des personnes pour lesquelles, à l'état normal, elles éprouvent de l'affection; ou encore elles emploient des expressions ordurières ou inconvenantes qui sont en contradiction avec leur éducation et leurs manières) ; f. — les idées fixes, (elles ont leur ori- :gine le plus souvent dans la croyance à la réalité de leurs hallucinations passées. Ainsi Gen... était une succube, elle voyait son amoureux Camille pendantlanuit, recevait ses embrassements, etc.; elle aurait juré devant Dieu qu'elle l'avait bien vu. De même les religieuses de Loudun affirmaient avoir vu jour et nuit Urbain Grandier ; de même pour le procès •deLaR... Mademoiselle de M..., croyant toujours à laréalité de ses rêves ou hallucinations, a persisté, sans doute de bonne foi, dans ses fausses accusations) ; g. — automatismey absence de volonté; impulsions irré* sistibleSj simulation; — agitation maniaque ou stupeur , mutisme; — illusions j hallucinations. (Celles-ci ont souvent une couleur rouge.)

h. — Enfin, le délire hystérique prend parfois le caractère erotique.

i. — Ajoutons encore que, dans les cas où le délire se prolonge, il peut aboutir à la folie hystérique; mais, dans tous les cas, les facultés intellectuelles sont beaucoup moins atteintes que dans les autres genres d'aliénation mentale; la folie hystérique est sujette à récidives, mais

M) Richer, loc. cit., p. 523. — Voyei aussi Moreau de Tours : hnhaehiseh et de toliénatUm mmtaU (Paris, IS45.) — Ch. Richet, Oes poitons àê VMétUgemsê. (Rev, des éeu» mondes.)

elle conduit 1res rarement à la démence, et guérit le plus souveni, caractères qui la distinguent de la folie épileptique laquelle an contraire, atteint profondémen l rintcUigence, suit une marche souyent progressive et guérit très rarement (1).

Parmi les autres troubles des fonctions cérébrales, nous avons encore à étudier V aphasie^ le vertige et V état dit sommeil chez les hystériques, renvoyant pour les paralysies à l'étude de l'hémiplégie hystérique.

a. — L'existence de Vaphasie hystérique qu'il ne faut pas confondre avec le mutisme, a été révoquée en doute par J. Falret, et cependant on sait qu'il existe toute une classe à^ aphasies nerveuses ou réflexes qa'om vues se produire : après une névralgie faciale (Guyot), la migraine (Charcol, Fournier) une émotion, la colère ou la peur {aphasies émotionneUes)y de grandes préoccupations d'esprit (Hovvel,Trousseau),sous l'influence d'une obstruction intestinale (Mattéi), dans la catalepsie, l'extase, répilepsie (Moreau de Tours, etc). Il est probable que dans tous ces cas, cet accident est provoqué par des troubles vaso-meteurs analogues à ceux qui se produisent dans l'ischémie cérébrale fonctionnelle bien étudiée dernièrement par M. Bail. Cette pathogénie même expliquerait les caractères cliniques de ces aphasies nerveuses et des aphasies hystériques en particulier qui sont remarquables par la rapidité ou la soudaineté de leur début et de leur disparition, par leur reproduction facile et fréquente, ce qui peut leur faire donner le nom d^apha$ie$ à répétition.

Cet accident est sans aucun doute très rare dans l'hystérie, puisque nous n'avons pu que relever les exemples suivants dans les auteurs : Wels avait déjà autrefois cité, bien avant la découverte de l'aphasie, le cas d'une hystérique qui, après une attaque, s'aperçut qu'elle était privée du pouvoir de parler, bien que conservant toute son intelligence ; cet accident disparut à une prochaine attaque convulsive (â). — Richter, de Wiesbaden, parle d'une hystérique qui devenait aphasique régulièrement tous les jours à quatre heures de Taprèsmidi; l'accès se terminait par une abondante évacuation d'une urine claire, suivie de sueurs et de sommeil (3). — Bucquoy cite le fait d'une hystérique qui eut chaque fois de l'aphasie à la suite de ses deux attaques. — Delasiauve rapporte l'histoire d'une hystérique qui pendant huit jours est hémiplégique, puis aphasique pendant huit autres jours,

(1) Voy. à ce sujet, outre les traités des Maladies mentaletf le livre de Moreau de Tours, le* thi'ses de Lacliaux (Paris, 1857), Boulard (Montpellier, 1858), Duponchel (Paris, 1874),B.Mk« (Bordeaux, 1881); les observations de Voisin {Ga%. des hôp.), de Lagardelle sur les Ctnctett distinclifs de la nymphomanie et de Vhystérie {Gai. hebd. des. fc. méd, deBcrdetiuSt 1^'^

(2) Wels, Médical communie, y vol II, p. 501. London, 1790.

(3) Cité par Graves {Dublin Journal ofmed, se.» 1834, p. 419).

à moins que les attaques convulsives ne viennent remplacer l'aphasie et rhémiplégie (i). — Nous rappelons pour mémoire, les autres faits rapportés par Bazin, St. H. Serre, Lecorché (S), Fabre (â). Mais celui de M. H. Serre est au moins discutable, parce qu'il s'est produit pendant révolution d'une syphilis, maladie qui comme M. Mauriac l'a démontré, donne lieu si souvent à la production d'aphasies dites intermittentes. On voit donc par tous ces exemples que l'aphasie hystérique, quoique très rare, a une existence parfaiiement bien démontrée.

Nous devons aussi une mention à Vaphasie provoquée chez les hystériques. Lorsque celles-ci sont dans l'état de somnambulisme ou d'hypnotisme, on peut d'après le procédé imaginé par M. Lépine, faire l'expérience suivante qui réussit quelquefois : les paupières étant closes, on dit à la malade de compter i, 2, 3, 4 etc., ce qu'elle fait immédiatement. On ouvre les paupières droites, elle continue à compter; on ferme les paupières droites, elle compte toujours, mais si l'on vient à ouvrir celle de gauche, elle s'arrête et ne reprend seulement que lors* qu'on l'abaisse. Une aptre en léthargie récite les vers de Lucie d'Alfred de Musset, les paupières fermées ; dès qu'on ouvre les paupières droites, elle s'arrête aussitôt,et dès qu'on les abaisse elle reprend sa récitation. Der* niërement M. Dumontpallier a pu produire Taphasie chez une femme hypnotisée en agissant à distance par le souille, par exemple sur la région du crâne correspondant à la troisième circonvolution frontale gauche.

Ces expériences doivent être rapprochées de celle de Heidenhain connu sous le nom d'expérience du téléphone. On applique Tune des mains sur le front d'une malade hypnotisée, l'autre sur l'occiput, la malade répète mécaniquement, à l'instar d*un téléphone, les mots prononcés à haute voix par l'observateur. Mais il est à remarquer que ce fait se produit seulement lorsque les mains sont placées sur le côté gauche de la tète (4).

Un autre trouble de la parole qui s'observe parfois, est constitué par Vécholaliey les malades répétant les mêmes mots que l'on prononce devant elles, surtout dans la période délirante des attaques.

b. — Le vertige est assez fréquent chez les hystériques, et ne doit pas être confondu avec les atlaquessyncopalesqu' on observe chez les mêmes malades. Il constitue souvent avec quelques mouvements convulsifs de la face et des membres, une attaque réduite à la première période

(1) Buçqooy, Delasiauvc, Soe. méd, des hôp., 12 avril 1867.

(2) Baiin (de CorbeU-en-Gàtinais {Ga%. de» hôp., p. 436, 1871); St H. Serre, Considération» tur Vaphasie hystérique et sur t^aphasie nerveuse transitoire ^t spasmodique {Ga%. hebd. des se. méd, de Montpellier, 1880 et 1881).

(3) Fabre (de Marseille). Gat. méd. de Paris, 1881 p. 668.

(A) Voyez iconographie phot. de la Salpétrière, l. lU, p. 27 et «20. — G. BaUel. Nouveau fait à Vappuide la localisation de Broca {Progrès méd,, 1880, p. 739). — DumontpaUier(5oc. de biologie, ti octobre 1881).

ébauchée. M. N* Gueneau de Mussy a cité trois observations de yertige hystérique dont la guérison a été obtenue par les antispasmodiques (bel* ladone, valériane, bromures, hydrothérapie); il rapporte Texémple d'une jeune fille qui avait plusieurs fois dans la journée, pendant plusieurs heures, des vertiges accompagnés de sensation de chaleur insupportable dans la tête, d'une rougeur écarlate scarlatiniforme du visage et du cou. Mais il est utile de faire remarquer avec ce judicieux observateur que deux de ces malades étaient de race arthritique (i). Nous avons observé pour notre part une malade qui éprouvait un vertige très accusé tous les matins, le plus souvent après le repas, et qui était alors accompagné d'une sorte de spasme bruyant de l'œsophage, ou de hoquet, persistant pendant vingt ou trente minutes chaque fois ; elle éprouvait en même temps une sensation de courbature, de fatigue et de parésie des membres inférieurs telle, qu'il lui était impossible de faire un pas en avant. L'état des voies digestives était excellent et ne pouvait être incriminé pour ia production de cet état vertigineux singulier qui disparut seulement sous rinfluenc^ d'un traitement hydrothérapique.

0. — Le somme// des hystériques présente des caractères importants à étudier, surtout si on le compare à celui des épileptiques lequel, en dehors des attaques et même à l'approche ou à la fin de celles-ci, est plus naturel et moins souvent interrompu par des rêves ou des caucliemars. Ceux-ci sont au contraire très fréquents chez les hystériques : tantôt ils sont tristes ou pénibles (2), les malades voyant sans cesse l'image de la mort, des squelettes, des corbillards, des oiseaux noirs, des serpents, des animaux divers, tels que des chats, des souris, des rats, etc., des précipices sans fin ; d'autres fois ils sont indifTérents ou agréables, les malades entendant de la musique, se croyant transportées dans an séjour enchanteur, dans un jardin émaillé de fleurs bleues, de roses rouges, dans le paradis ; d'autres s'imaginent avoir eu des rapports sexuels, elles sont visitées toutes les nuits par le même jeune homme qui vient, les couvre de caresses, etc. Mais, fait important sur lequel on ne saurait trop insister, les hystériques croient très souvent à la réalité de leurs rêves, comme à celle de leurs hallucinations; elles affirment de la façon la plus formelle et de bonne foi, que tout est absolument réel, comnK autrefois les Ursulines de Loudun affirmaient énergiqnemenl la Tenue et la présence nocturne d'Urbain Grandier dans leur couvent* D'une façon générale, leur sommeil ayant des ressemblances frappantes avec

(1) CHniqtte m^.,t. !«•

(2) Sydenham a très-bien .décrit les caractères du sommeil chei les hystériques : « La n 1 1. qui est, dit-il, pour les autres hommes un temps de repos et de tranquillité, deTienl p. a? les malades dont nous parions (les hystériques), une occasion de niUle chagrins et d« mt > crainte», à cause des rôves qu'Us font, et qui roulent sur des morte et des revenants tWrA. praaçtté, trad. de Jault, p. 23S).

celui des alcooliques, consiste dans un assoupissement léger, souvent interrompu par des secousses musculaires, des mouvements fréquents, des réveils en sursaut, elles croient voir des hommes, des animaux qui les poursuivent, de vives lumières qui les éblouissent, ou encore entendre le bruit d'une fusillade, etc.

Les inhalations de nitrite d*amyle occasionnent des rêves souvent tristes, celles de chloroforme et surtout celles d'étber donnent lieu à des rêves agréables.]

Troubles des fonctions sensorielles. — La vue, l'ouïe, le goût, l'odorat, présentent souvent les modiûcations les plus variées qui rentrent dans les deux classes si compréhensives de l'exagération avec perversion, ou de raffaiblissement*

a. — A la première appartiennent : Timpressionnabilité de la rétine exaltée au point de permettre la lecture avec les paupières presque fermées; la finesse de l'ouïe, grâce à laquelle sont perçus des sons lointains qui échapperaient à l'oreille la plus délicate; la susceptibilité quelquefois prodigieuse à l'égard des odeurs les plus faibles ou des saveurs les moins accusées, et aussi, à un degré plus élevé : la photophobie ou la photopsie.

[Du côté de la vtie^ on peut donc constater un état à^hyperesthisie visuelle. On peut aussi observer des illusions et des hallucinations de la vue. Les premières se produisent surtout au moment de l'attaque convulsive, les malades voyant les figures des assistants se transformer, et prendre des aspects bizarres; l'une de nos malades, plusieurs jours avant les attaques, se plaignait de voir un grand fantôme s'allonger démesurément, etc. Les secondes se produisent pendant ou après les attaques, les malades voient des animaux (zoopsié)^ des hommes habillés enrauge^ des figures qui font mille grimaces, etc. Pendant l'extase, elles assistent à des scènes religieuses, sont transportées dans le paradis ou dans l'enfer, voient la sainte Vierge, les saints, des anges rouges, ou encore des corbillards, etc. Ces hallucinations de la vue peuvent encore être provoquées parla folie hystérique; elles peuvent même persister pendant un temps plus ou moins long après la disparition du délire, témoin l'exemple d'une jeune fille qui, pendant deux mois, conserva toujours devant les yeux l'image de la mort(Marcé).

Enfin, nous avons vu plus haut, que les malades peuvent avoir dans rintervalle, à la suite ou à l'approche des attaques, d'une façon subite, des hallucinations qui ont pour caractère de se montrer du côté de ranesthésie et de Famblyopie. Si celles-ci existent i gauche, par exemple, la malade verra toujours de ce même côté courir des animaux, tels que des chats, des rats ou des bêtes fantastiques. En un

mot, les hallucinations sont unilatérales et se produisent du coté de rhémianesthésie sensorielle et sensilive. C'est là un caractère important sur lequel M. Charcotà particulièrement insisté (1).]

On observe encore d'autres troubles dans divers sens : Certaines malades éprouvent une impression pénible produite par les iocilanls de l'ouïe, de l'olfaction, de la gustation , les bourdonnements, la perception illusoire d'odeurs et de saveurs absentes. Chez quelques malades, l'odorat et le goût sont pervertis : elles respirent avec délices le musc, le camphre, l'asa fœtida, et recherchent avec une extrême avidité les substances acides ou insipides (pica, malacia).

b, — L'état opposé, celui d'anesthésie sensoriellSy se traduit parramaurose hystérique, par la perte du goût, de l'odorat, plus rarement de Touïe. En général, ces accidents ne surviennent que consécutivemenl à l'anesthésie cutanée soit générale, soit localisée au voisinage des organes sensoriels correspondants. Ils peuvent se rencontrer dans lous les sens à la fois, mais le phis souvent ils sont limités à un seul ou môme ne frappent que l'un des organes sensoriels, l'un des yeux ou Tune des oreilles, etc., en respectant son congénère.

[Mais, de tous les troubles que nous venons de passer en revue, le plus important et le plus constant est celui qui résulte des aberrafions de perception des couleurs, que l'on désigne communément sous les noms de dyschromalopsie ou achromatopsie hystérique.

Le champ de la vision des différentes couleurs n'a pas la même étendue, c'est-à-dire que la rétine n'a pas le môme degré de sensibililê pour chacune d'elles, à mesure que l'on s'éloigne de la macula. Si Ton représente par des cercles conceniriques la limite des perceptions de^ différentes couleurs dans le champ visuel, on remarque que le plib central est occupé parle violet, le plus externe par le bleu; en allant de l'un à l'autre, on rencontre celui du vert, du rouge, de Torange el du jaune. D'après M. Landolt, l'insensibilité pour les couleurs dans l'hystérie se produit par rétrécissement concentrique des différents cercles, de telle sorte que la perception d'une couleur disparait d'autant plus facilement que le champ rétinien affecté à celle couleur esi moins grand.

C'est ce qui permet de comprendre pourquoi la perception du violet et du vert étant perdues d'abord, les hystériques ont souvent ud^

(1) Charcot, Des troubles de la vision chei les hystériques (Progrèi méd.,) p. 37. \<^ Voyez aussi sur les liallucinal ions unilatérales un travail du D' Régis {Ï/Bncépkaley nM,i^^' U est utile de faire remarquer que Koberison ( TAe British med. Joum , 1875, t. II, p i'* a constaté assez fréquemment des hallucinations unilatérales chez les alcooliques, haJl» ' nations plus fréquentes à gauche qu a droite. Ce fait vient s'ajouter encore à c€ux qui -îmontreni une certaine similitude entre les accidents cérébraux des alcooliques et c«ux i ■ li^stériques.

prédilection marquée pour les couleurs telles que le jaune, le bleu et surtout le rouge. C'est même peut-être la raison qui explique pourquoi elles aiment davantage à se parer la tête de fleurs et de rubans bleus ou rouges ; c'est ce qui explique encore les erreurs qu'elles commettent parfois dans le choix de leurs vêtements: ainsi, une malade achète un jour une robe rouge violet qu'elle supposait être decouleur marron, etc. De même que dans les cas où le goût est affaibli, les malades recherchent les substances sapides capables de le stimuler, de même aussi les hystériques recherchent les couleurs qui peuvent impressionner plus virement leur rétine. Ainsi donc chez elles, la notion des couleurs se perd dans un ordre déterminé de la périphérie au centre et, en cas d'amélioration, elle reparait dans un ordre inverse du centre à la périphérie. Il y a cependant à cette loi des exceptions, il y a même des faits qui lui sont tout à fait défavorables, entre autres ceux où la vision du bleu dont le cercle est le plus excentrique, est abolie, tandis que celle du vert et du rouge est conservée (Parinaud).

Toutes les couleurs peuvent être perçues, mais à un degré moindre qu'à l'état normal (dyschromatopsie, dyschromatopsie à distance de Landolt.)

Enfin, lorsque la notion de toutes les couleurs est perdue, ce qui est un phénomène rare (achromalopsie complèle)y les malades saisissent bien les contours des objets et leur forme, mais ceux-ci leur paraissent gris ou même blancs.

D'après M. Parinaud, le trouble visuel dans Tamblyopie hystérique se compose de plusieurs éléments. La perception des formes, des couleurs et de la lumière correspond à des modes particuliers de la sensibilité oculaire, ayant dans le cerveau des sièges distincts, et pouvant être intéressés diversement. Dans l'hystérie, la sensibilité qui est le plus fréquemment atteinle est celle de la lumière. Chez des malades dont Tacuité visuelle est sensiblement normale, qui n'accusent pas de troubles de la vision, ou qui, en ayant eu, se considèrent comme guéries, cette anesthésie peut-être telle qu'il faut une intensité cent fois plus forte qu'à l'état normal, et même davantage, pour que la lumière soit perçue. Lorsque cet état est très prononcé, il cause bien une certaine diflicullé de reconnaître les couleurs, mais il est tout à fait distinct de la vraie dyschromatopsie. Cette dernière parait être toujours associéeà l'insensibilité relative pour la lumière, mais elle peut se montrer et disparaître sans que la sensibilité lumineuse subisse ces mêmes variations. Il en est de même de la perception des formes qui correspond à Tacuiié visuelle ordinaire. Elle est fréquemment intéressée, mais il y a des cas où elle reste bonne, bien que ï'amblyopie pour les perceptions lumineuses et colorées soit très prononcée. On ne saurait méconnaître une grande analogie entre la dissociation pathologique des* différentes

espèces de sensibilité oculaire et celle que Ton observe dans la sensibilité cutanée, où les sensations de contacti de douleur et de température ne sont pas toujours modifiées dans le même sens (1).

Les symptômes d^amblyopie hystérique ne sont pas spéciaux à la névrose, mais ils se présentent avtc les mêmes caractères dans les lésions occupant le point désigné sous le non de carrefour sensitif^ et situé, comme on le sait, à la partie postérieure de la capsule interne. Dans les deux cas, en effet, on observe la même diminution de l'acuité visuelle, le même rétrécissement concentrique et général du champ visuel pour les couleurs, marqué dans les deux yeux, mais prédominant beaucoup dans l'œil du côté opposé au siège de la lésion intra-encéphalique, la même absence de lésion du Tond de l'œil (!â).

Cependant, à la longue, l'examen ophthalmoscopique peut (airerecon* naître des altérations qui surviennent sans doute au même titre que les lésions spinales consécutives à des contractures hystériques de longue durée. Ainsi, une malade frappée depuis longtemps d'amblyopie hystérique du côté gauche, a fini par présenter les lésions suivantes : 1* rougeur avec congestion papillaire; ^'^ effacement des contours de la papille par suite de la production d'une exsudation séreuse diffuse, étendue sur la rétine, le long des vaisseaux; S"" dilatation fusiforme delà branche principale de l'artère centrale qui se distribue à la partie inférieure de la rétine, tandis que près de la papille, elle parait être en état de contraction spasmodique. Selon M. Gaiezowski, qui a constaté ces lésions, a il y a lieu de supposer que tous ces désordres sont dus à la contraction spasmodique des artères par places, et à leur dilatation dans d'autres endroits. Delà, des congestions papillaires sur certains points, et des anémies sur d'autres, ce qui amène une infiltration séreuse péripapillaire (3)».

Dans tous les cas, il résulte de cette parfaite similitude des symptômes amblyopiques dans l'hystérie et dans certaines affections du système nerveux, la notion du siège des troubles dynamiques ou vaso-moteurs de l'hystérie, lequel doit être placé, comme pour l'hémianesthésie d'originecérébrale, à la partie postérieure de la capsule interne.

L'amblyopie ou amaurose unilatérale est très fréquente chez Ic> hystériques; il n'en est pas de même de Y amaurose totale et bilatérale qui s'observe souvent d'une façon passagère avant ou après les attaques,

(1) Parinaud. Communication orale.

(2) Citation de A. N. Svynos. Des amblyopies et des amauroies hytiériquei (Thès^ in. «Se Paris, 1873). — Voyez encore les deux thèses suivantes : Bonnefoy, DeM tnmbUs de la vision dans Vhysiérit (Thèse in. Paris, 1874), et Mouvement médical (1873, p. 276 . — Baron, Troubles de la vision che* les hystériques et les hystéro-Mieptiaiteê IThvui la Paris, 1877).

(3) Galezowski, Loc, cil. {Progrés méd., 1878, p. 39). — Fieui»!, Amblyi^ie hystéts;*^ (Progrés méd., 1879j.

HYSTÉRIE. 99f

OU qui persiste, pendant un temps plus ou moins long en dehors de toute attaque convulsive, et qui peut même dans certain» eas oonsfi* tuer chez une femme la première et seule manifentairon hystérique (Faits de Dujardin-Beaumelz et Abadie, de FieuzaI, etc.).

On observe encore dans Thystérie des troXibles du côté de Taccommodation.

Dans un premier degré, le trouble fonctionnel ne s'accuse que pendant la fixation, simulant Tasthénopîe que Ton observe dans d'autres états oculaires, dans l'hypermétropie particulièrement. C'est une forme de kopiopie hystérique.

Dans d'autres cas, le muscle est atteint d'un véritable spasme (Steffan, Galezowski, Parinaud), on trouve chez les malades une distance ordinairement assez rapprochée de l'œil où la vision est plus distincte ; mais, à l'inverse de ce que l'on observe chez le myope, la vision se trouble en deçà comme au delà de ce point déterminé, c'est-à-dire que l'accommodation ne fonctionne pas. C'est à ce spasme de l'accommodation que M. Parinaud rapporte la diplopie monoculaire (1). Ce singulier phénomène, signalé depuis longtemps, avait été généralement rapporté à un trouble cérébral. Cette opinion vient d'être soutenue de nouveau par Abercrombie (2). Voici les faits qui, d'après M. Parinaud, prouvent péremptoirement que dans Thystérie, la diplopie monoculaire tient à un simple trouble de la réfraction, aux défauls de structure du cristallin exagérés par le spasme : Il y a assez souvent trois imafres au lieu de deux; la polyopie n'existe qu'à une distance déterminée; on la fait disparaître avec un verre approprié, qui adapte l'œil pour la distance à laquelle se trouve l'objet.

Le muscle de l'accommodation, au lieu d'être en état de contracture {myopie hystérique observée par Galezowski), est quelquefois paralysé, donnant lieu à des phénomènes de presbytie. Sur seize cas examinés par Sleffan, l'accommodation était normale six fois ; chez cinq malades elle était en état de spasme, chez cinq autres elle était paralysée (3).

Les muscles moteurs du globe et des paupières peuvent être également intéressés, et donner lieu à de la diplopie par défaut d'association des deux yeux. On observe encore ici de la contracture ou de la paralysie. Le plus souvent, il s'agit de phénomènes spasmodiques s'accompagnant de photophobie, el portant simultanément sur les muscles du globeet l'orbîculaire des paupières. Les malades sont quelquefois dans l'impossibilité d'ouvrir Tœil, surtout quand la lumière est vive, et les mouvements

<1) Parinaud. De la polyopie monoculaire (ions Vhysiérie et les affeciions du tytUme ner--

ux {AnnaleM doculisiique, 1878).

(2) Société ophthal. du Royaume-Uni, octobre 1881.

C^) Société ^thalmologtque de Heidelberg, 1873.

992 iNÉVliOSËS COMPLEXES.

sont plus faciles dans un demi-jour. M. Fieuzal a signalé la diplopie résultant de la parésie des droits internes (1;.

Du côté de Voreille^on observe quelques troubles importants à connaître : on peut d* abord constater un certain état d'hypéresthésieq}ï'i\ ne faut pas confondre avec, l'exagération d'acuité auditive. Car Touîe est plutôt troublée et diminuée, en même temps que la sensation cause un ébranlement nerveux insolite ou des retentissements à distance, anormaux, les malades percevant les sons à Toccipul, au sommet de la tête, ou sur toute la surface du crâne (2).

D'un autre côté, Thémianesthésie cutanée droite ou gauche s'accompagne d'un affaiblissement marqué et quelquefois même d'une disparition totale de l'ouïe. Dans le cas de surdité hystérique, il existe un état d'insensibilité de la peau du pavillon de l'oreille, de la conque, du conduit auditif externe, et les piqûres pratiquées dans ces parties ne laissent point échapper de sang, pas plus que l'incision de la partie la plus vasculaire de la membrane du tympan ; mais après le transfert, la plaie peut devenir saignante, d'après M. Miot (3). Un autre caractère de cette surdité, c'est sa disparition assez rapide après l'application des courants électriques ou des aimants. 11 est même bien curieux de voir doubler, tripler la puissance auditive d'une oreille par le simple passage d'un courant électrique ou par l'emploi des métaux (4). C'est même sur l'oreille qu'a été étudié et découvert par M. Gellé, au moyen de son tube inter-auriculaire, les phénomènes si étranges du transfert. EnGn, d'après Ouspensky, la perte de la sensation du passage du courant avec la conservation de la contractilité musculaire, comme pour les paralysies hystériques, sont des caractères qu'il faut encore ajouter à Tanesthésie concomitante de la peau, des sens, de i'odorat, du goût et même de la vue, à l'absence d'altérations pathologiques de la membrane du tympan et de l'oreille moyenne, ainsi qu'à la variabilité et à la mobilité des troubles auditifs, pour guider le diagnostic, surtoutsi les manifestations caractéristiques de la grande névrose sont peu accusées ou même font défaut. Ajoutons encore que, d'après Briquet et Ouspensky (5), la surdité hystérique est toujours unilatérale et s'accompagne souvent de sifflements d'oreille qui incommodent beaucoup les malades.]

(1) progrès médical^ 1879, p. 3,

(2) Gellé. Communication orale.

(3) Miot. Communication orale.

(4) Celte influence salutaire et rapide de Télectncité sur la surdité hTSiérique a ét^ d > démontrée par Briquet au sujet d'une malade qui fut débarrassée en t[ueîqu6s oiiimles d'ao • surdité du cdlé gauche et de sifflements ou bourdonnements dont elle se plaignail d^f»^* longtemps iloc. cit., p. 685.) Tout dernièrement encore, Haberman a cité an cas de fuéri«<'« d'une surdité hystérique par Tcmploi de la métallo thérapie. (SitrdiU AyfiêrÂfM. Pnger rt^ Wocheny 1880).

(5) Ouspensky (de Moscou), Surdité compliquée d'une névrose êî dune surdité Ayslâ^'»" {Annales des mal. de VoreUle et du larynx^ décembre 1881).

Troubles de la sensibilité. A. — SemihilUé cutanée. — C'est sans contredit le sens cutané dont les altérations se remarquent le plus fréquemment dans Thystérie.

a. — L'Ayper«(ftm> cutanée se développe principalement dans l'hystérie à marche aiguë (Briquet) ; elle consiste tantôt en une fmesse inusitée du toucher qui rend la peau impressionnable aux plus légers contacts ; tantôt en une susceptibilité telle des téguments que tonte impression extérieure, même celle de l'air, devient pénible ou douloureuse : c'est alors une dermalgie ou dermatalgie qui, tantôt générale, tantôt bornée à un seul côté du corps, et le plus souvent au côté gauche, n'existe d'autres fois que dans une seule région, et même dans un point très circonscrit : le dos, les régions latérales ou antérieure du thorax ou de l'abdomen, les membres, la vulve et l'entrée du vagin, la mamelle, etc. Quelques malades accusent spontanément à la peau un froid glacial ou une ardente chaleur, des fourmillements, des picotements, des élancements, de vives démangeaisons. Le prurit vulvaire est une des manifestations les plus curieuses de Thyperesthésic légumcntaire (peau et membrane muqueuse) chez les hystériques.

b. — Uanesihésiey qu'il n'est pas rare de voir coexister avec l'hyperesthésie dans certains points, est un fait si commun dans Thystérie qu'on a pu le croire constant dans cette maladie.

[L'étendue et le degré de Tinsensibilité varient a l'infini : l"* elle estgé* nérale; 2"* elle occupe une moitié latérale du corps, presque toujours la moitié gauche, s*arrêtant parfois avec une netteté parfaite à la ligne médiane {hémianesthésié) \ 3* l'aneslhésie restreinte est plus fréquente; elle affecte une moitié de la face, la peau du tronc ou les membres, principalement les membres supérieurs, plus souvent à gauche qu'à droite, et cela dans la proportion de 4 à 1, d'après Briquet J

Il peut y avoir abolition simultanée des sensations de contact, de lempiérature, de douleur {anesthésk complète) ou persistance de Tune d'elles avec perte des autres {anesthésie incomplète); nulle part, on ne trouve à cet égard, des exemples d'isolement plus variés et plus singuliers que chez les hystériques; mais quelque variété qu'ils présentent, toujours, dit Briquet, il y a comme lésion fondamentale une diminution notable du tact (?). Quand l'anesthésie est complète, les excitations les plus fortes et les plus douloureuses pour des tissus sains, sont en* durées avec une parfaite impassibilité; c'est ce qu'on voit sur une petite échelle dans les salles des hôpitaux, et c'est ce qui a été observé en grand à ces époques lamentables où la médecine, se mettantau service des tourmenteurs, découvrait sur le corps des prétendues sorcières, ces marques du d\ah\e{$tigma ou sigillum diaboH)y signes infaillibles de possession, qui n'étaient autre chose que des points anesthésiés des téguments.

AXEàirELD. 63

L*aneslh6sie complète s'accompagne d'un certain degré d'abaissement de la température, d'un ralentissement de la circulation capillaire, et entraîne d'autant plus d'incertitude dans les mouvements que les malades ont une perception moins précise des objets qu'ils tiennent entre les mains, de la résistance du sol, etc. Quand à l'insensibilité de la peau s'ajoute, comme cela a lieu quelquefois, celle des sens spéciaux, et surtout celle des muscles, un pareil état équivaut presque à une paralysie générale. L'anesthésie cutanée légère, telle, par exemple, qu'on la voit se développer brusquement à la suite d'une première attaque convulsive, ne persiste pas en général longtemps; celle qui survient lentement est beaucoup plus rebelle, surtout quand elle envahit une grande surface.

[Nous avons étudié l'hémîanesthésie dans un chapitre précédent (>oy. p. 398). Bornons-nous donc à rappeler les caractères principaux qu'elle présente dans l'hystérie et qui reproduisent presque tous ceux de l'hémianesthésie d'origine organique, par lésion de la partie postérieure de la capsule interne: L'anesthésie porte non-seulement sur la peau dont la sensibilité estaltérée dans tous ses modes (anesthésie, analgésie, thermo-anesthésie, etc.), mais aussi sur les muscles et les os, de sorte que l'on peutparfois transfixer toutun membre avec une grosse épingle sans déterminer de douleur, ce qui est dû à l'anesthésie, et sansdéterminer d'effusion sanguine, ce qui est dûà la constriction concomitante des capillaires (I); — il y a presque toujours diminution de la tempéi^ature du côté atteint; — l'anesthésie est également sensorielle portant sur le goût, l'odorat, l'ouïe et la vue du même côté, elle siège le plus souvent à gauche du même côté que Thypéresthésie ovarienne, et c'est par exception que MM. Charcot et Bourneville ont cité des cas d'ovarie gauche avec hémianesthésie droite ; — l'hémianesthésie coexiste toujours aver un certain degré d'anesthésie musculaire, d'amyosthénie du même côté, et ce qui prouve que les deux phénomènes sont bien liés l'un à l'auti^e, c'est que dans les expériences métalloscopiques, ils apparaissent ou disparaissent ensemble; — l'hémianesthésie peut se généraliser à l'autre côté, mais alors c'est toujours le côté primitivement anesthésiô qui est le plus atteint; — les agents œsthésiogènes (plaques métalliques, courants galvaniques et faradiques, électricité statique, barreaux aimantés, sinapismes, vésicatoires, eau froide, etc.), ramènent la sensibilité en même temps qu'ils activent la motilité, la circulation capillaire, et qu'ils élèvent la température.

(1) Ce qui prouve qu*il n'y a pas relation de cause à effet entre la constriction des r.ipiV laircs (pâleur du membre, absence d'effusion sanguine sous riafluence des piqûre^; M raneslhésie, c'est que celle-ci ne disparait pas lorsque la circulation devient normale djaf le racmbre.

La perte absolue de la sensibilité d'un côté, ou des deux côtés du corps explique les mutilations que les hystériques se font parfois sans ressenlir de douleur. Ainsi, une malade s'est de cette façon opéré la section complète du mamelon du sein gauche. Cette insensibilité permet aussi aux hystériques de subir l'action du froid, de se promener à peine vêtues par une pluie battante, ou de rester dehors pendant une nuit «glaciale; elles ne se plaignent pas du froid, parce qu'elles sont thermoanesthésiques.]

Les membranes muqueuses oculaire, nasale, bucco-pharyngée, génito-urinaire, participent assez fréquemment à Tanésthésie de la peau. L'insensibilité de la conjonctive, surtout à l'œil gauche, ne manquerait chez aucune hystérique, d'après Gendrin.

B. Sensibilité générale. — Les altérations de la sensibilité cutanée dont nous venons de parler, pouvant être indifféremment comprises soit parmi les troubles sensoriels, soit parmi les modifications de la sensibilité générale, il nous reste à parler seulement d'un certain nombre d'autres hyperesthésies et anesthésies qui se montrent fréquemment chez les hystériques dans différents tissus de l'économie.

a. Hyperesthésies, — Envisagées dans leur ensemble, elles ne présentent dans l'hystérie d'autres caractères particuliers que leur prédilection pour certaines régions du corps ; leur instabilité et leur mobilité plus grande que dans les autres maladies; l'influence très marquée que les émotions morales excercent sur elles, et, ajouterons-nous, leur multiplicité même : des douleurs partout, voilà un des grands caractères de l'hystérie. Les plus fréquentes de ces douleurs, celles qui conséquemment doivent tout d'abord attirer notre attention, sont les trois suivantes : Douleur épigastriquey douleur de côtéy douleur dorsale.

V La douleur épigastrique (épigastralgie) ne manque presque jamais; loin d'être toujours due à une souffrance de l'estomac, elle peut avoir pour siège unique les muscles droits de l'abdomen; elle peut aussi accompagner la gastralgie proprement dite (dans la moitié des cas, d'après Briquet). On la constate en pressant avec le bout du doigt sur les faiceaux musculaires compris entre les deux premières intersections aponévroliques, soit des deux muscles droits, soit du muscle du côté gauche seulement quand la douleur n'envahit pas toute la région épigastrique. Permanente, assez forte pour gêner parfois notablementles mouvements et la respiration, l'épigastralgie n'est pas toujours spontanée, mais on la découvre constamment par la] pression du doigt, et elle se trahit alors par une vive expression de souffrance. Elle peut exister en l'absence de toute attaque convulsi ve ; lorsque les convulsions

vont éclater, c'est souvent Tapparition ou l'eiacerbation de la douleur épigastrique qui annonce leur approche; dans le cours même des attaques, elle atteint un haut degré de violence, pour ne diminuer que lentement à leur suite.

2' La douleur dorsale {rachialgie^ dorsodynie^ dorsalgie ou spinalgie). également à peu près constante, occupe la partie supérieure de la colonne et des gouttières vertébrales, plus souvent que la partie inférieure; elle ne dépasse pas, en général, une étendue correspondant à quatre ou cinq vertèbres superposées, et assez souvent se trouve limitée à une seule apophyse épineuse ; on la constate en exerçant une pression, soit sur le sommet des apophyses, soit sur les parties latérales ; et presque toujours à gauche seulement, quand la douleur n'existe que d'un seul côté, ou tout au moins avec une vivacité plus marquée à gauche, quand la douleur est bilatérale.

[Souvent la ténacité et la persistance de la rachialgie contrastent singulièrement avec la mobilité et Tinstabilité des phénomènes hystériques; elle s'accompagne même parfois de douleurs plus ou rooins vives, de névralgies et d'hypereslhésies diverses, de céphalalgie, de gastralgie, etc., constituant ainsi ce que nous appelons les hyslérit\< douloureuses. Lorsque la douleur spinale est arrivée à un grand degré d'acuité, elle augmente par la pression, l'application de corps chauds, les mouvements du tronc, elle peut même survenir spontanément sous forme d'accès de douleurs profondes, lancinantes, téréb tuantes avec sensation de brûlure; la pression la plus superficielle, le plus simple frôlement sur une apophyse épineuse suffit pour exaspérer les phénomènes douloureux, pour provoquer de la suffocation, de la dyspnée, des palpitations, des lipothymies et même des attaques convulsives, comme Stilling et Tùrck l'avaient déjà observé depuis longtemps. Dans ces cas, on remarque que dans le point dorsal douloureux, il existe une anesthésie avec analgésie de la peau. Ainsi, la pression même superficielle de> apophyses épineuses est tellement pénible qu'on voit certaines malades. sous cette influence, recourber brusquement le tronc, incliner la tète et la poitrine en arrière en présentant sur la face l'expression d'une réelle angoisse douloureuse; si la pression alors devient plus forte, il arriv'' souvent qu'elles perdent connaissance et tombent. Lorsque la rachialgie acquiert cette intensité, elle peut constituer un état de malaise permanent, l'hystérie se complique des accidents divers de Vin-Ualûn spinale (1), et dans ces cas, on conçoit que des erreurs aient pu èlr? commises et qu'on ait cru à l'existence d*un mal de PoU, ou d'uoe

(V Archer (de Liverpool) a citt' un ens intéressant d'irritafion gpitiale compliquée di «*nifeslation hystéro-cataleptique {The Dublin Joumat of med: Se., p. i89, avril IWl;.

méningite spinale chez une hystérique en attaques (Rachialgie hystérogèné).]

3* La douleur de côté (pleuralgie)y très commune chez les hystériques, puisqu'elle se rencontrerait chez les quatre cinquièmes d'entre elles (Briquet), s'étend de la gouttière vertébrale, ou elle semble taire suite à la douleur dorsale, et en affectant un trajet plus ou moins oblique, jusqu'en avant, où elle se confond en quelque sorte avec l'épigastralgie. Elle occupe ordinairement le niveau des cinquième, sixième, septième et huitième côtes, et les espaces intercostaux correspondants; rarement bilatérale, elle envahit de préférence le côté gauche, s'exaspère par le mouvement, et surtout par la pression du doigt; continue, non accompagnée d'élancements subits, d'une intensité en général modérée, égale et sans foyers d'élection, lapleuralgie par cet ensemble de caractères diffère de la névralgie intercostale avec laquelle on la confonS souvent. (Voy. Hyperesthésie des muscles et Névralgie intercostale.)

4** Après ces trois hyperesthésies qui sont les plus constantes et les plus caractéristiques, nous aurions à mentionner encore une foule d'autres douleurs hystériques qui se font sentir dans divers points du corps desservis soit par les nerfs cérébro-spinaux, soit par les filets ganglionnaires. Ce sont ces diverses souffrances que les médecins anglais désignent quelquefois sous le nom collectif d'hystérie locale. Il faut renoncer à dépeindre les variétés infinies qu'elles peuvent présenter sous le rapport de leur intensité, tantôt médiocre, tantôt extrême, de leur mode aigu ou sourd, contusif, lancinant, térébrant, etc. ; la bizarrerie même de quelques-unes de ces sensations est un fait important à connaître. Dans bien des cas, elles sont assez légères et assez fugaces pour que le médecin soit tenté d'y accorder peu d'attention (il y a même quelque utilité à agir de la soite); mais ce n'est pas, croyons-nous, une raison pour imiter le mauvais scepticisme de ceux pour qui toute douleur hystérique est un mal imaginaire. Ces souffrances, pour n'être accompagnées d'aucune altération visible des parties, n'en sont pas moins très réelles et quelquefois d'une cruelle violence; Herbert Mayo, pour une douleur de ce genre, a pratiqué successivement deux fois l'amputation de la cuisse, puis la désarticulation de la tête du fémur!

Énumérons rapidement les principales hyperesthésies hystériques dont il n'a pas encore été question jusqu'ici : Ce sont les douleurs du thorax, de l'abdomen et des membres (thoracalgie^ cœlialgiey omalgie^ brachialgie de Briquet) ; la migraine, la douleur de tête, dont une variété assez rare constitue le clou hystértqtiej (clavics) décrit par Sydenham; [Cette dernière douleur très limitée, d'une étendue égale à

rU'ntA •:- .S^j' %;:^.^. fr'.j.i: — ;i </>vy>/ *»•"? -ic Ss-tzoci -K c Ïi2:r> .-

d'éir-: :r< : .^,u'^f-ï<f:^ IrS rr:/:^-: r.^^ •!•= L^i-, .cl- -t la p.uf ir\ îz^i'i- V: j/ •- r:û ru.^,Vjihi Mï.t opÎLion o>nl/^f •?. » ..ralecit r -r icd^jL!*? «?n er-r^-r [Hit <,^A"iuh^.i doui-rurs q'JÎ Ah^/tiA, din^ l^î r;.-j>.'«r4i; — puis Tirnuen:

ou \ry\iih\^'\^, \ft^ douleur* da pieiuf r^n^K les doul^rurs if»^ica".e?.

îvu^*;nl i^ rfo'jkur? aWoauoa.eî qui peuvent précéder oa suivre p^tidant p!»j*i^uia jours les attaques cooTuUiTe^, oui un foyr*r o^ari'^n dO'i ^:ir2 înaJienl daus d^ r^ons dîT«i:r5-?s, vers le reiilum, le Ta^ln. la veèsi-i, àiX loml^eâ, aux flaucs* aux ruembres inf»rrieurs Nousa^onvu Uï'^Auit liés souvent ce- douleurs uU^ro-orariques être prises p«jurd" .•im(»le* douleur* de U'îvraline lomb«>aLdorûinale que fon raiia^bi- Dature!I»;(nenl à une afTection utérine qui n'existait pas et que Ton s'etlorcait en vain de ^érir.

On observe aujii des hypereslhésies des muqueuses, par exemple de la muqueuse du col de la vessie et du canal urétbral i j) donnant lieu suitoiit après les attaques, à tous les phénomènes d^une cystite du col ou d'une uréllirite par suitede rexistencedutént.^smevésicaletdeladoulr^ur pendant rémission des urines; on observe encore rhypereslhésievuUovaginale rendant le coit douloureux et donnant lieu aux pliénomèn^-s du ) uliisme et du vaginUme: une byperestbésie du voile du palais, d.i phaiynx et de l'œsophage, affection qui peut même devenir grave par suitede ^impo^:^ibilitéd alimenter les malades etc. Quelques auteurs on'

M/ N'm< a\ons rori«Uté souvent aprè^ Inii^an on my^lgia^ Loniion, 1860^ que d<n« -• iDval^'îe. le) points douloureux correspondent le plus s^^uveot aux orîgio«s eC aux p>.aif d'insertion d»;^ inu<i:h:s.

ii) \(ty. les art clés consficré'i à l'histoire de diarune de ces hvpcresthésies.

prétendu qu'il pouvait exister une hyperesthésie du cœur; nous croyons plutôt que les palpUations douloureuses éprouvées assez souvent par les hystériques, sont dues à un état d'hyperesthésie de la paroi précordiale contre laquelle le cœur vient frapper douloureusement.]

b. Anesthésies. — Nous avons déjà mentionné celle des organes des sens et celle de la peau; il nous reste à ajouter que chez les hystériques on rencontre assez fréquemment Taneslhésie des muscles (voy. ce mot), avec ses conséquences, tantôt isolément, tantôt conjointement avec Tinsensibilité cutanée ; Tanesthésie des muscles s'ajoute si souvent à la paralysie de ces organes dans la névrose qui nous occupe, qu'on a pu faire de la présence même de Tanesthésie musculaire l'un des caractères distinctifs de la paralysie hystérique (voy. Névroses paralytiques). L'inaptitude à se mouvoir sans le secours de la vue, ce phénomène étrange, tour à tour considéré comme l'une des conséquences de l'anesthésie musculaire (Landry), ou comme résultant de la perte d'une sorte d'instinct spécial (conscience musculaire^ de Duchenne, instinct locofnO' teur^ de M. Bourdon), a été également observée dans l'hystérie et bien étudiée par M. Lasègue (1).

Une autre espèce d'anesthésie qui n'a guère été vue que chez les hystériques, est celle des os : on la constate en frappant rudement les portions les moins protégées de l'humérus, du cubitus ou du tibia, avec le bord de la main : quel que soit le degré de force employée, l'hystérique anesthésiée n'éprouve aucune sensation ; cette anesthésie des os se rencontre presque toujours en même temps que celle des muscles et de la peau.

Gendrin paraît enclin à admettre l'existence fréquente d'une awesihésie viscérale qui expliquerait la paralysie des différents réservoirs musculeux et ses suites : dilatation, rétention des matières liquides ou solides, etc.; ce n'est là sans doute qu'une hypothèse, mais une hypothèse ingénieuse et digne d'être méditée.

Troubles de la motilité. — Dans le sens de V excès avec perversion nous voyons chez les hystériques la motilité altérée au maximum pendant les attaques convulsives; mais, indépendamment de celles-ci, il ne manque pas chez ces malades de désordres musculaires plus ou moins étendus. Parmi les plus circonscrits, nous citerons: le strabisme, le torticolis, le trismus, les diverses contractures bornées aux muscles de la nuque ou du tronc (muscles de l'abdomen surtout), aux muscles des doigts, et encore le spasme du larynx, du pharynx et de l'œsophage, le

(I) Lasègue, De VaneilhéiU et de Vataxie hyiUriques (Archives gén. de midechte, 1864, Vl*s<îrie, t. UI,p. 385).

fiktii'»\ appa.-tirrrment la 'onlra tjre d-:s -titr-^l'*^, 1-? rr«çciL>mec'^

L — fl>:5 K/j/ttrarlHre* don! Liuré Doasa doon*; U rrUiIon Aani les auU:'jn âfi rien* < 1 f, ont été décr iliîs par p.>flime îoos le mm de ma^rni'A^./fo'jit de^.exlftmiliti, par Cie/ji^^^i en 1821 ^us oe!-JÎ de r^fr-tciiôn^ fiff^Junod///ue* rfe» membres : Tonnelé en l^-^î eo a donné deux obserralion* chfrz deux jeune* filles de quinze ans 1 3), Erriquel une observ-alion de coriU'^riuth Si'y^ut du côlé gauche «3». Maiî il faul arriver jusqu*au\ re^;herche3 de M. Chartol (4/ et au rriémoire de MM. RjumeTÎHe el Voulet /5; |K>fir avoir un tiavail important sur ce sujet.

Noua ne parK-rons \r^s des conlraciures passagères, aiguës, qui surviennent fi^mdant les attaques (k la première, à la seconde el à la quatriéffie période) ; ni des contractures artificielles que Ton peut produire j>endant la somniation des hystériques â la période dite d'hyperexcitahilit/5 musculaire, et que Ton détermine parfois parla vibration des htswUi'.f^ (ïun diapason sur les membres parésiés en imminence de contracture, par l'application de Taimant ou encore par la compression ovarienne. Nous ne décrirons que les contractures permanentes el nportlatiéefi qui, sunenant dans rinter^alle ou à la fin des attaques. perhislenl pendant un temps plus ou moins long.

Souvent les contractures que nous allons passer en revue, se pordui.sent sans cause; mais d'autres fois, surtout lorsque Tétat hystérique est aft.se/ accentué etque le système musculaire est doué d'une grande liyperexcitahilité, il suffit de la cause la plus légère pour la faire naître. On sait, par exemple que les membres atteints de paralysie hystérique sont souvent en imminence de contracture (ce que Ton démontre par Texagération des réflexes et l'existence de la trépidation spinale). Or dans ce cas une chute (0), une contraction musculaire un peu forte, l'application de l'électricité faradique sur les membres paralysés, peuveut suffire pour déterminer dans ces membres un état de contracture plus ou moins durable. Chez certaines hystériques, même exemptes de

(l) Liltré, Un fragment de médecine rétrospective (Philowphie positive, 1869, p. IOC>j.

{i) Tonnclé, Mémoire iur une nouvelle maladie de» enfantt {Gai, méd., 1B3:2, p. \\, Oa trotivc cncoro dans les thèses «ai vantes des observations de contractures hjfttëriqoM. Tliès(3 de Hnvcrot (Paris 1850), Baglou (Paris 1850), Lalou, Soudan (1852); Prieur (1853.. Dcbancaux (Strasbourg 1H56j; Rcy (Paris 1858); Rustegho (Strasbourg 1859).

(3) Lot. cit., p. ^)5 et ^8.

(A) Charcol, Sclérose de» cordons latéraux de la moelle épinière chez mne femme kfttèrique. atteinte de contracture permanente des quatre membres {Soc. méd. des hâp., 1^(63 : Leçon sur la contracture hystérique {Revue photographique des hôpitaux^ 1871, p. Ilji3).

(5) Bourncvillc et Voulet, De la contracture hystérique permanente, 1872.

(G) Dans les liéiniplégies dues aune affection organique du cerTeau, un IraumatiaiDe lé^. une chute peuvent également devenir la cause occasionnelle d*une contracture (Voy. Vtx< remarquahlc de M. Terrier (/{ci;u« mens, de méd. et de chir., 1879, n* 12).

paralysie, un simple effort musculaire peut être cause de contraclure : ainsi on voit des malades être atteintes de torticolis, parce qu'elles oi\t tourné vivement la tête de côté, de contracture des orbiculaires des paupières, parce qu'elles ont fermé violemment les yeux, opposant une grande résistance au doigt qui voulait les ouvrir, ou encore de contracture du pied à la suite d'une course prolongée. Letraumatisme chez les hystériques peutégalement être cause d'une contracture qui devient souvent la première manifestation de V hystérie infantile (torticolis, pied bot, coxalgie, etc.), cl ce traumatisme peut être extrêmement léger, constitué par une simple contusion, une piqûre, l'application d'un cautère, d'un vésicatoire, ou même simplement de la teinture d'iode (comme nous en avons vu un exemple). D'où le précepte de ne jamais chercher à faire des tentatives de réduction, de traction, etc. sur les membres contractures (1). Il est certain que ces contractures sont d'origine réflexe, qu'elles se produisent et persistent à la faveur d'une sorte d'exaltation de la réflectivité médullaire spéciale à l'hystérie, on peut dire en un mot avec MM. Brissaud et Ch. Richet que dans les cas de traumatisme, c les terminaisons sensitives des nerfs musculaires centripètes vivement impressionnées par la secousse imprimée au membre, soit passivement soit activement, provoquent de la part du centre de réflexion une réaction soudaine et durable, d'où résulte une contracture i (2). Les caractères généraux des contractures hystériques sont les suivants : EUessurviennent brusquement, soit après une attaque, soit à la suite d'une paralysie; la rigidité est souvent complète, absolue, ne cessant pas pendant le sommeil naturel, excepté dans le sommeil chloroformique qu'il faut pousser paifois très loin pour obtenir une résolution musculaire ; ordinairement le membre contracture est frappé d'anesthésie, et bien plus rarement d'hyperesthésie; il n'y a presque jamais de troubles trophiques, cependant on a observé deux ou trois fois, surtout dans des cas anciens, un peu d'atrophie du membre ; ces contractures sont parfois annoncées pendant plusieurs jours dans les membres par des douleurs vives, des sensations diverses de fourmillement, de rétraction des muscles, ou encore par des tremblements et des secousses musculaires. — Leur durée est illimitée, pouvant se compter par jours, par mois ou par années, ou même persister indéfiniment etproduire, comme

(1) Il peut même se produire à la suite des tentatives de redressement ou de réduction, des pteudO'Contractures par appréhension pour lesquelles M. Daily donne cette judicieuse explication : • Le souvenir des douleurs endurées détermine un état mental très actif que l'habitude rend inconscient et qui se traduit par une résistance énergique à toute tentative de mouvement imprimé au membre malade. > Ces pseudo-contractures ont pour caractère principal de cesser pendant le sommeil et de se reproduire au réveil (Daily Go*, hebdoma" dairt, 1874, et Société de thérapeutique, ?8 décembre 1881 : travail sur le traitement dei cantradures),

(2) Brissaud et Ch. Richet, Faits pour servira Vhistoiredes contractures (Progrès méd., 1880 p. 468).

iOO-2 NÉVROSES COMPLEXES.

dans le cas remarquable cité par M. Charcot, des altérations dans Taxe médullaire. — Enfin la marche est spéciale, et si les contractures peuvent survenir brusquement et sans cause appréciable, elles peuvent disparaître de la même façon, ou encore sous l'inQuence de vives émotions, d'une forte contention d'esprit, etc., comme on en a cité un grand nombre d'exemples. Ce sont même ces guérisons spontanées et subites qui ont été exploitées trop souvent par Tignoi'ance, un certain charlatanisme et la superstition.

Avec MM. Bourneville et Voulet, nous décrirons successivement les conlraclures par^Lielles qui n'atteignent qu'un ou plusieurs muscles, el les contractures des membres.

A. — Parmi les contractures partielles^ il faut citer : a) le pied bot ; — b) le torticolis hystérique ; — c) la contracture de la face qui est très rarement générale, qui intéresse la moitié du visage (auquel cas la confusion est possible avec la paralysie faciale), ou encore qui peut n'atteindre que quelques muscles ou un seul muscle; — d) la contracture des releveurs de la mâchoire ou trismus dont Pomme a donné le premier une bonne description, qui existe rarement à l'état isolé (deux cas de H. Landouzy et de Gharcot) et qui s'allie le plus souvent à d'autres contractures, de la face, du cou, des membres; — e) la contracture de la langue se traduisant par un état de raideur, d'immobilité de cet organe, auquol s'ajoute souvent une anesthésie sensorielle et sensitive de la muqueuse. Tantôt la langue sort de la bouche, tantôt elle est recourbée en demicercle avec sa pointe portée contre la partie postérieure du voile du palais ou la luette, et dans ce cas l'impossibilité de parler est plus ou moins complète ; — /) la contracture des muscles du voile du palais qui devient tendu, immobile, ce qui porte un obstacle plus ou moins grand a la déglutition; — jf) la contracture de l'orbiculaire des paupières, des muscles droits interne et exlerne des globes oculaires; la contracture de l'iris avec myopie consécutive (myopie hystérique), dont M. Galfzowski a fourni une bonne observation (1). (Dans ce cas, il y avait contracture de l'iris et du muscle accommodateur, le myosis était si accentué que le diamètre de la pupille mesurait à peine deux millimètres, et qu'on ne pouvait éclairer le fond de l'œil) ; — A) la contracture du larynx (aphonie par contraction), de la vulve (vulvisme ou vaginisme^; — i) Contractures des muscles de la vie organique : de l'oesophage, du pharynx, du larynx, du sphincter vésical (rétention d'urine) ; du pylore (vomissements par pylorisme) ; du sphincter anal, du canal cholédoque (contracture pour nous très hypothétique et capable de déterminer, d'après certains auteurs, une sorte d'ictère vaporeux), etc.

(I) Progrès médical y p. 39, 1878.

B. — Au point de vue de son siège, la contracture des membres comprend six formes :

l** La forme hémiparaplégique ou monoplégique dans laquelle la contracture n'affecte que Tun des membres supérieurs ou inférieurs.

^ La forme paraplégique^ lorsqu'elle affecte les deux membres inférieurs. Ceux-ci peuvent être atteints en même temps ou l'un après l'autre .

â"" La forme hémiplégique^ lorsqu'elle affecte les deux membres d'un même côté du corps. Au point de vue du mode de début, il faut distinguer également la contracture hémiplégique d'emblée^ qui frappe en même temps les membres supérieur et inférieur, auquel cas elle se greffe le plus souvent sur une hémiplégie motrice qu'elle accompagne ou à laquelle elle succède, et la contracture hémiplégique sua^essive qui se porte sur le membre supérieur après avoiroccupé le membre inférieur.

A"* La forme croisée assez rare dans laquelle la contracture, affecte le membre supérieur d'un côté et le membre inférieur du côté opposé. En tous cas, elle se montre d'emblée d'une façon tout à fait exceptionnelle.

5'' La forme générale ou diplégique. Rarement, elle est générale d'emblée, le plus souvent elle gagne les membres l'un après l'autre.

6** La lorme périaiHiculaire aifSecle surtout les muscles entourant les articulations du pied ou de la hanche.

Voyons maintenant quels sont les caractères cliniques de quelquesunes des formes que nous avons admises :

Dans la forme hémiparaplégique ^ le membre inférieur est beaucoup plus souvent atteint que le supérieur. Lorsque celui-ci est frappé de contracture, il est dans la flexion. 11 n'en est pas de même du membre inférieur qui est dans l'extension, porté dans l'adduction;

Dans la forme paraplégique, les membres sont dans l'extension et Tadduction forcée, au point que les genoux sont rapprochés l'un de Tautre, les talons sont élevés, les malléoles internes effacées et les malléoles externes saillantes par suite de l'inclinaison en dedans des pieds qui se touchent par leur extrémité digitale et se regardent par leur face plantaire. Enfin, à la longue, le repos forcé au lit et l'absence de mouvements peuvent déterminer un léger amaigrissement des membres inférieurs ; l'œdème des pieds qui s'observe très rarement parait dû à des troubles de la circulation locale. — Dans un cas observé par M. Lasègue, les membres inférieurs étaient au contraire dans un état de flexion tel que les genoux venaient toucher le menton.

Dans le type hémiplégique y on observe plusieurs variétés : — a, le membre inférieur est dans l'extension et présente l'attitude que nous avonsdécrite pour le type monoplégique inférieur; le membre supérieur est dans la flexion, le bras étant placé dans l'adduction et appliqué contre le thorax, Tavant-bras en supination, fléchi à angle droit sur le bras et

reposant par son bord cubital sur la base du thorax, la main et les doigts également fléchis avec le ponce en adduction et recouvert par les autres doigts (cette variété csl de toutes la plus fréquente) ; — h. Dans des cas très rares, avec la flexion du bras, de l'avant-bras et des doigts, on observe Texiension du poignet sur Tavant-bras; — c. Les membres inférieur et supérieur sont tous deux dans l'extension . Le bras rigide esi plus ou moins appliqué contre la paroi latérale du thorax, Tavant-bras en pronation forcée, la main et les doigts en état de demi-Qexion; — d. L'extension avec adduction pour le membre inférieur peut êlro remplacée par l'extension avec abduction; enfin le membre supérieur peut être foitement porté en arrière par suite d'un mouvenaenl de torsion tel qu'on a vu se produire une luxation de l'épaule.

La forme diplégique permanente est rarement générale d'emblée, et le plus souvent la contracture atteint successivement les membres, ello est d'abord monoplégique, puis elle devient hémiplégique, enfin l'autre côté se prenant à son tour, elle devient hémiplégique double, c'esl-àdire générale ou diplégique.

On observe également plusieurs variétés : — a. membres inférieui^ dans l'extension et membres supérieurs dans la flexion ; — 6. Tun des membres supérieurs est dans la flexion, l'autre dans l'extension; — c. la contracture s'élend non seulement aux quatre membres, mais eil. gagne les muscles releveurs de la mâchoire, les muscles du laryni, la langue, etc.

La forme périarticulaire atteint le plus souvent les muscles du pied et aussi ceux de la hanche. Dans le premier cas, le pied présente un' déformation particulière connue sous le nom de pied bol varus équin : le talon est élevé, le tendon d'Achille extrêmement rigide, la face dorsale du pied regarde en dehors, la face plantaire en dedans et en haut, le pi^'d repose sur son bord externe et le plus souvent il y a flexion des orteils. Quelques auteurs (C. Bell, Liltle, Boddaert, Boissarie, Skey, Laycock, Bourneville et Charcot), ont relaté des cas où la contracture était limiitv au pied sous forme de varus équin, de varus direct, etc. (1).

Dans le second cas qui est le plus fréquent, la contractui'e affecte plus particulièrement les muscles qui entourent l'articulation de lahanch» pour donner lieu à ce que l'on a désigné sous les noms de coxalgie hy^lcriquCy spasmodiquey nerveuse. Cette afiection, caractérisée par la codtraction des muscles de la région pelvi-trochantérienne sans lésion dr 1 articulation, a été bien étudiée par Brodie, Robert, Verneuil, BanuH et Crolas. Gomme dans la coxalgie vraie ou articulaire, on note une dt^*

(1) c. BcU {The nervous system ofihe human body, 3« éd., 1836. — LilUe, Treatise (m ri* nature and treatmenl of club foot and amt. distorsions, Londres 1839); — Boissutr {'•<.des hôp., 1861); - Boddaert (Ann, de la Soc, de méd. de Gand, ISCU) ; — SkcT, //téria,etc.y 1870: — Bourneville et Voulct, loc.cU.; — Charcol, loc. cit.).

formalion de la hanche, la rotation du membre en dedans avec flexion, adduction et raccourcissement apparent, la cambrure lombaire, l'immobilité spasmodique de la cuisse et du bassin; quand on veut faire mouvoir Tarticulation coxo-fémorale, on observe que les mouvements très enchaînés et limités n'ont pas pour siège cette articulation, qu'ils sont douloureux et que le malade est dans l'impossibilité d'appuyer son membre sur le sol et de marcher. Plus rarement on constate la rotation du membre en dehors avec abduction, l'extension et l'allongement apparent. Dans ces conditions le diagnostic est toujours possible : par l'anesthésie chloroformique en effet, on fait disparaître celte raideur musculaire et avec elle tous les symptômes de cette pseùdo-coxalgie (1), ce qui n'a pas lieu pour la coxalgie vi-aie; la douleur est plus superficielle, ayant surtout pour siège les muscles contractures, elle est plus diffusent disparaît pendant la nuit, tandis que dans la tumeur blanche, la douleur est plus profonde, de siège articulaire, s'exagérant par les fortes pressions exercées de dehors en dedans sur le grand trochanler, ou surtout de bas en haut sur le pied ou le genou, et prenant souvent un caractère d'acuité plus grand pendant la nuit. Les mouvements transmis à Tarticulation font entendre deS craquements caractéristiques qui ne se présentent jamais au même degré et sous la même forme dans la coxalgie nerveuse où ils sont extrêmement rares et même douteux, ne présentant en .tous cas, d'après Barwell, que la sensation d'une crépitation parcheminée (2). Dans la coxalgie vraie, les phénomènes locaux, la chaleur, le gonQement, la rougeur, etc., sont fixes et constants ; ils sont au contraire mobiles et fugaces dans la coxalgie fausse, d'apparence congestive plutôt qu'inflammatoire, et se lient à des phénomènes de paralysie vaso-motrice. La première s'installe lentement, progressivement chez le sujet et peut se terminer par des abcès, la suppuralion de l'article. Rien de pareil pour la seconde qui a une marche plus capricieuse, moins progressive: elle peut survenir rapidement, atteignant d'emblée son maximum de développement et présentant souvent'des exacerbations subites suivies de rémissions non moins rapides

dans les symptômes. .

Le diagnostic peut encore présenter des difficultés lorsqu une coxalgie vraie se déclare chez une hystérique, ou lorsqu'une coxalgie fausse survient chez une hystérique strumeuse, ainsi que nous en avons observé un cas remarquable tout dernièrement. Mais alors, la pierre de touche du diagnostic réside dans les résultais de l'anesthésie chloroformique.

m Pour voir si une déformation est due à une contracture et non à une rétraction fibreuse on peut faire Texpérience suivante : On applique la bande d'Esmarck autour du mcmbre'nui est par là rendS exsangue, et dont les muscles perdent ainsi leur conract.lité. sTs'agit d'une contracture, la déformation cesse pendant tout le temps de 1 application de

*(2)"Barwell, AffectUms hyitériques dtt articulations {Union méà, 1859).

i006 NÉVROSES COMPLEXES.

La nalure névrosique de toutes ces contractures est ordinairement révélée par des symplômes caracléristiques : Leur début est subit, soudain et non graduel comme celui des contractures par lésion da la moelle ou de l'encéphale; elles succèdent à des attaques convulsives ou viennent se greffer sur une paralysie; leur marche est irrégulière, capricieuse, traversée par des améliorations ou des aggravations inattendues ; enfin elles sont souvent accompagnées d'hémianesthésie et d'hypereslhésie ovarienne. A l'aide de ces signes, on saura reconnaître les contractures paraplégiques, hémiplégiques et diplégiques de l'hystérie de celles qui sont dues à une lésion des centres nerveux! La contracture hystérique monoplégique qui apparaît rapidement et s*accompagne d'aneslhésie du même côté, ne sera pas confondue avec la contracture due à une lésion unilatérale de la moelle, celte contracture se développant progressivement et s'accompagnant dans cette forme d'hémiplégie spinale, d'aneslhésie du côté opposé (Brown-Séquard).

Mais il ne faul pas se dissimuler que, parfois le diagnostic présente de très grandes difficultés, surtout lorsque la contracture affecte certains muscles ou certaines portions de muscles, et donne l'apparence de pseudo-tumeurs. Celles-ci se-monlrent dans différentes régions, dans la région sous-claviculaire, où nous les avons constatées plusieui-s fois, ou encore au niveau du muscle grand pectoral où W. Mitchell raconte en avoir observé un cas :

11 s'agissait d'une femme hystérique sujette à des accidents spasmodiqaes Tari^ et chez laquelle I existence d un spasme de l'œsophage persisUnl avait pu même faire croire a la présence d'un corps étranger dans les voies digesUves: die préseBtait a la partie supérieure gauche du thorax une tumeur singulière, assez dure avaol la forme d un œuf ap ati qui disparaissait en quelques minutes lorsque I. maUde portait le bras dans 1 abduction et faisait contracter ses muscles pectoraux Plus Urd cette tumeur résultant d'un état de conlracUon ou de contracture de quelques fibr^ du grand pectoral disparut complètement pour faire place à une autre tuméfaction' siégeant au niveau de l'abdomen, sous forme d'une masse arrondie par suite de la contraction des muscles abdominaux. Cette pseudo-tumeur disparut à son tour mii* après avoir duré plus d'un an. f «m son lour, mais

W. Mitchell qui rapporte ce fait, dit en avoir observé d'autres encore et notamment au niveau des muscles du mollet et de l'abdomen (I).

.M. Polain adonné de son côté un exemple de fausse lumeur abdominale ayant fait croire à l'existence d'un kyste hydalique du foie et pour laquelle on pratiqua même deux ponctions exploratrices. En voici

l'observation résumée :

Une hystérique présentait une tuméfaction globuleuse qui, occupant l'hyDOchondre droit et l'epigaslre, semblait refouler les dernières côtes It surtout la pa^Uwômi!

(I). W. MUchcll. Lecture* on disease, of the nervout System. London, 1881. p. IW.

nale. Toute la région proéminente, ferme et tendue, était le siège d*iine sensibilité assez Yive et d'une légère matité. Deux ponctions avaient déjà été pratiquées sans résultat (on croyait à Texistence d'un énorme kyste hydutique du foie)*, quand la malade entra dans le service de M. Potain. On remarque alors que la limite supérieure du foie commence très bas, de sorte que la hauteur totale de Torgane ne semble pas accrue bien que la matité s'étende au-dessous des côtes. C'est un fait d'une grande importance et qui est en contradiction avec le diagnostic primitivement porté. De pins on remarque que l'byperestliésie de la région hypochondriaque droite fait contraste avec une notable diminution de la sensibilité du cdié gauche du corps. £nfin, le membre inférieur droit et la région rachidienne présentent des déformations en rapport avec l'existence d'une coxalgie hystérique : raccourcissement apparent du membre immobilisé par la contracture, flexion de la jambe sur la cuisse et de la cuisse sur le bassin, rotation du pied en dehors, incurvation et ensellure excessive de la région lombaire, etc. Or pendant l'anesthésie chloroformique, la tension et la tumeur du ventre disparaissent, la cambrure exagérée du rachis s'efface peu à peu, et le ventre devient assez souple pour qu'il soit permis de l'explorer et de constater l'absence de toute tumeur et l'étendue normale de la matité hépatique. Mais dès que l'anesthésie cesse d'être complète, tous les phénomènes morbides se reproduisent : la tumeur globuleuse réapparaît en même temps que le foie s'abaisse, refoulé par le diaphragme qui se déprime et devient immobile, la respiration reprenant le type costal supérieur. La contracture des muscles de l'abdomen est continue et ne cesse pas pendant le sommeil.

La malade en question avait donc une arthralgie coxo-fémorale et une ensellure très prononcée de la région lombaire qui, plus accusée à droite, déterminait de ce côté une véritable projection de l'abdomen. Le groupe musculaire formé par les obliques et le transverse était contracture, tandis que le grand droit était dans le relftrhcnient; par suite, l'estomac et l'intestin météorisé se trouvaient repoussés vers la partie la moins résistante, c'est-à-dire vers la t'égion occupée par les muscles grands droits; enfin le foie était abaissé et refoulé dans la région de l'hypochondre droit par la contracture du diaphragme. La faradisation du grand droit provoquait des contractions assez énergiques pour repousser le foie en haut et le chasser de la région où il^ se trouvait refoulé et où il contribuait, pour la plus grande part, à former cette masse globuleuse et saillante qui en avait imposé pour une tumeur (1).

Les contractures hystériques anciennes peuvent, d'après l'exemple si remarquable cité par Charcot, déterminer secondairement du côté des cordons latéraux de la moelle un état scléreux qui leur imprime un caractère d'incurabilitédéfmitive. Il serait donc très important desavoir distinguer ces cas et de reconnaître à quels signes on peut aiTirmerTexislence de cette complication difOcilement remédiable. La présence de la trépidation épileptolde (ou épilepsie spinale), spontanée ou provoquée, ladiminution delacontractilitéélec(rique,un léger étatd'amaigrissement des membres, etc., ne sont pas des éléments suffisants pour permettre de juger le degré d'incurabilité de ces contractures; il faudrait qu'il s'y ajoutât des symptômes d'atrophie musculaire avec contractions fibrillaires et aiîaiblissement très noiable de la contractilité faradique qui sont autant de symptômes révélateurs de l'envahissement des cornes

(I) Potain, De quelques conditions qui peuvent simuler la présence d'une tumeur abdominal e {tympanite hystérique avec contracture drs muscles de la paroi aMominale et de la région lombaire), France médicale^ 1879. — Voyez aussi un cas de Murchison {Leçons clin, sur les mal. du foie, trad. française, 1878, p. 2f).

antérieures ; et alors dans ce cas Tanesthésie chloroformique serait incapable de résoudre des contractures qui, nées de Thystérie, auraient développé à la longue une sclérose des cordons latéraux.

II. — Â côté des contractures, nous devons une place et une mention à d'autres troublesdelamotilité,auxconi«uI$tonspar/îe/^5,auxsecotiJse5,aux tremblements, ixu\crampes^tiu\mouwemenischoréiques ou aihéiosiques.

a, — Les convulsions partielles peuvent parfois se manifester dans les mains ou les pieds, sous forme de contractures passagères, que les malades désignent habituellement sous le nom de contractions ; elles produisentmème parfois, commeles crampesqixi sont assez communesdaos l'intervalle ou à l'approche des attaques, un état extrêmement douloureux qui arrache des cris aux malades et donnent lieu à des sortes de contorsions et de c tortillements >. Elles intéressent les membres, les muscles des paupières et du globe oculaire (nystagmus passager^ delà face (tics passagers), du cou (chorée rolaloire portant la tête en divers sens), des épaules aboutissant à des mouvements alternatifs de soulèvement et d'abaissement du tronc, etc. Ces convulsions, sous le nom de spasmes, peuvent atteindre les différents viscères creux, ot nous renvoyons pour leur étude à la description des symptômes de l'hystérie viscérale.

Parfois ces convulsions, lorsqu'elles présentent un certain caraclè:.de brusquerie et d'instantanéité, sont désignées sous le nom de soubresauts musculaires ou plutôt de secoicsses. Celles-ci peuvent être gén^'^ raies, agitant et soulevant le corps tout entier ; d'autres fois, et plus souvent, elles sont partielles, faisant mouvoir convulsivement les muscledes bras, des jambes, de la face, etc.; elles peuvent même être accompagnées de spasmes viscéraux, comme par exemple d'un spasme du diaphragme qui détermine une sorte de hoquet convulsif ; elles peuvent être tellement fortes, qu'elles produisent avec violence un déplacemeci plus ou moins considérable des bras, des jambes, de la tête, et qu'ellejettent même les malades à terre. D'autres fois, il s'agît seulement imouvements tétaniformes, comme électriques. Ces secousses qui dureni de quelques minutes à plusieurs heures, qui constituent souvent comr.î autant de phénomènes prodromiques d'une attaque ou d'une conlnt*turc, n'ont aucune importance pathognomonique, puisque d*apre> I. remarque de Delasiauve, elles s'observent également dans répileii>it.

b. — Les tremblements présentent des caractères différents : tantôt i' s'agit d'une oscillation légère,àpeine appréciable, ressemblante unfaii't tremblement alcoolique augmentant par les émotions et persistant j>«ndantun temps plus ou moins long; d'autres fois le tremblement a ;.^ aspect convulsif plus accentué, affectant les membres supérieurs, n^ membres inférieurs, ou encore l'un d'eux, ou le membre supéri» ::

et inférieur du même côté. Quand ce tremblement affecte les membres intérieurs, il est quelquefois si violent, que dans la position assise on entend le pied battre régulièrement le parquet sous forme de trépidation épileptoïde. M. Raymond a parlé d*un cas de tremblement hémilatéral (du bras et de la jambe) qui s'exagérait par les mouvements et et qui prenait une intensité telle que pendant la marche, la malade paraissait se livrer à des exercices chorégraphiques (1). Cette seconde espèce de tremblement survient plus souvent que la première sous forme d accès, elle est plus souvent aussi un symptôme prodromique prochain ou éloigné d'une crise convulsive ; par conséquent sa durée, quoiqu'elle puisse atteindre plusieurs heures, est moins longue.

Dans certains cas, le tremblement peut avoir des caractères opposés dans les deux moitiés du corps.

Ainsi, une hystérique observée par N. Chambard, avait un hémi-tremblement à droite, et une hémichorée à gauche. Dans les membres supérieur et inférieur droit, il s'agissait d*un tremblement à oscillations rapides, rhythmes, isochrones, se répétant un grand nombre de fois (160 fois par minute) et consistant eu oscillations pendulaires écartant et rapprochant tour à tour le bras du tronc, auxquelles s'ajoutaient parfois un mouvement brusque d'élévation de Tépaule, et quelques mouvements de pronation et de supination, de flexion et d'extension du bras. Ce tremblement dû à des contractions répétées des muscles grand pectoral, des muscles pronateurs et supinateurs, coexistait avec un certain degré de contracture des muscles fléchisseurs des doigts. Aux membres supérieur et inférieur gauche, les oscillations musculaires affectaient le type de la chorée vulgaire au point que cette malade avait été prise ponr une choréique ; elles étaient caractérisées surtout par leur irrégularité, leur brusquerie, leurs saccades, leur arhythmie, et se répétant 90 fob par minute. Dans ce cas intéressant, la compression ovarienne exagérait et généralisait d'abord le tremblement, qu'elle remplaçait ensuite par un état de contracture générale, suivi bientôt d'une résolution musculaire avec état hypnotique (2).

Il ne faut pas conlondre les tremblements divers avec ce que Pomme a autrefois si bien décrit sous le nom de frisson hystérique avec claquement de dents, etc., lequel s accompagne d'une sensation ordinaire de froid plus ou moins intense et du phénomène de la chair de poule.

c. — LfCS mouvements choréiques qu'on observe chez les hystériques présentent aussi plusieurs variétés : ils ont parfois la forme de ces secousses musculaires dont nous vivons parlé plus haut, et qui agitent involontairement un bras ou une jambe; ils affectent parfois exclusivement les membres inférieurs sous forme de mouvements rhythmiques que nous avons étudiés dans un chapitre précédent au sujet des fausses chorées; enfin ils prennent aux membres supérieui*setau tronc Taspecl de la chorée dite rhythmique hystérique qui nous reste à décrire.

Yoici la description de celte dei^nière variété qu'en donne M. Charcol :

(t)5oc. de biol., iSlS.

(i) Cbambard, Veneéphale, n" 1, 1881.

AXEIIFELD. 6i

c Vous voyez, dit-il, le tronc s'infléchir fortement sur le bassin, entraînant la tète qui, à son tour, s'incline sur la poitrine, et il est un moment où le front ne s'éloigne guère de plus de 50 centimètres du genou droit qui, dans ce temps-là, est dans l'extension forcée; puis la tête et le tronc se redressent, décrivant une trajectoire qui figure un demicercle parcouru tout à l'heure, en sens inverse, dans le mouvement de flexion, si bien qu'au dernier terme, le dos, puis l'ocdpul, retombent lourdement sur l'oreiller; presque aussitôt le mouvement de flexion recommence, suivi bientôt du mouvement d'extension et ainsi de suite. On dirait l'image d'une salutation profonde et répétée, rendue ridicule par sa répétition môme et par son exagération (1). » Or, tous ces actes se reproduisent suivant un rhythme très régulier, on compte 30 ou 40, ou d'autres fois 40 à 80 salutations par minute, leur nombre variant suivant l'intensité de l'agitation; dans le cas auquel nous faisons allusion, les membres supérieur et inférieur du côté droit s'étendent et se fléchissent alternativement avec la même régularité. Ces mouvements se reproduisent pendant plusieurs jours ou plusieui-s semaines avec les mêmes caractères, ne laissant aux malades souvent que quelques heures de repos pendant leur sommeil, et à leur réveil on observe parfois un léger état de rigidité, de contracture passagère des membres qui fait rapidement place aux convulsions choréiques; cellesci peuvent atteindre exclusivement les membres d'un côté laissant toute leur liberté à ceux du côté opposé. — On voit par celte rapide description que cette chorée rhythmée et systématique difi^ère essentiellement de la chorée vulgaire dont les gesticulations sont au contraire désordonnées et irrégulières, elle en diffère parce qu'elle reproduit d'apn^s un type constant et cadencé certains mouvements bien rhythmés,d'où, d'après la forme de ces mouvements, les noms divers de chorée saltatoireySahitatoire, natatoirey etc.; elle en difllère encore d'après b.*s phénomènes d'hyperesthésie ovarienne, d'anesthésie, qui l'accompagnent. Lorsque la chorée se limite aux membres inférieurs, elle peut produire des altitudes bizarres. Ainsi Briquet cite l'exemple d'une jeune hystérique dont le membre inférieur était pris d'un mouvement d»^ flexion forcée, après lequel la pointe du pied venait toucher le front; re mouvement, ajoute-t-il, était incessant, durant sans aucun répit pendant toute la journée, ne cessant que pendant le sommeil, et se produisait avec une telle énergie, qu'il fallait garnir le front de linge pour éWler les contusions. Cet état dura plusieurs années pour cesser t le dernier jour d'une neuvaine », sous l'influence de l'exaltation religieuse qui s'était emparée de l'esprit de cette jeune fille (2).

(t) Progrès médical^ 1878, p. 93.

(2j Briquet, loc. cit., p. 433. Voy. aussi une observation de Murchison, rapportée pu Handfield-Jones (Studiex of fonctional nervous disorderSf p. 367, 1870).

HYSTÉRIE. ion

Nous avons observé aussi un cas de pseudo-athétose hystérique limitée aux membres inférieurs où les mouvements caractéristiques persistèrent pendant huit jours environ. Mais ce fait diffère des deux exemples ci tés par W. Mitchell et qu'il semble rattacher à la simulation.]

Enfin, comme si aucun des signes qui appartiennent aux maladies des centres nerveux, ne devait manquer à la liste des symptômes hystériques, nous devons mentionner encore l'apparition chez certaines malades d'une sorte de tendance irrésistible à courir en avant, à tourner sur elles- mèmeSy etc. ; chez d'autres on peut voir survenir quelques signes à* inœordination motrice.

âo Les altérations en moins que la motilité peut subir dans l'hystérie ne sont autres que les diverses paralysies dont nous avons déjà fait l'histoire (voyez Névroses paralytiques)', il noussufTira d'en présenter ici un résumé très succinct :

[Uhisioiveôes paralysies hystériques est de date assez ancienne. Sans remonter jusqu'à Hippocrate qui aurait observé chez une jeune fille une paralysie du membre supérieur droit et du membre inférieur gauche, paralysie dont la nature névrosique n'est nullement démontrée, on peut citer les deux exemples d'hémiplégie rapportés par Sydenham et par Pomme (1). Brodie en 1837, Wilson et Laycock en 4839, Piorry en 1843 et Macario en 184i étudièrent les paralysies hystériques dont M. Lebreton fit en 1868 le sujet de sa dissertation inaugurale. Cet accident est assez fréquent, puisqu'il s'observerait chez le quart ou le cinquième des hystériques (120 fois sur 433 malades observés par Briquet, 40 fois sur les 370 cas deLandouzy).

Elles peuvent survenir sous l'influence de causes de conditions très diverses : 1" sans cause réelle dans Tinlervalle des accès convulsifs ou autres; ^ après des accès convulsifs; 3" après des attaques non convulsîves de sommeil, decoma,de syncope, de léthargie, de vives douleurs; 4** après une forte émotion, une frayeur, une colère, etc; 5* sous l'influence de fatigues, de marches exagérées (exemple : paralysies brachiales chez des ouvrières hystériques), ou d'une maladie qui joue le rôle de cause occasionnelle (fièvre typhoïde, rhumatisme, etc); G* après la disparition d'un autre symptôme hystérique ; 7'' après la suppression des menstrues.

Dans la moitié des cas, ces paralysies surviennent après les attaques convulsives, et l'on cite certaines malades qui en sont atteintes après chaque accès; ainsi, dans sa thèse déjà ancienne, Alègre (1833) cite Texemple d'une femme qui eut deux fois une paralysie de la vessie,

(i) Sydenham, /oc. cit., p. 236; Pomme, loc. cit., 1. 1*', p. 49.

ti.fi >ÉMÎ0SES OJîfPLEÏES.

deax fois aoe an)<ian>se ei ooe paraplégie après plasieurs aUaques.

S'il est une autre moitié des cas de paralysies hyslêriqaes qm s'observenl en dehors des alta«pes conTulsiTes, il en résulte qa*oo ne peat les expliquer, comme Piorry a tenté de le fiire, par une sorte d*épaisemenl nerveux suc*?édant aux convulsions- Mais il est plus juste de les regarder comme une conséquence de Tétat de débilité des facultés volontaîr^-s et d'insuffisance de l'excitabilité motrice qui existe au plus haut pr^iot • hez les hTstériques. En effet, ilsuf&t chei elles de Faction d*uiie f«>rte émotion, d'une peur, pour les guérir assez rapidement, etc- Ainsi, onmalade citée par Briquet, qui se «Toyait atteinte pourtoule sa vie d'un*; maladie de la moelle épinière, apprend qu'elle peut et doit guérir d-r sa panîpléirîe; elle en éprouve une joie si jrrande qu'elle se met imoiédiatement àmarcher; — une autre malade paraplégique depuis plusieurs mois prend de lortes doses de noixTomique qui déterminent quelques ip^ssaillemenis ou secousses dans les membres inférieurs; Briquets' empare de ce fait f^our inspirer une plus grande contiance dans l'esprit de la malade ; la guérison survint des ce jour très rapidement. — Ces guérisons sont à rapprocher de celles qui ont été rapportées par Carré de Montgeron dans son li\Te sur les mirarle^ de <aiHt Meihjrd^ de paraîv^i^s t-essant brusquement à l'appro* he ou à la vue du cimetière de saint Médard. ou encore après une neuvaine ou i la vue d'une relique < Criquet». La loi vi\e et profondedans un remède, une eau, une source, etc. peut prcKiuire ces faux miracles dont la discussion nous entraînerait aj delà deslimiles elde la modération imposéesànnouvra*re scientifique... Nous voulions simplement prouver par ces quelques exemples et considéralions que les paralysies hystériques sont d'origine céi-ébrale, et que l»Mir disparition par un grand effort de volonté est sans doute caf»aL> d'expliquer leur nalure.]

Comparées au p<jinl de vue de leur fréquence, les paralysies hystériques doivent être rangées comme il suit : d'abord Thémiplégie ou plulvi la paralysie simultanée des extrémités supérieure et inférieure du mêin': côté (le plus souvent du côté gauche»; puis la paraplégie; la panly^i-: d'un seul membre ou d'une portion de membre; la paralysie du larynx «aphonie», du phai-ynx et de Foesophag^, du diaphragme; la paralysie des quatre membres. On sait à quel point la constipation et la rétention d'urine (ré^ullals de la paralysie de l'intestin et de la ressie) soc: •"ommunr?s chez les hystériques.

Quant au de^/ é que l'affaiblissement de la motilité peot alleindre. :* vaiie depuis une imperfection légère des diversacles musculaires ju>q'..*i l'impotence absolue. — Vinvnsion de la paralysie est tantôt lenlem^-' i graduelle, tantôt rapide et même soudaine; elle est aiUMHicée dans o:tains cas par diverses sensations morbides, d'engourdissement ou dfourmillement, rarement par des cramj>es ou des soubresauts; — •

HYSTERIE. i(H3

durée y extrêmement inégaie suivant les cas, peut être de quelques heures seulement ou s'étendre à un grand nombre d'années; — la marche présente souventdes oscillations et des irrégularités caractéristiques, il n'est même pas rare de constater par moments une cessation complète des symptômes paralytiques, puis leur réapparition; quelquefois la paralysie passe brusquement d'un côté du corps à l'autre; — la terminaison est presque toujours heureuse, et parfois la guérison est tout aussi prompte que l'a été l'invasion elle-même.

[L'hyperesthésie de la peau, et beaucoup plus communément l'anesihésie cutanée et musculaire accompagnent la paralysie du mouvement; il existe cependant des exemples ou la sensibilité a conservé toute son intégrité dans les membres paralysés.

Un des bons caractères des paralysies hystériques est l'état de la contractilité électro-musculaire qui est normale et de la sensibilité électromusculaire qui est diminuée d'après Duchenne, de Boulogne. Mais Benedikt a vu des cas où la contractilité électro-musculaire était aiTaiblie. — La nutrition des membres atteints depuis des mois ou des années d'impuissance motrice, reste toujours intacte; il n'yani amaigrissement ni atrophie des masses musculaires; enfin on observe ordinairement delà pâleur, de l'abaissement thermiquedans les parties paralysées.

L'état des réflexes est variable suivant les différentes espèces de paralysie. Tantôt en effet ils sont à l'état normal, parfois même abolis lorsqu'il s'agit de paralysies flasques; tantôt au contraire ils sont augmentés surtout chez les malades en imminence de contracture; enfin, d'autres fois, l'exaltation des réflexes est telle que les membres sont agités de secousses musculaires sous l'influence de la moindre tentative de mouvement et que la paraplégie prend la forme spasmodique. On conçoit que, dans ce dernier cas assez rare d'ailleurs, on puisse méconnaître la nature et l'origine réelle de la paralysie.

Le diagnostic des diflërentes paralysies de l'hystérie présente parfois quelques difficultés lorsque le malade a des antécédents rhumatismaux, syphilitiques ou autres. Ou pourrait même, lorsqu'il s'agit d'une paraplégie compliquée de rachialgie hystérique, croire à l'existence d'une aflection médullaire; mais l'état de la contractilité électrique, l'absence de troubles trophiques, de douleurs vives en ceinture ou irradiées, le début insolite des accidents, etc., permettent de rattacher tous les symptômes à la névrose.

De même l'hémiplégie hystérique, outre ces derniers caractères, présente les suivants : la paralysie du mouvement envahit d'abord le membre inférieur et n'atteint que secondairemen t le membre supérieur ; elle s'accompagne ordinairemnt d'une anesthésie complète du côté malade, avec pâleur et refroidissement de ce même côté, avec hyperesthésie ovarienne; la face est toujours respectée (Todd). Tous ces carac-

mi NÉVROSES COMPLEXES.

turcs sont très importants à bien connaître, surtout lorsqu il s'agit d'un de ces cas d'hémiplégie hystérique succédant à une attaque comateuse de la névrose, et possédant par là un point de ressemblance avec rhémiplégie organique.

Parfois aussi, on observe des paralysies des quatre membres dont M. Chevalier a réuni 21 exemples authentiques, et dans ces cas, Takinésie est presque toujours plus prononcée à gauche, mais elle est ordinairement incomplète; il n'y a pasdeparalysiefaciale, pas de troubles respiratoires ni de dyspnée, jamais de signes de paralysie bulbaire. Enfm, il faut y ajouter les autres caractères tirés de l'état de la nutrition, des mouvements réflexes, et de la contractilité électrique.

Dans quelques cas enfin, on observe une paralysie d'un côté, une contracture de l'autre. Ainsi, une malade a une hémiplégie gauche avec flaccidité du membre supérieur et contracture du membre inférieur; après une attaque, le membre supérieur devient contracture, puis une autre ajoute aux phénomènes de contracture du côté gauche ceux de paralysie du côté droit; enfin une dernière donne lieu à la contracture des quatre membres.

On conçoit que, dans les cas de paralysie incomplète des qualre membres, on ait pu parfois penser à l'existence d'une affection du cervelet, ou lorsqu'elle succède à une paralysie diphthéritique, on puiss<* croire à la prolongation de celle-ci.

Enfin, on ne confondra pas ces paralysies avec les pseudo-paralysie> émotionnelles, qui, survenant après une émotion forte, consistent dans un anéantissement passager desiorces{éniotionalparalysi$dehà)coà). On saura également distinguer les t;raêés paralysies d'un genre spécialde pseudo-paralysies (paralysies psychiques ou mentales) que Ton obsene assez souvent et qui résulte chez les malades de la crainte continuelleuù elles sont de ne pouvoir marcher. Elles prétendent qu'elles ne peuvent marcher ni se tenir debout; mais dès qu'on a ramené la confiance dans leur esprit, elles sont capables de faire une assez longue promenade ( I >.J

Fonctions organiques. Hystérie viscérale. — C'est dans le seul but de faciliter, disons mieux, de rendre possible l'exposé des symptùm*^ si multipliés de rhyslérie, que nous avons omis de parler jusqu'à pn-

(Ij M. Féréol a donné un boa exemple d'une autre forme singulière de panlv^ie i malade ne pouvait niarclier qu'à la condition d'avoir un point d'appui, si Iég<er qui' ^'■ Celui-ci était une sorte d'assurance morale, contre la possibilité d'une chute, «in»! allait aux petits enfants qui commencent à marcher. On pourrait rapprocher, dit M. Kf. ' • cette paralysie de ces contractures par appréhension signalées par Daily (5<k*. ée thf v Paris, Il janvier 1882).

sent des troubles nombreux que les fonctions organiques présentent dans cette maladie, troubles qui sont constamment mêlés à ceux des perceptions, des sensations, des mouvements. Une séparation rigoureuse autre ces deux classes de phénomènes n'est d'ailleurs pas plus réalisable, que ne le serait une séparation absolue entre le système nerveux cérébrospinal et ganglionnaire. Nous allons ptisser rapidement en revue les symptômes offerts dans l'hystérie par la digestion, la respiration, la circulation, les sécrétions, la nutrition et la caloriGcation, enfîn par les fonctions génitales ; et nous verrons ainsi que les symptômes déterminés par l'hystérie, dans les différents organes, sont dus à des causes muhiples (spasmes, paralysie, anesthésie, hyperesthésie). Nous aurions pu les étudier au sujet de ces divers accidents; mais nous pensons qu'il est plus utile et intéressant de grouper dans une vue d'ensemble la plupart des faits d'hystérie viscérale.

a. Il est bien i*are que les fonctions digesUves ne subissent pas chez les hystériques quelque altération, mais rien de moins constant que le degré d'intensité et la nature des accidents qu'on observe : appétit diminué ou anorexie complète (ce sont les hystériques, on le sait, qui ont fourni ces exemples à peine croyables d'abstinence prolongée qu'on trouve cités dans les traités de physiologie) ; d'autres fois appétit vorace ou inégal, capricieux ; soif souvent exagérée jusqu'à la polydipsie; appc* tencepour des substances acres, insipides ou indigestes; lenteur des digestions qui provoquent ou exaspèrent les douleurs gastralgiques ou épigastralgiques, dorsales, intercostales, etc.; des aliments réputés légers quelquefois mal supportés, alors qu'une nourriture grossière passe facilement; vomissements alimentaires ou muqueux, quelquefois incoercibles; flux salivaire (assez rare) ou intestinal, moins fréquent qu'une constipation opiniâtre ; tympanite; quelquefois ictère.

[Telle est, en résumé, Ténumération des accidents nombreux que l'hystérie est capable de produire du côté des fonctions digestives, et ces accidents peuvent et doivent être rattachés à des troubles divers, à riiyperesthésie, à l'aneslhésie, ou à un étal spasmodique. Nous allons reprendre l'élude de ceux qui présentent le plus d'intérêt»

L'hystérie gastrique comprend la gastralgie (cardialgie, cardiodynie, ^astrodynie hystérique), les vomissements spasmodiques ^ Y anorexie hystérique.

La gastralgie peut être un des premiers phénomènes qui annoncent le développement de la névrose, au point même que CuUen, frappé par ce fait, avait cru devoir assigner à l'hystérie une origine stomacale. Il est évident que des douleurs gaslralgiques ont été notées souvent dans

les antécédents des malades, mais il est probable qu'elles s'étaient alors développées sous Tinfluence d'un état chloro-anémique que Briquet a dû méconnaître lorsqu'il a écrit : c Quand une jeune fille éprouve de la gasti'algie dès son enfance, on peut être assuré que plus tard elle deviendra hystérique, i Toujours est-il que cette gastralgie, bien distincte de répigastralgie, donne lieu de temps en temps à des douleurs plus ou moins vives après l'ingestion des aliments, douleurs tantôt suivies de vomissements et accompagnées d'éructations gazeuses très fréquentes, d'un tympanisme souvent considérable de la région stomacale, de pulsations abdominales ou épigastriques énergiques, de perversions bizarres de l'appétit ou d'appétences étranges; en même temps, les malades se plaignent de la sensation de fer chaud, de constrictîon à l'épigaslre avec tendance aux lipothymies. — A un degré plus élevé, les douleurs sont encore plus violentes; elles surviennent dès que la moindre parcelle alimentaire a touché la muqueuse gastrique; elles sont comparées à une sensation de brûlure, de constriction extrêmement pénible et sont suivies de vomissements incessants, incoercibles. Cet état peut durer des mois, et alors, lorsque l'appétit est conservé, dit Briquet, il peut se faire que, pour ces malades, la journée se passe à manger pour remplacer ce qu'elles viennent de vomir, et à vomîrpour se débarrasser de ce qu'elles viennent de manger.

Cetétat peut persister des mois, et alors deux éventualités peuvent se présenter :

Dans la première, l'état général reste le même et ne s'aggrave pas; il n'y a pas ou il y a peu d'amaigrissement, les forces sont à peu près cooservées. C'est ainsi que Briquet cite l'exemple d'une jeune fille hystérique el paraplégique qui, pendant toute la durée du choléra de 1849, ne cessa pas un jour de vomir tout ce qu'elle prenait d'aliments, ce qui ne l'empêcha pas de conserver de l'embonpoint et de sortir indemne de l'épidémie. Une autre hystérique observée par M. Bernutz ne put, en raison de la douleur très violente provoquée par la moindre ingestion alimentaire et des vomissements incessants, se nourrir pendant six mois qu'avec des lavements de bouillon et de vin, et cela sans grand dommage pour sa santé générale. Nous avons nous-même vu une femme qui eut à souffrir pendant quatre mois, au moment de sa ménopause, d'accidents nerveux divers, parmi lesquels une gastralgie avec vomissements paroxystiques souvent répétés et abondants; la nature hystérique de ce:^ accidents nous a été révélée par leur disparition subite et par Fintogrilé absolue de l'état général. — L'absence d'amaigrissement ne peut s'expliquer que par une perturbation fréquente chez les hystériques daQ> les fonctions d'assimilation et de désassimilation. En effet, dans le cai de Bernutz et dans le nôtre, l'urine peu abondante renfermait très pea de sels et d'urée, comme dans les faits bien connus de vomissement-^

avec anurie, avec cette différence toutefoisquelesvomissementsn'élaienl pas entièrement subordonnés à la diminution de l'urée dans les urines.

La seconde éventualité présente un pronostic plus grave, lorsque cette salutaireperversion de la nutrition fait défaut: Alors, les douleurs continuelles, les vomissements incessants jettent la maladedans un état d'amaigrissement et d'épuisement considérables qui peut aboutir à la cachexie et même à la mort, fait heureusement très rare. On cite toujours à ce sujet la Glle d'un éminent médecin qui mourut de gastrodynie hystérique après plusieurs années de tortures douloureuses, sans que l'autopsie eût fait découvrir la moindre altération anatomique. D'autres fois, c'est indirectement que ces troubles gastriques aboutissent à un dénouement fatal. L'état de marasme dans lequel tombent les malades favorise chez eux l'éclosion de la tuberculose à laquelle elles ne tardent pas à succomber.

Celte hyperesthésie de la muqueuse gastrique ne doit pas être confondue avec l'hyperesthésie du pharynx et de l'œsophage, état des plus pénibles et heureusement des plus rares, qui met les malades dans rimpossibilité de s'alimenter et qui peut même, d'après un cas cité par Royer-Collard, occasionner Ja mort. Dans ce cas, la moindre parcelle d'aliments qui vient toucher les muqueuses devient extrêmement pénible et douloureuse, et les malades rejettent presque immédiatement les liquides ou solides qu'ils ont pu ingérer et qui sont toujours arrêtés avant leur arrivée dans l'estomac par un spasme du pharynx ou de l'œsophage auquel même peut s'ajouter un spasme laryngé, cause de suffocation. A ce degré, les malades peuvent être même atteintes de cette pseudo'hydrophobie nerveuse par spasme pharyngo-œsophagien, bien différente en cela de l'hydrophobie nerveuse d'origine mentale. Mais, dans tous ces cas, il s'agit de régurgitations et non de vomissements, et par conséquent d'accidents dont le siège est à la partie supérieure du tube digestif, et non à l'estomac.

Ainsi donc, en résumé, la gastrodynie hystérique peut se manifester sous deux formes : l'une bénigne qui n'a aucun ou qui n'a qu'un faible retentissement sur l'état général et qui est la plus commune; l'autre gravBj extrêmement rare, qui pourrait, d'après quelques exemples cités par les auteurs, entraîner directement ou indirectement la mort.

Les crises gaslralgiques de l'hystérie, lorsqu'elles constituent pendant plusieurs mois le seul accident de la névrose, peuvent donner lieu à des erreurs de diagnostic nombreuses, et faire croire à l'existence d'une aflection de l'estomac, d'une gastrite, d'une gastralgie simple, d'un ulcère stomacal (surtout dans le cas d'hémalémèse hystérique), enfin d'un tabès dorsal.

Dans un second ordre de faits, la douleur et le spasme (l'une commandant l'autre) ne coexistent pas, et c'est surtout l'élément spasmo-

*i'îU\ni'\ JiwUriiqij^fc, par .-uiU; Ju j.a-.-ag^ Iroj* rap* Je da nulrL*-rr:il <j;jriiî r<;-lo//i;jc, T;jfiU>^l, le .•pasrne ^♦^ IocjIîî^ au spLincler du cardîi -ri plu* Uh\nHuiHiitu{ cQi'ort à ^.'^lui dupjlore, pour coiL>ûlu*rr ce «pfjou* appelofi* le /ft/lorU/ne ht/ilériqae. Dans ce dr::mier cai, les alif/i''nt»i v'-journenl dan» re^lornac peodaat uo lemi»5 plus ou m'-»inr Ion;:, <,'l, ne pouvant loujoui s <e frayer un passage à travers l'oriù e pvloiique plu.'î ou moin.> rétréci par le spasme, sont rejelés par Ta^-t^ du \ofni»»efnent, sous la forme de substances plus ou moins di^'érées. i'jith t'OfumernenlH peuvent survenir à la suite de presque tous les repas, bru-quement el sans autre douleur que celle de l'acte lui-même, ce qui le- diAlinirue de ce.s vomissements par gastralgie ou hypereslhésie pastrique que nous avons étudiés plus haut; ils ne s'accompagnent d'aucun trouble dans l'émission des urines, ce qui les distingue des vomissernenlhliyfetériques par ischurie que nous étudierons plus loin; ils se reconnaissent souvent à l'existence concomitante d'accidents spasmodiquch dans d'autres points de l'économie, et surtout dans d'autres réj^'ion.H du tube digestif. Ainsi, nous avons vuune malade ayant présenté A plusieurs reprisr;s, et pendant plusieurs semaines, des vomissemeot-^ presque incoercibles dont l'origine hystérique et la nature spasmodiqu^^ nr; furent révélés que par la disparition de ces vomissements coïncid.'int avec l'apparition d'un spasme de l'œsophage.

Munoroxie ht/slériquc est un phénomène très intéressant et qui présenle plusieurs degrés : lanlol l'appétence pour lesaliraents est simpleuH'nl diminué(î, lanlot il existe une véritable répulsion pour quelqurs aliuienls ou pour tous; enlin, dans d'autres cas bien étudiés par W.Gull cl Lasègue (1), celle anorexie est entretenue par un état mental partiiMilier sur le(|uel il est important d'insister : quelques hystériques craignant d'avoir un embonpoint exagéré, ou d'autres encore éprouvant quelques sensations douloureuses au moment de l'ingestion a!iineulaire, s'imaginent que l'alimentation leur est nuisible, el dans 1but d'éviter la production d'une douleur souvent mal définie, elles rrfusenl d(» manger. Cet état persiste pendant des semaines, des ni •»même enfaee d'une thérapeutique impuissante non seulement â îr : pber (le la j^erle d'appétit et des douleurs, mais surtout dos i:»^J■: citions mentales elde l'obstination de la malade. Elle offre du rr^;- ic

(1^ \>. i;uU. Anorfvia hi/sifrica aprpsia hysterica) Ciin. lori'ly of Ls^i* i" - • /»Mni.. uo\. ISTa. p. :»i7K — Usiguo. De l'unorexie ktfslehiime {Art-h 4^ m^-â .*". .

HYSTÉlllË. 1019

longue résistance à l^inanilion; celle privalion calculée des aliments n*a déterminé encore aucun amaigrissement, aucune atteinte à la nutrition, aucun affaiblissement, et toutes les supplications, tous les conseils viennent se briser devant sa volonté bien arrêtée de ne rien changer à son régime, l'opiniâtreté des hystériques ayant pour caractère d'augmenter en raison même de Tinsistance de son entourage. Si le cancéreux et le dyspeptique cherchent à combattre leur défaut d'appétit par tous les moyens possibles, l'hystérique au contraire ne fait rien contre son anorexie, et se complaît dans une indifférence et une quiétude singulières au sujet de son état de santé. (M. Lasègue fait remarquer avec juste raison que cette sorte d'insouciance apathique s'observe encore pour d'autres manifestations de la névrose, pour la toux par exemple, pour les paralysies ou contractures qui peuvent persister des mois et même des années sans que la malade en conçoive de grandes inquiétudes). — Au bout .d'un temps plus ou moins long, l'anorexie hystérique entre dans la période d'anémie, d'affaiblissement : le teint devient pâle, anémique, la peau est sèche, il y a des vertiges, des tendances à la syncope ou aux lipothymies, de l'incapacité de travail, l'amaigrissement survient alors et fait des progrès sensibles, les menstrues deviennent insuffisantes et irrégulières, la température générale s'abaisse, les pulsations tombent à 50 ou 60, les mouvements respiratoires à 12 ou 15 par minute, d'après Gull ; en un mot l'économie, qui était restée indifférente pour ainsi dire à l'insuffisance de l'alimentation, s'affecte de plus en plus. A cette période qui marque l'intolérance de l'organisme, l'hystérique est devenue profondément anémique; elle offre alors moins de résistance aux conseils et aux médications, elle reprend de la nourriture et recouvre son état normal après un temps parfois très long. Dans des cas très-rares sans doute, mais qui ont été réellement observés, l'issue a été fatale par suite des progrès de l'inanition, et l'on a pu voir apparaître à la fm de la maladie tous les accidents d'une véritable cachexie, un mouvement fébrile plus ou moins continué et des tromboses multiples (Gull).

On voit donc que la forme d'anorexie est non-seulement caractérisée par la perte d'appétit, mais aussi et surtout par un état mental particulier qui aboutit au refus de l'alimentation et qui se termine par des accidents dus à l'inanition prolongée.

Les accidents que l'hystérie peut produire du côté de Yintestin sont dus à des troubles de sécrétion, ou de sensibilité, à un état paralytique ou spasmodique de la fibre intestinale.

Parmi les troubles de sécrétion, il faut notei la diminution ou l'exagé ration des sucs intestinaux donnant lieu à la constipation ou à des

dlafit-^'e:- pi"'-.ai*îs, v4î'î'-k:î'*< d-t i.ri-es »▼•« AO'v^ipav-'ï-i-îit «le «■•!:-

k i'appr'xh-i dr:i alUfj'a>5, riiais aussi «iàiis Irar inc-^rvi.-'*.

La parx;si«i de i'in'eàtiaâe tra«i.iit : l' piraii«j -.rw-^^'f-j'iii so'j'.tal d-r- p! Ji opicLiO''^ ^i qii p^rjt persiiCiif peC'lant des i^nuin^j entiri-h ; i* pa»- un t'/fHi-^iHiime s-juveo: oonii-i^rab.e qni peat aueiiidr^ lomîtib« di^'*^jtif, l'escorc^c, ie jri>i et le f-^:il inlesûa;i an d-r^ uL^t, la teniion des paroU ài>i'>r.;iLAles est eiirè.v.e, il y a refou-eE»ent «- Ti.'^:<re>, de^ j.-'jUinoQi, da cjtur, d'»>û ane ^êae respirau-ire pL> • . iDoioi ac»:ui«re, une tendance i!a s^n-rope, aiix palpitations. â Tasph^ur. ifièfiie, au point que noiis a\<jns pu «^oir su-rcoriiber ane malade di^^ «:eà con»lilions. L'intestin est tellement discendo q-i'il rend dans certaines parties un s<jn un peu s^junj et subout latymftanisme», ce qiii p'j être pvfois une •!nu-€ d'erreur et Caire croire â Teiislirrnœ d'un ky^e ovarien, d'une tumeur intra-abdoriiioAlc, etc. Cette dislcniion mèa)«.'*?î telle que rinte-lin. trop à l'étroit dms la cavité de Tabdomea. pré^^Ql»des flexions ou pîicaturesqui forment, d'après les Cïptfricncessiinl-rreïsanlrs de M. X.Gu-:rneau de Mus^y « I » comme autant de valvules s'ojtx)sant à la libre circulation des ïiaz dans le tube digestif et emp»Ahanl leur évacuation totaie, lorsqu'on pratique une p<:>nctioo intestinale, comme nous en avons cité un exemple i-».

Jusqu'ici nous avons eu en vue la lympaniie perM^iH^nie dont le développement peut être graduel ou au contraire très-rapide, dontlad'irêe peut varier d'un ou deux mois à une année; la tympan iU passagère e^: celle qui se montre souvent après les repas, aa moment de la jiériodt mcn-ti uelle ou à l'approche d'une attaque convulsive. Toutes deui ont pu, dans cei iain> cas, faire croire à l'existence d'une grossesse quanl raménonhée et quelques vomissements nerveux s'ajoutent aux symptôiiies delà paralysie intestinale; à une grossesse avec éclampsie quand U tympanilèsui-vient avec des attaques convulsives; à une péritonite lor^qu•' la di:^tension de l'intestin s'ao/ompagne d'un certain état douloureux de l'abdomen; à une tunieur abdominale, quand au météoriins'ajoute un état de contracture des muscles abdominaux, etc.

Les spasmes peuvent se montrer dans la continuité da tube iote^' * nal, et donner lieu à ces borlM)ri/(jmes extrêmement bruyants (â) qui?^ rcpélenltrès souvent et peuvent s'entendre à une assez grande distance.

t\ • Df% con'Ittions mfOin\que% Ae la ttjmp^nite itTûi. hebd. de méd. et rAir.. p. 49(i t^* (i) VoT. tLcse il.' T. GiJel. Etsat *ur lu pneumûtoie çûstro-inieMltMale des luf*^ir^f^ (Paris 18':!..

'3; Dans un r,!* I.i«'n ohsenê p.ir M. Lecorché (Etude$ mèdicûlet, 1880, p. Mi'. bort>or>;rues seoteniiaiont a lu ou limotres de distaoœ, ils étaieai rbjthmiqo«s eto'S-'* laicnl dans une sorte de bruit de va-el-Tient formé de gros raclemeoU, parfois 4e g'V^ ' l^nients huiinde?, «e «ncc-dant rê^nliêremeut de droite à gauche et de gancbe à dro'^

mSTÉRIE. • 1021

OU encore ils affectent le sphincter anal, et donnent lieu à tous les phénomènes de la fissure A l'anus sans fissure; ou ils peuvent s'étendre au col de la vessie, au vagin pourproduire du ténesme vésical ou duvaginisme. Enfin, le rétrécissement spasmodique de certaines portions plus ou moins limitées de Tintestin peut, en emprisonnant des gaz, donner lieu à des tympanites partielles et former des bosselures, des pseudo-tumeurs • qui, par suite de leur mobilité, avaient donné aux auteurs anciens, et à Fernel en particulier, Tidée d*un déplacement de la matrice.

Les troubles laryngés de Thystérie doivent être attribués à la paralysie ou au spasme des muscles du larynx, à Tanesthésie ou à Thyperesthésie de la muqueuse.

La paralysie avait déjà était indiquée par Hippocrate, qui avait re* marqué que la guérison de la perte de la parole était annoncée par rémission d'urines abondantes et claires. Le plus souvent, elle affecte les muscles phonateurs ou mieux constricteurs de la glotte,c'est-à-dire les crico-aryténoîdiens latéraux et Tary-aryténoîdien, rarement elle porte sur ceux de la respiration ; elle se manifeste sous forme d'aphonie (1)| ou plutôt de dysphoniCy laquelle peut-être également produite par un certain état spasmodique de la glotte, comme M.Gouguenheimen a fait la remarque judicieuse. La paralysie est presque toujours bilatérale, très rarement unilatérale, Texamen laryngoscopique permet de voir récartement des cordes vocales (2) et leur impossibilité de se rapprocher sous rinfluence des efforts de phonation; la muqueuse laryngée est normale, les cordes vocales ont leur aspect habituel et blanchâtre, mais si parfois elle présente un état rosé et comme congestif, il ne faut pas l'attribuer à un état inflammatoire, mais plutôt à Faugmentation d'épaisseur de la corde vocale et de la muqueuse qui étant revenue sur elle-même augmente ainsi d'épaisseur (Poyet). Enfin, M. Thaon a noté chez ces hystériques aphones l'existence de plaques d'anesthésie cutanée au niveau des régions sus et sous-hyoîdiennes.

Uaphonie hystérique survient sous l'influence de causes diverses : après une frayeur, une forte émotion morale une légère inflammation de

(1) Hirtz. Aphonie hystérique (Ga*. méd. de Sirasbùwrg, 1S42); — Smilh. Funciional aphonia ùf fix and half yeart duration (Med. Press andCircul.^ 1873); — Sclinitzier. Aphoniti spoMtica {Wiener med. Press., n** ^ et 22, 1874); — R. Coën. Ueber Phonophobie {Ail Wien. med. Zeit., d* 27, 1876); — S. WhiteQeld Ward. Aphonie hystérique {Chicago med. Journ. and exam., 1877); — W. Glasgow, Paralysie hystérique des muscles crico^ryténoidiens postérieurs (Arch. of Laryngology, New York, juillet 1881, p. 253).

(2) La paraljsie organique, dit M. Gouguenheim {communication orale), se fait dans Vadduction, ce qui tient au maintien de l'action du muscle crico-thyroïdien qui est tenseur des cordes vocales, et adducteur par conséquent. La paralysie de cause nerveuse se fait dans rabduction, ce qui tient très-probablement à la paralysie du muscle crico-lhyroïdien qui est innervé par le nerf laryngé supérieur. Alors le muscle crico-aryténoïdicn postérieur, le muscle dilatateur et le plus puissant de Torgane, l'emporte sur les muscles tenseurs innervés par les récurrents. C'est là la cause de la paralysie en abduction on dilatation qui caractérise la paralysie hystérique.

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f>^n* 1^ premier ca.-, iî penl atlrrin ire tîii de^Té cxlrriXH, les pJjrj> ffif:fj'i^d^*P^Mriedela gMUîdonneDl lieaà une o;•f.^e5^C .nr-josil-^rl!-. â /orrrifraç[ r^yiiq'je.au pciDlmérûe q^j^U Imché-'-loniie ^>: forint, -ttî iri'ji'j'j*^*; f ornr/.e v;ul moyen de ïauv^r la \ic de* malades. Deai ôkcr- >atiori«^ D^ lai^s^Dt sub^i^ir^r au<;ua douter à cet é^ard : cbezniieBi^vi? donl YtxKftncft «rlail ^neu^^ment menacée par un spasme de Iagk»u?, Michon jinili^'ja ia lr;ich*^olomie avec s'jccés, el un anlre acc^ .insii '^r*i\ft ^tanl •unen'j quelques moi^^ après, il fui iAAi^h de recourir un*? ît^rconde foi* â c^lleop 'ration. Enfin dans un second cas rapp<:»rt? p^r Bri'pJet sous le nom de iuffocalion pi^ndo-croupale^^elpe^tu fulobii:é de pratiquer la même opération. Dan> ces exemple^, la trachéotomie «l une opénition uilirne âlaquelle on ne doit jamais avoir recours qii*aprê> avoir mis en œuvre toutes les médications que Ton peut employer %n p^ leille circonslanœ; parmi ellesnous citeron>raneslhésiechlorofonniqn«î qui réiïout .si fa^ilernenl et si rapidement les spasmes elles contracture^ d ori;:ine hystérique, et enfin la saignée que oousaTons employée onu5 rfiéme avec le plus grand succès contre les menaces d^aspbysie, et sur* tout dans certains cas mal connus encore où la prédominance dans uoe attaque convulsive appartient à certains spasmes viscéraax. A ce sujet, il est important de dire que le spasme glottique peut parfois acquérir une intensité extrême au commencement ou dans le cours d^une attaque convulsive. Nous avons vu deux malades (l'une d'elles observée avec M. Cherlier de Xogenl-sur-Seine) chez lesquelles l'accès convuNif. à peine ébauché, était dominé par des symptômes réellement efFrayaols d'asphyxie avec teinte cyanique et presque noirâtre de la face et des lèvres, symptômes qui disparaissaient rapidement dès que le >an; s'écoulait par rouvcrture delà veine. Ces deux faits doivent être n{>* proches de celui de M. Bernulz, dans lequel on voyait, dit-il, une véritable crise d'asphyxie sans aucune convulsion constituer toute l'attaque.

Ajoutons enfin une sorte d'aphonie expérimentale que l'on peui produire pendant Tétai de sommeil ou de somnambulisme, en touchant la région laryngée avec le doigt, ce qui détermine un spasme

IIYSTÉIUE. 1023

des muscles du larynx pouvant persister au réveil de la malade. En tous cas, l'aphonie d'origine spasmodique peut cesser sous Tinfluence d'une cause souvent insignifiante, telle que l'introduction du doigt dans l'arrière- gorge et le soulèvement de Tépiglolte (Denucé), la simple introduction du miroir laryngoscopique, l'application de révulsifs, d'un aimant à la partie antérieure du cou, une action morale, telle que les apprêts d'une opération, etc.

Le spasme de la glotte expiratoirCy (auquel se joint parfois un spasme des bronches, des muscles du thorax et du diaphragme), se manifeste par des cris plus ou moins singuliers et par de la toux.

Les cris qui étaient déjà bien connus de Willis, peuvent simuler Faboiement, les hurlements du chien, les miaulements du chat, les rugissement, de bêtes féroces, (qu'on observe souvent dans le cours de crises convulsives), le glapissement, le gloussement des poules, le grognement du cochon et le coassement des grenouilles.L' imitation joue ici un grand rôle : ainsi une jeune fille citée par Briquet imitait les aboiements des gros chiens de basse-cour qu'elle entendait pendant son séjour à la campagne; une autre observée par Itard dans un pensionnat, soulevait convulsivement les épaules et poussait un cri aigu, dès qu'elle entendait le son de la cloche; bientôt à ce cri succédèrent de véritables hurlements dont furent atteintes aussi quelques autres élèves de la pension. Elles guérirent dès qu'elles furent rentrées dans leurs familles, et la première qui avait commencé la série des accidents, guérit-elle même par un traitement moral, le traitement de l'humiliation qu'elle éprouvait à se promener et à se faire entendre dans les rues les plus fréquentées de Paris. L'imitation et la contagion nerveuses ont exercé autrefois de grands ravages et il nous suffira de rappeler ces épidémies d'aboiement des filles d'un lieu appelé Kintorpp en 1552, de bêlements des nonnes de Sainte-Brigitte en 1613, de miaulements dans un hospice d'Amsterdam en 1566, etc. (1).

La totix hystérique a été d'abord indiquée par Willis (2) qui parle c d'une toux sèche, violente, persistant jour et nuit, et ne cessant que pendant le sommeil », puis par Sydenham, dans sa célèbre dissertation épistolaire à Guillaume Cole. Elle apparaît quelquefois comme première manifestation de la névrose, souvent à l'occasion d'une affection inOammatoire des voies aériennes, d'une laryngite simple, d'une bronchite, d'une angine, ce qui avait fait dire avec tant de raison à Sydenham, qu'elle t affecte de préférence les femmes pituiteuses », ou encore sous

(I) Voycf Calmeil : De la folie, etc., 18i5, t. I, p. «65, 503. — Voy. un travail de Jolly sur Vimilation nerveute, etc. {Union méd., 1869).

{t) De morbis convuUiviM. Caput VI, 1682. En 1855, M. Jeannct rapporta le fait d une épidémie qui éclaU dans un village de la Bretagne en 1855 (Le$ aboyeum de Jomlin),

Ujii >ÉVKOSES COMPLEXES.

rinfluence d'ane suppression menstruelle; enfin, d'autres fois, elle survient d'emblée sans «^use appréciable, c'esl-i-dire sans avoir été précédée d'une affection des organes respiratoires. — Cet te toux, bien étudi.je dans un mémoire de M. Lasèguc, est paroxystique, procédant par accès le plus souvent irréguliers, parfois au contraire réguliers suivant une périodicité surprenante; ces accès se répètent on nombre variable de fois, vingt à cinquante fois par jour, ils durent de quelques minutes à plusieurs heures, s'arrétant souvent au moment des repas et presque toujours pendant le sommeil. Annoncée par une sensation de picolr-ment ou de chatouillement douloureux du larynx (laquelle sensation e^t rindice d'un état d'hypereslhésie laryngo-bronchique), cette toui eji convulsive, saccadée, sèche et sans aucune expectoration, monolooe dans son rhylhme et ses caractères qui ne changent pas pour la même malade, à timbre métallique, aigu, rarement rauque et ressemblai plus ou moins à la toux provoquée par Tinspiration de certains gar, du r-hlore par exemple, ou encore reproduisant plas on moins GdèlemeDt l'aboiement d'un chien. Une malade observée par M. Noël Gueneau de Mussy, avait deux ou trois fois par jour des accès durant de quatre a six heures, se répétant dix à douze fois en vingt secondes, cessant ensuite pendant quelques secondes pour recommencer après, avec une sortede rhythme cadencé qui imitait le chant de la caille. Ces secousses bryngées, fatigantes plus pour l'entourage de la malade que pour la malade elle-même, se succèdent sans interruption, mais elles ne s'accoropagneDi d'aucune inspiration sifQante, d'aucune menace d'asphyxie comme dans la coqueluche, elles ne correspondent à aucun bruit mori>ide dans la poitrine; le murmure vésiculaire est absolument normal, seulement affaibli dans certains cas, lorsque le spasme a gagné les bronches. Nous avons vu la pression de certaines parties du corps, du pneumogastrique au cou, des apophyses épineuses des vertèbres, de la région des ovaires etc. , suffisante pour faire éclater les accès. On a va aussi la lou\ hystérique s'accompagner chaque fois d'une convulsion du thorai et é^membres supérieurs, d'un haussement d'épaules singulier, ou encot^ être suivie d'une attaque de convulsions avec perte de connaissance; sa durée est variable, et on a cité des cas où elle a pu se prolon^^r pendant quatre ou cinq ans.

Lorsque cette toux hystérique s'accompagne d'aménorrhée et d¥^ moptysies supplémentaires, et qu'il s'ajoute encore du côté de la paro: thoracique cet état hyperesthësique connu sous le nom de pleuraljri^ on conçoit que le diagnostic présente de grandes difficultés avec la tuberculose. Briquet fait à ce sujet la remarque judicieuse confinnée p^' nous, que souvent dans ces cas, le sang expectoré a des caractères paraculiers : il est est de couleur incarnat, rarement mélangé avec le mu< us et pénétré de bulles d'air, ce qui prouverait qu'il vient des bronches ei

non des vésicules pulmonaires; enfin, l'absence de symptômes généraux et de signes locaux permettent, dans la plupart des cas, de reconnaître cette pseudo-tuberculose hystérique.

Vhyperesthésie de la muqueuse laryngée se traduit d'abord par la toux que nous venons d'étudier; elle consiste également dans des sensations de déchirure, de brûlure, ou de corps étranger dont les malades affirment parfois l'existence tout à fait imaginaire ; enfin, d'autres fois, elle peut être localisée sous forme de points douloureux, de véritables névralgies qui siègent le plus communément à gauche du cou, avec foyers douloureux que Ton exaspère par la pression et qui sont par ordre de fréquence : les bords latéraux du cartilage thyroïde, l'interstice crico-thyroïdien, l'interstice hyo-thyroïdien, la partie postérieure de la langue en arrière du Y lingual (Thaon).

De même que l'hypereslhésie de la muqueuse stomacale ou gastralgie détermine chez les hystériques le phénomène de l'anorexie ou le refus de manger, de même aussi l'hyperesthésie de la muqueuse laryngée peut donner lieu à une sorte d'état mental et d'hypochondrie qui aboutit à la crainte et au refus de parler. M. Lasègue cite l'exemple d'une jeune fille, excellente musicienne, qui éprouvant une sensation vague de douleur lorsqu'elle chantait, s'imagina de ne plus parler qu'à voix basse et garda ainsi un silence presque complet pendant plusieurs mois, dans la crainte que l'exercice de la phonation n'éveillât quelques souffrances. Cet état peut être caractérisé par le mot de phonophobie.

Vanesthésie laryngée est un phénomène que Ton a l'occasion d'observer assez fréquemment, au même titre du reste que l'insensibilité des conjonctives, mais il ne faut pas exagérer son importance, et dire que c le signe pathognomonique constant de l'hystérie consiste dans l'insensibilité de l'action réflexe de l'épiglotte » (I). Sans aucun doute, on peut chez un assez grand nombre d'hystériques, porter impunément le doigt, ou un instrument quelconque, tel qu'une sonde de Belloc ou une barbe de plume, jusqu'à l'épiglotte et aux replis arylénoépiglottiques, on peut même arriver jusqu'à l'ouverture supérieure du larynx, sans déterminer ces contractions réflexes de l'œsophage, du pharynx et du diaphragme, qui aboutissent dans l'état normal à des efforts de vomissements. Mais dire qu'il s'agit là d'un phénomène paihognomonique et constant, c'est commettre une double erreur : il n'est pas pathognomonique puisque, d'après les recherches de Bernutz, d'Armaingaud et d'après les nôtres, on l'observe, non-seulement chez les hystériques, mais aussi chez les épileptiques, chez les saturnins, et chez les alcooliques, puisque sur vingt-deux sujets indemnes de toute affection ou de tout état névropathique observés par M. Ar-

<1) ChaÀroMt Études cliniques sur Vhystérie, Paris 1869.

AXENFELD. 65

maingaud (1), cette anesthésie pharyngo-épiglottique avec paralysie réflexe de répiglotte a été notée douze fois; ce phénomène n'est pas constant, puisque M. Bernutz en a constaté l'absence seize fois sur vingt-deux hystériques, que M. Thaon l'a vu dans un sixième des cas seulement, et que nous-mème Favons vu manquer chez le tiers des malades. Donc, il serait impossible de dépister un état hystérique dans les cas douteux par Texistence de cette anesthésie épiglottique dontrimportance a été singulièrement exagérée au point de vue du diagnostic. Telles sont les manifestations que Thystérie peut provoquer du côt>' du larynx. Mais ce serait une erreur de croire qu'elles doivent être constamment isolées ; en un mot le spasme laryngé n'existe pas toujours seul, il peut être constamment combiné à un état d'hyperesthésie ou d'anesthésiedela muqueuse laryngée, et il n'est pas rare non plus de voir la paralysie des muscles du larynx succéder plus ou moins rapidement à un état de spasme ou de contracture de ces mêmes muscles.

Ces phénomènes de spasme ou de paralysie peuvent atteindre non seulement le larynx, mais aussi les muscles respiratoires et le diaphragme. C'est ainsi cju'on observe une sorte de hoquet hystérique qui se produit d'une façon irrégulière et intermittente , sous Tinfluence d'une émotion, d'une douleur, d'une cause insignifiante ou inappréciable. Les accès de ce hoquet bruyant, un peu l'auque, analogue parfois au jappement du chien, peuvent durer de quelques minutes â plusieurs heures, et dans certains cas même, comme dans celui qui est rapporté par Raulin, il est à ce point violent et continuel que la malade peut cl peine trouver le moment de prendre quelques gorgées de bouillon pour se nourrir (2); enfin on a noté des épidémies de hoquet survenant sous l'influence de l'imitation.

On observe aussi le phénomène du sanglot par convulsion spasmodique du diaphragme, celle-ci prenant parfois une telle intensité quelle détermine le rejet des matières alimentaires hors de l'estomac et deéructations gazeuses extrêmement bruyantes. Dans un cas que nou> avons observé, on voyait à chaque mouvement insplratoîre le diaphiagme s'abaisser brusquement avec force et refouler tous les viscne? abdominaux, en faisant saillir la paroi antérieure, depuis répi|i:asire jusqu'au pubis; la secousse inspiratoire qui se répétait un nombre considérable de fois pendant plusieurs heures ou plusieurs jours, produisait un bruit laryngien très intense dû au passage brusque de l'air eai'^ les cordes vocales, et donnait lieu à des gargouillements stomacaux et à des borborygmes très bruyants.

Dans un cas de spasme du diaphragme observé par Briquet, cemus^k

(1) Relation d'une épidémie, d'hystérie^ etc. Loc, cit» 1880. p. 14.

(2) Raulin. Traité des affections vaporeuses du sexe. 1758, p. H8.

HYSTÉllIE. i027

s*élevait et s'abaissait rapidement et avec une telle force que toute la paroi abdomioalo était ballottée, que les intestins et Testomac violemment secoués donnaient un bruit analogue à celui d'un liquide fortement agité dans un grand vase à parois sonores (1).

L'état tout opposé, la paralysie dx(, diaphragme est un rare phénomène extrêmement rare, puisqu'il n'a été observé que deux fois par Briquet, et une fois par Duchenne de Boulogne.

Notons encore les bâillementSy les soupirs, les accès d'étemiiement dont on a vu les secousses se produire une centaine de fois par accès (Brodie), et surtout les rires et les pkiirs hystériques qui ont un caractère nettement convulsif. Les accès de rire se produisent, soit comme prodrome des accès convulsifs, soit en dehors d'eux. Ce sont ces derniers que nous avons plus particulièrement en vue. Landouzy cite le fait observé par Zwinger, et relatif à une jeune fille de Bâle qui fut prise, sans cause connue, d'un rire inextinguible, la première nuit de ses noces; Flouillier raconte que les deux filles du président de Rouen étnient prises de temps en temps d'un rire, d*une durée ayant une à deux heures, qu'on ne pouvait arrêter c ni par leur faire peur et terreur, ni » par honte et admonitions, de sorte que tancées par leurs parents, > respondoient n'estre en leur puissance de se garder de rire (2) >. Bri* quet parle d'une jeune hystérique qui était prise d'un rire spasmodique absolument involontaire et que le chagrin n'empêchait pas ; il lui arrivait souvent de rire quand elle avait envie de pleurer, et parfois elle riait et pleurait presque en même temps. Nous n'insistons pas sur cet accident parfaitement connu, nous bornant à citer une de nos malades qui a été prise pendant plus de deux heures, avec quelques légères intermissions, d'un rire invincible. — Les pleurs surviennent le plus souvent à la fin des accès convulsifs.

Du côté de Vappareil broncho-pulmonaire y on peut observer des spasmes bronchiques (pseudo-asthme hystérique) et des troubles vaso^ moteurs (hémoptysies).

Nous décrirons ces derniers plus loin, et nous ne nous arrêterons qu*à la description de la dyspnée hystérique dont l'origine et les causes sont variées : l** Dans sa forme la plus grave, que nous avons décrite plus haut, elle peut être due à un spasme de la glotte et donner lieu à tous les accidents de la suffocation pseudo-croupale {hystérie suffocante, SanoU yàçupuofi de Galien); ^ elle peut être due également à un état de paralysie ou même de contracture du diaphragme; 3* elle est provoquée par un état spasmodique des bronches presque analogue

(1) Nous ayons obsenré un cas absolument semblable, consigné dans la thèse de Fouqaet sur quelqueê »pa9me$ d'origine hystérique (Thèse, Paris 1880, p. 50).

(2) Hollerii : Démorb, int. liv. II, cap. 59 (citation de Landouzy).

1028 iNÉVROSES COMPLEXES.

à l'asthme {asthma uteri de Van Helmont). Alors, les malades piésentent des accès qui ressemblent par certains caractères aui accès d'asthme réel, il y a des râles sibilants dans la poitrine, le murmure vésiculaire est un peu affaibli, Texpectoralion ressemble à Teau gommée; mais ces accès de dyspnée ne sont pas nocturnes , ils surviennent le jour comme la nuit, souvent à l'approche ou à la fia d'une attaque convulsive, sous l'influence d'une émotion; enfin, si parfois le< respirations sont ralenties comme s'il s'agissait d'un étal parétique du nerf vague, le plus souvent elles sont accélérées et acquièrent parfois une fréquence extrême (1). C'est ainsi que nous relevons dans la clinique d'Andral (2) l'histoire d'une femme hystérique dont les accè> étaient caractérisés par de violentes palpitations avec teinte bleuàlre des extrémités, et surtout par une accélération des mouvements respiratoires qui atteignaient le chiffre de cent quarante par minute; ToJd a cité une observation où cette fréquence était de quatre-vingt-dix à cent vingt par minute ; nous avons aussi observé de nombreux cas où cette accélération des mouvements respiratoires constituait le fait dominant, les malades n'éprouvant pas de dyspnée bien accusée, lien résulte qu'il ne faut pas confondreisipohjpnéeei la dyspnée hystériques. 4" Enfin, la dyspnée peut exister d'une façon indirecte, par suite de rhyperesthésie de la paroi et des muscles de la paroi thoracique (ihoracalgie, pleuralgie), de la douleur que provoque la respiration, el aussi de certains troubles digestifs (dyspnée gastrique).

Jusqu'ici en étudiant les accidents que l'hystérie produisait du coït) du larynx (toux, aphonie hystériques) du poumon et des bronch.'? (dyspnée hystérique) de Teslomac (gastralgie hystérique), nous avons vj que les deux portions respiratoire et gastrique du nerf vague pouvaient être atteintes par la névrose; il nous reste maintenant à étudier les troubles intéressant la portion cardiaque du même nerf, et Vappareil circulatoire. Du côté du cœur, on observe souvent des accèï d ' palpitations qui acquièrent parfois une violence extrême, et qui s'accompagnent d'une douleur précordiale avec pâleur des téguments, refroidissement des extrémités et tendance aux lipothymies; cette douleur est souvent angoissante, paroxystique, et rappelle celle de Vangint'^^: poitrine. D'autres fois, il s'agit d'accès réels d'angor pectoris reimrquables par la violence de la douleur, la répétition des crises (coinm' nous l'avons déjà dit page 339) et aussi, d'après M. Marie (3), par Ij fréquence des troubles vaso-moteurs.

(t) Quum vapor in diaphragma, thoracisque partes affeclur, respirationexn breveai f ■ bramque tanquam compresso pectorc racit (Fernel,Prt</i. lib, VI, cap. XV, p. 563),

(2) Clin, méd., t. UI, p. 510.

(3) Marie, Mémoire inédit surVanginede poitrine des ktjitériques (1881).

Les palpitations peuvent encore être douloureuses d* une façon indi* recte, par suite de Texistence d'une névralgie intercostale gauche, et de rhyperesthésie de la paroi précordiale; d'autres fois il y a des syri' copes fréquentes, on encore il y a des irrégularités et inégalités des contractions du cœur, avec alternatives d'ampleur et de petitesse, de lenteur et de précipitation du pouls radial; les malades éprouvent la sensation d'arrêt, d'augmentation de volume du cœur ; les douleurs qui existent au niveau de la pointe et des espaces intercostaux correspondants, les confirment trop souvent dans l'idée qu'elles sont atteintes d'une affection organique du cœur, et le médecin lui-même peut être entretenu longtemps dans cette erreur, surtout si l'on constate, non seulement à la base, mais aussi à la pointe du cœur, un bruit de souffle que l'on doit rapporter à sa vraie cause, la contraction exagérée des muscles tenseurs des valvules, par suite de la violence de la palpitation. Parfois toutes les branches du pneumogastrique peuvent être successivement ou simultanément atteintes, et telle malade présentée la fois des accidents dyspnéiques, des troubles gastriques, des palpitations extrêmement violentes. C'est même là un des exemples assez nombreux des synergies morbidesdu pneumogastrique que nous avons étudiées (1).

Ces palpitations peuvent aussi affecter les artères viscérales, et donner lieu aux battements artérielSj aux pulsations abdominaces dont nous avons parlé dans un chapitre précédent. Notons encore les bruits vasculaires du cou que l'on constate encore en l'absence de tout état anémique, et sous l'influence du spasme des vaisseaux.

Troubles vaso-motears et sécrétoires. — Les troubles de l'appareil vaso-moteur sont extrêmement fréquents dans l'hystérie. Nous les étudierons suivant qu'ils ont leur siège sur la peau, sur les muqueuses ou dans les glandes.

A. — Sur la peaUy ils peuvent résulter d'un état d'excitation vasoraotrice, qui détermine alors tous les phénomènes de l'anémie cutanée. C'est ainsi que dans cette maladie, on peut observer une sorte de frisson avec aspect de la chair de poule sur la peau {catis anserina); ou encore un refroidissement très marqué parfois aux membres inférieurs, avec diminution notable de la température; le refroidissement peut-être plus local encore, et se manifester aux doigts ou à l'un des doigts sous la forme d'asphyxiey d'anémie ou de syncope locale des

(1) H. Htichard. Angine de poitrine cardiaque, etc. Remarque» iur le» »ynergie» morbide» du pneumogastrique (Union méd. 1879). Voy. une observation de Glascav (de Saint-Louis). Phénomène» hyttérique» »ucce»»ifs {toux, dg»pnée, eardialgie, palpitaHùn», angine de pottrine {Saint^Loui», Courrier méd., p. S22» sept, 1881).

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Ce* tfOîi}/»:5 va^rjKraoU-'jrs .^onl pafsa^er? ou permanenu; dinslpf^rn.ier ca.*. il? .«^'obsenent surtout après les crises conv.jUÎTes. ik ;i; ;/af air-ai-rot rous forrrje ie taches roa^es, irr^r^lières, disf^^-misé-r- €ur la (ace, -ur les bras o-j sur le oou, qui ont une durée de qu^f^jue^ heures à quelques jojrs. et qui peuvent dans des cas assez nr^ lai-ser place à une lé^'êre de-quarnation furfuracée; une malade ôI>servéf; par M. Charcot avait une rougeur intense de la face et du C'-i, avec des élevure? plus pâles qui duraient plusieurs jours, et qui élai^nî rernpla^é's par des plaques d'urticaire accentuées surtout sur le »Olr droit du corps, siège d'une hémianesthésie (3). M. Boumeville o:'

• I M. Vijlp'^n Ci'fr I*: f-iit d'une hyîlérique rhumiUtante rfaei laquelle on o^f^ni j «r'at ^J*; ïtr'i'if.u»' il 'xif'-'ne frl d'irj<*n«iiiil té f:'^m|»I**le de* deux phalanges. En mém» i"-»' len d'M(f'%. )et niajf*, k« p'-igru-U m co'j%-raient d'une *ueur «i abondante qu'elle i*'i.u par Urre ifjin. mfd.f p. X^T . f>:in« un r^% raf.fK»rté par Rosenthal \ Wiener med. Ztin^'n''* i'{ et ii, 1x71 , If» att^^ue* é;iiloptr..ides avaient pour si$rnes précurseurs une sen^a' '• «ijhj<'';tMe de frorj et u'ie <'.é<-<iioration les maïus et do bout des doîfts. I^es nuin* J*"^^ naM'iit i/»l''k. le l»o'it des doiji^u el le> onpl*** d'an bleu foncé, la température de fs **- KÎofiK qiii ét;i.l de '{:^,i â l'éUt norrn.il. deïceadait â 30**,fi le ponU baissait de 1t i '^ Af'ie* r;i!t;<'jue,la te'Dpérature de* rnain* «'éleTait à 35 degrés, les doigts devenaient r»it,'«?* iKct'iient le «x-ge d'une Iran «-pi rat ion ab'>ndantc, et le pouls montait à 84-88.

it) Ce» faits oui été et s<»nlenrore re;rar<jé^ de nos jours comme merfeillcux par un pi '• ii?norant ou intéressé à le paraître , et l'on sait qne lot fameates roovulsionnJire* *- Sainl-.Méilard pouvaient recevoir des coups d'épée dans différentes parties da corpi ^t» qu'il *'en écoulai la moindre quantité de saii^.

(3; Voy. i;«>unieMllc et Voulet, be la contracture hystérique permanente, p. 40.

deux malades chez lesquelles il élait possible pendant plusieurs jours après les attaques, de tracer sur la poitrine et sur le ventre avec une épingle, des lettres qui apparaissaient bientôt en relief avec une bande érythémateuse de plusieurs centimètres de hauteur (1). En outre de Véryihème et de Yuriicaire hystériques^ on observe parfois une éruption vésiculeuse (Castex, Eiilenburg, Leloir), une éruption herpétique avec douleurs sous la forme d'un véritable zona hystérique ^owmè^m(t\in^ éruption pemphygoïde(Schulze,Gignoux, Hébra, Landgraf, J. P. Franck). l^pemphygus névrosique est ordinairemeut fugace, il ne laisse pas de cicatrice à la peau, il succède à des attaques nerveuses ou alterne avec elles, et parfois se développe à la faveur d'une légère irritation cutanée, d'émotions morales vives, ou encore se trouve en rapport avec les phénomènes menstruels (S).

Les troubles vaso-moteurs que nous venons de passer en revue sont plus ou moins fugaces ou transitoires; d'autres fois, ils ont une plus longue durée, ayant de la tendance à devenir permanents, parce qu'ils résultentd'unétat habituel de parcsie vaso-motrice. Ainsi, chez quelques malades, en dehors des attaques, ou même en leur absence, on peut tracer avec l'ongle ou même avec un corps mousse sur toute la surface cutanée des lignes qui apparaissent bientôt sous forme de traînées plus ou moins rouges rappelant les taches dites si improprement méningitiques. Mais, d'autres fois, la paralysie vaso-motrice existe à un degré bien plus élevé, et, dans l'observation intéressante de M. Dujardin- Beaumetz concernant une hystérique atteinte d'anesthésie totale, l'inscription de lettres ou d'un nom entier faite avec l'ongle ou une pointe mousse sur le tégument externe, était suivie de l'apparition de lignes rouges remplacées bientôt par des saillies blanches avec relief d'un à deux millimètres d'épaisseur. Le nom restait ainsi tracé pendant quatre ou cinq heures chez cette femme autographique y comme elle a été appelée par la suite (3). Nous avons observé deux cas semblables, l'un chez une hystérique sujette, au moment des époques menstruelles, à des

(1) Iconographie pliotogr. de la Salpétrière, t. III, p. 19» 9i.

(S) Castex, Sur une éruption vésiculeuse chei une hystérique {France méd., 1877).

Schuize Obs.etdisquisiiionesPath,etclin,circa.pemphygumhystericumf Bereloni 1840 ; — Oignoux, Des névroses vaso-motrices {Soc, des se. méd, de Lyon, 1865; — H. Landgraf, Ein Beitrag tur Catuistik der Hautkrankheiten mit Beûehung auf deren vasomotorischen Genèse {Arch. d. Heilk., 1875, p. 344); — Mcrmet, Du pemphygus dans la névroses {ihiise de Paris, 1867); — Hebra, Traité des mat. de la peau.Trad. fr.,1872, p. 824;— ?ïck, Ueber eine eigeniUmliche Nenose Ilautaffection bei einer Ilysterischen (Prager med. Woch,, n* 30) ; — Fëvre(iifm. méd. psych., 1876), et Yehn (Altg. Ztsch.f. Psych., 1880), ont également cité des exemples de pemphygus dans le cours de Taliénation mentale ; — Mosler (thèse de Betz, 1877) en a vu dans Tépilepsie ; — E. Courbis, Éruption pemphygoide che% une hystérique {Lyon médical, n* 3, 1876) ; — Ch. Péré, Obs. de *ona hystérique {Arch. de Neurol., mars 188!2^ p. 167). — Leloir, Recherches clin, sur les affections cutanées d'origine nerveuse (thèse de P^iris 1882).

(3) Dujardin-Beaumets, Note sur des troubles vaso-moteurs de la peau, observés sur une y9Urique(Un, méd., t. XXVIII, 1879, p. 917, et Soc. méd. des hâp.)

I , :;i > L V|;0>E> COM PLE\£S.

d'un aire el d»-^ [•l.^norfi^rn^rî de para>.-ie \ii<i-îLvlri:rir:i]'-r:^oi\ p;»^,édeDî.^ et îi^Hreanl surloul à !a fLce aûlérirrjre da iLonx; ri',:rr ch*:z un hoffjf/ie ah-îolun.enl indemiie de loul ac-ideol nerreui, et qii fut atteint également d une hémoptysie d'orij:me puremcnl \aKKûi^ti i^ e « 1 1.

L'iJflème hy*lériq»ie appartient aux phênoinénes de même ordre. depui- que le.s obsenations de Th. LayccM^k en 18^î5,et l»r5 rechtri^besi» lîan^ieren \^i'/.\ ontdémontié nettement l'action du sv>ièmê neneiA .sut la production de certaines hydropi-ie$. Sj Jenham Fa dOcril ad-Tiilablenient dan.s ces teiTues : c On peut toujours, dit-îK observer dcui clioses dans l'enfluredes hydropiques: c'est qu'elle est plus conMil^rable le >oir, el que, quand on la presse fortement avec le doigt, riaiprefsion y re-le coinmc dans la cire molle. Au contraire, l't-nilure des persc^nnh\slériques est plu> grande le matin, el, quand on la presse avec l«* doigt, il ne reste aucune marque. Le plus souvent aussi, renflure nH qu^à une des deux jambes (2). » Si Ton ajoute que cet (pdème. d*' consistance ordinaireujent dure, accompagne ou suit parfois une pânh>ie nerveuse, qu'il peut dispai'aitre très rapidement, on aura aiii^i tous ses caiactères.

Si la paralysie vaso-motrice peut déterminer du côté de la peau de* accidents congestifs plus ou moins accusés, on conçoit fort bien qu'à un (legié plus avancé, elle soitcapable d'aboutir à de véritables héiiioirjiagies qui se manifestent sous forme de taches pourprées, de purpura, d'ecclivmoi^es, de pointillé sanguin, et surtout de sueurs de sang.

Ces dernières, connues sous le nom Aliématidrose^ sont précéd'e? de douleurs qui existent le plus souvent dans les mêmes points où Texhalation sanguine doit se faire, ou qui au contraire se font sentir dans un endroit différent, comme dans Tobsei^vation d'une malade de Caizergues, qui saignait de la face, du cou, des aisselles, de In poitrine, lorsqu'elle souffrait des régions rénales et ovariennes; d'autres foiS;lo> douleurs sont absentes. Ces hémorrhagies névropaihiques apparaisseol sur la peau sous forme d'une simple rosée ou d'une véritable pluie sanguine; parfois elles selocalisent dans des régions très limitées, comme si le sang s'échappait de quelques plaies; elles coïncident souvent a\e<' d'autres hémorrhagies, des hémalémèses, des pleurs de sang, de> hénjoptysies, des épislaxis. Elles se distinguent encore par lescaj'aclêre> suivants : elles surviennent le plus souvent après des émotions plus ou moins vives et profondes, après une frayeur ou une attaque de nerf^:

(Ij Ce fait dcinoiitre, ainsi qu'un aulre encore rapporté par M. Vulpian, que cel ^^'^ ' paralysie vaso-mulricc n'est pas absolument spécial à l^byslérie, puisqu'il peut s'oKk^s ctiez des sujets indemnes de toute affection nerveuse.

(2) Sydenliam. Loc. cit., p. 237.

elles produisent peu de troubles fonctionnels, n'allèrent pas sensiblement la santé générale et ne se compliquent que très rarement d'anémie; elles sont sujettes à récidives, tantôt irréguliéres, tantôt périodiques dans leur apparition, et ont une tendance à se montrer plus à gauche qu'à droite (4).

B. — Du côté desmw^t(eM5r5,leshémorrhagies ne sont pas rares. C'est ainsi qu'on observe par ordre de fréquence des hématémèses, des hémoptysies, des métrorrhagies, des hématuries, etc.

Ces hémorrhagies, et surtout les deux premières, se produisent au moment des règles ou dans leur intervalle ; dans le premier cas, elles peuvent remplacer les règles absentes ou peu abondantes (hématémèseSj hémoptysies supplémentaires ou vicarianles) ; ou encore elles surviennent toujours au moment des menstrues régulières en abondance, coïncider même avec des ménorrhagies (hémalémèses y hémoptysies menstruelles), La production assez fréquente des hémorrhagies au moment des périodes menstruelles, s'explique par Tétat d'érélhisme vasculo-nerveux très accusé chez les hystériques et aussi par Félévation de la tension sanguine au moment de la menstruation; la localisation de ces hémorrhagies résulte de Tétat de faiblesse de certains organes (par exemple : hématémèses se produisant chez les hystériques souffrant ordinairement de Testomac, ou ayant reçu un coup à la région épigastrique ; hémoptysies chez des malades sujettes à des bronchites, quoique non tuberculeuses, etc.) Enfin, la fréquence et la multiplicité des hémorrhagies pourraient être favorisées par un état constitutionnel, tel que l'arthritisme par exemple, diathèse éminemment congestive, laquelle a pu et a du, selon nous jouer un certain rôle dans un cas intéressant concernant une femme hystérique et goutteuse ayant eu des hématémèses et des métrorrhagies très abondantes (2).

En second lieu, les hémorrhagies sont absolument indépendantes de ia menstruation qui est régulière et normale, elles surviennent donc en dehors des périodes calaméniales,et le plus souvent à la suite d'attaques convulsives. Ce sont les hémorrhagies névropathiques proprem£nt

(l) Tous ces caractères se retrouvent dans les hémorrhagies des extatiques et des stigmatisées. Consultez à ce sujet les auteurs suivants: Caizergues (i4nn« c/i'n. de Montpellier, 1814) ; — Chauflard, Hématopédésia coïncidant avec des accès d'hystérie {Tranêoctions méd., l. II, 1830); — Gendrin, Traité philos.de méd. pratiqueA. I, p. 27, 1838);— Parrot. Étude sur ia sueur de sang et les hémorrhagies névropathiques (Ga*. heb, Paris, 1859); — T. Chambers, A clinical lecture on a case of bloody-sweat (The Lancet^ 1861); — Call Anderson, A Case ofthe so called : Ephidrosis cruenta or bloody-sweat {Brit. med. joum.); — Raynaud, Article bématidrose du Dict. de méd. et chir. prat., 1873); — Vulpian, Leçons sur Vapp. vaso-moteur, 1. 1, p. 216, et t. Il, p. 521); — G. Froiderond, Contrib. à Vétude de quelques hémofThagies névropathiques {ihèse de Paris. 1879); — Lancereaux, ^nal. path., t. I, p. 548, et Union méd., t. XXIX, p. 726, 1880. Leçons sur les hémorrhagies névropathiques.

(t) Bouloumié, tfytime grave. Troubles dyspeptiques, hématémèses, etc. Coliques hépatiques et néphrétiques, simulation de calculs resicavx (rn. med., p. 51 3 et 539, 3* série, t. XXIX» 1880)-

10 i NÉVROSES COMPLEXES.

dites. Elles résultent, plus que les premières encore, de la perturbation que riiystérie imprime à la circulation, et d'une sorte d'hémophylie accidentelle (Bernutz). Aussi existent-elles rarement à Tétat \soV\ et observe-t-on souvent à la fois des sueurs de sang, des hématémèses, des hémoptysies, des épistaxis et des métrorrhagies, etc. Panni les observations nombreuses citées à ce sujet, il nous suffira d'en relater une seule, celle de Marins Carre relative à une femme héniianesthésique qui, en dehors de toute affection du cœur et des poulnon^, eut des hémoptysies se reproduisant deux ou trois fois par semaine et s'accompagnant d'épistaxis, d'hématurie, etc.

Leshémaiémèses hystériques peuvent avoir lieu sans douleur, presaut' par le mécanisme d'une simple régurgitation ; ou au contraire elles H'iit précédées ou accompagnées de douleurs vives, et d'un sentimcDl de constriction violente qui arrache des cris à la malade. Dans ces con iitions, on conçoit que le diagnostic soit parfois extrêmement diflinl^ avec l'ulcère de l'estomac, surtout s'il s'agit d'un de ces cas, où la n 'vrosc se localise dans l'estomac pendant de longs mois en l'absence de tout symptôme nerveux. On devra toujours se rappeler que dansl'héinatémèse hystérique, l'embonpoint et le bon état général sont consenê> malgré l'abondance des hémorrhagies, et que dans leur intervalle il n y a pas de troubles gastriques accusés (1), etc.

La division que nous avons admise pour les hématémèses est également applicable aux hémoptysies hystériques^ comme du reste à tuulcj les hémorrhagies, et Pomme, qui a écrit un chapitre sur ce point, acilê une première observation dans laquelle le crachement de sangavailsui\i une suppression menstruelle. « Les hémoptysies, dit-il, surviennent si les vaisseaux sanguins du poumon, trop faibles pour résister à rini|êtuosité du sang menstruel qui reflue sur eux, cèdent à ses efforts... > «^ Aujourd'hui encore nous ne saurions mieux dire. Chez les hystériques en effet, au moment de la période menstruelle, l'héraorrhagie doit ^^ produire dans un des points les plus faibles de l'économie, et chez !'*> hystériques phthisiques vers le poumon, qui est leur locus mim '> resistentiœ.

Dans les cas où l'hémoptysie se produit en dehors de toute affection thoracique, elle peut faire croire à l'existence d'une tuberculose qui

(1) Pinel, Dict. de se. méd., ^rikle hématémèse ; — Forgel(dc Strasbourg), Reckerchet r* sur les névroses, Vliystérie, etc.. 1817 (Ga*. méd. de Paris); — ArchambaïUi, Uémêi^^* suivie d'anémie et d' hémiplégie, cic. {Union méd., 1861);— L. Perron, Du vamiuemfn: ^ sang dans Vhystérie (ihbsc de Paris, 1874); — Lorey, Des vomissements de Mëny suppif-'^^ taires des règles, etc. (llièsc de Paris, 1875); — Périsse, Clcére de Vestcmac et de cert-accidents gastriques cha les hystériques (Ihèst» de Paris, 1876);— M.Binet,/>fj hémorri^ • dans l'kystéro-catalepsie {Ann. méd. jnych., 1877, p. 179); — Lanccreiux, Traité d'end pathologique, U I, p. 568, 1875-1877; — Rathery, Contrib. à Vétuét des hèmor'*^- 'survenant dans le cours de l'hystérie (Un. méd., 3*, t. XXIX, 1880. p, 409^.

(2j Pomme. Lac. cit., l. I, p. lUO; — Joseph Frank donnait aux hémoptjii<^ kr^ rique» le nom de pneumorrhagie spasmodique ou nerveuse.

n'existe pas, surtout lorsqu'il s'y ajoute de la toux et de la pleuralgic. L'absence de phénomènes stélhoscopiques, d'accidents fébriles, de retentissement sérieux sur l'état général permet de rattacher tous les accidents à la seule névrose.

Tels sont les différents troubles vaso-moteurs que présente l'hystérie. Mais dans certains cas, ils dominent tellement la scène qu'ils peuvent constituer une forme vaso-motrice de la maladie. C'est ce qui résulte d'une observation extrêmement intéressante publiée par M. Armaingaud {de Bordeaux) et dont voici la relation abrégée :

Une jeune (ille de vingt-quatre ans, est atteinte, indépendamment d'une névralgie cenrico-brachiale datant de plusieurs années, d*accés d'hystérie convulsive d*abord irréguliers et ensuite régulièrement périodiques. Après quelques semaines, ces accès convulsifs cessent tout à coup et sont remplacés par des accès de sommeil revenant chaque jour à la même heure, de même durée; enÛn bientôt, quatre autres phénomènes surviennent, de sorte que chaque jour la malade est atteinte successivement et régulièrement :

1^ De ooie heures moins un quart à onze heures du matin, d'un premier accès de sommeil, d'un quart d'heure de durée;

3^ De deux heures moins un quart à trois heures vingt minutes, d'un deuxième accès de sommeil, d'une durée d'une heure trente-cinq minutes;

3^ A cinq heures et demie du soir, d'une congestion locale des deux yeux, d'une durée de deux heures;

4.® D'une asphyxie locale des extrémités survenant pendant la congestion des yeux et disparaissant quelques heures après elle ;

5* A six heures cinq minutes, d'une névralgie intercostale droite d'une grande intensité, cessant brusquemment à six heures et demie précises et n'étant apparue pour la première fois que quinze jours après la guérison de la névralgie cervico-brachiale ;

6" £nûn une chromhydrose des paupières est venue s'ajouter, à la fin de la maladie, à tous ces phénomènes.

Pendant les attaques de sommeil, alors que la malade était insensible aux excitants les plus énergiques et qu'elle ne pouvait être réveillée, la pression exercée sur Tapophyse épineuse de la deuxième vertèbre dorsale n'arrivait pas à réveiller la patiente, mais produisait chez elle des signes de vive sensibilité et de douleur, des tressaillements et des sanglots qui disparaissait dès qu'on cessait la pression de l'apophyse épineuse. I^a constatation du point douloureux apophysaire (1) devenait entre les mains de l'ingénieux et savant médecin de Bordeaux une indication de traitement; l'application de quelques vésicatoires sur le point douloureux vertébral guérit pour toujours la névralgie ; l'application de courants électriques intermittents pratiquée sur le même point, pendant les accès de sommeil, fit disparaître ceux-ci, et

(1) Armaingaud, Sur une névrote vaso-motrice se rattachant à Vétat hystérique^ etc. (Acad. de méd. 20 juin 1876 et Ga%> hebd. 1876).

(2) Trousseau avait, on le sait, noté Texistence de ce point apophysaire uulement dans les névralgies, mais sans en déduire Tiraportance pratique qui a été mise en lumière parles travaux de M. Armain||;aud sur ce point. En insistant sur la fréquence de ce symptôme, non roulement dans les névralgies, mais aussi dans d'autres névroses (migraine, irritation spinale, n<:rvosisme ou neuf asthémie, hystérie, angine de poitrine, goitre exophthalintque), ce mé- <]ecin distingué est arrivé à deux conclusions de la plus haute importance, en démontrant, cl'une part l'origine médullaire de certaines afrections,et en proposant d'autre part comme Ijraitement, des applications révulsives sur les points douloureux apophysaires. Or, la dispa- ^îtion des phénomènes morbides par cette médication, montre la valeur et le bien fondé do o^tte théorie.

la chromydrose palpéhrale resta par suite la seule manifesta lion morbide dont fol atteinte la malade.

Dans ce cas si intéressant, lequel, nous devons le dire, ne relevait nullement d*ane intoxication paludique, les convulsions toniques de riiyslérie qui affectent ordioairement les muscles de la vie de relation avaient surtout pour siège les muscles vascalaires. Les accès de sommeil, la congestion oculaire et Tiisphyxie locale dos extrémités — ces deux accidents symétriques — indiquaient un vice de perfectionnemeot de l'appareil vaso-moteur ayant son point de départ dans les régions de la moelle, à l'origine des nerfs vasculaires; l'existence du point apophysaire et le mode de guérison par l'action exercée sur ce point sont encore des arguments en faveur de l'origine centrale de cette névrose vaso-motrice ; enfin Texamen ophthnimoscopique fait pendant les accès de sommeil et d'asphyxie locale ayant fait voir un resserrement spasmodiquc des vaisseaux rétiniens, démontre l'existence très probable d'une ischémie cérébrale concomitante. Les courants électriques appliqués sur la moelle ont eu pour effet de diminuer progressivement la constriction des vaisseaux en exerçant une action paralysante sur les nerfs vaso-constricteurs.

C. — Les troubles sécrétoires sont aussi nombreux et intéressants à étudier. On a observé du côté delà sécrétion salivaire des troubles dans la quantité, par excès ou par défaut {ptyalisme ou. état de sécheress^^ considérable de la cavité buccale), ou dans la qualité (acidité fréquenle de la solive déterminant facilement, d'après Geoi"get, la carie dentaire, ce qui expliquerait Vodontalgie dite hystérique par Sydenham). Mêmes troubles du côté du suc gastrique, l'exagération de cette sécrétion étant une des causes de la boulimie (Georget). De même, la constipation souvent si opiniâtre serait due non seulement à un étal paréliquede la fibre intestinale, mais aussi à la diminution des sécrétions digeslives. — On a cité encore des cas de galaclorrhée rebelle (Briquet), deg"«flement des seins au moment des attaques (Hoffmann) ou à roccasioa de la menstruation (Willis) (1).

Lsi diaphorèse a été paiTois observée. Il s'agit de sueurs profnses exti^êmement abondantes qui, dans un cas cité par Vulpian, se manifestaient suilout la nuit et n'ont cédé qu'à des doses assez considérabl'^> d'atropine; dans un autie cité par Siredey, elles ont constitué pendatit un temps le seul symptôme de la maladie pour alterner ensuite avec !e^ crises nerveuses; enfin, dans des cas assez rares, elles peuvent, au mèni' titre que les vomissements et avec une exagération de la sécrétion sa'ivaire, constituer un moyen d'élimination pour l'urée dans les fe''^ d'anurie hystérique dont nous parlerons plus loin.

Chez d'autres malades, il s'agit de sueurs locales plus ou moir> altérées dans leur qualité, et Bourneville cite à ce sujet le cas tfu:» jeune fille qui présentait au niveau de l'aisselle droite (côté anesthén

(1) Le sein hystérique a été signalé par les auteurs suivants : WiHis {De mor*. f *" vuls. cap. VI obs. I, p. 487); Uofrmann (de malo hYpocondriaeo): Lamlouiy •/«< ' p. 92); B. Oonnard (thèse de Paris 1876); fiourneville (/cono^r. pAof. t II. p '"^

une coloralion rouge vermillon des poils, avec sécrétion assez abondante pour tacher le linge en rouge (t).

Les troubles de la sécrétion rénale consistent dans Texagération de cette sécrétion {poly\irie)y dans sa diminution et dans son défaut (o/îgurie^ anurie hystérique).

La polyurie hystérique est passagère ou permanente. Dans le premier cas, elle est un phénomène très souvent consécutif aux accès, et consiste dans rémission d'une urine abondante, claire et limpide comme Teau de roche (urine nerveuse ou spasmodique). Dans le second cas, beaucoup plus rare, puisque M. Lancereaux n'a pu en réunir que sept observations dans sa thèse d'agrégation, la polyurie persiste pendant un temps plus ou moins long, dans l'intervalle, et même en l'absence des accès.

Voligurie, ou Vanurie^ est un phénomène beaucoup plus important à étudier; elle est également passagère et permanente. Dans le premier cas, elle survient sous l'influence de la menstruation ou de ses troubles, et alors il s'agit plutôt d'une oligurie calaméniale que d'une olîgurie hystérique; ou encore elle est due à une congestion utérine, à une métrite ou à une pelvi-péritonite {oligurie utérine). Ces deux sortes d'oliguries reliées entre elles par une pathogénie commune (anurie par réflexion de l'irritation utérine sur les nerfs vaso-constricteurs produisant un spasme des vaisseaux du rein), présentent les caractères suivants : elles sont passagères, n'ayant qu'une durée de vingt-quatre à quarante-huit heures, elles passent le plus souvent inaperçues, parce qu'elles ne s'accompagnent jamais de vomissements. En résumé, ces oliguries sont d'origine réflexe et sont analogues à celles qui ont été signalées après l'opération de la fistule vésico-vaginale (Jobert de Lamballe) ou après des traumatismes divers (Verneuil, Nepveu).

Vanurie hysténque (c'est-à-dire l'anurie qui relève directement de l'hystérie, et qui n'est pas d'origine cataméniale ni utérine), est un phénomène rare qui a été décrit pour la première fois par Laycock, en i8<')8. Les vingt-sept cas que cet auteur rapporte ne sont pas tous incontestables, et Rayer n'avait pas absolument tort d'émettre quelques doutes sur la réalité des paruries erratiques citées dans la science, surtout lorsqu'on se rappelle le fait de Nysten (en 1811) concernant une hystérique qui simulait l'anurie en avalant son urine. Mais M. Charcot, à qui l'on doit des études complètes sur ce sujet, a démontré que, dans ses observations, toute supercherie était absolument impossible. Dans l'une d'elles, il s'agit d'une femme qui, après avoir eu des accidents divers (paralysie, hémianesthésie, attaques convulsives, rétention d'urine, hyperesthésie ovarienne, contracture des

(1 ) Vulpian. Loc, dt. p. 885-889 ; — Siredey, Hyitérie larvée, $iàeur$ profutei dei extrémités Jaum, detnéd. tt dechir, prat. 1881 p. 334j; — BourneviUe, leonogr. phot. de la Saip., t. III, p. 84).

quatre membres), l'ut atteinte d'uûe ischurie pendaai six mois, avec quelques rémissions.

Voici, du reste, comment les choses se passent habituellement : on constate que la malade n'urine pas et, lorsqu'on la sonde (car il y aie plus souvent en même temps rétention d'urine), on trouve dans la vessie peu ou pa$ de liquide, celui-ci étant très pauvre en urée et renfermant aussi moins de chlorures et d'acide phoàpborique qu^à l'état normal. Bientôt, au bout de quelques jours, apparaissent les vomissemeals, caractérisés par la présence de l'urée et du carbonate d'ammoniaque, vomissements dont l'abondance est en raison inverse de la quantilé d'urine rendue. Il existe toujours une espèce de balancement entre ces deux phénomènes, de sorte que si la moyenne de Turine est de trois gramofies, par exemple, les vomissements atteindront un litre; si l'urine atteint 200 grammes, les vomissements descendront à 350 grammes. Il en est de même pour la quantité d'urée qui diminue et disparait dans les matières vomies à mesure que la' quantité d'urine augmente. Ces vomissemen(â se répètent trois à quatre fois par jour, renfermantde l'urée et possédant parfois une odeur urineuse ; ils peuvent être accompagnés de diarrhée et de sueurs abondantes. — L'anurie peut rester complète pendant huit à onze jours au plus, époque à laquelle il survient une sorte de polyurie transitoire, de crise, de décharge ou de débâcle urinaire pendant laquelle la malade peut rendre en très peu de temps trois à quatre litres d'urine avec des quantités plus ou moins considérables d'urée; puis les phénomènes d'anurie avec vomissements recommencent et peuvent durer ainsi des mois entiers avec des intermissions plas ou moins fréquentes.

La malade Etch..., observée pendant de longues années par M. Charcot, a été atteinte à plusieurs reprises, pendant des mois entiers, de phénomènes ischuriques. Le tableau suivant (1) montre les rapports existant entre la quantité d'urine et celle des vomissemeDU.

VoinisaomentK

Urine

(moyenne par jour):

(moyenne par jour)

Juillet 1871 Août 1871 Septembre 1871 28 mars 1872

un litre un litre un litre 1/2 100 si'^

5 grammea.

3 grammes.

2 gr. 1/2.

un litre.

La quantité d'urée suivait les mêmes variations, abondante dans \^s vomissements lorsqu'elle était nulle ou à peine marquée dans b urines;ainsi, un jour, celles-ci n'en contiennent que 179milligrainme^ tandis que ceux-là en renferment 3»',699; et dans ce cas, b variations d'urée n'ont pu être mises sur le compte des varialioci

(1) Regnard, cité par BourueviÙe. /lecAc/'c/ie« cliniques sur Vépilepsie et Vh^sléney p. !*^

d'alimentatioa, puisque pendant six mois la malade a été soumise au même régime, en raison de la nécessité où Ton se trouvait de la nourrir par la sonde œsophagienne. Les chifires suivants montrent les troubles profonds survenus dans les fonctions de nutrition et de désassimilation, puisque, dans une période de vingt-quatre jours, la quantité totale d^urée éliminée n'a pas dépassé 8 ^S994; et que, dans une autre période de quarante-cinq jours, elle n'a atteint que 8^,131 (soit une moyenne de trois à quatre décigrammes par jour) I A trois reprises différentes, cette malade était prise d'une vraie crise ou décharge urinaire annoncée par quelques douleurs lombaires, et caractérisée par l'émission en quelques minutes, de deux, trois à quatre litres d'urine contenant vingt, vingt-cinq et vingt-huit grammes d'urée. Il esta remarquer que ces crises urinaires surviennent à des époques inégales et indéterminées; mais, comme le dit avec juste raison M. Regnard (1), si l'on additionne la quantité d'eau et d'urée excrétée chaque jour entre chaque décharge, on arrive au résultat suivant :

Eau Urée

Entre la l" et la 2* décharge, (24 jours). ... 498 gr. 8 gr. 299.

EatK la 2" et la 3* décharge, (45 jours). . . . 499 gr. 8 gr. 13

On peut conclure de l'exposé de ces chiffres que la production d'une crise urinaire ne dépend en aucune façon du temps écoulé entre deux crises, mais bien plutôt de la quantité d'urée éliminée par l'économie.

Tels sont les symptômes si intéressants de Vischurie ou anurie hystérique; mais il s'agit maintenant d'en pénétrer le mécanisme et la physiologie pathologique.

On a voulu expliquer sa production par une sorte de contraction spasmodique des uretères déterminant par la suite leur oblitération. Mais le spasme doit entraîner une augmentation de pression dans les uretères, les calices et les bassinets. Or celle-ci, comme le fait remarquer avec juste raison M. Charcot ens'appuyant sur les expériences et observations de Max Hermann, s'accompagne toujours d'une diminution dans la quantité d'urée; c'est ce qui n'a pas lieu pour l'anurie des hystéri<iues, puisqu'on a vu leur urine renfermer quinze grammes pour mille d'urée, tandis que dans un cas d'obstruction calculeuse observé par Roberts, elle n'en contenait qu'un gramme cinquante centigrammes pour mille. Il faut donc chercher l'explication ailleurs.

Il est probable que l'anurie hystérique résulte d'un trouble fonctionnel qui, siégeant dans l'isthme de l'encéphale et dans les parties supérieures de la moelle, produit une suppression de la sécrétion urinaire en déterminant un spasme des vaisseaux du rein. Une expérience

(I) Regnard, cité par BourneviUe, loc, cit., p. 188.

iOiO NÉVROSES COMPLEXES.

rappoi lée par M. Vulpian (1) démontre, en effet, que rexcitalion des nerfs vaso-conslriclcoirs du rein, et la diminution de la circulation qui oq est la conséquence, entraîne l'arrêt des fonctions rénales : si, aprèsavjir coupé les uretères et introduit un tube dans leur bout central, on ékctrise le bout périphérique d'un des nerfs grands splanchniques, on voit le rein pâlir et tout écoulement urinaire cesser. Enfin, pour prouver l'influence du système nerveux sur la production du phénomène en question, il suffit de rappeler que Cl. Bernard (2) a pu supprimer l'excrétion urinaire pendant un temps plus ou moins long sur les animaux, à la suite des expériences suivantes : cautérisation du plancher du quatrième ventricule, section du bulbe au-dessus de rorigine des nerfs vagues, division transversale de la moelle vers la première dorsale; quelquefois même, il suffit de la simple ouverture de la cavité abdominale, comme il suffit quelquefois, en chirurgie, d'un simple traumatisme <oligurie réflexe et traumatique de Jobert de Lamballe, Verneuil »'l Nepveu). Dans l'oligurie hystérique, les centres nerveux sont primitivement impressionnés, tandis que dans l'oligurie réflexe d'ori^iik traumatique, l'impression commence à la périphérie pour atteindre ensuite les centres nerveux. C'est là toute la diflérence.

Tel est le mécanisme probable de Tanurie, mais quelle en est la physiologie pathologique? Ur, il est un fait des plus importants àconslaler : les malades vomissent (3) tous leurs aliments, ils ne prennent aucune nourriture, et cependant l'état général est excellent, Tembonpoinl normal, on ne constate en fm de compte, aucun des accidents graves qui surviennent dans les autres anuries, ou chez les animaux qui ont éi^ néphrectomisés. Dans les obstructions des uretères en eflet, il y aune période de tolérance qui dure sept à huit jours, pendant laquelle aucui accident d'intoxication ne survient encore; et si cette période a êi retardée par exception dans les observations de Robert, de Pagel, d. Weber, jusqu'au 15% 22' et même 37' jour, c'est qu'il y a eu dans ocas des rémissions accompagnées de polyurie et d'excrétion abondan'^ d'urée, lesquelles ont pu retarder l'apparition des accidents toxique?. Mais, au bout d'un certain temps, des symptômes graves d'empoisonnement surviennent, et la mort est toujours la terminaison des anuri»'^ complètes d'origine calculeuse ou autre.

Pourquoi donc cette innocuité de l'ischurie hystérique? Nousalluii^ facilement la comprendre : sans doute, on peut déjà l'expliquer p ce fait que la période de tolérance pour l'obstruction des urel'iv^ étant au maximum de douze à quatorze jours, l'ischurie com/i

(1) Leçons sur Vappareil vaso-moteur {De Vanurie kystérique), t. I, p. 5Ô1.

(^)Cl. Bernard, Leçons sur les liquides de Vorganisme, p. 309, et Leçons sur la phtfSu-..* etpath du système nerveux y t. I, p. 450.

(3) Notons en passant que ces vomissements ont pour caractère d'être faciles, de >e i^ sans efforts, sans fatigue, comme s'il s'agissait de vomissements cérébraux (Salter^

des hystériques ne dépasse jamais dix à onze jours, après lesquels survient une véritable crise ou débâcle d'urine et d'urée; on peut même encore arguer de la lenteur progressive avec laquelle l'ischurie s'établit, déterminant ainsi une véritable accoutumance chez les hystériques, tandis que les calculcux sont pris subitement et au milieu de la plus parfaite santé... Mais l'explication de cette innocuité réside presque tout entière dans ce fait, le plus important de tous : ragent de Vintoxù cation^ rurée^ fait défaut^ donc Vintoxication est impossible. Chez les hystériques, en effet, la nutrition est lente, paresseuse, la désassimilation est presque suspendue, et comme le sang, dans le cas d'ischurie, ne renferme pas plus d'urée qu'à l'étal normal (Gréhaut), le rein n'a pas à en éliminer, l'urémie ne peut donc se produire. Ainsi, la quantité d'urée émise par jour par l'urine et les vomissements est de 5 grammes, chiffre inférieur à celui que rendent, d'après Schérer, les inanitiés de trois semaines, puisqu'il serait de 8 à 40 grammes.]

La nutrition {l)j tout en conservant une intégrité reiaf ivoires remarquable, eu égard à la violence quelquefois extrême des accidents, souiTre cependant à la longue, et les signes d'un état chloro-anémique, s'ils ne préexistent pas au développement des autres symptômes, ont pu être parfois observés dans l'hystérie ancienne : décoloration de la peau et des membranes muqueuses, amaigrissement, flaccidité des chairs, bruits intermittents ou continus sur le trajet des vaisseaux du cou, etc. On peut rattacher à l'altération chlorotique du sang quelques-uns des symptômes que présentent habituellement les hystériques, tels que tes troubles delà menstruation; et Ton peut admettre, à l'égard de quelques autres, que l'anénnie prend au moins une part considérable à leur production; c'est ce qui parait avoir lieu notamment pour les paralysies. Lorsque les symptômes de la chlorose précèdent les accidents hystériques ou qu'ils ofl'rent un haut degré d'intensité, on est dans l'habitude de donner à cet ensemble de phénomènes le nom de chloro^hysiérie.

[Nous avons vu plus haut, à propos de l'anurie hystérique, que les fonctions d'assimilation et de désassimilation peuvent subir un véritable arrêt dans certains cas, et que la nutrition conserve son intégrité même à la suite de vomissements répétés et prolongés. Néanmoins on peut voir parfois survenir, non seulement des altérations quantitatives, mais aussi des altérations qualitatives du sang sur lesquelles M. Quiuquauda dernièrement attiré l'attention :

Les hystériques, dit-il, dont les troubles digestifs n'acquièrent pas une haute intensité, conservent un taux élevé d'hémoglobine. Celle-ci reste à lOAB^lôà 93«%70 :1a lésion du sang d'origine névropathique con-

(I) C. Lecnpereur, Enaitur la nutrition dans Vhyntirit (Thèse inaug. de Paris, 1876). AxenrELD, t>G

lOa iNÉVROSËS COMPLEXES.

siste daos une légère diminution d'hémoglobine qui de 130, chiffire normal chez la femme bien constituée , descend à 105 ou 95 grammes; c'est la règle.

Cependant, si ces malades ont Tanorexie hystérique, surtout la forme grave bien décrite par M. Lasègue, pendant longtemps Thémoglobine diminuera peu à peu, elle descendra à 92, 90, 85 grammes, 80, 78, 75, 70 grammes; mais elle mettra des mois avant d'atteindre ce chiffre, bien que ralimenlation soit tout à fait insuQisante pour une malade ordinaire, — Puis au bout de ce temps, dans l'espace de huit à quinze jours, l'hémoglobine descend vite à 50, à 48 et même à 30 grammes, comme chez une de nos malades dont la vie a été fort en danger, et qui heureusement a recouvré la santé. — Le pouvoir absorbant suit ces variations : dans les cas ordinaires avec peu de désordres gastro-intesiinaux, ce pouvoir variede!200à 180 centimètres cubes. — Mais dans le cas d'anorexie grave, ce chiffre diminue, et de 180 descend successivement à 140 et même à 60 centimètres cubes. — Les matériaux solides, chez nos premières malades sans troubles gastriques, restent physiologiques et ne diminuent pas, fait déjà observé dans la chlorose. Nous avons toujours rencontré dans ces cas 93, 97,95,0i^ 9â^%5, c'est-à-dire un chiffre supérieur à 90 grammes.

11 n'en est plus de même dans les cas d'anorexie grave hystérique; ici on voit le chiffre descendre à 76, 74, 70, 65 grammes, et même audessous. Mais ce sont là des lésions de l'inanition qui n'ont rien de spécial à l'hystérie (1).

Calorilication. — Les hystériques se plaignent assez souvent d'une sensation de froid locale aux extrémités ou dans d'autres parties du corps; dans les accès de léthargie, elles peuvent être envahies par un froid glacial qui donne toutes les apparences de la mort; enfin, nous avons vu que d'autres fois le refroidissement général se manifeste sous forme de frisson. — Dans quelques cas, rares à la vérité, on observe une véritable fièvre hystérique {fièvre spasmodique de Pomme). qui peut se présenter sous trois formes : 1* forme lente, caraclérisOe par un état hystérique itrégulier, par des accidents nerveux divers et surtout par un contraste frappant entre la gravité apparente des s>.iiptômes et le faible degré de la température qui ne dépasse pas 3S*,i i 38", 4 ; 2" une forme aiguë, consécutive le plus souvent à la suppression du flux cataménial et ayant quelques points de ressemblance avec l.i dothiénenlhérie ; 3** une forme périodique, à type quotidien, mais le plus souvent à type tierce. — Dans tous les cas, on ne confondra pas U nèvre réelle avec une simple accélération du pouls, sî fréquente chei certaines hystériques qui, en vertu d'un certain état d'éréthisme cinru-

(1) Quinqiiaud, Chimie pathologique , p. 226.

latoire, présentent parfois normalement 100, 120 et mflme 130 puisa* lions sans aucune élévation thermique (1 ) . ]

FonciMHS génUales^ — Bans un grand nombre de cas, on ne constate du c6té des organes génitaux aucun phénomène morl)ide notable; dans d'autres, on trouveleshypearesthésies vulvaires, vaginales, utérines, ûvariques dont il a été question, ou bien encore une anes-^ thésie plus ou moins profonde des organes sexuels, notamment de la vulve, le clitoris lui-même participant à l'insensibilité ou demeurant indemne au milieu des parties anesthésiées. — Le besoin génital es* moins souvent exalté que diminué ou même entièrement éteint. — La menstruation peut demeurer régulière, mais il est infiniment plus fréquent d'en constater le dérangement : tantôt l'hémorrhagie cataméniale est réduite à une quantité de sang minime, ou tout k fait supprimée, tantôt elle est profuse; les époques sont précédées, accompagnées ou suivies d'un surcroît de phénomènes nerveux et de Fapparition d'accidents nouveaux (au nombre desquels il faut ranger les hémorrhagies supplémentaires ou complémentaires). Enfin une leucorrhée plus ou moins abondante existe chez beaucoup d'hystériques. Nous parlerons ailleurs des maladies utérines ou ovariennes qui s'observent <;bez elles à titre de complication, et nous discuterons aussi plus loin le degré d'importance qu'il convient d'accorder aux troubles des fonctions génitales.

Remarques générales sur rhystérie sans attaques convulsives. — Le long catalogue de symptômes que nous venons de terminer, nous montre dans l'hystérie toute une pathologie en raccourci. Ces symptômes sont tellement nombreux, tellement divers, et même quelquefois tellement opposés quant à leur nature, ils se groupent d'une manière si irrégulière, qu'il faut renoncer à faire ici ce qu'on est convenu d'appeler en nosographie le tableau de la maladie. Ce sont en effet des cas exceptionnels que ceux où, à un moment donné, on voit réunis sur le même sujet tous ces phénomènes ou même la plupart d'entre eux; bien plus fréquemment on n'en constate qu'un petit nombre, quelquefois un seul. Grave embarras pour le clinicien qui cherche la cause de ce trouble fonctionnel plus ou moins isolé; mais le pathologiste arrive plus aisément à se faire une juste idée de Taffection et à en embrasser l'ensemble : étant maître de ne pas se confmer dans l'observation du moment, il peut remonter au premier accident, étudier les phases succes-

(1) Pomme, loc, cit.f t. !•', p. 248; — Briquet, loc, cit., p. 492; — Gagey, Vérette. Briand (thèses de Paris de 1869, 1875 et 1877); — Voyez aussi plus loin, au diagnostic d% i'bystérie, uu exemple remarquable de fièvre périodique, emprunté à H. BerthoUe.

lOU NÉVROSES COMPLEXES.

sives de la maladie, et se convaincre, en procédant de la sorte, que les différents cas d'hystérie sont en définitive beaucoup plus comparables entre eux que ne le ferait supposer le pèle-mèle apparent de leurs symptômes ; les différences se réduisent presque toujours, ou à la prédominance de quelques groupes déterminés de phénomènes, ou à Fapparition précoce ou tardive de tel de ces groupes : hyperesthésies, panlysies, convulsions, etc., prédominances et irrégularités d'é?olutioo qui semblent être en rapport avec l'âge et la constitution des sujets, avec le degré d'acuité de la maladie, la nature de la cause, etc.

Complications. — A. Plusieurs affections nerveuses peuvent compliquer l'hystérie :

a. [Uépilepsie peut compliquer l'hystérie, les deux névroses existant chez le même sujet, comme Esquirol l'avait formellement reconnu daos ce passage : a; 11 est des hystériques qui sont en même temps épileptiques,... avec un peu d'habitude, on reconnaît fort bien, loi^queles attaques sont séparées, à laquelle des deux maladies appartiennent le> convulsions auxquelles les malades sont actuellement en proie (1). > C'est même à la coexistence de ces deux névroses chez le même malade que nous donnons le nom d' hystéro-épilepsie^ réservant le nomdVpileptO'hystérie (2) à Vhystérie épileptiforme de Louyer-Villerraay ou hysteria major de M. Charcot, qui représente le type le plus achevé ei le plus intense de la névrose hystérique.

Les deux névroses peuvent se combiner de cinq manières différentes :

1^ L'épilepsie est la maladie primitive à laquelle viennent s'adjoindie par la suite les convulsions hystériques.

Le cas rapporté par H. Landouzy est dos plus intéressants : loo jeune fille de dix-huit ans, épileptique et non hystérique, se marie; à la suite d'ennuis domestiques, l'hystérie se déclare par des sensations dVtouffement et de serrement à la gorge et ensuite par des convulsioi:^^ absolument distinctes des attaques de à morhus sacer; la suite d'uoe grossesse et de la disparition de ses tourments, les accidents de Thys térie cessèrent, laissant Tépilepsie seule persister.

(1) tisquirol, Traité des mal. mentales, 1838, t. V*, p. 284.

(2) C'est pour faire cesser toute confusion dans l'esprit, que nous proposons ces nivelles dénominations, malgré notre répugnance à modifier le sens que i'usago leur a :^ " sacré. Mais le mot, hystéro-épilepsie attribué jusqu'à ce jour à Vhyhtéria m^jor, h "* toujours dans l'esprit, par suite de sa terminologie, un doute sur la nature poremeot h}*-ri(|ue de la maladie. C'est pour cette raison que nous lui avOns donné le nom d'efx.'/r.hystérie, réservaut celui (Thystéro-épilepsie pour les cas où les deux névroaes eocxu^'-

L*hystérie peut elle-même devenir permanente, et lorsqu'elle se dévelo]ppe chez un homme épileptique, on conçoit que le diagnostic soit très difficile. Mais le plus souvent le malade lui-même fait la distinction entre les attaques hystériques et les attaques épileptiques, les premières étant annoncées à l'avance par certains prodromes et laissant après elles peu de dépression intellectuelle, tandis que les secondes arrivent brusquement, s'accompagnent d'une perte de connaissance complète et sont suivies d'une obtusion très accusée des facultés avec perte de souvenir, etc. Dans ces cas, les deux maladies différentes évoluent l'une à côté de l'autre parallèlement, sans s'influencer ni se confondre.

^ L'hystérie est primitive, et à ses accès viennent s'adjoindre ceux de répilepsie.

C'est ce que les auteurs anciens, et Yan Swieten en particulier, exprimaient en déclarant que 14iystérie se transformait en épilepsie, ce qui €st inexact. Car l'hystérique devient épileptique, restant l'un et l'autre : ce qui constitue, dit Briffaut (1), l'hystéro-épilepsie à crises séparées ou mixtes. En tous cas, cette combinaison est plus rare que la première, et Briquet n'en cite qu'un exemple. 3^ L'hystérie coexiste avec le petit mal.

Beau et Dunant mentionnent deux observations de malades qui présentaient à la fois des attaques hystériques et des vertiges épileptiques (2). Mais il est toujours important de savoir si ces derniers ne sont pas de nature hystérique, comme dans le cas cité par H. d'Olier relatif à un malade qui eut des vertiges coexistant avec des crises convulsives et délirantes (3).

4^ Les accès d'épilepsie se surajoutent à des accidents d'hystérie locale (anesthésie, paralysies, contractures, etc.). Les cas de ce genre doivent être très rares, puisque MM. Dunant et Charcot n'en ont observé qu'un seul exemple.

5* Les deux névroses sont dites covéales et se traduisent par une attaque mixte offrant à la fois les caractères de l'hystérie et de l'épilepsie. En un mot, les quatre premières combinaisons se rapportent aux cas ou les deux névroses ont des attaques &éf^Yées{hystérO'épilep$ieà crises séparées). Dans la cinquième, les attaques des deux névroses se confondent {hystéro'épilepsie à crises combinées ou mixtes). Mais il est im* portant de les distinguer des attaques d'épilepto-hystérie ou d'hystéria major ou d'hystérie épilepliforme, et surtout de celles qui se font remarquer par la prédominance de la période épileptoïde.

<1) Briffaut, Rapports de VhtjsL et de Vépil. (Thèse de Paris, 1851).

(t) Beau, Reckerehee ttatUt. pour tervir à VlUstoire de Vépil. et de Vhyêt. (Arcft. de mid., 1836); Dunant, Thàse inaugurale, Paris, 1863.

(3) D'Olier, De la cuexUtence de VhysUrie et de CépUepêie, etc. (Ann, méd.-psycft, 1881. p. 220).

1016 NÉVROSES GOHHJIXES.

Dans les cas relatifs à cette dernière combinaison, Tépilepsie domine nettement la scène, les malades offrent après leurs accès de la sUipeor mentale, et dans leurs intervalles ils ne présentent aucun trouble de la sensibilité, ils éprouvent la sensation déboule, de strangulation, d'anxiéié épigastrique, d'hallucinations de la vue et de Touîe, comme on peut le voir nettement dans les exemples cités autrefois par Billod (1).]

6. Nous n'insisterons pas sur la complication de Thystérie a^ee l'extase, h catalepsiCylR léthargieyle somnambiiiisme, pour sous arrêter un moment à Vhypochondrie.

Quand il s'agit d'établir le degré de fréquence de cette dernière maladie chez les hystériques, il importe avant tout de bien définir ce qu'on entend par hypochondrie, sans quoi l'on se trouve placé entre deux opinions extrêmes et inconciliables. Si, avec les anciens, on désigne sous ce nom- l'ensemble de troubles fonctionnels qui caractérise Y état nervevbx, nul doute qu'à l'exemple de Sydenbara, on ne doive hii reconnaître une extrême ressemblance avec l'hystérie, les attaques convulsives étant réservées {viw ovum ovo similitks). Que si au contraire, avec les modernes, on appelle hypochondrie uniquement ce travers morbide de l'intelligence, cette hyperesthésîe psychique (Romberg)qai consiste en une préoccupation excessive à l'occasion de maux réels ou imaginaires, il faut avouer qu'une pareille disposition est étrangère à l'esprit de la plupart des hystériques {Vhysiérie est Vanlipode de f Aypochondrie^ suivant Landouzy). A moins de tout confondre, on ne saurait prétendre que l'hypochondrie est che» l'homme l'équivalent de rhystérie, car il existe des hommes positivement hystériques, et leur état mental est bien différent de celui des hypochondriaques ou plutôt des nosomanes; on ne saurait non plus avancer que rhystérie représente chez la femme Thypochondrie du sexe masculin, caria nosomanie, pour être rare chez les femmes, n'est cependant pas l'apanage exclusif cie5 hommes : nous-même avons vu plusieurs faits d'état nerveux avec nosomanie, par conséquent d'hypochondrie dans le sens généralement admi.^ aujourd'hui, chez des femmes, surtout des femmes âgées. Quant aui hystériques, il est juste de reconnaître qu'elles sont plutôt remarquable par le peu de préoccupation et de craintes sérieuses que leur inspirent soit les souffrances vives auxquelles elles sont souvent en proie, soit même les symptômes propres à inspirer de grandes inquiétudes, lelte que les paralysies. Toutefois, à titre d'exception rare, on remarque cbei quelques-unes l'existence d'une no5omant> véritable.

c. L'aliénation mentale, ou délire chronique, est une complicali o

heureusement assez rare et ne se voit que dans les cas d'hystérie wt"

(1) Billod, ÉpiUpsie hyslériforme {Gai, des hôp., 1843).

térée et grave; quant au délire aigu, nous Tavons déjà mentionné à roccasion des symptômes hystériques dont il partage, d'ailleurs» lea^ caractères généraui, tels que la rapidité de l'ioTasion, rirrégutaricé, la violence, la durée ordinairement courte, etc. (1).

La nymphomanie^ considérée autrefois comme fréquente, ne a'ob» serve également que dans une assez faible proportion.

d. La chorée vulgaire peut compliquer l'hystérie, mais le fait n^est pas commun ; ce qui semble surtout rare, c'est Texistence simultanée d'attaques convulsives d'hystérie et d'une véritable danse de Saint-Guy, les deux affections spasmodiques paraîtraient plutôt s'absorber et a'exdure Tune l'autre (2).

Hystérie dans ses rapports avec divers états morbides. — a. Cette étude a pour but de montrer que l'adage célèbre d'Ilippocrate, febrit spasmos solvity sur lequel la médecine a vécu et s'est appuyée depuis tant de siècles, ne se réalise pas dans tous les cas (ainsi que M. G. Sée (3)' Fa déjà démontré depuis longtemps), et que parfois l'existence de la névrose à titre de propalhie^ suivant l'expression si heureuse de M. Yerneuil, peut imprimer à des maladies diverses une marche et des allures singulières, bien faites pour obscurcir la symptomatologie et dérouter ainsi le clinicien. Enfin, cette combinaison de l'hystérie avec les accidents d'un autre état morbide peut induire ea erreur, et faire croire à une complication qui n'existe pas. En voici un* premier exemple que nous avons observé :

Un jeune fille de seize ans entre à Vhôpîtal pour une fièvre typhoïde légère; dés le second jour, on constate sur toute Ja surface cutanée une hyperesthésie telfe qu'on ne pouvait toucher la peau de cette malade sans éveifler une vive douleur; à* Ton ajoute à cela que les apophyses épineuses cervico-dorsales étaient extrêmement douloureuses, et qu'un état de paralysie vaso-motrice de la peau permettait de tracer facilement sur elle des lignes rouges analogues aux taches dites méningi tiques» on comprendra que, dans ce cas, Ton pouvait et Ton devait d'abord croire à la probabilité d'mie complication grave du côté des centres nerveux. Ce fait se rapprochait en effet, par certains côtés, des cas rapportés par Fritz dans sa thèse inaugurale sur les symptômes spinaux de la fièvre typhoïde^ et reproduisait assez fidèlement quelques-uns des accidents méningitiques si bien décrits par ce savant observateur.

Mais cependant, dès le premier jour, ces symptômes d'apparence grave contrastalent singulièrement avec la bénignité de la maladie, avec le peu d*éfévation de la température^ avec l'absence de contracture, de raideur du cou et de douleur de tète, etc. La fièvre typhoïde évoluait régulièrement, la diarrhée était modérée» le ventre légèrement météorisé, et Tétat de stupeur peu appréciable. G*est alors qu'en

(i) Voy. la thèse de M. Mesnet, Paris, 185â; et comparez rarlicle ÉpUepiiet p. 560.

(2) H. Huchard {Jonm. de méd. et de cAir. prat,, déc. 1881, et Union méd., janvier 1882).

(3) G. Sée, De la chorée* Voyez à ce sujet, le chapitre sur le» rapports de la chorée avec les fièvres (Extrait des Mém. de VAcad. de méd,, 1850, p. ilO).

rapprochant ces symptômes pseudo-méningitiqueê de l'état nerrenx de la malade, qui se manifestait de temps à autre par des pleurs sans motif, par des phénomènes de strangulation et de constriction pharyngée, par certaines biiarreries de caractère, par des troubles ataxiques absolument anormaux, j'émis l'idée que l'hystérie jouait un grand rôle dans cet état, et que le pronostic avait seulement l'apparence de la gravité. EnHn, durant la convalescence, les accidents hystériques s'accusèrent davantage; et, chose singulière, Thyperesthésie disparut complètement pour être remplacée par une anesthésie sensitive et sensorielle du côté gauche, avec bjperesthésie ova**ienne du même côté. Cette ovaralgie devenait ainsi un élément de diagnostic et séparait nettement cette hémianesthésie hystérique de certaines hémianesthésies d'origine problablement congeslive dont M. Calmeltes a relaté, il y a plusieurs années, quelques cas dans le cours ou à la fin de la dothiénentérie.

Ainsi, dans ce fait intéressant, la fièvre typhoïde (1) a été Toccasion de Vappel des phénomènes hystériques sous la forme de troubles de la sensibilité. Mais, d'autres fois, ce sont les troubles de la molililé qui prédominent, et Ton peut citer telle dothiénentérie dont les accident ataxiques à allures désordonnées et capricieuses n'entraînent pas d'aggravation notable de Tétat général et du pronostic, et portent ave<^ eux restampille de la névrose hystérique. Voici, à ce dernier point de vue, un exemple qui montre Tintérèt considérable de cette étude de diagnostic :

Une femme nerveuse, impressionnable à Fexcés, qui avait eu déjà plusieurs attaques de nerfs sous Tinfluence d'émotions diverses, est atteinte de ûèvre typhoïde très légère. Pendant toute sa durée, la température ne s'est pas élevée au-dessus de 39",6, l'état de stupeur a toujours été peu accentué, la diarrhée et le météorisme abdominal d*une intensité moyenne, et Ton ne put constater que quelques r&les sous-crépitants sans importance aux bases des deux poumons, lorsque sans cause et brusquement éclata, vers le douzième jour, une dyspnée très violente, peu en rapport avec les symptômes stélhoscopiques de l'appareil respiratoire; puis, sarrint une aphonie subite qui disparut rapidement avec la dyspnée, et qui fut remplacée deux jours après par des troubles ataxiques et délirants dont les allures, aa moins singulières, nous permirent de reconnaître la nature névrosique. La malade, indemne de toute intoxication alcoolique, était agitée, ne pouvant se tenir en place dans son lit, présentant à plusieurs reprises un tremblement légèrement rhylhmèda membre supérieur gauche ; elle prononçait quelques paroles sans suite, se rapportant presque toujours à des souvenirs récents, puis, après quelques instants dun délire passager, elle éprouvait tout à coup une tristesse indéfinissable avec sefl>ation de constriction pharyngée... Pendant tout ce temps, la température n'avait pas dépassé le chiffre de 39%t, et la convalescence vint à son jour, sans être troublera par aucun accident anormal.

Nous sommes heureux de pouvoir, à ce sujet, nous appuyer sur rautorilé de M. Noël Guencau de Mussy, qui s'exprime ainsi : t De toutes les conditions qui peuvent favoriser le développement du délire et en modifier la valeur séméiotique, la virtualité hystérique est une

(1) M. G. Sé.; a cité en même temps que nous dans une de ses leçons (J<mrn, de mél ^ de cliir. pratiquée, jaDvier 1882), un fait semblable dans lequel la oatare du délire fit petscr à son origine hystérique.

des plus importantes, car c'est une disposition morbide que les maladies intercurrentes peuvent mettre en jeu ; elle mêle sa note à leurs manifestations, et elle en peut modifier l'expression symptomatique. C'est surtout dans les premières périodes de la dothiénentérie, que rhystérie — comme d'ailleurs les autres actions pathologiques qui peuvent se combiner avec cette maladie et pénétrer dans son syn* drome — fait sentir son influence. On peut voir alors des délires violents, tumultueux, alternant avec des convulsions ou un élait demicomateux, offrant toutes les apparences de l'ataxie, et qui ne sont que des troubles hystériques greffés sur la dothiénentérie. Encore plus capricieux et plus désordonnés que les véritables accidents ataxiques, les phénomènes pseudo-ataxiques s'en distinguent par leur précocité, par leur disproportion avec la fièvre. La respiration peut présenter alors ce caractère tumultueux, ondulant, sispécial aux hystériques; une pression modérée sur la région ovarienne pourra exaspérer les accidents. J'ai vu un traitement antispasmodique, l'emploi simultané du musc, de la valériane, de l'asa fœtida et du camphre faire cesser assez rapidement ces désordres nerveux (i). »

C'est bien encore la même idée exprimée par un auteur ancien, J. Raulin, dans un chapitre de son livre consacré aux symptômes c des affections vaporeuses compliquées avec d'autres maladies ». A ce sujet, il relatait le cas suivant :

Une demoiselle de quinze ans avait la petite vérole ; la fièvre augmenta au quatrième jour et devint violente, elle diminua, puis aussitôt survinrent des mouvements con- Tulsifs dans tous les membres. D*un moment à Tautre la malade paraissait furieuse et elle était tranquiUe dans les intervalles. Cette alternative fit soupçonner des vapeurs; on donna des remèdes en conséquence, les accidents vaporeux ces* sérent.

 propos de celle observation, le même auteur fait les sages réflexions qui suivent : cOn voit très fréquemment des maladies aiguës et chroniques compliquées de symptômes vapoi*eux... Il se développe toujours quelque signe particulier qui en annonce le caractère. C'est au médecin à savoir les distinguer (2). »

Briquet rapporte une obset*vation de fièvre typhoïde qui, survenue chez une hystérique, présenta les accidents suivants, qui tous, ou presque tous, doivent être i^attachés à la névrose et non à la dothiénentérie : phénomènes de strangulation et de constriction à la gorge ; douleurs très vives à l'épigastre, dans les espaces intercostaux, aux gouttières vertébrales; engourdissement avec fourmillement des membres

(1) Extrait du 3* volume de Clinique médicale de M. Gueoeau du Mussy, en préparation.

(â) Raulin, Traité dei affections vcporeutesdu sexe^ chap. VII, p. 27. Paris, 1858.

J050 XETROSBS COMPLEXES.

SDpérieDrs et infénears ; flexion avec contracture des doigts des deoi mains, etc.

Enfin, dans le courant de la fièvre typboîde,OB a pu ohserrer quelques cas de paralysie motrice, de folie (Moreau, de Tours), ou encore diaphonie (Fischer) (1), etc., dont les caractères cliniques indiquaient netiement la nature exclosîvenient névrosique. Parfois, rbystérie est appelée par la dothiénenlérie sur Fintestin sous la forme d'un tympanisme abdominal qui peut même prendre des proportions coDSÎdèrables.

Tous ces exemples sont suffisants pour démontrer Timportante codsidérable de la recherche des accidents hystériques dans les maladies fébriles, dans la dothiénentérie ^i particulier, et dans toutes les maladies en général ; et sans tomber dans une réelle exagération qui consisterait toujours à voir ou à soupçonner l'hystérie chez la femme, comme autrefois liaglivi le recommandait (fœminis suspicandum de affeclme A(5/^rca), nous dirons qu'il faut toujours la rechercher dans Fenchevètrement et le tumulte de symptômes insolites; car « telle qui aurait été déclarée étlque, apoplectique, épileptique ou paralytique, ne se trouvera peut-être qu'hystérique ». (Pomme.)

C'est ainsi, croyons-nous, qu'on doit interpréterun cas remarquable obsené par M. Rigal (S) à la suite d'une angine diphthéritique : Une malade est prise, trois semaines après la guérison de cette angine, d*uiie paralysie du voile du palais. Celle-ci disparaît à son tour, et quinze jours après, l'annonce d'une mauvaise nouvelle (de la moi'l de son enfant) développe chez elle des accidents nen eux très accuses, tels que la céphalalgie, l'hyperesthésie ovarique, des douleurs sur le trajet des nerfs intercostaux et aux apophyses épineuses des Ycrtèbrcs, la sensation de boule, des envies de pleurer, etc.; et, œmme le terrain était déjà préparé pour la paralysie par le fait de la diphlhériie, la malade est prise de paralysie des quatre membres avec hyperesthésie cutan^'e dont la nature hystérique a été nettement établie.

b. Les affeclions inflammatoires deviennent aussi une cause d'apj't'l des accidents hystériques, au point que Ton pourrait à ce sujet proposer ce nouvel adage : Ub idolor ant fluxiiSy ibi convulsio hysterica.

Que de fois n'a-t-on pas vu de simples laryngites, des angines, des bronchites, se compliquer de spasme glottique, se transformer sur pb-v; en aphonie, en rétrécissement spasmodique de l'cBSopliage, en tuui rauques, sonores et stridentes contre lesquelles la médication antiphlogistique n'avait aucune prise ! Une bronchite simple, avec quelque>

(I) Fischer, Berl. klin. Woch., 1863.

(â) Cité dans la thèse de Chevallier, sur la Paralyne kystérique des quatre memh'k Paru, 1880.

HYSTÉRIE. i06l

râles disséminés dans la poitrine, devient l'origine d'un état spasmodique des bronches, d'où une dyspnée extrêmement intense qui peut atteindre le degré de l'orthopuée. Une hystérique est atteinte de pleurésie aiguêy la suffocation est si grande que l'asphyxie parait imminente, et cependant le liquide n'est pas abondant puisque la thoracentèse n*a permis d'en retirer qu'un demi-litre à peine (1). Une simple indigestion ou un embarras gastrique deviennent la cause de vomissements opiniâtres qui cependant n'altèrent pas la santé, et qui, après avoir été rebelles à tous les traitements, cessent un beau jour tout à coup sans qu'on puisse attribuer la guérison â l'intervention thérapeutique. Une hystérique est atteinte de métrite ou d'une simple congestion utérine, et aussitôt éclatent des accidents de péritonisme (ou p9eud<hpériionite kysUriqtie) ayec accompagnement de tympanite intestinale, de douleurs vives sur le trajet des nerfs lombo-abdominaux et sur les apophyses épineuses lombaires, d'hyperesthésie cutanée abdominale et môme de vomissements. On croit à une péritonite, et cependant il n'y a pas de fièvre, pas d'altération des traits, aucun retentissement sur l'état général. Il ne s'agit, en réalité, que d'une pseudo-péritonite, car bientôt cet orage passager se calme et tout rentre dans l'ordre.

Une autre fois, c'est une femme hystérique qui est atteinte de blennorrhagie avec cystite du col. La cystite du col passe, une rétention d'urine reste, et il s'y ajoute un état très pénible de vaginisme ou plutôt de vulvisme.

Bien d'autres exemples probants pourraient être cités où. l'on démontrerait rinfluence des phlegmasies sur la fixation de l'hystérie dans certains organes.

cî. Le traumatisme est une cause suffisamment connue d'hystérie locale j et il n'est pas nécessaire de passer en revue tous les cas cités par Brodie et Charcot où des traumatismes insignifiants, une simple piqûre, une contusion légère, sont devenus le point de départ de contractures ou d'accidents viscéraux dont la brusque et rapide disparition attestait la nature névrosique.

Une malade, observée par nous, indemne jusque-là de toute manifestation hystérique, reçoit un coup de poing au creux épigastrique ; deux jours après, elle a une héioatémèse abondante qui se répète ensuite un grand nombre de fois. Je crois d'abord à l'existence d*un ulcère de Testomac d'origine traumatique, comme on en a cité quelques exemples. Mais ces hémorrhagies se montrent surtout à Tépoque des règles, elles persistent abondantes pendant huit mois sans aucune altération de l'état général, elles disparaissent un beau jour sans cause, après avoir défié tous les traitements et font place à des convulsions nettement hystériques. Alors le vrai diagnostic était déjà nettement établi sur ces deux caractères : apparition des hémorrhagies au moment des menstrues, conservation de l'embonpoint avec intégrité

(1) Voyez plusieurs faits de ce genre consignés dans les thèses inaugurales de L. Duioumier (Paris 185i) et de Pouquet (Paris, 1880).

de la sauté générale malgré Tabondance et la répétition de ces hémorrhagies. Les crises nerveuses qui sont survenues par la suite n'ont fait que confirmer les prévisions favorables du pronostic.

Une jeune fille se fait au pouce une légère blessure qui occasionne d*abord quelques douleurs dans le bras correspondant avec irradiations au cou, à la tète, à la poitrine, et qui se termine par une toux sèche, quinteuse, de nature hystériqoe. Vne autre encore, observée également par Parsons, à la suite d'une simple piqûre d'aiguille au niveau de la rotule, est prise d'accidents hystériques qui cessent seolement après l'extraction du corps étranger.

Une femme se pince le doigt, il en résulte des douleurs dans le membre sapérieur, qui bientôt est agité par des convulsions et immobilisé par la contracture. Une jeune fille se pique l'index de la main gauche avec la pointe d'une paire de ciseaux, il s'ensuit une douleur avec contracture du bras gauche suivie bientôt de la contracture des autres membres. — Brodie, qui cite ces derniers exemples, a ▼u survenir des accidents à peu près semblables à la suite d'une fracture de jambe.

Une jeune fille, en descendant un escalier, fait un faux pas et ressent aussitôt un tiraillement dans la hanche. Dès le soir, la souffrance devient plus vive; puis, au bout de trois jours, il survient une contracture du membre qui est d^abord priât pour une coxalgie ; des crises convulsives éclatent pour la première fois et, un beau jour, la contracture disparut brusquement après une durée de plusieurs mois (Lasègue).

Une jeune fille, en tombant de sa hauteur, se heurte le dos de la main, ce qui détermine une très légère douleur. Trois jours après, le petit doigt se fléchit, puis les autres doigts, au point même que les ongles blessent la paume de la maio. Oa constate ensuite une aneslhésie complète de la main droite et du poignet jusqa à la moitié de l'avant-bras. La malade n'ayant jamais eu d'attaques de nerfs, on est hésitant sur le diagnostic, lorsque, cinq jours après une consultation, la main a pu s'ouvrir tout à coup.

Une autre malade de vingt-sept ans a, au mois d'avril 1877, l'avant-bras pressé contre un mur. Il en résulte des douleurs et, quelques instants après, une contracture en demi-flexion de l'annulaire et du petit doigt ; les jours suivants, les trois autres doigts sont envahis par la rigidité musculaire. Deux mois après, on constate l'existence d'une contracture des doigts en demi-flexion, et du poignet, avec des douleurs extrêmement vives à la pression même superficielle sur la face antérieure de l'avant-bras. Ces accidents persistent deux mois encore, et sont un jour subitement remplacés par une paralysie flasque du bras droit et ensuite du membre inférieur correspondant, à laquelle succèdent une hémianestliésie droite avec hyperesthésie ovarienne, de la dyspnée, des douleurs précordiales, des vomissements, la rétention d'urine, etc. (Charcot).

Il est inutile de multiplier encoi^e les exemples ; ceux que nous avons cités sont assez probants et montrent suffisamment que le traumatisme est une cause d'appel pour les accidents hystériques, au même titre, du reste, que pour les diathèscs ou les maladies générales, la goutle, le rhumalisme,la tuberculose, lacarcinose, la syphilis, etc. OVjVhystérie infantile, si souvent méconnue, qui se manifeste surtout par des phémv mènes de contractut*e, prend naissance dans un grand nombre de ci5 sousTinfluencedu traumatisme le plus léger ou d'une contusion presque inappréciable. Mais, fait au moins singulier que M. Charcot a mis ^i judicieusement en lumière, dès qu'avec les fonctions menstruelles ont apparu les symptômes de Thystérie ovarienne avec Thémianesthés^e, rhyperesthésie ovarienne et les crises convulsives, le traumatisme perd ses droits sur la névrose, et Ton voit des malades atteintes A^hysieth* major et chez lesquelles des blessures même assez étendues, des frac-

tures, etc., contractées pendant des attaques convulsives, sont incapables alors de provoquer des contractures ou le moindre phénomène d'hystérie locale.

d. Le rhumatisme associe souvent ses manifestations à celles de rhystérie. Sans parler d'une forme d'irritation cérébro-spinale, de neurasthénie ou de nervosisme, qui serait presque toujours, d'après nous, d'origine arthritique, et qui se manifesterait par des symptômes névralgiques les plus variables et les plus accusés, il est évident qu'il existe des affinités assez étroites entre la diathèse rhumatismale et la névrose hystérique. Celte vérité n'avait pas échappé à la sagacité des auteurs anciens, de Sydenham en particulier qui regardait l'hystérie comme étant souvent d'origine arthritique, ou encore de Robert Whytt qui disait : c J'ai reconnu que les maux hystériques étaient causé; très souvent par une humeur de rhumatisme ou de goutte. > Dans tous les cas, les deux maladies se réunissent souvent sur un terrain commun, le système nerveux, pour produire des névralgies, des douleurs viscérales, des hyperesthésies, des paralysies, des contractures, des convulsions, des troubles vaso-moteurs ; elles offrent la même mobilité vagabonde dans leurs allures, les mêmes tendances dans leurs manifestations, et le processus fluxionnaire de l'une n'est pas si éloigné des actions vaso-motrices de l'autre. Quoi d'étonnant alors que, dans un rhumatisme articulaire aigu, par exemple, l'hystérie appelée, sollicitée par lui, puisse parcourir avec lui les articulations, laissant partout des marques de son passage ? Ainsi, un rhumatisme articulaire subaigu avec une réaction fébrile à peine élevée au-dessus de la normale, présentera des apparences de gravité ou au moins d'intensité, parce que rhystérie appelée par la douleur et la fluxion des articulations aura déterminé un état d'hyperesthésie de la peau et de contracture des muscles péri-articulaires. Celte hypereslhésie cutanée et cette contracture peuvent même se substituer sans interruption à la fluxion rhumatismale et donner lieu ainsi à une espèce de psetido-rhumatisme qui se fixe pendant des mois et des années même sur une jointure.

Le médecin qui ne connaît pas ce fait et qui croit voir toujours du rhumatisme là où l'hystérie appelée par lui a bien vile élu droit de domicile, ne fait pas seulement une erreur de diagnostic, mais ce qui est plus grave encore, il commet une faute thérapeutique. Croyant avoir toujours affaire à un rhumatisme qui tend à la chronicité, il ordonne sur la jointure des applications de teinture d'iode, de vésicatoires, de pointes de feu, qui augmentent encore les symptômes de contracture, et un beau jour il voit, à son grand étonnement, disparailro brusquement tous ces symptômes et l'articulation reprendre le libre jeu de ses mouvements.

De même il peut survenir dans le cours du rhumatisme articulaire aigu, comme nous en avons obsei'vé un eiemple, des symptômes alaiiques qui en imposent pour un rhumatisme cérébral, alors qu il ne s'aj^it que de troubles hystériques sans importance. Enfin, dans un autre cas, un rhumatisme articulaire aigu qui avait atteint en dernier lieu les articulations des membres inférieurs devint la cause d'appel d'accidents nerveux de ce côté, sous forme de paralysie hystérique.

Dans certains cas, lorsque les deux maladies se fixent sur les nerfs de Texlrémité céphalique, elles peuvent exposer à des erreurs. Ainsi, une femme rhumatisante et hystérique éprouva des douleurs si violentes dans les régions du cou et de la tête, qu'on crut à une méningite (Polain). C'était l'hystérie qui donnait avec le rhumatisme une intensité excessive aux manifestations morbides.

D'autres fois, les deux maladies se succèdent comme pour attester leur origine identique, et l'on voit assez souvent telle fille de goulteui qui est hystérique dans sa jeunesse et qui devient rhumatisante ou goutteuse dans un âge avancé.

e. Quant à la syphiliSj son action sur l'hystérie est aussi bien démontrée. M. Fournier a fait la remarque judicieuse que la syphilis secondaire peut stimuler certaine névrose préexistante et réveiller certaine névrose éteinte et calmée, c II est assez commun, dit-il, que des femmes anciennement hystériques, dont les accès s'étaient amendés depuis un certain temps, voient tout à coup leurs crises et leurs anciens malaises nerveux reparaître dans le cours de la période secondaire. Sous l'influence de l'éréthisme qu'imprime aux fonctioas nerveuses le poison de la vérole, ces femmes redeviennent subitement hystériques à com;)/^ nout;^au, si je puis ainsi dire, ou le deviennent à un degré supérieur, si elles n'avaient cessé de l'être. Elles reprennent leurs accès convulsifs, elles reprennent le r état vaporeux, leur susceptibilité nerveuse. En un mot, l'hystérie qui, chez elles, s'était calmée, subit de l'influence syphilitique une exacerbalioo nouvelle (1). t Parfois même, d'après le même auteur» la syphili? peut créer de toutes pièces la névrose hystérique qui n'existait pa> auparavant, soit qu'il s'agisse d'accidents hystériques avec crises convulsives, soit qu'il s'agisse seulement d'un état d'éréthisme nerveux, caractérisé par des modifications de caractère, de rénervemenl. Je l'impressionnabililé, des syncopes, de la sensation de strangulation, d'«Houfl*emcnt, ou de j//o6w5 hystericus, ou encore de spasmes, de con-

(1) Fouruicr, Leçons sur la syphilis étudiée plus particulièrement cfce* les femn** Paris, l'* édition, 1873, p. 810. CeUe influence excitatrice peut également •'exercer -.: répilepsie, dont les crises deviennent parfois plus nombreuses 80u$ l'influence Ue U s>ph .♦• secondaire. Mais il importe de ne pas confondre les vraies attaques épileptiquci âû-c kl cas d'épilepsic particilo de la syphilis tertiaire.

vulsions partielles et de treroblements passagers. Ces phénomènes nerveux, traduisant un état d'hystérie ou d'hystéricisme de la syphilis secondaire, ont pour caractères d'être transitoires, c'est-à-dire de cesser avec la cause qui les a produites, et de guérir bien plus facilement et plus rapidement au moyen du traitement spécifique que par l'intermédiaire de tous les antispasmodiques.

Dans ces cas, ce n'est certainement pas la syphilis qui peut par elle^ même donner lieu à tous ces accidents nerveux, elle n'arrive à les pro* duire que par une voie détournée, en créant, en accentuant encore chez la malade un état plus ou moinsanémique auquel peuvent s'ajouter, et s'ajoutent souvent les excès, les ennuis, les émotions, les préoccupations, le chagrin même parfois d^avoir une maladie honteuse et grave.

Posée dans ces termes, étudiée à ce point de vue, la question pré» sente un grand et réel intérêt pratique. Mais si la syphilis exerce une action sur le développement de l'hystérie, celle-ci au contraire ne modifie en aucune façon la marche et les allures de la maladie spécifique.

/• La scrofule imprime-t-elle à la névrose certains caractères de cette lenteur d'évolution, de cette torpidité qui est spéciale àladiathèse? Nous ne saurions encore le dire d'une façon certaine. Tout ce que nous savonS; c'est que la coexistence de l'hystérie et de la scrofule (ou du lymphatisme) chez le même sujet, est chose assez fréquente, et qu'on pourrait sans doute attribuer à la strume la lenteur d'évolution de la phlhisie chez les hystériques, plutôt qu'à une sorte d'antagonisme entre l'hystérie et la tuberculose.

g. L'influence de Vimpaludisme sur l'hystérie est loin d'être démontrée, malgré les observations de Marmisse (de Bordeaux) et de Ricoux(dePhilippeville), qui tendraient ù prouverque l'impaludisme peut imprimer une certaine périodicité aux manifestations hystériques. En tous cas, il est certaines obervations où l'élément palustre doit être soigneusement dégagé au point de vue du diagnostic et du traitement, lorsque, par exemple, les névralgies de l'intoxication tellurique ou maremmatique, — lesquelles se fixent plus particulièrement sur la branche supérieure du trijumeau, — contribuent à réveiller et à augmenter, du côté de la tête les sensations douloureuses de la névrose (1).

h. Les rapports entre l'hystérie et la tuberculose sont bien plus

(1) Marmisse (de Bordeaux), Hyttérie à forme intermittente {Ga*. méd, de Bordeaux, 1876). Ricoux (de Philippeville), Hystérie larvée à forme hyitérique {Gai, hebd,^ Paris, 1878, p. 3ii). Dans cette observation qui ne manque pas d*intérôt, il s*agtt d'une jeune flUe ayant en autrefois des accès de flèvre À type tierce, et qui après avoir eu des accès hytériques à type d*abord indécis, eut des accès a Cype franchement tierce. La pression ovarienne calmait mo-

importants encore. Brachel avait commis une erreur, lorsqu'il prétendait que rhystérie favorisait le développement de la tuberculose, et quelques auteurs en ont commis une autre en disant que la tuberculose produisait Téclosion de Thystérie.

Sans admettre d'une façon absolue, comme Leudet tend à le croire, une espèce d'antagonisme entre la phthisie et la névrose, ~ celle-ci enrayant pour un temps les manisfestations convulsives, et cell^li retardant à son tour la consomption, — je ferai remarquer qu'on \oit souvent la réunion des deux affections sur le même sujet changer le tableau habituel de la maladie.

Chez une phthisique, par exemple, arrivée seulement au début de la seconde période, sans qu'il y ait encore de symptômes bien graves, on peut voir survenir tout à coup une toux quinteuse, sonoi-e, incessante, d'un caractère tout particulier; plus tard, c'est une aphonie subite, puis des hémoptysies qui, fait important, se répètent presque toujours au moment de la menstruation; lanévralgie des espaces intercoslaui supérieurs devient une hyperesthésie de tout un côté de la paroi Ihoracique (pleuralgie); les apophyses épineuses sont douloureuses, l'anorexie est complète, absolue, invincible ; il peut même survenir, comme daQ^ un cas remarquable cité par M. Bouchard (1)» des vomissements incoercibles qui persistent presque sans interruption pendant des mois ou des années. Si l'on s'en tient à la simple constatation des symptômes, le pronostic paraît très grave; mais en les interprétant plus attentivement, on voit qu'il n'en est rien. Ces vomissements continuels, ceU' toux sonore, presque aboyante, monotone dans sa régularité même, paroxystique et rhylhmée, ces hémoptysies menstruelles, cette aphonie si rapide dans son apparition, ne s'accompagnent pas d'un réel retenlissèment sur l'état général. Tous ces accidents persistent depuis des mdi\ et cependant les lésions pulmonaires ont fait peu de progrès, ranKitgrissement est resté stationnaire, les masses musculaires conservent encore leur relief. En faisant ces remarques, on a déjà dépisté Thysl^iie qui, appelée encore une fois par la tuberculose, se fixe sur l'appareil respimtoire, modifie, transforme, exagère tous les symptômes fon> tionnels et fait croire à un pronostic plus grave qu'il n'est en réaliti*. 11 est donc important de savoir discerner ce qui appartient à rhysléiie et ce qui relève de la tuberculose.

Dans l'exemple que nous venons de citer, on remarque que rhystérie

mentanémeat les crises; mais on y réussissait encore mieux par une pression vifoore**sur la rate et à h partie latérale du cou v<irs Tapophyse tnnsverse de la 3*Tertè]ire cerna' Pendant neur mois, des injections d'eau simple, raites sur la région ovarienne, parfeoi''-' à suspendre les crises en cours, mais elles n*empôchaient pas leur retour périodique, coys lequel les injections sous-cutanées de chlorydrate de quinine à la d^iie de50eenli|T. ^ ^ * réussirent pleinement. Ce traitement continué pendant plusieurs mois, le changement <r-> et l'envoi de la malade en France, achevèrent la guérison Ue ces crises nerreuses. (1) Mouvement médical, 1873.

a occupé seule presque toute la scène morbide, détournant ainsi par unesorle de dérivation favorable toute Taclivité pathologique de son côté; mais d'autres fois, au contraire, c'est la tuberculose qui domine rhystérie et qui exerce une influence prépondérante sur elle, et la phthisie peut évoluer, évolue même avec rapidité, se bornant à arrêter les crises convulsives de Thystérie, ou encore à supprimer quelquesuns des symptômes permanents, tels que l'hémianesthésic et Thyperes- Ihésie ovarienne, ainsi qu'on peut en voir un exemple frappant dans ï Iconographie photographique de la Salpéirière^ de 1876-1877.

Enfin, chez les hystériques, on peut croire à une tuberculose qui n'existe pas.

Nous avons pu voir un homme en observation depuis huit mois et chez lequeile diagnostic a été douteux pendant un temps assez long. Il entre à l'hôpital se plaignant d'une affection de lestomac pour laquelle il a déjà été traité par un médecin des plus distingués, il vomit continuellement depuis un mois, à peu près tous les jours, des matières bilieuses abondantes auxquelles se joignent parfois des matières alimentaires; l'anorexie est absolue, les douleurs gastriques assez vives. Comme ce malade avait autrefois commis quelques excès alcooliques, on croit à Texistence d'une gastrite, on le traite par Teau de Vichy, par les amers, etc.; puis enfin on pratique des lavages de Testomac qui paraissent pendant quelques jours amener une légère amélioration, mais qui ensuite restent sans effet. D'un autre côté, comme ces accidents gastriques paraissent survenir d'une façon paroxystique, on croit même un instant qu'il s'agit de ces troubles gastriques qui constituent parfois, pendant un assez longtemps, des signes précurseurs d'une affection spinale... Les vomissements continuent quelque temps encore et s'arrêtent cependant un jour sans cause. Alors, le malade commence à tousser d'une toux sèche, un peu quinteuseet sonore, sans expectoration; la paroi thoracique gauche est le siège d'une hyperesthésie cutanée très vive ; le malade a plusieurs hémoptysies peu abondantes, mais réelles ; à l'aus* cul talion, respiration saccadée, mais existant des deux côtés de la poitrine, un peu faible à droite; à la percussion, légère diminution de sonorité dans la fosse susépineuse droite.

En présence de tous ces symptômes, on pouvait, on devait croire à l'existence d*une tuberculose commençante, et le diagnostic fut un moment hésitant, quand survint un jour une franche altaque hystérique arrêtée promptement par la compression du testicule gauche. Le malade sortit du service après avoir eu quelques autres attaques convulsives, mais ne présentant plus ni toux, ni expectoration sanguinolente; Thyperesthésie cutanée de la région thoracique avait également disparu. 11 revint à deux reprises à l'hôpital, où il est encore actuellement. La toux est absente, la pleuralgie gauche moins accusée existe de nouveau, il y a eu deux crachats à peine slriés de sang; mais il n'y a aucun amaigrissement, l'état général n'a pas varié depuis huit mois, et, chose singulière, la submatité qui existait au sommet gauche a disparu de ce côté pour se montrer de temps en temps au côté opposé, tantôt dans la fosse sus et sous-épineuse, tantôt dans le creux sous-ciaviculaire. Or, nous avons remarqué que ces submatités extrêmement trompeuses (pseudo-matités h yxtériques) de certaines régions thoraciques peuvent exister dans l'hystérie en dehors de toute lésion de l'appareil pulmonaire. Elles ont pour caractères d'être mobiles, de changer de place très facilement, et elles sont très probablement dues à un état spécial d'irritabilité musculaire sous l'inQuence de laquelle certains muscles entrent rapidement en contraction par une percussion même superficielle. Pour toutes ces raisons, après avoir éliminé le diagnostic de gastrite alcoolique et d'affection médullaire, on rejette celui de tuberculose et l'on rattache tous les accidents divers que le malade a

AXENFELD. 67

présentés à Thystérie. U s'agit donc, dans ce cas, d*ime pseudo-tuberculose hj.^t''rique dont la réalité s'est depuis affirmée de jour en jour.

b. Nous tenons aussi depuis cinq ans en observation une femme hystérique de nv arthritique, qui, depuis cette époque, est atteinte très fréquemment d*hénioply>i>*^ menstruelles précédées toujours par des troubles vaso-moteurs, sorte d'oriicair'* limitée à la paroi thoracique, de toux paroxystique à timbre sonore et éclauut, d'aphonie subite et passagère et de poussées congestives du c^té de l'appaivil pulmonaire, sans qu» l'état général ait jamais fléchi. Si, dans ce cas, rarthriiis a joué son rôle dans la production des fluxions bronchiques, il n'en est pas moin^ vrai que Thystérie a dû fixer ses manifestations sur l'appareil respiratoire. Celt*' femme a été considérée à tort pendant deux ans comme une phthisi*)ae; l'obsenation nous a convaincu qu'il s'agissait d'une pseudo-tuberculose.

Il en est de même d'une autre femme que nous observons depuis plus *d'un an. dont le diagnostic et le pronostic favorables ne se sont pas démentis un seal jour.

c. Ce ne sont pas là les seules erreurs qui peuvent être commises. Ainsi, uoe aulade de quarante-huit ans observée à l'ilôtel-Dieu était atteinte d'une paraplégie, i* troubles parétiques du côté du diaphragme et d'une accélération considérable li^^ mouvements respiratoires (GO à 70 respirations par minute). Ces symptômes rhr.avaient éveillé chez un médecin rompu à ces questions de diagnostic l'idée à'iiu affection bulbaire ou spinale. Mais, par une observation longue et attentire. r.oi.» pîimes voir bientôt que la dyspnée n'était pas réelle, qu'il n'y avait pas dilUculk J-» la respiration, mais seulement une extrême fréquence des mouvements inspir. toires, une véritable polypnée sans dyspnée, entrecoupée souvent de profonds smpii*s. Un jour, enfin, on put assister à une violente attaque d'hystérie, et la niah.» sortit un mois après, complètement guérie de tous ces accidents qui avaient soicitc d'abord un pronostic si grave.

C'est donc suitout lorsque riiyslérie a de la tendaace à se fixer ? i. les différents viscères qu'elle prend le masque d'un grand nouil'. • d'affections; et pour ne pas abuser de la citation d'exemples qui 5<îi' nombreux, il. suffira de relater encore le cas rapporté par M. Polain'lt et relatif à une jeune fille dont l'affection a été si obscure, qu'elle a pt faire croire tour à tour à une tuberculose pulmonaire, à un ulcère ic l'estomac, puis à une péritonite tuberculeuse.

i. Les affections organiques du système nerveux chez les hysléri<jur> peuvent être inQuencées par la névrose dans leur marche ou dan> k m évolution, au point qu'elles peuvent être méconnues. L'obsiTvatior. de mort chez une hystérique, rapportée par M. Maurice RaynauJf . en est un exemple frappant, puisque les symptômes attribués penJ^:la vie à la seule névrose devaient être très vraisemblablement ratlaclio à Texistence d'une méningite spino-bulbaire intercurrente. Nous avoi.* vu nous-méme un tabès dorsalis qui avait été méconnu chez une hy-irique et dont les accidents avaient été pour ainsi dire obscurcis par . pi^édominance des troubles névrosiques.

Enfin, il semblerait dans certains cas exister ime sorte d\in/'î,nisme entre Thystérie et les maladies organiques du système nerv

(!) Leçon clini<|uc sur un cas d'hifstérie à forme visierale {Gai. des A«»^»., ISTS, o' [i) Soc méd, des ht'fp. Paris, l'<Sl.

l'hystérie jouant alors le rôle A'affecHon dérivalive, en ce sens que lesnombreuses manifestations qui la constituent agiraient sur ces maladies organiques par une sorte de dérivation pour en retarder la marche et en arrêter révolution. Ainsi, dans un cas très intéressant rapporté par M. Uégis, une paralysie générale coexistant chez le même sujet avec les symptômes d'une hystérie nettement accusée, avait présenté dans sa marche une lenteur et des allures singulières.

Voici, du reste, d*après cet auteur distinjçué, le résumé de cette observation où Ton voit les symptômes de la névrose alterner avec ceux de la périencéphalite diffuse, où Ton voit l'hystérie jouer un rôle suspensif ou exercer une action d'arrêt sur les manifestations de la paralysie générale.

< Considérée comme cas de paralysie générale, ceUe observation présente plusieurs particularités qu'il est permis de qualifier d*excepliounclles. Les principales de ces particularités sont les suivantes :

» 1® Au point de vue symptoiuatique, l'existence : a, d*un tremblement nerveux qui r^^rtains moments venait s'ajouter au tremblement paralytique, et aug^mcntait ainsi d'une façon notable l'embarras de la prononciation ; à. d'attaques convulsives liystériques qui sont survenues à plusieurs reprises et sous forme d'accès; c. d'un délire étrange, coloré, cbangeant, qui acccompagnait les attaques; (f. de phénomènes d'exlase; e. d'hallucinations, surtout visuelles, imagées, mobiles et variables à J'iufini; f, enfin, la substitution au caractère habituellement expansif ou indifférent des paralytiques, du caractère fantasque et bizarre des névropathes ;

> 2° Au point de vue de la marche : l'allure rémittente, capricieuse, mouvementée de la maladie, si différente de l'évolution graduellement progressive de la paralysie générale, et qui s'est traduite par la succession tantôt régulière, tantôt désordonnnée, de périodes d'agitations, de calme et de dépression;

j 3o Au point de vue de la durée : l'arrêt du processus morbide, si complet et si prolongé, qu'au bout de deux ans, c'est-à-dire après un temps plus considérable qu*il n'eût fallu pour emporter un paralytique ordinaire ou le plonger tout au moins dans la démence la plus profonde, le malade fait preuve d'une conservation presque absolue de l'intelligence et de la mémoire, et que sa mort, survenue d'une façon tout accidentelle, ne laisse constater que les lésions de la paralysie générale au début; ce qui permet de supposer que sans l'intervention si inopinée de l'affection intercurrente, une fièvre typhoïde, elle se fût prolongée encore pçndant plusieurs années(l).»

L'étude des rapports entre l'hystérie et les divers états morbides n'a pu encore être qu'ébauchée ; elle présente cependant un très grand intérêt puisqu'elle confine de très près à la pathologie générale, et qu'elle permet d'éviter des erreurs de diagnostic, de pronoslic et de traitement, qui peuvent être, qui sont trop souvent commises dans les cas de promiscuité de deux maladies.]

(1) Régis, Note sur les rapports de la paralysie générale et de rhyslérie; coexmiêiKe possible, même che* l'homme, de la paralysie générale et de l'hystérie; influence de Vhys^ iérie sur la forme, la marche et la durée de la paralysie générale (Gai. méd, de Pans, janvier I88i).— Charrière (Tlièse inaug. de Paris, mars 1882).

iOCO NÉVROSES COMPLEXES.

Marche. — Classée naguère au nombre des maladies inlermittenles, en raison du caractère transitoire de quelques-unes de ses manifeslations, rhystérie appartient réellement aux maladies contiaues, et ses accès doivent être envisagés comme de simples exacerbations. 11 est vrai de dire que sa marche, sans cesse influencée par les circonstances extérieures, présente de grandes variations, et que son mode de développement n'est assujetti à aucune règle absolument fixe; cependant ces variations mêmes ne sont pas tellement capricieuses qu'on ne puisse les ramener à un certain nombre de types généraux. Au point de vue de l'invasion plus ou moins brusque, et du développement rapide et lenl, il y a lieu de distinguer l'hystérie en aigué et en chronique, cellKÎ beaucoup plus fréquente que celle-là.

Vhystérie aignèse déclare ordinairement sous l'influence de quelque perturbation soudaine et violente du système nerveux : après quelques malaises prodromiques do courte durée, parfois sans aucun signe précurseur, éclate une attaque convulsive qui se répète par la suite plu« ou moins fréquemment; après ces attaques on voit survenir et se succéder prompteraent les divers symptômes de la maladie, au milieu desquels prédominent les grands troubles nerveux : délire, spasmes, anesthésies profondes et étendues, paralysie, fièvre. Dans d'autres cas d'hystérie aiguë, il n'y a point d'attaques, mais seulement des accidents nerveux à marche rapide.

Dans Vhystérie chronique^ soit intensité moindre dans l'action de b cause déterminante, soit mode d'impressionnabilité difl'éreiit de l'individu, les phénomènes se déroulent d'une manière lente et graduelle : des symptômes de chlorose, des névropathies diverses se monlrenl parfois d'abord, et c'est à cet élat nerveux vaguement accusé qu'on voit à un moment donné s'ajouter et pour ainsi dire se superposer V^ signes caractéristiques de l'hystérie; ceux-ci surviennent tantôt spontanément, et comme par le seul fait de la longue durée des souffranc»^? antérieures, tantôt par suite de l'intervention de quelque nouvelle cauyniorbifique.

IJriquet a tenté de ramener à six variétés les difi'érents modes d'invasion et de développement de l'hystérie.

1° Invasion brusque signalée par de la fièvre; développement successif, dans un court espace de temps, de troubles nerveux plus ou moiograves.

2" Invasion également rapide, marquée, outre la fièvre, par des sjnr ptômes qui simulent ceux des affections aiguës de l'encéphale (céphalalgie violente, vomissements, délire, quelquefois coma, attaques con vulsives hystériques ou éclamptiques, paralysie); à cet état suorr»' une débilité qui persiste longtemps, si bien que l'ensemble des accident aigus et de la convalescence qui suit a une durée de trois à six iiit-r

L'acuité qui existe dans les deux modes d'invasion que nous venons d'indiquer, est tantôt primitive, tantôt secondaire, c'est-à-dire que l'hystérie peut affecter d'emblée la marche d'une maladie fébrile, ou ne prendre cette allure qu'après plusieurs mois ou plusieurs années de chronicité. Des affections morales vives ou un arrêt de la menstruation sont les causes qui lui impriment le phis souvent un pareil changement.

3*" Dans un grand nombre de cas, la maladie reste stationnaire, caractérisée par des douleurs habituelles et un état d'extrême impressionnabililé qui, à l'occasion des causes les plus légères, amène un trouble considérable, parfois même le retour des accidents aigus; les hystéries de cette sorte peuvent persister toute la vie ou tout au moins se prolonger jusqu'à un âge fort avancé.

4" D'autres fois, ce cas est le plus fréquent, les phénomènes névropathiques vont graduellement croissant, et au bout d'un temps variable, soit spontanément, soit sous l'influence d'une cause occasionnelle surajoutée, arrive une attaque de convulsions, de spasmes, de léthargie, etc.

5'' Dans quelques cas peu nombreux, les accidents hystériques se bornent à des attaques de convulsions qui se reproduisent à des intervalles en général assez longs, et pendant les périodes intermédiaires la santé parait bonne; cependant un examen attentif permet encore de constater quelques traces d'anesthésie ou d'hyperesthésie, et t surtout une grande disposition à avoir les fonctions troublées >. Cette manière d'être, dit Briquet, s'est remarquée principalement chez les enfants qui ne sont pas exposés à autant de causes morales de troubles qu'on Test à un âge un peu plus avancé; ces enfants n'avaient eu leurs attaques que de loin en loin, et dans quelques cas tous les deux ou trois ans. 11 en est même qui n'avaient eu que quelques attaques dans leur enfance, et qui n'en avaient pas eu depuis.

6* Enfin, Thystérie présente quelquefois des inlermissions plus ou moins complètes, pouvant durer une ou plusieurs années, et dans quelques cas quinze ou vingt années, pendant lesquelles la santé est complète. > (Ce sont là de véritables guérisons suivies de récidives.)

[Nousnesaurionsmieuxfaire, pour montrer la variété innombrable des accidentsdont peuvent être atteintes ces malades, que do résumer l'histoire pathologique de deux hystériques, d'après la relation très détaillée et très remarquablement faite par M. Bourneville (1) :

a. Dans la première observation, il s'agit d'une femme de cinquante-Jeux ans, nommé Ler... (Kosalie) et qui était entrée à rage de vingt-trois ans à la Salpétrière,

(1) Bourneville, Redterckei cliniques et thérapeutiques sur V hystérie et Vépilepsie. Paris, 1876, p. 115.

l(Mi2 NÉVROSES COMPLEXES.

le 27 juillet 1840. Dans sa première enfance, elle avait été si mal oonrrie, elle éuii devenue si faible et si chétive, qaVUe ne put marcher qu'à six ans enviroo. Soq instruction et son éducation furent également très négligées, au point qa*à quinze ans seulement elle put faire sa première communion. Dès Tâge de onze ans, elle éprouva des c pertes de connaissance > qui suivirent une très grande peur occasionnée par la vue d'un chien supposé enragé par elle; à seize ans, à la vit d'a^** personne qui venait d'être assassinée, elle eût une violente c attaque de nerfs >;enOii à dix-neuf ans, ayant encore vu, dit-elle, un voleur qui l'aurait (!) poursuivie dans aa bois, elle tomba en proie à des convulsions qui ne cessèrent que le lendemaÎQ et qui furent remplacées par une paralysie avec contracture du côté droit. Dès cette é^^oque, les convulsions devinrent si intenses et si fréquentes, qu'elle dut entrer eo 18i6 à la Salpétriére qu'elle n'a pas quittée depuis. Dans cet établissement elle eut toujours des attaques d'une violence extrême dont N. de Saint-Germain, alors interne du service, a donné en 1859 une exacte relation; à une époque qu'elle ne peut préciser, elle resta en léthargie pendant trois jours et trois nuits.

En 18G0, reviennent toujours avec la même fréquence et la Doème intensité U< attaques qui étaient constituées par des convulsions cloniques, des crises épilepiiformes, des contractures du côté droit, des muscles des mâchoires, de la langrif, du col (le la vessie, etc. Alternatives de rétention et d'incontinence d'urine.

En 1872, on constate Vhyperestkésie ovarienne dToiie avec hémianestkésie^ ^^i^ de ïaphonie. Le 15 février 1872, elle eut deux attaques à'hystéro-épilepsii tiiti^' mement violentes à la suite desquelles elle fut atteinte de rétention d'urine biectôt remplacée par de V incontinence. Dix jours après, sorte de délire ébrieux^kalhcinations nombreuses de la vue et de l'ouïe : elle voit des papillons, des hirDndell(-> qui volent, des étincelles lumineuses, elle entend des voix qui l'appellent; in^gaitU des pupilles, la droite étant contractée. Le 26 février, à la suite d'une attaque convulsive, elle reste dans Vopisthotonos complet, présentant l'aspect d'une tétanique: le lendemain, on trouve la malade avec une contracture des membres du coté droit, des muscles de la face à droite et de la langue. Pour la nourrir, on est obligé d'employer la sonde œsophagienne. Le 1**^ mars, elle a deux attaques à forme tomque, la première laisse une contracture de Vavant-bras gauche qne la seconde atlaqu*^ fait disparaître; alors il y a de Vhyperesthésie ovarienne gauche et de rhémiaMithésie du côté gauche. Enûn, après une série d'attaques très nombreuses dont quelques-unes sont précédées par de violentes palpitations, elle eut des contractarf> diverses changeant de côté, mais persistant plus souvent à droite, occupant les mascles des membres, de la langue, du larynx, des mâchoires, du pharynx, de rcesopha;> {aphonie, trismus, dysphagie spasmodique). Parfois, tremblements de tout locor^^ï comme si la malade grelottait de froid (frissons nerveux).

Dans la même année, les attaques prennent la forme démoniaque^ et le 24 naT<, elle est prise pour la première fois d'une crise tétanique sous forme de emf^^' ment : Tout le corps était rigide, la tête renversée en arrière, les yeux dirigés ea haut et à droite, le cou fortement tendu, les bras disposés en croix, les jambes allongées et accolées l'une à l'autre. Quelques jours après, cris répétés par suite 1^ douleurs vives dans les deux côtés du bas-ventre, à l'estomac, dans la tète, eldti battements de cœur; très pénibles fourmillements de la face au point que la mal3i<= s*écorclie la jonc par de violents frottements; elle se déchire aussi la moitié droite uc ventre en raison des douleurs qu'elle y éprouve. La contracture des muscles de U langue, du voile du palais, du pharynx et de l'œsophage avait cessé il y a qoelqu' temps, ci la malade pouvait manger, mais alors elle avait des vomisserHents et dt U diurhèe. lîn jour après une attaque tétanique, dyspnée qui dura tout un jour, pu:* elle fut reprise de ses contractures de la langue et des membres, de ses attaq-i^ épileptiformes qui furent dans une journée au nombre de vingt-sept.

Vers le 12 avril, la contracture de la langue cesse, il survient ua iremhlenii^'

(1) On peut et Ton doit mettre toutes ces histoires au conditionnel, car on sait avcr <! ' art et quelle persistance les hystériques aiment à inventer des aventures dont elles s plus ou moins les héroïnes et à la véracité desquelles elles finissent même par croire.

choréi/orme des membres ; puis les contractures cessent encore et sont remplacées, le 22 ^rril^ par une paraplégie avec flaccidité. Deux fois pendant une attaque, elle eut une luxation de Vépaule droite qui amena une periarthrite. — Pendant les mois d'octobre et de novembre, elle a sept ou huit attaques de crucifiement d'une durée de deux à dix heures; pendant l'attaque, les membres, qui étaient pâles et froids, deviennent cyanoses et chauds, les avant-bras se fléchissent, et elle revient à elle comme sortant d'un songe ; elle raconte avec une expression de bonheur, avoir vu dans le ciel une lumière éblouissante, des petits saint Jean, des diamants, des étoiles, Notre Seigneur avec ses longs cheveux bouclés marron, la Sainte Vierge dorée. Elle gémit et regrette de ne plus voir ses visions.

L'année i872, qui a été la plus accidentée, se chilTre par 649 attaques; celles-ci devinrent plus rares, à partir de cette époque ; en 1875, on n'en comptait plus que i2, et en 1876, il n'y en eut pas une seule du 1"^ janvier au l*"^ juin. Elle n'eut plus qu'une seule attaque de crucifiement au milieu de l'année 1875, époque à laquelle elle souffrit beaucoup d'une douleur au sommet de la tête {clou hystérique). Dans une de ses dernières crises, elle eut une véritable attaque démoniaque avec contorsion et grimaces hideuses à la suite desquelles elle eut une amaurose pendant quelques instants seulement et qui fit place à des mouvements bruyants de déglutition et de hoquet, kdes hallucinations, à du délire.

Pendant la première partie de l'année 1876, les attaques cessèrent, et le 1" juin la santé générale restait bonne, malgré des alternatives de constipation et de diarrhée, et quelques douleurs stomacales; de plus, l'intelligence restait intacte. Nais l'hémianesthésie droite persistait avec hyperesthésie ovarienne du même côté, derniers vestiges de cette odyssée morbide si mouvementée.

Voici, du reste, d'après M. Bourneville le tableau k peu près exact de la marche des attaques pendant seixe ans :

Années. AtUqnes.

18ft4 161

Années. Attaques,

1876 (l*r janvier au l*r juin) 0

Ainsi dans l'espace de seize années, la malade a eu 30il attaques!

&. La seconde observation, celle de la nommée Etch... (dont nous donnons un résumé encore plus succinct parce qu'elle est à certains égards la reproduction de la précédente), concerne une femme observée pendant plus de dix ans. Pendant cette longue période, on assista aux accidents les plus variés et les plus nombreux dont nous donnons ici la plus simple énumération : attaques convulsives, hémorrhagies par diverses muqueuses (métrorrhagie, hématurie, épistaxis, hématémèses, etc.); rétention d'urine ayant duré près de dix ans, puis ischurie, avec crises urinaires de polyurie, hémianesthésie â droite et à gauche, apparition de phénomènes paralytiques précédés souvent par des douleurs très vives (exacerbation de Thyperesthésie ovarienne, fourmillemeuts, douleurs dans la moitié du corps qui devait être bientôt frappée de paralysie) ; contracture^ les plus diverses à forme hémi paraplégique, hémiplégique, diplégique; contracture des muscles des mâchoires, du pharynx, du larynx, du col vésieal, d'où trismus, dysphagie, aphonie ou dyspnée, rétention d'urine. Douleurs névralgiques violentes dans différentes parties du corps et arthralgies ; vomissements alimentaires qui ont duré plusieurs années, avec anurie et ischurie sans aucun symptôme d'intoxication urémique; insuffisance d'alimentation sans amaigrissement; constipation opiniâtre au point que,pendantdix mois, la malade eut seulement quatre à

cinq garde-robes ! Le 22 mai 1875 au matin, cette femme était encore atteinte de contracture des membres qui empêchait absolument la marche depuis de longues ^n- Tiées,]oTsque subitement f dans la soirée, survint sans cause, après un riolent accès de suffocation, la guérison de tous les accidents dont elle souffrait depuis si longtemps. Elle marche, peut manger, urine d'une façon normale, et du 22 mai au i**^ juin, elle reprend progressivement toutes ses fonctions; Tanesthésie disparait, la vue, les autres sens reprennent leur acuité, les fonctions digestives sont rég-uliéres; dès le 2 juin, les derniers vestiges des symptômes permanents de rbyslërie avaient disparu, et plus d'une année après, la guérison ne s'était pas démentie.]

Voyons maintenant quelles sont les principales circonstances qui influent sur la marche de rhystérie, soit pour déterminer la cessation temporaire ou définitive des symptômes hystéinques, soit pour amener des rechutes.

I"" Parmi les circonstances qui peuvent amener la suspension desaccidents ou même la guérison, l'une des plus importantes est Tappantion ou le rétablissement des règles; puis vient le mariage dont Tartion se réduit, au moins en grande partie, à l'établissement de la menstruation par suite des rapports conjugaux, ou à une amélioration dans la position des femmes ; c'est en effet Tune des conditions les plus eflîcaces pour la guérison de l'hystérie qu'un changement favorable de cette sorte, qui soustrait les femmes aux chagrins, aux soucis, aux maiH vais traitements, seules causes bien souvent de la persistance de la maladie; indiquons encore la grossesse dont l'action bienfaisante parait avoir été beaucoup surfaite, puisque, d'après Briquet, un dixième au plus des femmes enceintes éprouve une amélioration évidente dans la santé par le fait même de la grossesse. L'apparition d'une maladie accidentelle, parfois une violente émotion morale peuvent amener la suspension des accidents hystériques. Signalons enfin l'influence de la volonté, et surtout de l'imagination, influence toute morale, singulièrement puissante et par laquelle s'expliquent tant de guérisons inatleadues, dont bon nombre sont atli^ibuées à la vertu de quelque receUr'ridicule, ou à l'intervention d'un pouvoir surnaturel (1).

2" Quant aux conditions susceptibles d'amener des rechutes, M. Biiquet les énumère dans Tordre suivant : le mariage, les chagrins et le^ émotions pénibles, la grossesse (2), la suspension brusque des rèj:le>-

A côté de ces circonstances qui peuvent enrayer le développement A-^ l'hystérie ou provoquer des récidives, il y a lieu de signaler les influences qui déterminent, soit l'amendement des symptômes (bien-être,

(1) Voyez l'intcrcssanlc tlicse de Besançon : Considéraiiom mr Vhtjstérie, et en piriiculier sur son diagnostic. V dus y 1841).

(i) « L'explication dos effets si variables delà grossesse se trouve dans les circ«>nUJcr'« au milieu desquelles celle-ci se développe : si la gestation se fait pendant que la po«i . : dos hystériques est bonne, il y a beaucoup de chances pour que la grossesse se passe l'»'--« quand au contraire la gestation se fait au milieu des chagrins et des mauvais traitem^c • il y a à peu près la certitude que la grossesse sera pénible et que des accidents hystcnq -• se développeront pendant son cours. » (Briquet, Traité, p. 5U.)

passions gaies, vie régulière, menstruation normale, hygiène appropriée), soit leur aggravation (passions tristes, fatigues, alimentation défectueuse, troubles menstruels, etc.).

De plus, on voit assez souvent, même en l'absence de toute influence extérieure appréciable, les hystériques accuser à certaines époques comme un surcroît de susceptibilité, et alors les causes les plus légères déterminent facilement chez elles la réapparition ou l'exaspération des symptômes; tandis qu'à d'autres périodes, elles se trouvent dans un état de calme relatif qui leur permet d'aflfronter impunément l'action de causes beaucoup plus puissantes. Dans Thystérie à attaques, il n'est pas rare de voir une impressionnabilité extrême et progressivement croissante signaler l'approche des paroxysmes, puis ceux-ci mettre un terme à cette sorte de tension nerveuse, comme si l'excès d*excitabilité allait s'accumulant de plus en plus jusqu'au moment où une attaque survient qui le dissipe au moins pour quelque temps. Ces alternatives se produisent quelquefois avec une sorte de périodicité.

Malgré les irrégularités si grandes que présente la marche.de l'hystérie, et bien qu'on ne puisse reconnaître dans son évolution aucune phase régulière, il y a cependant lieu d'établir une distinction entre certains phénomènes qui appartiennent plutôt à ses commencements, et certains autres qui se montrent presque toujours tardivement, dans l'hystérie invétérée. En exposant les symptômes de la maladie, nous avons eu soin d'indiquer ces dilTérenccs; nous ajouterons seulement que, dans rhyslérie aiguë, on peut être témoin de l'apparition très rapide et en quelque sorte hâtive de tel symptôme, des paralysies par exemple, qui ne survient ordinairement qu'à une période avancée de l'affection, quand celle-ci a une marche chronique.

[En résumé, la marche de l'hystérie peut servir à en défînir, à en préciser non seulement les allures, mais les caractères : c'est une maladie remarquable par la rapidité ou la soudaineté de l'apparition et de la disparition des accidents, par la multiplicité et la mobilité des affections, par l'existence de symptômes contraires (convulsions et paralysies, anesthésiesethyperesthésies, etc.), enQn par l'absence de lésions.]

Durée. Terminaisons. — La durée de Thystérie est en quelque sorte indéterminée. 11 est généralement reconnu que la susceptibilité nerveuse diminue avec les progrès de l'âge, et que l'époque à laquelle s'opère le plus souvent la guérison, correspond à la fin delà vie sexuelle de la femme, c'est-à-dire à la ménopause. Mais cette proposition, quoique se rapprochant de la vérité, ne saurait être admise sans quelque réserve : d'une part, en effet, il est moins rare que ne le disent la

I0r,6 NEVROSES COMPLEXES.

plupart des auteurs de voir l'hystérie se prolonger au delà de Vàge critique et jusque dans la vieillesse; d'autre part, la fréquence réelle des guérisoDS d'hystérie ne nous est pas bien exactement connue; combieQ souvent une suspension temporaire des accidents n'est-elle pas considérée comme une guérison définitive, quand on perd les malade^) de vue ! Une fois que le système nerveux a été mis dans ces condilloQs toutes spéciales d'impressionnabilité qui président au développement des symptômes hystériques, il a une extrême tendance à y persister, el c'est à peine si les influences signalées dans le paragraphe précédent parviennent quelquefois à corriger cette tendance d'une manière durable et définitive. Un pareil résultat ne s'obtient guère que si l'hystérie est encore récente et si elle a été produite par une cause accidentelle qu'on réussit à éloigner (cessation des mauvais traitements, séparation dans les cas d'union mal assortie, rétablissement de la menstruation, position sociale permettant une meilleure hygiène, médication appropriée).

Même après la guérison, il reste encore une grande susceplibilil'i morale et physique, un éial nerveux plus ou moins accusé.

[Il est extrêmement rare que l'hystérie se termine par la mort; cependant on a noté des cas où la mort est survenue d'une façon indirecte pourainsi dire, deux fois par gastralgie (Briquet), trois fois par anorexie, une fois par épuisement ou affaiblissement cachectique dans un spasme œsophagien d'une durée de plusieurs années (Royer-Collard, Georgel). — Morgagni, RuUier (1), Piorry (2) ont cité de leur coté chacun un cas de mort survenue pendant les attaques. — Wundcriich i3> a parlé d'une malade qui eut pendant huit semaines des convulsions hystériques au nombre de huit à seize par jour, à marche apyrétiqueei sans danger apparent, la mort survint en quelques heures à la suite f attaques de convulsions avec cyanose et élévation de la température jusqu'à 43% on ne trouva rien à l'autopsie. — M. Boumeville (i)fail mention d'une femme qui abusait de la morphine, et qu'on trouva morlf dans son lit, sans que l'autopsie permît de rendre compte de ce dénouement fatal. — M. Grasset (5) a vu une hystéro-épileplique morte en état de mal sans aucune lésion à l'autopsie; une autre est encore morte subitement, mais elle présentait une sclérose cérébrale étendue. — Enûn, tout dernièrement, M. Raynaud (6) a rapporté un fait de mort qui aurait été causé, d'après lui, par un accès d'hystérie à forme hydropbo-

(I) Rullier, Tlu'se de Paris, 1808.

(2j Piorry (Gai. des hôp., t. VIII, p. 261).

(3) Wundcriich {Arch. der Keilk., t. V, p. 210. Dans ce cas, rélévation extrême «ittempérature nous autorise à émettre des doutes sur le diagnostic. (i) houra*is\\\e, iconogr. phot. de la Salpéthère, t. III, p. 96. (5j Grasset, loc, cil.

(6) Raynaud {Soc. des hép., 28 janvier 1881, cl Un. méd., p. 433, 1881).

bique. Mais il est permis de se demander si, dans ce cas, la mort n'est pas survenue par le fait d'une complication intercurrente, d'une méningo-myélite, comme M. Rendu en rapporte un exemple, ou encore d'une lésion rénale, comme Dujardin-Beaumetz dit en avoir observé deux cas (1).]

Étiologie. — Nous aurons à examiner successivement les causes qui prédisposent au développement de l'hystérie et celles qui Voccasionnent, sauf à indiquer en terminant les causes qui provoquent le retour des accidents ou leur aggravation.

A. loi prédisposition îoue un rôle immense dans la production de l'hystérie. Bien qu'elle existe chez un très grand nombre de personnes, ce serait cependant une erreur de croire, avec certains médecins, qu'étant donnée une cause occasionnelle, telle par exemple qu'une perturbation morale intense et prolongée, tous les individus, et notamment toutes les femmes, dussent nécessairement contracter sous son influence la névropathie spéciale qui nous occupe. Il en est qui, pendant de longues années, subissent tous les tourments de Vétat nerveux^ sans jamais éprouver ni sensation de boule ou de constriction pharyngée, ni attaques convulsives, etc. Il en est d'autres qui restent complètement réfractaires aux influences dites hystérifères. Mais surtout on observe une extrême inégalité, quant au degré de résistance que les difl'érents sujets opposent à l'action des mêmes causes ; celles-ci sont quelquefois si légères, considérées en elles-mêmes, qu*en présence des graves accidents qu'on leur voit succéder, il faut certainement attribuer la part la plus considérable dans la production de ces efl'ets, à la prédisposition, nous allions dire à la fatalité organique, de quelque nom qu'on veuille la décorer : mobilité, polarité, excitabilité, impressionnabilité, instabilité, etc. Celte prédisposition elle-même se rattache aux diverses circonstances que nous allons énumérer (en laissant de côté l'influence, jusqu'ici très peu connue, qu'exercent les conditions de climat, de race et quelques autres encore).

a. Sexe. — L*hystérie est, sinon l'apanage exclusif du sexe féminin, au moins incomparablement plus fréquente chez la femme que chez rhomme (2). Les faits d'hystérie chez l'homme, quoique bien avérés.

(1) Rendu, Dujardin-Beaumetz {Un. méiL, p. 411, 1881).

(2) La proportion serait seulement de vingt à Tunité, d'après l'évaluation de M. Briquet. Mais il est à remarquer que cet auleur, qui a eu soin de recueillir tous les faits d'hystérie chez rhomme consignés dans différents écrits, les compare au total des faits également pu-

1068 .NEVROSES COMPLEXES.

appartiennent aux exceptions très rares ; tandis que, selon Sydenham, la moitié des femmes est affectée d'hvstérie. Les recherches de Bri-

ta

quet confirment cet énoncé : c la moitié des femmes, dit cet auteur, est hystérique ou très impressionnable, et le cinquième est pris d attaques. »

[L'hystérie chez l'homme a été mise en doute par un assez grand nombre d'auteurs, Louyer-Villermay, Dubois (d'Amiens), H. Landouzy, Monneret et Fleury, etc. , qui plaçaient le siège de la névrose dans Tutérus. Cependant Ch. Lepois, qui a contribué autrefois pour une grande part à dissiper celte erreur avait dit nettement : Hysterica symplomata omnia^ viris cum mulieribus sunt communia; et parmi les auteurs anciens, Galien lui-même, Raulin, Pomme, etc., avaient admis la possibilité de l'hystérie chez l'homme. De nos jours, celte question n'est plus douteuse et dans une thèse récente, M. Klein a rapporté 80 cas de celte affection. Mais en tous cas, on ne doit pas perdre de vue que l'hystérie chez l'homme est beaucoup moins fréquente que chez la femme (vingt fois moins d'après Briquet), et que dans un assez grand nombre de cas, les hommes présentent réellement les attributs d'un certain état de féminisme (barbe peu fournie, voix faible, aiguë el douce, peau fine, teint pûle, peu de développement des organes génitaux, yeux humides et brillants, etc.). L'hystérie des hommes peut aussi se présenter sous les mêmes formes cliniques que nous avons décrites : grandes attaques, spasmes viscéraux, accès de somnambulisme, de catalepsie, forme démoniaque, accès de délire et de manie, etc. (i). Cependant les manifeslations convulsives sont ordinairement moins accentuées que cliezia femme, les attaques sont moins complètes, comprenant très rarement les quatre périodes entières. Parfois, l'existence pendant un lempsassez long d'un symptôme permanent, tel que l'hémianesthésie, peut faire croire, comme dans le cas rapporté par Landouzy (-), à un^f tumeur tuberculeuse comprimant la partie postérieure de la capsule

bliés d'hystérie chez les feiniiies ; ce procédé ne pouvait manquer de donner pour les prew^f* une proportion beaucoup trop forte, car la rareté de la maladie chez Thomme e-t u motif suffisant pour inviter les auteurs à faire connaître toute observation où une i^"*malic aussi curieuse se trouve consignée, tandis que la banalité de rhystiric chci 1» femme les conduit à tenir compte en général des seuls faits remarquables par t\u>"-'V-' symptôme insolite, ou venant à l'appui de quelque vue théorique, ou encore serA»ct » prouver l'utilité d'une médication spéciale, etc. Peut-on d'ailleurs songer à concilier j proportion 20 : 1, admise par M. Briquet, avec ce que dit ce médecin lui-même <1* " fréquence absolue de l'hysléric? S'il est vrai que la moitié des femmes eu est affecié^, > i mille sur deux mille, il en faudrait conclure que sur un nombre égal d'hommes, on if. >•'- Ta'ii cinquante hommes hyxlériques! Qu'on veuille bien acculler d'après la même donin?»nombre d'hommes hysii riques que fournirait la population annuelle d'un hôpital ou f»* d'une ville, et l'on sentira tout ce que ce chiffre a d'invraisemblable.

(1) Dès ISiO, MM. Combal et Bourdel ont cité une observation de catalepsie hjslcr'r* chez Vhommti iJoiirn. de la Soc, deméd. prai.de Montpellier, 18-ii);Fabre cite un t\ru\:: de manie hyslériquc {\nn. méd,-psych., I875j; Chambard, Hystérie ei somnâmbu^i'^' (nev. mens, de méd. et chir , 1879;.

[t] Soc. de bioL, 1875.

ÎDterae, lorsque, après un temps plus ou moins long, la survenance d'accès franchement hystériques éclaire le diagnostic. Chez ces malades, la compression du testicule a pu arrêter les crises (Foet, Dreyfus (1), etc.); mais chez d'autres, il suffît simplement, d'après Butignot et Aussilloux (2), de faire des applications de compresses froides sur les parties sensibles, sur le bas-ventre ou le haut des cuisses, ou même sur la région mammaire (3).]

Que la raison de la fréquence plus grande de l'hystérie chez la femme ne se réduise pas à la seule présence de l'utérus, c'est ce que prouvent péremptoirement les faits d'hystérie observés chez des femmes privées de cet organe. Mais ce n'est pas ici le lieu de rechercher si, lorsque cet organe existe, il est ou non dénué de toute influence sur la production de la maladie, ni quel rôle jouent dans cette étiologie, soit les autres parties de l'appareil génital, soit le système nerveux beaucoup plus impressionnable chez la femme que chez l'homme ; ces questions seront mieux à leur place quand nous discuterons la nature de l'hystérie.

b. Age. — L'hystérie peut se rencontrer chez les filles dès l'enfance, c'est-à-dire de l'âge de quatre ou cinq ans jusqu'aux approches de la nubilité; le nombre des faits d'hystérie infantile, longtemps méconnus, est évalué par Briquet, d'après ses observations, au quart ou au cinquième du nombre total des hystériques.

Mais c'est incontestablement de la puberté jusqu'à l'âge de vingt ans que l'invasion de rhystéric a lieu le plus communément, puisque c'est à celte période que remonte le début de la maladie chez plus de la moitié des hystériques. La fréquence de l'invasion diminue ensuite rapidement de l'âge de vingt ans à celui de vingt-cinq, où elle est de moitié moindre que dans la période précédente; puis elle décroît encore d'une manière sensible de vingt-cinq ans à quarante, restant à peu près stationnaire pendant tout ce laps de temps; enRn, de quarante à soixante ans, elle est réduite à une proportion très faible; et ce résultat est digne d'attention, attendu que l'âge critique, auquel certaines théories exclusives accordent une influence considérable, se trouve ainsi mise complètement hors de cause.

(!) Foet {Gaz. hebd,, 187i). — Dreyfus (Progrès méd., 1878).

(2) Bulignol {Journ. de mcd., sept, et octobre 1876). Aussilloux {Montpellier médical, sept et oct. 1876). Voyez, au sujet de l'hystérie chez Thomme, les travaux ou observations des auteurs suivants : Alègre (G'oa. merf., 1836); Desterne (t/nion mc'rf., 1848); loulïcr {Gai. fnéd.deLyoriy 185-ij ; Michéa {Gaz. des h6p.,t sept. 1865); Bonnemaison (Arch. de mérf.,1875); jtiunlan (Arch.deméd. etdepharm. Militaires, à propos d'une épidémie d'oreillons, 1878). — Voyez aussi les hèses de Paris : Bouncau (1817); Favrot (18U); Legoarant (1853); Doslerne (1852); Baslieii (1855); Petit (1875); Paulmicr (1876); Maricourt, Lallemand (1877); Jannet, Klein (1880). — Voyez une leçon de Fabre (de Marseille) sur ïhystérie chez l'homme (Ca^. méd. de Paris, novembre 1881); — une communication du D' Koch avec discussion, par MM. Romraelaere, Crocq, etc. {Soc» des se. méd. Bruxelles, 9 janvier 1882).

(3) Voyez l'observation de Grisolle (Traité de pathologie intertie, 8« édition, 1861, 4. Il, p. 823).

On voité^falement, d'après ce qui vienl d'être dit, que rhystérie «iélu^ de moins en moins fréquemment à partir de l'âge de vingt ans, c'é>l-idire que, bien longtemps avant Tâge critique, la disposition à cette n^ vroj^e commence à s'effacer ; de telle sorte qu'on ne saurait établir »;d rapport direct et simple entre la facilité avec laquelle Thyslérie se 1^veloppe, et la seule activité fonctionnelle des organes génilaai de a femme.

[En tous cas, les auteurs qui faisaient dépendre rhystérie de lui'ipjs et de la continence prolongée, se refusaient à croire à Feiûstence de c^în névrose avant la puberté. D'autres (Bouchut, Wittmann) rattachent ri nervosisme (1) tous les accidents nerveux que nous allons décrire; nnii ce qui prouve qu'ils peuvent et doivent être mis sur le compte de rb>térie, c'est que plus tard on pourra voir éclater chez les jeunes thl.i^ des attaques convulsives tout à fait caractéristiques. Du reste, H. Lmdouzy rapporte quarante-huit cas où la névrose s'est développée de di\ à quinze ans; Briquet, surquatre cent quarante et une observations, la vue se développer quatre-vingt-sept fois dans l'enfance, depuis ÏK^de cinq ans jusqu'à douze ans.

Or, il nous paraît très important de savoir dépister les disposili «ns à l'hystérie dès le jeune âge, en raison du traitement prophylacii^p* quV)n peut lui opposer, et aussi des erreurs de diagnostic auxquelles elle peut donner lieu. Que de fois, en effet, des enfants ont été refrnrlés coîiimc épilepliques et qui n'étaient atteints que d'hystérie convulsi\e; que de fois aussi ont-ils présenté tous les symptômes d'une afficli a tuben/uleusc, d'une méningite, etc., alors qu'il s'agissait seuleraenl dt troubles nerveux de peu d'importance!

Nous avons déjà vu plus haut le caractère hystérique s'affirmer d^? le jeune Age; nous n'aurons donc que quelques mots à dire sur les divers accidents nerveux que les enfants peuvent présenter jusqu'à \>. puberté.

(le ne sont pas seulement des troubles de la sensibilité qui can^t'^ risent Vlif/stérie infantile; on observe souvent aussi des troubles de^i iMolilité, qui consistent plus souvent en contractures qu'en parabsi? Il existe m (îffet souvent chez les enfants, un torticolis, un piedi"'. ww contracture, des muscles périarticulaires et surtout des inusi!'> pclvi-troc.hanlériens (pseudo-coxalgie hystérique), une contracture du: muscle et des muscles de tout un membre persistant à la suite d'-'trannialisuKî ex! reniement léger, tel qu'une simple contusion, uneron:pression, ou une simple piqûre. La connaissance même de ces û» ' pijrmct souvent d*évitcr des erreurs plus ou moins graves de diagni'Net de pronoslic. Ainsi, M. Bouchut parle d'uue petite fille de onze a-^

(I) ll'Micliul, //M uerunsisme confomlu avec rhyslérie. Paris, 1860. — ^llUnann > * idenlilv (h- rinislt^rk' et liu nervosisme. Tlicse do Strasbourg, 1808.

pour laquelle Yelpeau consulté avait hésité entre une affection rhumatismale de la hanche el une manifestation hystérique. Or, tous les accidents qui avaient d'abord inspiré des inquiétudes sérieuses, disparurent après quelques jours sous rinfluenceseule de rhydrothérapie(l), ce qui démontra leur nature névrosique. Schmitt, qui a étudié dernièrement rhystérie chez les enfants, fait également la remarque que la maladie n'a pas un type protéiforme» comme chez l'adulte. Il cite des cas d'aphonie, d'œsophagisme, de contracture, de convulsions hystériques observés de Tâge de sept à treize ans. Le cas d'aphonie auquel il fait allusion concerne une petite GUe de sept ans, qui fut guérie par la seule introduction du laryngoscope (2).]

c. Hérédité. — L'induence de l'hérédité sur la production de l'hystérie est des plus importantes à connaître ; malheureusement, on sait combien de difQcuIlés et d'incertitudes présentent toutes les recherches sur la transmission des maladies par voie de génération, et avec quelle réserve il faut toujours en admettre les résultats, même quand on opère sur un chiffre considérable de faits. Néanmoins, on lira avec intérêt les considérations suivantes , que nous empruntons à l'ouvrage de Driquet, l'auteur dout les investigations sur ce point de pathalogie sont assurément les. plus étendues.

1** Si l'on interroge, au point de vue de l'hérédité, les antécédents d'un nombre donné d'hystériques, c'est-à-dire qu'on s'enquière de la ?anté de leurs ascendants et collatéraux, on trouve, pour un quart d'entre elles, que les familles dont elles sont issues ont été affligées de diverses affections du système nerveux, principalement d'hystérie, ou, dans une proportion plus faible , d'épilepsie , de folie , de maladies convulsives, d'apoplexie. Ce fait est d'autant plus frappant que si, à litre de comparaison, on se livre aux mêmes recherches dans les familles des femmes non hystériques, on y constate beaucoup plus rarement l'existence de ces mêmes affections nerveuses, (t Parmi les parents d'une hystérique, dit Briquet, il y a douze fois plus d'hystériques que chez les parents de sujets non hystériques. ») Pour rendre les résultats plus simples et plus nets, veut-on se borner à considérer l'état de santé des seuls pères et mères, on trouve que la proportion des ascendants hystériques est de 30 pour 100 d'une part (femmes hystériques), et de A pour 100 de l'autre (femmes non hystériques).

2"* Dans la majorité des cas, il n'y a dans une famille que l'une des filles qui soit hystérique; rarement deux, plus rarement trois. 11 est vrai que les familles hystériques ne sont en général pas nombreuses. 3* Pour mettre dans tout son jour et pour isoler en quelque sorte

(1) Bouchut, loc.cit,, p. 136.

(2; CilédaDs UsAnn, univ. di med. etchir. ItaL, 1881.

rinfluence héréditaire, il faut choisir les faits où Taction des autres élémenls étiologiques se trouve réduite à son minimum d'importance; tels sont les cas d'hystérie survenant chez les enfants, en quelque sorte avant l'âge, ou encore succédant à une cause occasionnelle très passagère. Or, en recherchant les antécédents de famille des femmes chez lesquelles la maladie a débuté d'emblée par une attaque consulsive, l'auteur que nous citons a noté chez plus d'un quart de ces malades des ascendanls ou collatéraux affectés d'hystérie, d'épilepsie, de folie. La proportion est la même pour les sujets dont les accidents datent d'avant la puberté; ici encore les névroses sont remarquablement nombreuses chez les parents. Elles le sont sensiblement moins dans les familles des hystériques dont la maladie a débuté plus tard et affecté une marche plus lente (les chiffres qui expriment rinfluence de la prédisposition héréditaire dans les trois catégories de faits sont : 27 1/2, 28 1/2, 19 pourlOU).

4° L'influence de Thérédité doit encore être admise dans d'autres faits dont la proportion est bien diflicile à fixer par des chiffres. Ce sont ceux où les parents, sans ofl'rir les symptômes d'aucune névrose déterminée, ont seulement une grande susceptibilité physique et morale, qui se transmet à leurs enfants comme aptitude aux maladies nerveuses. Une mère très impressionnable peut avoir échappé à l'hystérie dont elle était menacée, grâce à un heureux concours de circonstances, et, en évoluant, les mêmes dispositions, aidées par des conditions défavorables, aboutiront chez la fille au développement de l'hystérie. Lhérédité est encore ici incontestable ; car, à bien prendre, les mères hv-lêriques ne transmettent jamais à leurs enfants la névrose même dont elk sont afl'ectées, mais seulement la susceptibilité à la contracter à leur tour.

Le père prend une part beaucoup moindre à la transmission de Ibstérie; dire cependant que « la femme qui seule a cette irapressioQnabilité » (rimpressionnabilité particulière qui préside au développ'^ menl de riiystérie) c est nécessairement seule susceptible delatranmeltre », c'est, ce nous semble, énoncer une proposition trop absolu*.

5** Après avoir déterminé l'influence de l'hérédité en remonlanlJe l'hystérique à ses parents, il reste, pour confirmer ces premiers réiullats, à rechercher la même influence en allant de Thystérique à 5*'> descendants. En procédant de la sorte. Briquet trouve qu'un peu pîi^^ de la moitié des hystériques soumises à son observation, avait lran^• mis la maladie aux filles; quant aux garçons, ils n'avaient pas hôril' de la même disposition. (Ceci nous paraît tout simplement en rapi*^'' avec la rareté de Thystérie dans le sexe masculin, et il est douteux quVa puisse y trouver une preuve quelconque à l'appui de Topinion li^Vindiquée tout à l'heure, à savoir que les névroses du père sont iudit^ • renies au point de vue de l'hystérie chez les filles.) c Une fille qui c *

d*une mère hystérique a un peu plus d'une chance de devenir hyslérique, et moins de trois de ne pas le devenir. »

6*" Reste à savoir dans quelle mesure les maladies générales ou locales, étrangères au système nerveux, qui existent chez les parents, peuvent créer chez les descendants une prédisposition à Thystérie.

[Or, parmi les maladies diathésiques, on a pu citer la tuberculose pulmonaire dans les antécédents des hystériques. Mais alors, ce n'est pas ce dernier état morbide qui doit être incriminé, c'est seulemenl la diathèse arthritique qui peut produire à la fois, et la tuberculose et rhystérie, et celle-ci n'est en aucune sorte sous la dépendance de l'afTection tuberculeuse. Il est absolument démontré pour nous que l'arthritis, — et par ce mot nous comprenons toutes les manifestations articulaires et abarticulaires de la diathèse — en se transmettant d'une généi^ation forte et vigoureuse à une autre plus ou moins débilitée et affaiblie, dégénère souvent en névropathie, comme nous l'avons déjà dit dans un chapitre précédent (voy. page 902) ; sans doute, le plus souvent, il s'agit de cette hystérie vague désignée et connue sous les noms divers de ncrvosisme ou de neurasthénie; mais parfois aussi l'état nerveux engendré par l'arthritis peut s'élever jusqu'à l'hystérie. 11 en résulte que cette dernière affection s'élève ainsi parfois jusqu'au rang de maladie constitutionnelle, ce qui explique peut-être sa résistance aux moyens thérapeutiques, ou même son incurabilité dans certains cas.]

d. Constitution physique, — Il serait inutile de revenir sur ce qui a été dit, à propos des névroses en général, sur la prédisposition qu'on croit attachée à telle ou telle constitution physique, au tempérament nerveux, etc. C'est surtout l'hystérie, maladie dont tant de théories ont tour à tour prétendu expliquer le mystère, quia donné lieu, à cet égard, aux assertions les plus contradictoires, c En tous cas. Briquet est dans le vrai lorsqu'il affirme c qu'il n'existe pas de constitution hystérique appréciable par les apparences extérieures ». C'est certainement à tort que beaucoup de praticiens concluent à posteriori de l'existence de l'hystérie à la préexistence du tempérament nerveux, alors même que tout dans la manière d'être physique de la femme, contredit ce lieu commun traditionnel. Ce qu'il serait intéressant de rechercher, ce serait comment la constitution et le tempérament disposent à tel genre d'accidents hystériques plutôt qu'à tel autre, jusqu'à quel point ils créent une propension aux manifestations graves et fixes, ou légères et erratiques de la maladie; malheureusement sur ce point de pathologie, indiqué par Sydenham, nous ne possédons aucun renseignement précis.

e. Dispositions morales. — Si le degré d'intelligence peut être considéré comme n'influant point (au moins directement) sur l'aptituc'e à

▲unriLD. ^

i-/-^ c:;-^ Lî r.-iir: :...iil>r^ d'être 4îS ^it:^!-*:* i^t^tiT-ri ctlï -i-^Li..-::-*

f>^^''-. v^ni ori;riri-ilrrûeGt di'i-rrs d'jne inif ressii-cc^'ilile Ir^ ^W-, prifi ipai-emeûî à \^,^v\ d-rs pa-*ioa$ d-rrrînuntes: i.'^pressionnil .-/--^ 'jii •< U^fiH,i â to'it prop :•- pir de la coo-lricîîon et da ma!yi5-? à f »'pi;'^-tre. d^ Topprc-si n dîiiii la p:itriae, des p^Ipitalions, un cLran- ^.Kïfif'PA à !a ^or;:e. d r> Terliges, des souîrances dans les mcchres. «i .s .^arj;:lols el de^ pleurs.

F'rrl/iti'.errjenl arj c/rr^///*?/-^ proprement dit, nous renvoyons aux d-rN-elop[•e^flerl^^ d^ios l».^/]rie!s nous sommes entré à ce sujet <p. 958».

t. Eduailion et genre de vie. — On s*esl trop habitué à envisa^jer riivslérie comme une maladie complèlement inconnue dans les cainpa^rnes; il est certain néanmoins qu'elle est beaucoup plus couiniune dans les \illes, surtout dans les grandes villes où Raulin disait déjà, il y a plus d'un siècle, que t les vapeurs sont endémiques >. Là sont réunies et comme accumulées les causes d*ailaiblissemenl et de surexcitation, dont la névrose e^ît comme le dernier terme, et surtout les dispositions morales indiquées tout à Theure trouvent dans les vicissitudes d'une exi>tence agitée ample occasion de se manifester et de s'accroître jusqu'à la maladie. [La vie luxueuse et le relâchement des mœurs prédisposent à Thyslérie, et Ton comprend ainsi pourquoi cette maladie a été si commune sous le règne de Louis XV.]

Une éducation mal dirigée, qui prend à lâche d'épargner aux jeunes personnes toute forte impression, une vie oisive et frivole (les romans « les spectacles, la musique, les parfums, etc.), ne peuvent que contribuer à ce résultat. Mais, dit avec raison Briquet, si la vie trop douciL> conduit a la névrose hystérique, une éducation dirigée d'après d. s principes contraires n'a pas des effets moins funestes. La manier*:: dont les gens du peuple traitent leurs enfants fournit un exempt frappant de la vérité de cette proposition. Chez un certain nombre dr ces enfants, il n'y avait pas eu besoin de l'intervention d'une caus^ déterminante pour faire éclater la maladie; ces enfants avaient eu

quelque sorte succombé à la peine, quelques-uns avaient même eu leur première attaque au moment où ils avaient été plus maltraités que de coutume.

g. Alimentation. — L'expérience démontre qu'un régime trop substantiel, Tusage d'aliments tropépicés, du thé et du café, et d'autre part une alimentation trop ténue ou insuflisante, augmentent la disposition à l'hystérie, soit que ces conditions en apparence opposées cou* vergent toutes, comme l'admet Beau, en un point qui est la dyspepsie, prélude, suivant lui, constant des accidents anémiques et névropathiques, soit qu'à l'exemple de Briquet, on veuille donner de leur influence l'explication que voici : c Chez les personnes d'un caractère violent, emporté, intraitable, un régime trop stimulant augmentera l'irritabilité, rendra ces femmes plus violentes, moins tolérantes, et les disposera à réagir plus vivement contre toutes les causes qui pourront les impressionner; chez celles en plus grand nombre dontle caractère est ou très susceptible ou très doux, l'usage prolongé des débilitants, en diminuant la quantité du sang qui se trouve dans les vaisseaux, fera prédominer le système nerveux; celui-ci prendra l'empire et sera désagréablement impressionné par les causes les plus légères. »

h. Passions et affections morales. — Contrairement à l'opinion généralement accréditée, les recherches de Briquet démontrent de la manière la plus positive ce fait, dont la portée ne sera méconnue de personne : que toutes les passions ne prédisposent pas indifféremment à l'hystérie. La joie, le bonlieur, le plaisir moral et physique peuvent amener des névroses de toute espèce, mais point de névrose hystérique. Elles pourront provoquer quelques troubles chez les sujets déjà hystériques, mais elles ne produiront jamais l'hystérie. Les passions et les afTections morales déprimantes, tristes, pénibles, ont seules ce pouvoir. Les mauvais traitements; — les tracasseries, les préoccupations, les soucis, les contrariétés provenant, soit du ménage, soit de lafamilie, soit des relations illicites; — les inquiétudes suscitées par les affaires, les revers de fortune, les changements défavorables de position; — la nostalgie, l'ennui, le chagrin, la crainte continuelle, les déceptions, la jalousie; — enfin les affections de cœur contrariées; — tels sont, dans l'ordre de leur fréquence, les divers modes de souffrance morale que Briquet a notés chez cent trente hystériques, sans avoir rencontré un seul fait où la prédisposition eût été produite par des affections morales autres que celles qui viennent d'être indiquées.

[Nous avons fait allusion plus haut à l'influence des déceptions de la vie sur la production de l'hystérie. Or, cette influence est indéniable dans un grand nombre de cas; elle est même importante à connaître au point de vue du traitement prophylactique à opposer à cette maladie.

i076 NÉVROSES COMPLEXES.

Car, si un certain nombre de ces déceptions de la vie ne peuvent èlre évitées parce qu'elles sont souvent indépendantes de nos actions et de notre manière d*agir, il n'en est pas moins vrai que le fait si ordinaire de nos jours de donner à des jeunes filles une éducation supérieure à leur état social peut devenir une cause provocatrice de rhystérie, en produisant des déceptions trop fréquentes. Une jeune fille déjà prédisposée par rhérédilé, dit Ch. Richet, élevée avec une certaine recherche, deviendra hystérique parce que le sort ne lui a pas donné les satisfactions qu'elle a rêvées. Les songes déçus, les illusions évanouies, les espérances chimériques, sont des motifs pour faire éclore la diathèse encore latente. Le mariage n'est pas un remède; souvent il est un mal, quand, avec lui, naissent les soucis du ménage, les déceptions de la vie, celle d'un mari qui n'est pas leur idéal, celle d'occupations audessous de leur condition, etc. c L'hystérie a une cause physiologique, c'est l'hérédité; une cause sociale, la réalité inférieure au rêve, i

La dernière cause (affections du cœur contrariées) est plus fréquente qu'on ne pense, et nous avons vu beaucoup de femmes atteintes de nervosisme ou de neurasthénie, ou encore d'affection hystérique, parce qu'elles étaient unies par le mariage à un homme ayant un caractère, des aptitudes, des goûts absolument différents des leurs. Louyer-Yillermay a dit excellemment : c Dans le mariage, il ne suffit pas toujours en effet que le but de la nature soit rempli, il faut en outre quelquefois que le vœu du cœur soit exaucé, et c'est ainsi que Von voit des femmes mariées, jouissant des droits de Thymen, qui éprouvent des accès d'hystérie, parce qu'elles sont sous l'empire d'une inclination qui n'est pas satisfaite. »]

Passons maintenant à l'examen des conditions plus complexes, c'està-dire réunissant plusieurs de celles dont il a été question jusqu'à présent.

i. Influence de la continence. — Depuis Platon, qui compai^ît la matrice à un animal a qui veut à toute force concevoir et qui entre en fureur s'il ne conçoit pas )>, jusqu'à nos jours, il a été admis que U non-satisfaction des besoins sexuels est une cause puissante d'hystérie. Briquet, trouvant que celle croyance t a quelque chose de dégradant pour les femmes i>, el qu'elle conduit à de fausses applications en thérapeutique, consacre à la réfutation de ce qu'il déclare t être une erreur ridicule », de longs et intéressants développements, appuyés pour la plupart sur des statistiques étendues.

Nous ne pouvons reproduire son argumentation, mais nous croyondevoir en donner les conclusions : les femmes veuves ne sont pas plu^ que les autres femmes exposées à l'hystérie; — contrairement aux assiTtions des auteurs, l'hystérie est très rare au delà de Tâge de trente aa^.

et très commune avant cet âge ; — Thystérie parait chez un cinquième de^ malades avant l'époque de la puberté ; — elle est moins commune chez les femmes mariées que chez les filles, seulement dans la proportion de sept à neuf; — elle n'est pas plus commune, et il s'en faut de beaucoup, chez les personnes qui, par état, vivent dans la continence que chez les autres; — la satisfaction des besoins sexuels ne met nullement à l'abri de l'hystérie ; — il est faux que les attaques se terminent fréquemment par l'évacuation d'un liquide provenant des organes génitaux; — il n*est pas vrai que, dès que les organes génitaux sont arrivés à leur développement complet, il soit nécessaire que leurs fonctions soient mises en exercice, sous peine d'hystérie. Après avoir démêlé avec une grande sagacité l'action des causes morales méconnues, dans la plupart des circonstances où les auteurs n'ont voulu admettre que la seule privation des plaisirs sexuels, l'auteur termine par cette dernière proposition, ou plutôt par cette concession : c II est possible que dans quelques circonstances, les besoins génitaux, naturellement ou artiHciellement excités, et n'ayant pas une satisfaction suffisante, soient une cause d'excitation pénible de l'encéphale de laquelle pourraient naître des dispositions à l'hystérie; mais jusqu'à présent, cette prédisposition doit être admise comme résultat d'induction, plutôt que comme une conséquence directe de l'observation. > C'est un point sur lequel nous aurons à revenir.

j. Influence de la position sociale. — On croit assez généralement que l'hystérie est l'apanage des classes élevées de la société, et que, chez les femmes pauvres, habituées aux privations et aux duretés de la vie, la sensibilité morale étant à l'unisson de la sensibilité physique, l'hystérie ne peut manquer d*èlre rare. L'observation est loin de confirmer cette idée. A supposer que les femmes du peuple fussent en effet moins impressionnables, elles sont soumises h des causes plus nombreuses et plus puissantes d'impressions pénibles que celles de la classe aisée.

Pour déterminer, autrement que d'après de simples vues de fesprit, le degré de fréquence de l'hystérie dans les classes pauvres, Briquet eut ridée de visiter toutes les femmes qui se trouvaient à un moment donné dans les salles delà Charité, tant dans les salles de médecine que dans celles de chirurgie. Voici le résultat de cette enquête :

Une hystérique avec attaques sur cinq femmes ;

Une hystérique sans attaques sur sept femmes : — par conséquent une femme hystérique sur près de quatre ;

Une femme très impressionnable sur quatre ;

Enfin, un peu moins de la moitié seulement des femmes n'était ni Jbrt impressionnable ni hystérique.

Il n'est pas possible d'avoir des renseignements aussi précis sur les

femmes des classes aisées; mais bien évidemment l'hysléric y est mom^ commune. Quant aux classes très élevées, on doit supposer que la fréquence de la maladie y est plus considérable que dans la classe moyenne.

€ Toutes les femmes, disait Duverney, peuvent devenir hystériques, pauvres et riches ; mais elles le deviennent en proportion des peine> qu'elles endurent, et bien évidemment les pauvres en endurent plus que les riches. ^

k. Profession, — Les professions sédentaires, par la privation d'exercice, par le séjour dans une atmosphère confinée, par rinsuffisance du salaire qu'elles procurent, sont, à juste titre, accusées de prédisposer à l'hystérie en affaiblissant l'économie. D'autre part, la stimulation de l'encéphale par les travaux intellectuels a été également rangée au nombre dos causes de cette maladie; mais il faut en imputer le développement aux déceptions, aux rivalités, aux écarts, en un mol aux émotions si fréquentes chez les littérateurs et les artistes appartenant à la classe des femmes, bien plutôt qu'aux travaux mêmes auxquels elles 5e livrent.

La stimulation des organes de la génération exerce-t-elle réellement celle influence considérable qu'on lui accorde si unanimement? Briquet, toujours en vue d'élucider cette question, a analysé avec un soin extrèm * rinflucnce de certaines professions dont les unes font de la continence un devoir, les autres permettent la satisfaction du besoin génésique, et d'autres enfin « dans lesquelles l'incontinence est en quelque sorte obligée ». La rareté de l'hystérie chez les religieuses, à moins qu'il ne s'agisse de celles qui se livrent à la prière incessante, aux austérités et à la vie contemplative (1) ; la fréquence considérable de la maladie dans la population de Lourcine, composée de jeunes domestiques; enfin, ce fait digne d'attention que la moitié des prostituées de profession détenues à Saint-Lazare est affectée d'hystérie, tout cela c détruit de la manière la plus décisive les assertions des auteurs sur les effets de la continence, et établit positivement que les faits sur lesquels ils ont pi>^ tendu les appuyer sont complètement controuvés, et que l'observation

(1) > Autrefois, dit M. Briquet, quand la vie monastique n*était pas due au libre c)i-t quand clic était au contraire le résultat delà contrainte, quand dans les couveots on «'•^cupait pliiH du monde que des devoirs religieux, alors l'oisiveté, le regret du passé. Tendu présent, \os préoorupations pour l'avenir, devaient nécessairement amener des ;•«■• turbatioiis dans le système nerveux et provoquer rapparition d'accidents bvstériqae^ i toute csjnNoe. Comme ces accidents nerveux se produisaient en face de personne* »-^misps aux mômes influences, il en résultait Tacitement une diffusion de la maladie, «t là les épidémies d'hystérie si fréquentes à ces époques. C'était chez les Ursulines. t^ les Carmélites, religieuses qui étaient loin de suivre une règle sévère, que se trouai. ! les miauleutes les aboi/eu^es, les sauteuxes, les convulsionnaires et tons les cr<?nre* t • ou moins singuliers d'hystérie dont parlent les auteurs qui vivaient à ces époques. •

donne précisément des résultats complètement opposés à ceux qui avaient été avancés. » (Briquet.)

1. État de santé antérieure. Menstruation. Grossesse. — Les personnes destinées à devenir hystériques présentent fréquemment, dès avant Tinvasion de la maladie, et quelquefois dès leur enfance, divers accidents, migraines, gastralgie dyspeptique, etc., qui trahissent chez elles Fexistence de cette prédisposition; cependant un certain nombre d'entre elles n'éprouvent rien de semblable. Il existe, à ce sujet, une différence notable entre Thystérie qui se manifeste d*une manière soudaine par une attaque convulsive, et celle qui débute lentement par des symptômes nerveux : l'aptitude à la première de ces variétés est plus grande chez les sujets dont la constitution n'a pas été détériorée; au contraire, l'hystérie à développement graduel s'observe de préférence chez les personnes qui, par suite de longues souffrances, se trouvent dans un état d'anémie plus ou moins profonde. Les maladies douloureuses à longue durée, qui occasionnent un grand affaiblissement de l'économie, sont donc celles qui prédisposeront le plus à l'hystérie ; or, toutes ces conditions se trouvent réunies i un haut degré dans les affections de l'appareil génital de la femme, et l'on peut se demander si ces affections exercent sur la production de la névrose qui nous occupe une influence plus directe que les maladies des autres organes. Cette dernière opinion compte, comme on sait, de très nombreux partisans; tout en combattant avec succès, en ce qu'elle a d'exclusif et d'exagéré, la théorie surannée qui attribue le développement de Thystérie de toutes pièces aux états morbides de l'utérus et des ovaires, quelques modernes vont peut-être trop loin en déniant à ces maladies toute influence spéciale; c^est au reste une discussion que nous reprendrons bientôt, à propos de la physiologie pathologique.

Mais une question sur laquelle nous devons insister dès à présent, et qui a plus d'un rapport avec la précédente, c'est celle relative à l'influence de la menstruation. Ici encore, les recherches de Briquet étant les plus étendues, c'est à elles que nous demanderons des éclaircissements sur ce point très controversé de pathologie :

On peut établir, d'après une série de faits assez grande pour faire loi, que dans la majorité des cas (les cinq huitièmes) l'hystérie est indopendante de la menstruation, soit que le début de la maladie ait lieu avant la puberté ou après la ménopause, soit que, malgré l'existence de Phystérie, la menstruation continue à se faire régulièrement. C'est dans la minorité des cas seulement (les trois huitièmes), que divers troubles menstruels précèdent l'invasion de la névrose, ou que la première apparition des règles devient l'occasion de son développement; — l'in-

fluence de la menstruation se fait sentir plus fortement de Vâge de douze à celui de vingt ans, qu'en tout autre temps; — les troubles menstruels prédisposent bien plus à Th^slérie lente et graduelle qu'à celle dont le début est brusque et signalé par une attaque (1). On ne peut rapporter la prédisposition qui résulte de ces troubles, à la seule influence sympathique que les ovaires et l'utérus exerceraient sur le système nerveux; car évidemment, dans bien des cas, la dysménorrhée, l'aménorrhée, les ménorrhagies, ne sont elles-mêmes que la conséquence d'une altération générale de l'économie.

Quant à la grossesse, le plus souvent, comme nous l'avons dit, elle ne dispose à l'hystérie qu'en raison des conditions morales où les femmes se trouvent placées pendant la durée de la gestation.

B. Après cette élude de la prédisposition, passons maintenant aui causes déterminantes de l'hyslérie (bien qu'à vrai dire il soit souwnt difficile d'établir entre les unes et les autres une ligne de démarcation précise). Étant donnée la prédisposition, il peut arriver que sansle concours d'aucune circonstance nouvelle, et par les seuls progrès delà modification lente et profonde que les causes précitées ont imprimée à l'économie, l'hystérie éclate avec une sorte de spontanéité; cependant cela est rare. Chez les cinq sixièmes des hystériques, dit Briquel, la maladie a suivi l'action d'une cause déterminante.

1" Tantôt celte cause consiste en une vive et pénible impression morale ou physique (morale surtout) : chagrin, frayeur, perceptions sensorielles intenses et désagréables , vue d'objets antipathiques, respiration d'odeurs fétides ou qui répugnent en raison de quelque idiosyncrasie, audition de sons éclatants, etc. ; vue d'une hystérique pri^ iVattaque, ce dont on se fait un mode de contagion dynamique ou par imitation. La part de l'imitation a été immense dans les épidémies d'hystérie dont l'hisloire de la médecine conserve la relation ; — l'action de cet ordre de causes qui paraissent modifier primitivement fencéphale, est notée dans la moitié des cas.

[A ce sujet, nous devons faire remarquer que le rassemblement Jo plusieurs hystériques dans une même salle d'hôpital ou dans un mènR' hôpital, est une mauvaise chose; car Yhystérie appelle rhyslérie, el il est cerlain que ces malades ainsi réunies puisent sans cesse des causes d'excitation, non seulement dans la vue d'attaques convulsives qu elles sont toujours disposées à imiter, mais aussi dans les examens ^épél^^ qu'on leur fait subir, dans l'intérêt ou l'étonnement qu'elles parais.^eri

[(1) On trouve cependant des exemples où Thystérie a succédé assex bnisquemciit i ^^ troubles menstruels, comme on le voit dans cette thèse : De Vhystérie aiguë c<msèqme%*t y Varrèt sttfnt rie la tnevfifnwtion. parMnrcel Vércltc fThèsc inang. de Paris, 1875). |

inspirer, dans les sentiments de jalousie qu'elles éprouvent les unes poar les autres. Il y a là même une notion précieuse à connaître pour la thérapeutique et la prophylaxie de cette affection. Si les maladies nerveuses et rhystérie ont pris dans ces derniers temps une grande extension, c'est qu'on en a trop parlé, c'est qu'on a même trop initié le public à toutes ces questions, sans se douter que l'on fournissait ainsi un aliment pour l'éclosion de ces affections; c'est aussi parce qu'on laisse trop souvent les hystériques en puissance ou à l'état latent, vivre et s'agiter dans l'atmosphère nerveuse d'une famille où les orages convulsifs de la névrose éclatent si facilement.]

2" D'autres fois la cause occasionnelle se trouve dans diverses circonstances qui tout ensemble affaiblissent l'économie et surexcitent le système nerveux. Sous ce chef il faut ranger les longues maladies, les médications débilitantes, les fatigues, les excès de tout genre, les affections morales tristes de longue durée, l'alimentation insuffisante, etc.

Quelques autres, CuUen, Whytt, et surtout Beau, ont fait ressortir l'importance des troubles dyspeptiques^ comme déterminant le développement de l'hystérie. Sans revenir sur ce qui a été dit ailleurs (voy. Neurasthénie) relativement à la valeur réelle de cette cause, nous ferons remarquer que, d'après la statistique de Briquet, c un sixième seulement des causes déterminantes agit sur les organes de la digestion f.

La chloro-anémie est souvent la compagne de l'hystérie, de sorte que toutes les causes qui contribuent à augmenter l'état anémique d'un malade peuventaussi favoriser la production d'accidents nerveux divers. C'est ce qui arrive dans quelques cas où des malades déjà en état d'tmminence morbide hystériquej présentent, sous l'influence d'affections aortiques, des troubles dans la circulation cérébrale caractérisés par l'ischémie; et M. Armaingaud a pu citer deux faits où la digitaline en supprimant les accès asystoliques et en tonifiant le cœur, la morphine en diminuant l'anémie cérébrale suivant le mécanisme que nous avons démontré, ont pu faire disparaître des accidents hystériques (1).]

3"* c Un huitième au plus des causes déterminantes, ajoute Briquet, se compose de modificateurs agissant sur les organes génitaux, en comprenant parmi ces causes les diverses maladies de ces organes et les troubles de la menstruation (phlegmasies aiguës ou chroniques des ovaires, du corps ou du col de la matrice, injections irritantes dans la cavité utérine; suppression brusque des règles, etc.). Dans les cas

1(1) Armaingaud, Note sur une corrélaiionpathogénique entre leimaladies du cœur (iiun/- Asanee et ritrécitnement aortiques) et Vhysiéne che% l'homme, Bordeaux, 1878. —Voyez aussi De la médication opiacée dans Vanémie cérébrale due aux affections du cœur {insuffisance ei réirécissement aortiques, par H. Huchard (Journal de thérapeutique. Paris, 1875-1876).]

1082 NEVROSES COMPLEXES.

même où cet ordre de causes a provoqué l'apparition de rhystérie, on ne doit pas toujours rapporter la production de la maladie eiclosivement à ces organes. » Ceci évidemment réduit de beaucoup l'importance de certaines causes dont les anciens ont exagéré la fréquence et la valeur; mais en même temps le passage que nous venons de citer textuellement consacre la réalité de ces influences (dans 1 cas sur 8).

4° Enfin, quelques autres causes déterminantes ont encore été notées : telle est Taction de vêtements gênant la respiration, des corsets, des pressions désagréables, et encore des plaies, des écorchures très douloureuses, des contusions, etc.

Parmi ces causes diverses, celles qui interviennent d'une manière inopinée et violente produisent de préférence rhystérie débutant par une attaque, et au contraire celles qui lentement et sourdement modifient Tensemblc de la constitution, déterminent surtout rhvstérie â développement graduel et successif.

C. Causes qui provoquent le retour des accidents hystériques. — Toutes les circonstances qui viennent d'être énumérées, comme pouvant donner lieu à la manifestation première de l'hystérie chez les sujets prédisposés, sont à fortiori susceptibles d'occasionner dans l'hystérie ancienne la réapparition des accidents habituels. 11 serait donc oiseux d'en reproduire la longue liste.

Disons seulement que, plus la névrose dont il s'agit est fortement accusée, plus elle est invétérée, et moins il est nécessaire que la cause soit puissante pour provoquer ces sortes d'eiacerbations. Il vient un moment où, grâce à la susceptibilité excessive des malades, des impi-essions minimes suffisent pour faire éclater de vives douleurs, des convulsions générales, etc. En outre, dans cet état, tel accident n'a qu'à paraître pour devenir à son tour le point de départ d'une série d'autres symptômes : ainsi des attaques convulsives succèdent souvent à un accès d'hypereslhésie rachidienne ou gastralgique, ou encore de prurit vulvairc; la rétention d'urine chez les hystériques paralysées amène fréquemment le même résultat (1).

Piorry, Schutzenberger, Négrier, Charcot et quelques autres, ont surtout fait remarquer la facilité avec laquelle on provoque des convulsions en pressant sur la région ovarique (ou plutôt inguinale) hypeiv>thésiée; mais après ce que nous venons de dire, il semble difficile d»

(1) Nous tenons cotle remarque intéressante de notre regretté confrère etanii, le doct<* r Boullay, (]ui avait eu l'occasion de faire à son établissement bydrothérapiifue d'Aatcu;! d nombreuses rechercbcs sur les paralysies liystériques.

(irer de ce fait aucune conclusion positive relativement à Torigine ovarienne de l'hystérie (1).

Physiologie pathologique. — L'hyslérie est tout à la fois une névrose complexe^ à laquelle n'échappe aucun des modes de l'activité nerveuse, et une névrose à caractère inconstanty en ce sens que l'innervation y pi'îche tantôt par défaut, tantôt par excès ou perversion. Tracer l'histoire complète de l'hystérie, sous le rapport de la physiologie pathologique, serait recommencer à l'occasion de cette maladie l'étude de toutes celles que nous avons déjà décrites : hyperesthésies et anesthésics, convulsions et paralysies. Contentons-nous de jeter un simple coup d'œil sur l'ensemble de cette affection multiple : Ilias tnorborum.

A. Et d'abord examinons l'hystérie convxUsive^ ou mieux tous ceux des phénomènes hystériques qui attestent une exaltation morbide de la motililé ; car, nous le répétons à dessein, s*il est utile en clinique d'accorder une attention particulière aux attaques convulsives, il faut bien reconnaître qu'au point de vue où nous nous plaçons en ce moment, leur importance est iniiniment moindre, puisque, d'abord, à l'égal des convulsions et des spasmes, on peut voir la douleur, la paralysie, le délire, apparaître sous forme d'accès chez les hystériques; puisque d'ailleurs la convulsion est seulement l'un des modes que peut présenter chez elles l'altération de la motilité.

La production des attaques convulsives est un résultai auquel deux éléments concourent constamment, en y prenant, il est vrai, une part inégale suivant les cas ; ce sont :

1° La convulsibilité (excitabilité ou exaltation motrice, excès de motricité ou de puissance intrinsèque de la moelle allongée épinière, etc.) : sorte de prédisposition sujette à s'accroître par moments, au point de pouvoir se passer de l'addition de toute autre cause, et de devenir déterminante par elle-même, — susceptible aussi, à d'autres époques, de s'atténuer, la maladie persistant d'ailleurs, ou même de disparaître, pour laisser le champ libre à des manifestations hystériques d'autres espèces.

2* Des excitations accidentelles, adventices, s'engendrant primitivement les unes dans le cerveau, comme les émotions morales, les autres dans les nerfs sensitifs, comme les souffrances physiques, réagissent

(I) G. Tolirneux, altérations de Vovaire envisagées comm^ cause de l'hystéro-épUepsie (^Thcse in. de Paris, 1877).

par sympathie sur les centres moteurs et transforment la convuisibilité en convulsion actuelle.

C'est, comme on le voit, le mécanisme des convulsions en général. Tout ce qu'il y a de spécial dans la convulsion Hystérique se réduit aux faits suivants : intervention presque constante des causes occasionnelles, tandis que ailleurs on voit très souvent les convulsions éclater en leur absence; — prédominance considérable des causes morales parmi celles qui provoquent Tapparition des attaques, avec persistance plus ou moins évidente de perceptions pénibles pendant l'accès; — la douleur mêlée aux convulsions, de façon que celles-ci, sous leur aspect le plus ordinaire, ne paraissent être autre chose qu'une réaction consciente ou inconsciente contre la douleur.

Il y aurait cependant exagération manifeste et retour vei-s des idées justement abandonnées, à vouloir réduire l'attaque hystérique à celle sorte de lutte, surtout à vouloir l'identifier avec ce qui a lieu chez une personne bien portante en proie à quelque vive souffrance : ce serait méconnaître l'existence chez les hystériques de la convuisibilité , & regard de laquelle les douleurs n'agissent que comme causes excitatrices et en quelque sorte complémentaires. En effet, le plus souvent il n'y a nul rapport, soit de siège^ soit d'intensitéy entre les convulsions et la douleur qui les précède; cette douleur est, dans bien des cas, non point accidentelle, mais un symptôme de l'hystérie même, et, diose importante à noter, elle peut n'être que le résullal ou tout au moins l'accompagnement de quelques symptômes hystériques œnvulsifs. CVsl ainsi que la sensation morbide notée le plus fréquemment au début des attaques et qui est suivie de perte plus ou moins complète de connaissance et de convulsions générales, c'est cette boule hystérique <|»ie nous avons longuement décrite. Or, la boule hystérique, sur Pexpliration de laquelle les auteurs ont beaucoup varié, parait être une sensation de contraction, une douleur de spasme; sa marche ascendante résulte, selon toute apparence, d'une succession de contractions comme antipéristaltiques qui se propagent du cardia, et peut-être d'une région encore plus déclive du tube digestif, jusqu'au pharynx où elle s'arrètOy mais où elle peut aussi débuter et demeurer circonscrite (toul en s'étendant peut-être au larynx).

Disons en passant, et sans insister sur des considérations hypolht». tiques qui nous entraîneraient trop loin, que l'étroite connexion nol»^n' entre la sensation de globe d'une part, la dyspnée et les palpitations d^ l'autre, semble attester une affection commune des diverses parti»\< de la huitième paire, à son origine; cette supposition cadre fort Li'*n avec ridée d'un état d'irritation du centre d'où ce nerf se détache, c'est-à-dire de la moelle allongée, ayant pour conséquence la prodii'*tion des mouvements convulsifs généralisés.

HYSTÉRIE. t085

B. Renvoyant pour les autres symptômes aux articles ou leur élude a été exposée (c'est-à-dire à Thistoire des névralgies, des anesthésies, des paralysies, etc.), nous devons seulement nous demander jusqu'à quel point la réunion de ces symptômes peut être considérée comme révélant l'existence d'une névropathie particulière appelée hystérie. Ne connaissons-nous pas, sous le nom de neuraslhéniey un ensemble de phénomènes fort analogue à celui que présentent les femmes hystériques (les convulsions générales réservées) ? Et n'y a-t-il pas double emploi, quand on décrit sinon comme différents, du moins comme distincts, l'état nerveux simple et l'état nerveux des sujets qui éprouvent des attaques convulsives? Nous avouons que cette objection nous parait parfaitement fondée. Sans doute Vétat nervetuv des hystériques est souvent remarquable par la violence et la mobilité des accidents, mais des différences d'intensité ne suffisent pas pour créer des espèces en pathologie; aussi n'y aurait-il, ce nous semble, aucun inconvénient à distraire de l'hystérie tout ce qui est relatif à la variété dite proiéir forme ou vaporeuse de celte névrose, pour en placer la description dans l'hisloire de la neurasthénie. Quoi qu'il en soit de ces questions de nosologie que nous avons déjà traitées ailleurs, ce qui est essentiel au point de vue de la physiologie pathologique, c'est d'établir l'existence simultanée chez les hystériques et d'une disposition convulsive, d'où résultent les attaques, et d'une disposition aux autres modes de souffrance appartenant à Vétat nerveux. La connaissance de ce fait d'observation est tout ce qui importe; le reste est affaire de classification, c'esl-à-dire chose toujours un peu arbitraire.

C. L'annexion inévitable de Vétat nerveux à l'hystérie fait de cette dernière une névrose en quelque sorte universelle, qui frappe le cerveau, la moelle et les ganglions, et dont les retentissements sur la vie végétative sont aussi multipliés que la pénétration de toutes les fonctions par l'excitation nerveuse est elle-même un fait général.

Devant un si vasle ensemble de faits morbides, c'a été la tendance naturelle des palhologisles de préciser le siège de la maladie, c'est-àdire de déterminer quelle portion circonscrite du système nerveux donne lieu par son affection à tout ce cortège de symptômes; et les uns ont localisé l'hystérie dans les nerfs de l'utérus et de ses annexes, dont l'excitation rayonnerait sympathiquementsur le reste du système nerveux (voy. plus loin D); d'autres ont cru y reconnaître une irritation spinale (voy. ce mot); d'autres, enfin, une encéphalopathie. Cette dernière hypothèse, soutenue par Georget avec un talent incontestable, assez généralement admise aujourd'hui, mérite que nous nous y arrêtions un moment. Elle se fonde sur des faits et sur des raisonnements.

Les faits, c'est la puissance pathogénique incontestable des causes

<:\, *,;i<: ^-i.î'^^ «t^-jl';, O-^^'^l i l'iril^r; r -ri^itic-n, <rl> ^-l LL.ai:::V-l-:::L'-i:

-J^'j j/.t/; lin i-ofit repre^^nl^fd^ifif lVrj*^p}ia'e, j'eus iil-L quel* do j!- -r ih'ïiifii^'jiUfc, \'4 y'4t4\A'";,\t ou la t}nj;fcnîle. i»Tii>-eii*L ^Ire consii*rr-r'-f i'jjUiiuii d^rh \f\ïi\uhUikw:^ (Atitht'àuxt En vain fera-l-cn res^rlir 1\df)i<rj'<î d'Jb r;;j!j-/;i {Aw;ljjqije5, cV-i-à-dire des aclions célébrâmes, sur |j (lodu'liori pp^miêre OJ la réapparition de ces symptômes; de là i/>î iltç ^f/icl/.'/ncfjl une ^eule cons'Vpjence : c'est que res causes onl impnii ionnéprimitiver/.enl renr;épliale el que c'est par son inlerfiiéi\\'\Uit qij'<îlhr'î ont îj^fi fî'jr lei? autres parties du système nerveux; iiiai> fei, p;ir la huile, ren^/;pJiale«-e montre indemne et que la moelle ou V:> neilh i^'^ient affe'-lé'-, n*e4-r:e pas dans ces dernières parties que le {<illiolo;.') le devra lofxili^er Taffection? C'est ici le lieu de rappeler ce qu*nou ' avr^ns d'''jà dit au hujet de la regrettable confusion qu'on fait sou- \ent entre le point de départ des maladies et leur siè^e. Dans rhysléri»\ nous reneontronh âchaque pas des phénomènes qui, par leur isolemt'Di ou leur |>rédoniinance dans certaines circonscriptions nerveuses, ta inal((ré leur apparition à la suite d'une émotion morale, réfutent de 1 1 lacon la plu» rompléle la théorie exclusive de Tencéphalopathie. Fon '^ est donc de renono;r à la tentative certainement ingénieuse, mais stê* rile, de découvrir le point isolé, la région précise dontraffection entminerait conime conséquence l'ensemble des névropathies hystérique^; sachons nous en tenir à cette notion plus vague en apparence, quoiqur- <n réalité plus (exacte, que l'hystérie est une maladie générale du ^\sti'nie nerveux, rprelle consiste dans une aptitude de toutes les parti de ('c syslémoà s'affecter simultanément ou successivement.

Kt nous concevons d'autant moins l'opposition que rencontre c»'iinanicMC de voir que la maladie ainsi comprise, loin d'être raorcel. • . comme on le prétend, est, au contraire, envisagée au point de vu^ '. plus étendu et le plus naturel; au surplus, l'étude d'autres atTecti. nerveuses conduit à des conclusions identiques qui ne soulèvent au . i :

objection. Nous faudra-l-il citer de nouveau l'exemple de l'intoxication saturnine? Là aussi nous voyons s'affecter, seulement sous l'influence d'une cause plus facile à suivre dans ses effets, et les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs et Tencéphale, à mesure qu'ils sont impressionnés par l'agent morbiGque ; là aussi existe une disposition morbide générale du système nerveux, sans qu'il y ait lieu de localiser autrement cette disposition.

D. Après avoir apprécié les hypothèses qui ont pour objet le siège de l'hystérie, disons maintenant un mot des opinions émises sur la nature de cette névrose. Ici encore nous voyons la tendance à la simplification théorique ou plutôt à l'unification se heurter contre la complexité des faits. Plusieurs pathologistes se sont efforcés de découvrir quelle est dans cette maladie la condition morbide fondamentale d'où dérivent toutes les autres. Nous avons à signaler dans ce sens l'essai de ramener tous les phénomènes hystériques ou du moins la plupart d'entre eux à un excès d'action réflexe, à un excès de sensibilité, à un défaut de sensibilité (anesthésie superficielle et profonde), à un affaiblissement de la volition, à un trouble de l'intelligence, etc. Évidemment parmi tant de conjectures il n'en est aucune qui réponde aux exigences d'une logique sévère, et chacune d'elles laisse en dehors de l'explication proposée une foule de faits importants considérés à tort comme accessoires.

On peut en dire autant d'une idée au développement de laquelle Briquet a consacré en grande partie son important ouvrage sur l'hystérie. Estimant que les termes de mobilité, de susceptibilité de l'encéphale, sont trop généraux et s'appliquent aussi bien aux névropathiques qu'aux hystériques, pensant qu'il faut déterminer en quoi consiste la susceptibilité spéciale propre à l'hystérie, cet auteur la considère < comme le produit de la souffrance de la portion de l'encéphale destinée à recevoir les impressions affectives et les sensations; comme une névrose de cette portion d'encéphale ». — c L'hystérie n'est qu'une manifestation passionnelle », telle est la thèse soutenue par Briquet.

Toutes les csiuse^hysiérifiques n'agissent qu'en affectant péniblement celte portion particulière du cerveau; et de même tous les symptômes hystériques ne sont que « la r^roduction des phénomènes qui s'observent chez les divers individus, quand ils sont en proie à quelque vive souffrance physique ou morale ». La frayeur, le chagrin, le désespoir, la douleur, troublent les idées, précipitent la respiration et les batte- TTients du cœur, serrent la gorge, font naître une pression à l'épigastre, font tomber les bras, plier les jambes, etc., etc., autant de phénomènes c|ui, en s'exagérant et en se répétant, deviennent les symptômes mêmes de rhyslérie : délire ou perte de connaissance, palpitations, strangulation pharyngée, gastralgie, paralysie des membres, etc.

ra^èî^iil pi»î ai:ir lioate riL^f^irUixie qu'.:-ii lr;ir i:ini-:j*. «Iat, ai Cz'^ ml ve, ç'ie î-'^iii i^ f^i^îî .'li*. leî ^i:i:4^>a5 riiles:-?^, c:-a; c«a col:' sue le> f:.ài.lieîtilijasaTec Crrll-f de rr.îït-rhe^'O â-int dr? 4frsi:<Qs trr- %r*u.i*?* a'x; i-rtil-rî.^î et Iranri'.i'ir'is : ectre r'ie^ e4 Ia z^xtjs^ <zryij:t ila'} ad'ajlred!:î4rea:>qiec<r..-rq-Ji^;.irersc:;iecl ie rûifrz.:^ 1 . Au iicu de coa^îd^f er âLvft^e cor^i:-'? uae s-jne d-r::- :<lc*n n-ori.^ :•: »lor^'-^^. on po'irnii*^ donc reiouruer c<rt ^:i>n:-r el dire qu€ les n*..: .-» fUjieiiU^ îorU vue Oj'irU h'^rroi^^ hh^ hjiUrufm i^.ui. Geia rcr.ri: i élai/jr que d^ part el d'autre il y a un Uoji'Ie da ^y^:r3ac nerreui : r.-a de plus. (i'ifj\ de sorprenanl si. dans les deux cas. les maniftstji.rci extérieures sonl anal'r^'ues ou mérae îd-ntique^? Yest-^* pas lo-^ -> par des actes Intel. eoluels, par drrs s^asalions, des mou^emenls, -te sécrétions diversement mjdiués, que se traluit un Irouîle qurk-i^pe du système nerveux, et peut-il même s'exprimer autrement?

li nous semble doac que la concordance entre les 5ynif»tC'me^ ùrby-téiie et ceux des névroses momentanées que nous apj:«eIoîis do émotions vioîrrntes, ne justiâe aucune autre déda«"tiott que ori>-ci. aussi in*:onle?t;ibîe qu'incontestée, à savoir : Thystérie est une a:îection du système nerv^^ux; paimi les symptômes de l'hystérie, il en es; un certain nombre qui appartiennent au trouble des fonctions eocê* pbaîiques.

Bien loin de rneltre en doute l'imjMjrtance des éruotions dic? ia palbc^'énie des ail^^ctions hystériques, nous voulons seulement Ur^ apprécier à sa >aleur réelle la similitude des uns et des aulrv^ ^n montrant que celle similitude est inévitable, que les mêmes orpan-^fce peuvent iOuiTiir sans qu'il en ré>ulte les mêmes phénomènes. R^J'it-? l'hystérie à une t manifestation passionnelle > prolongée, cV<l aimeltre que celte néviose est une simple modalité du tempénniea: nerveux, c'est en taire une sorte de miladie physiologique, conliojation et arnplilicalion de Texen ice n>trinal des fonctions; en un mot, c'est conlondre la cause de la maladie avec la maladie même. Auuni \audrait envisa^'er la «hoiée succédant à une fraveur comme le Ipn.-

blement de la peur indétrnirnent continué ! la névralgie rebelle produite par un coup, comme la douleur de la contusion passée à l» iv» chronique 1 rauiauro:>e occasionnée par l'impression d'une vive luuiiêî\ comme un éblouissenient permanent! £t ainsi du reste.

i\) Le bngajjc popqhire et mêm^ le lin^i^ m»» liril, oj se révèle souTeot un « ;•* fuod iiiilmct d'ob>enaii-'n, ont de tout teujp^ coo^acré cette analope entre les fu><io&t 's l^s maiadie». Les ter;iie> [uéiiies de p'i«si<.». ti/fft<i4/, pris pur sTnoOTines d*état morb-V. -^ f)nt foi; il en est enoire ain*i d'une foule d'a<j 1res expressions, telles quo : ComBi>-* moralt, choc, c^nr brue, dcchtrf, ârne nifurtrie, etc., eiupruutées m

Au surplus, Tanalogie dont il s'agit (entre les manifestations des passions et les symptômes hystériques) cesse d'exister, pour peu que la névrose acquière une certaine intensité. Il nous suffira de citer à cet égard les propres paroles de Briquet : c . . . Alors les actes qui constituent les manifestations passionnelles seront augmentés, annihilés ou pervertis. La portion affective de Tencéphale deviendra, qu'on me passe le mot, presque folle, ses réactions ne seront plus normalement dirigées, et alors elles se manifesteront par des actes que l'âge, la constitution, l'habitude, ont rendus familiers aux malades; ou bien ces manifestations, au lieu d'être celles des passions tristes, sont celles, des pesions gaies. Bien plus, en butte à des réactions pi^esque continuelles, les organes qui en sont le siège finiront par se troubler, leur sensibilité s'exaltera, il y surviendra des névroses ou des phlegmasies (?) qui, à leur tour, venant compliquer la scène, arriveront, elles aussi, à être le centre d'une réaction qui s'étendra plus ou moins loin... »

E. Nous l'avons déjà fait remarquer à propos de Vétat nerveux^ et nous le répétons ici : ni le défaut, ni Vexcès d'innervation (de quelque nom qu'on les décore : hypersthénie et asthénie nerveuse, atonie et tonicité excessive, dépression et exaltation, affaiblissement ou irritation, etc.) n'embrassent la généralité des phénomènes dont se compose l'hystérie ; on y voit se mêler et se côtoyer en quelque sorte les phénomènes de l'ordre le plus opposé (1). Lestermes vagues de susceptibilité, d'oscillation, de mobilité, de polarité, de modalité particulière, nous paraissent préférables pour l'expression de l'inconnue qu'il s'agit d'indiquer. Si nous y insistons, c'est parce que parmi les auteurs modernes il en est encore qui, envisageant l'hystérie comme une excitation morbide du système nerveux, se perdent en explications hypothétiques lorsqu'il s'agit de certains phénomènes négatifs, tels que l'anesthésie ou la paralysie primitives : ils cherchent alors, en dépit de l'observation, à rattacher ces phénomènes à quelque excitation antérieure, ne pouvant se résigner à admettre dans les fonctions nerveuses des évanouissenients fonctionnels non moins certains, quoique sans doute tout aussi embarrassants, que l'excitation fonctionnelle spontanée.

Depuis l'antiquité jusqu'aux temps actuels, la plupart des auteurs ont développé ce thème : l'hystérie a pour point de départ l'utérus ou ses annexes. Non point qu'on considérât l'hystérie comme ayant, à proprement dire, son siège dans ces organes : ses symptômes dénotent trop

I(f ) Cette judicieuse remarque est applicable au mot de neurasthénie qui indique seulement un état d'affaissement nerveux, quoiqu'il y ait au contraire asseï souvent dans cette maladie des symptômes indéniables d'excitation nerveuse. C'est pour cette raison que l'hystérie et rhystéricisme pourraient être rangés dans une grande classe d'états morbides pour lesquels nous proposerions le nom do neurataxics.)

AXBNrELD. 69

*. 'i- r '•■• p' •»>'•' ^»^ît î/' '. .'in « »^' jj.- :ii *.' *vl*^ i- iiL^'" j^^ >t ^ -*

I. trr.'^iî.t h.^D '*'j;»rrr:>j d'eritfrrpr^ndre larrrf Jtauoo de »:ertiLD'E:sii^ q.j f/ofjî ji.'jr d*; va. rur s: J'ijz''d*h*ji qu'au s^jI pioînt de vja de r^r- '^,r-'o.%'i^ f:.é ji 3 e : t/^Ii»r* •'•rjt le*r fab'jlex^î nûi/ralions d« l' itéras dr--^ h*': /< ih re' he/ch^ de VUrunlde. la féienijon du san^ menslrirl et d -fj p.'é'ef.d'j -;/erfrje fé.'^irjin, le% fennenlations faiila5lique> d'one foule d'h'jffie-jr* eller-rr^érrjfs îuja;riûaif es. El loulefoi?, diîons-lrr. de ce que de -efnbbhle? conceptions .w>nl erronées oa ridicules, nou^ n-i >ef jon- p;iS encore en droit de conclure à rineiactilude du lait faîhc^ ;r»'ni'jue qui le'jr sert de hase; f^our être sérieuse, la discussion d'.»it po/ler Cl' iusivernent s'jr les ar^ojrnenls lires de robsenralion clinique; et il peut rj*ê»re pa* inutile de résumer, en les examinani au p<>inl de vue d'une critique impaitiale , loules les circonslances relatives aui causer de riiystérie, à s^;s symptômes, à sa marche, par lesquelles on a cru dérriofitrcr Tinfluen* e du système génital sur le développement de cett/î maladie.

1* Principaux faih éiiologiqne<. — a. Sexe. — c L'hystérie est essentiellement une maladie féminine, donc elle se raltache à rinflueoce de- or^'ane- ^'énilaux. » Faible rai>onnement, dont cependant bien des patholo;:i-les se sont contentés. Comme si les sexes ne difTéraient pas profondément Tim de Tautre par tout Tensemble de ForganisalioD ! Fiicn de moins vrai, en phy-iologie comme en pathologie, que cet aphorisme échappé à Van Helmont : propter solum ulenim mulier est quod est (dùl-on même y ajouter avec les modernes : et propter ovariiO. D'ailleurs riiv-tériea élé observée chez l'homme.

b. Affe, — « L'hystérie appartient exclusivement à la durée de la vie sexuelle de la femme (cpoque comprise entre la nubilité et l'â^e critique; ». Cette a.^serlion est inexacte : voyez les recherches de Briquet

qui établissent la fréquence à tort méconnue de Thystérie dans l'en* fance; voyez aussi les faits d'hystérie développée après la ménopause.

c. Tempérament. — t L'hystérie attaque de préférence les lemmes lascives, celles chez qui les fonctions sexuelles ont une énergie prédominante, etc. » L'observation prouve que s'il est un fait général qu'on puisse avancer à l'égard de la constitution et du tempérament, c'est que les victimes de l'hystérie se trouvent surtout parmi les femmes douées d'une très grande sensibilité morale.

d. Continence. — c La non-satisfaction du besoin génital dispose & l'hystérie. > Ici nous devons rappeler les intéressantes recherches de Briquet sur les filles publiques; et cependant il ne semble pas qu'on puisse écarter par une simple fin de non-recevoir les exemples cités par les auteurs, où la continence prolongée a pris une part évidente au développement de la maladie.

e. Troubles menstruels. — Dans l'opinion de plusieurs médecins, l'hystérie ne serait guère autre chose qu'une aménorrhée accompagnée de troubles nerveux sympathiques, tanttasuppressiohduflux menstruel leur parait jouer un rôle capital dans l'étiologie de cette névrose.

Si à cet égard nous interrogeons les faits, nous reconnaissons : i^'que l'hystérie peut se montrer longtemps avant la nubilité ou après la ménopause ; S"* qu'elle n'est pas incompatible avec la persistance d'une menstruation régulière; S"" que, chez un certain nombre de femmes, la diminution ou l'arrêt du flux menstruel dispose à cette affection ou en détermine la première apparition. Les cas de ce dernier ordre s'observent, d'après Briquet, dans la proportion de 3 sur 8. Encore faut- il avoir égard aux causes dont les troubles divers de la menstruation sont la conséquence, causes souvent étrangères à l'appareil génital lui-même. Les observations d'hystérie imputables aux organes génitaux seuls sont en fort petit nombre : 30 sur plus de 400 malades, au dire de Briquet; ce chiffre est certainement minime, mais il ne faut cependant pas Teffacer.

Quant à l'influence que l'époque des règles exerce sur le retour des accidents hystériques, elle est incontestable; mais elle ne prouve rien, ni pour ni contre l'origine génitale de l'hystérie, puisque tous les accidents nerveux possibles subissent des recrudescences aux mêmes moments.

f. Maladies utérines. — c Les inflammations légères (car les profondes désorganisations paraissent susciter moins de sympathies morbides) de l'ovaire ou de l'utérus, les déplacements, les ulcérations du museau de tanche, etc., sont des causes d'hystérie, et leur guérison peut être suivie de la disparition de la névrose. » Quelques observations

i092 NÉVROSES COMPLEXES.

démonstratives ont été citées à Tappui, par Landouzy surtout, et de simples dénéj^ations ne sauraient pas en diminuer la valeur. Seulement la fréquence de ce genre de faits a été à coup sûr exagérée.

g. Appartiennent aux faits encore plus exceptionnels, les exemples de femmes chez lesquelles une métrite ou une ovarite aiguë, Tintroduction de Thystéromètre, une injection irritante poussée dans la matrice, le travail de raccouchement, ont directement provoqué des attaques d*hystérie. Presque toujours, on le sait, c'est à la suite d'une violente perturbation morale que se montrent les premiers «nccidents de la maladie.

^"^ Principaux faits de symptomatologie. — Sans revenir à ce propos sur les dérangements des règles dont il a été déjà question, nous nous arrêterons surtout aux points suivants :

a. « Les attaques convulsives d'hystérie ne sont que la reproduction du spasme cynique. > Nous renvoyons à la description des attaques ; c'est la meilleure manière de réfuter cette allégation.

b. c La boule hystérique s'élève presque toujours de la région de l'hypogastre. » La région épigastrique est le point de dépari le plus ordinaire de la sensation de globe.

c. a La pression sur la région ovarique détermine le retour des accès convulsifs. » Mais, chez combien de femmes la manœuvre dont il s'agit demeure sans aucun effet ! Une attaque survient quelquefois à la suite d'une pression exercée sur la région sternale (Brodie), sur la région rachidienne, sur toutes les régions hystérogènes.

d. (L Les attaques convulsives se terminent habituellement par rémission d'un liquide accompagnée d'une sensation voluptueuse. > Cesi quelquefois qu'il faudrait dire, et même assez rarement. Briquet n'a pas une seule fois observé ce phénomène sur un total considérable de malades.

e. Que dire des prétendues preuves de la sympathie ovarienne qu'on a cru trouver dans le développement persistant du tissu graisseux che: les hystériques, dans le volume des mamelles, la richesse du systr*rne pileux de la tète, l'aphonie, etc. ! (Laycock.) Nous croyons inutile de nous arrêter à des arguments d'une aussi faible valeur.

3* Principaux faits relatifs à la marche de Vhysiérie. — Aux obxTvations d'hystérie guérie par le mariage, on peut en opposer de bi^î plus nombreuses où le mariage a été suivi d'une exaspération très vi^' des symptômes, si même il n'en a pas occasionné la premièi'e appari-

HYSTERIE. i093

tion ; de même l'arrêt des accidents pendant la grossesse est moins fréquent que leur aggravation dans le cours de la gestation.

Bien qu'il soit vrai de dire que la maladie décroît dans l'âge adulte et devient rare après la ménopause, c'est-à-dire à la fin de la vie de reproduction, néanmoins il est à remarquer que le décroissement dont il s'agit précède de plusieurs années l'extinction de l'énergie génitale (voy. plus haut, Étiologie)^ et que l'invasion après l'âge critique n'est pas sans exemple ; à plus forte raison ep est-il ainsi de la persistance de l'hystérie dans la vieillesse.

4** Nous pourrions ajouter ici quelques déductions tirées des faits thérapeutiques, mais il nous semble préférable d'en ajourner l'exposition qui trouvera naturellement sa place au Irailement de l'hystérie.

Que conclure maintenant de toute cette discussion? D'abord, que l'influence des organes génitaux a été évidemment surfaite. Les résultats de la statistique ne permettent plus de soutenir aujourd'hui ni la constance, ni même la généralité de ce point de départ de Thystérie.

Mais convient-il de pousser la réforme de la doctrine traditionnelle jusqu'à une négation complète, radicale? Nous ne le pensons pas, et cela parce que :

1"* 11 existe des faits positifs qae les opposants même les plus décidés de la doctrine en question ne peuvent nier, ou qui subsistent malgré leurs dénégations : influence évidente qu'exercent dans certains caSy sur le développement de l'hystérie, un tempérament lascif, la continence ou l'excitation génésiquearh*/îoi>2/e, l'aménorrhée ou les troubles locaux qui accompagnent une menstruation diflicile, ou encore la présence de maladies utérines ou ovariennes; — cessation des accidents hystériques chez quelques femmes, par le fait du mariage ou pendant la grossesse; — rapports incontestables entre l'hystérie et l'aliénation mentale sous la forme de nymphomanie ; — apparition pendant les accès ou dans leur intervalle d'hyperesthésies occupant les ovaires, l'utérus, la vulve, etc.

Dans quelle proportion les cas de cette espèce sont-ils à l'égard de ceux où les organes sexuels doivent être complètement innocentés? C'est ce qui reste à déterminer; quant aux faits en eux-mêmes, pour ôlre beaucoup plus rares qu'on le croyait autrefois, ils n'en demeurent pas

moins réels et conservent toute leur signification.

^ Il est des circonstances où le problème se complique des inextrirrables diflicultés inhérentes à l'action intime que le moral et le physique exercent l'un sur l'autre, et où par conséquent l'appréciation de l^un et l'autre élément, cérébral et génésique, devient difficile ou impossible : soit, par exemple, une passion sexuelle contrariée donnant lieu ât des accidents hystériques ; sera-t-on en droit d'y nier toute participa.

lion de Texcilation génitale et de n'admettre que le pur érolisme psychique?

Au risque de paraître partager une croyance c qui a quelque chose de dégradant pour la femme > (considération peu scientifique, croyonsnous), nous devons rappeler que les vétérinaires ont étudié chez les femelles d'animaux des accidents nei'veux assez analogues à rhysléiie, et auxquels ils assignent pour cause la non-sati&laction du besoia de reproduction.

La solution la plus naturelle peut-être à donnera ce débat, consisterait à reconnaître, avec un certain nombre d'auteurs, une variété d'hystérie due à l'influence de l'appareil sexuel, tout en établissant que celle variété est loin d'être la plus commune, et que les causes morales jouent le principal rôle dans la plupart des faits de cette névrose.

Diagnostic — La division de l'hystérie en convulsive et vaporeuse ou proléiforme, si discutable qu'elle puisse être en théorie, offre cependant l'avantage de faciliter le diagnostic, en permettant de grouper sous deux chefs différents les considérations relatives, les unes aux attaques, les autres aux accidents névropathiques.

A. Diagnostic des attaques hystériques. — On pourrait confondre b convulsions de l'hystérie avec celles de Vépilepsie. Voici à l'aide de quek caractères différentiels on évitera aisément cette err.eur :

a. Les attaques hystériques succèdent presque toujours à raclion îune cause évidente, spécialement aux impressions morales pénibles; au contraire, les attaques épileptiques surviennent souvent d'une maniè:e inopinée, sans aucun motif apparent.

Il est cependant des attaques hystériques qui se renouvellent à deépoques fixes et apparaissent à des intervalles très rapprochés, en Tabsence de toute cause occasionnelle manifeste, à la manière de ré]''" lepsie; mais alors la régularité même ou la grande fréquence de ces retours devient une présomption en faveur de l'hystérie.

Les prodromes nefonl presque jamais défautàl'appproched'uneatlaqu.

hystérique, et ïaura consiste ordinairement en malaise, douleurs t'i'îgastriques avec ascension de boule et constriction pharyngée;!'"»"' épileptique manque assez souvent, de sorte que la chute et la perle ii connaissance sont instantanées; quand il existe des sensations prodii> miqucs, presque toujours elles siègent dans les membres. Un cri unique, inarticulé, rauque, signale le début de l'attaque dcj.-

lepsie; les hystériques, lorsqu'elles crient au commencement de leurs âccés, pnofèrent des sons plaintifs, articulés, multipliés.

Avant de tomber, l'hystérique a le temps de gagner un abri; la chute de l'épileptique est subite, imprévue : on peut dire que l'une se laisse tomber, tandis que l'autre est jetée à terre. (Willis.)

La perte de connaissance, toujours ou presque toujours absolue dans Fépilepsie, peut être incomplète dans Thystérie; il est rare surtout qu'elle y arrive d'emblée, dès les premiers moments de l'attaque.

Les convulsions hystériques sont désordonnées, et reproduisent en partie la mimique des passions, des sensations ou des actes ordinaires de la vie. Les convulsions épileptiques se succèdent toujours dans le même ordre, d'abord toniques, puis cloniques; elles ne sont pas expressives et s'éloignent complètement des mouvements physiologiques.

Dans l'hystérie, la face exprime la souffrance, elle se décolore ou s'injecte, mais n'offre que très rarement la distorsion, la pâleur mortelle et la lividité qui se remarquent dans l'épilepsie. L'écume à la bouche, le relâchement des sphincters et surtout la morsure de la langue sont caractéristiques de cette dernière névrose.

L'attaque hystérique dure au moins un quart d'heure, souvent davantage; Tattaque épileptique simple se prolonge tout au plus pendant quelques minutes.

On trouve d'autres différences dans la manière dont l'accès se termine: chez l'hystérique il y a des pleurs, des sanglots, la connaissance se rétablit promptement, il est rare que le sommeil arrive. L'épileptique, revenu à lui, a la face hébétée, un grand trouble dans les idées, ii s'endort profondément, ou d'autres fois revient immédiatement à l'état normal et reprend son occupation interrompue.

\je diagnostic ne devient difficile que dans certaines circonstances rares, par exemple si chez une hystérique les sensations prémonitoires de l'attaque partent d'un point autre que Tépigastre, si les convulsions sont accompagnées d'écume à la bouche, et suivi es d'assoupissement. On devra alors prendre en grande considération les accidents antérieurs : en effet, entre l'état habituel des hystériques et celui des épileptiques, il y a des différences tranchées que nous avons eu soin d'indiquer et qui ne laisseront pas de doute sur la véritable nature de la maladie. — Quant aux attaques mixtes, hystéro-épilep tiques y il nous paraît superflu d'insister de nouveau sur leurs caractères.

[Dans le cas où l'épilepsie et Thystérie se superposent chez le même sujet, il sera important d'établir le diagnostic des deux névroses lorsqu'elles se présentent sous forme d'attaques séparées. Voici, d'après un exemple cité par M. Bourneville (1), le tableau de ces caractères distinctifs :

{\) Iconographie photogr. delà SalpétrUre, tom. I, p. 40, Paris, 1876-1877.

ATTAQUE D'Él»ILEPTO-HYSTiRII (HTSTBRIA VAiOR) ACCÈS D'Kf ILIMIB

Pas d*aara. Pas d'aun.

Souvent cris répétés, prolongés au début et Un cri étouffé au début feulement, pendant la période cloniqoe ; rarement absence décris.

Rigidité générale; attitude variable des Rigidité générale; attitude eonslantc. membres ; crucifiement.

Mouvements cloniquCs très étendus, très Quelques secousses doniques, Uaitées,

variables; projection du thorax, du bassin; tout i fait temporaires, tortillements, etc.

Tympan isme. Pas de tjmpanisme.

La compression ovarienne arrête Tattaque. Elle est sans action sur les accès.

Retour rapide de la connaissance. Sommeil profond et prolongé, ilapeiir coq-

sécutive.

Délire ; chants. Délire riolaot.

Attaques par séries, durant 4 à 5 heures. Accès isolés.

Il faul encore ajouter à ces caractères distinctifs, les suivants : réui de la température qui dans les plus violents «iccës d'épi lepto-hjslérie dépasse rarement SS'^yS et atteint exceptionnellement 39 degrés; tandis que dans les attaques épileptiques, elle monte très fréquemment audessus de 39 degrés; l'action du bromure de potassium, qui est nulle contre les accès d'épilepto-hystérie, et qui est au contraire d'une efficacité bien reconnue contre le retour des accès d'épilepsie.

6. On a beaucoup parlé de simulation dans l'hystérie, on en a même beaucoup abusé. Or, il est des accidents ou des symptômes que les hystériques ne peuvent simuler : l'anesthésie avec cette insensibilité complète à la douleur, telle que la transfixion delà peau par une aiguille, est incapable de déterminer la moindre contraction des muscles delà face, ce qui est ordinairement un indice de la plus petite douleur; le phénomène du transfert sous l'influence des œsthésiogènes, celui des oscillations consécutives, de l'anesthésie provoquée, etc.; l'action des mI^* aimants sur la sensibilité, la motilité, etc., et l'absence d'action des fan/ aimants de môme aspect et de même forme que l'on substitue aux premiers à l'insu de la malade ; la disparition de la vision des couleurs daQ> l'achromatopsie et sa réapparition suivant un ordre biendéterminë, etc. Pour ce qui regarde les phénomènes d'hypnotisme, est-il possible au\ malades de simuler l'hyperexcitabilité neuro-musculaire, la coDtracli'i: des muscles suivant la distribution exacte et anatomique des nerfs. U contraction de certains muscles, tels que ceux de l'oreille par exemple, laquelle ne peut jamais se produire à l'état normal sous l'influeD> de la volonté ; et la persistance de l'attitude cataleptique, la proJ action simultanée do l'hémiléthargie et de l'hémicatalepsie, suivant l <:U d'ouverture ou de fermeture des paupières, etc., sont-ils des ph^^o mènes capables d'être imaginés et soutenus par les malades?

H y a donc, dans l'hystérie, des symptômes qui ne peuvent être >i;i -•

lés. Les cas discutables od la simulation doit être mise en cause, sont ceux qui sontrelatifs aux accidents ou aux faits racon/é5 par elles. Aussi, importe-t-il d'assister à la production de tous les accidents divers présentés par les hystériques, et Ton ne tarde pas à reconnaître parfois la supercherie, comme nous en avons cité quelques exemples dans notre étude sur Tétat mental des hystériques (1).

c. En étudiant les divers et nombreux accidents dont les hystériques peuvent être atteintes (aneslhésies, paralysies, contractures, convulsions partielles, spasmes, etc.) nous avons eu soin de montrer par quels cai-actères différentiels ils se distinguent des mêmes accidents provoqués par les maladies si variées des centres nerveux. Nous ne reviendrons donc pas sur ce diagnostic que nous avons suflisamment établi, chemin faisant ; nous nous bornerons seulement à relater un fait qui a présenté un certain intérêt par les suppositions nombreuses et diverses dont il a été l'objet : On sait que les affections nerveuses ont parfois une grande tendance à prendre le type périodique et à simuler de véritables accès de fièvre. Or, M. Berlholle (2) a rapporté quatre observations de ce genre ; parmi elles, nous citons la première, la plus importante, concernant une jeune fille qui, après avoir offert tous les symptômes d'une fièvre continue, a été prise d'accès périodiques de fièvre avec sommeil léthargique.

Mademoiselle G..., âgée de 20 ans, était déjà malade depuis plusieurs jours, lorsque ses parents me firent appeler le 25 mars dernier. Je la trouvai en proie à une fièvre ardente, le pouls à 120; elle se plaignait d'une violente céphalalgie et d'une sensibilité très vive de la partie inférieure de l'abdomen. L'auscultation ne me fit rieu trouver dans les organes Ihoraciques qui donnât l'eiplication des accidents. Vomitif avec un mélange d'ipéca et de tartre stibié.

Le 26, la malade est dans le nidme état; elle a eu une nuit très agitée et n*a pu fermer l'œil depuis plusieurs nuits. La fièvre est aussi grande, le pouls aussi élevé; il existe toujours les mêmes douleurs dans le ventre et dans la tête. Purgatif avec une limonade magnésienne.

Le 27 et les jours suivants, la fièvre persiste; la sensibilité du ventre est plus prononcée, surtout à la partie inférieure, elle est même superficielle, mais sans ballonnement ; la face prend un air de stupeur, et il y a toujours absence de sommeil. Je m'arrête au diagnostic de fièvre muqueuse avec tendance à l'état typhoïde.

Le cinquième jour de la maladie, il survient un redoublement de fièvre, avec som* nolence vers les quatre heures du soir; puis l'accès parait céder A dix heures pour reparaître de nouveau vers le matin, après un intervalle apyrétique d'environ deux heures; enfin l'accès se termine à huit heures du matin par une sueur abondante. Dans ce moment, les règles manquent et ne peuvent s'établir, malgré les sinapismes

(I) On peut encore ajouter à ces faits celui quia été rapporté demi èroment par M. Audhoui. 11 s'agissait d'une jeune fille de 1 1 ans 1/12 qui vomissait 1res fréquemment depuis plusieurs mois une matière ressemblant à du lait. Or, la fraude fui bientôt découverte par le médecin qui a voulu assister au rejet de ce liquide par la bouche. (La thérapeutique contemporaine médicale et chirurgicale, 21 sept. 1881, p. 593.)

(t) Beriholle. Accidents nerveux périodiques guéris rapidement par le sulfate de qui» nine. (fiulL de la Soc, médico-chir, de Paris, séance du 13 juin 1868, p. 35.)

promenés sur les extrémités inférieures. Je prescris une première dose de 60 centigrammes (le sulfate de quinine à prendre aussitôt après Taccès.

Le soir du même jour, Taccès revient nonobstant, et j'administre le lendemain une nouvelle dose de 40 centigrammes sans plus de succès. J'abandonne alors ndée de la périodicité ; j'en suis surtout éloigné par robservalion bien nette de deux intervalles apyrétiques dans les vingt-quatre heures, Tun de huit heures du malio i quatre heures du soir, l'autre de dix heures du soir à minuit.

Du septième au dixième jour, la sensibilité du ventre auginenlc, l'accès de fièvre gagne de proche en proche sur les intervalles apyrétiques, de façon à enTahir la plus grande partie de la durée des vingt-quatre heures. Ainsi, il commence à une heure de Taprès-midi, supprime peu à peu Tintervalle de la nuit, pour ne unir que le lendemain matin à neuf ou dix heures du matin. Pendant tout ce temps, la malade est dans la torpeur la plus complète, dont il est impossible de la tirer; les pupilles sont fixes et dilatées; elle se plaint et se retourne lorsqu'on ouvre les paupières, comme une personne qu'on dérange dans un profond sommeil. Il deTienl très difficile de lui faire prendre aucun médicament, et même de la faire boire; on est obligé de guelter le moment du réveil pour se hâter de lui administrer un la?ement, la faire boire et lui fiiire prendre un peu de bouillon.

L'accès se termine toujours par une sueur profuse qui coule du visage comme de grosses gouttes de rosée, par une agitation excessive du pouls qui monte à 1^; et dès que la malade s'éveille, le pouls tombe à 104, 100 et ménne 96. Aussitôl ellf reprend son intelligence, parle et affirme ne se souvenir de rien de ce qui s'est passé depuis la veille.

J'abandonne alors mon diagnostic de fièvre muqueuse pour reprendre celui d affection nerveuse, hystérique, et j'essaye de lulter contre le sommeil par une infusion de café prise au réveil et un lavement d'asa fœlida. Le sommeil n'en vient pas niuini plus rapproché et l'inquiétude finit par me gagner. En elfet, vers le quatorzième jour, 1 intervalle n'est plus que de deux heures, et la malade ne reprend plus son inlelligence complète; les nuits qui étaient calmes, sont agitées; il existe du délire au début de l'accès et les sueurs terminales sont plus abondantes.

M. Gubler, appelé en consultation, arrive précisément près de la malade a ilii heures du matin, c'est-à-dire au moment où l'accès se termine habituellemeni.il constate l'état d'agitation du pouls, les sueurs excessives qui baignent le visage, U sensibilité exquise de tout l'abdomen ; puis nous tentons, par des moyens d'eiciiation de tout genre, de faire sortir la malade de sa torpeur; nous y parvenons enfin. et iM. Gubler peut juger du contraste singulier des deux états pathologiques.

Le pouls tombe immédiatement à 7:2; puis, la physionomie s'anime, la mahie nous parle et rit comme en bonne santé. M. Gubler, bien que frappé de la réacuou fébrile qu'il a pu constater d'abord, n'hésite pas néanmoins à me confirmer liaas ridée d'accidents nerveux grefi'és sur un état fél»rile antérieur. 11 caractérise unin^ celte fièvre du nom de fièvre nerveuse des anciens.

11 me conseille de revenir à l'usage du sulfate de quinine comme antipériodiqu-*et (l'administrer la teinture de digitale comme paralysant des vaso-moteurs, «Uii l'idée d'abaisser l'excitation de la circulation générale. Chose singulière! une première <lose de sulfate de quinine de 50 centigrammes prise aussitôt réussit compietemenl, et l'accès ne reparut plus lorsqu'une première dose de 60 centigranm.-.'s. puis une <leuxièmc de iO centigrammes avaient échoué six jours auparavant. Tou^^ fois, l'accès ne revint plus; dès le lendemain la malade put manger, et quelque* jours après elle était en pleine convalescence.

Je n'ai pas besoin de dire les nombreuses péripéties qu'a dû subir mon diai:n«''M' en présence d'une maladie offrant des symptômes si contradictoires : d'abord ji posé le diagnostic de fièvre muqueuse, puis celui d'un état nerveux hystérique c»^sécutif. Mais la torpeur dans laquelle la malade tombait pendant l'accès, 1 in.^îî'f^ du sulfate de quinine, les deux intervalles apyrétiques dans les vingt-quatre hi :ntî ayant lieu l'un dans le jour, l'autre dans la nuit, avaient jeté de la confusion d-^:* mon esprit.

La sensibilité excessive de l'abdomen avait fait naître l'idée d'une périloDite ;^

m'avait fait rejeter aussitôt l'absence des TOmissements et du ballonnement ; la va» riété des symptômes m*avait éloigné de la fièvre typhoïde. Enfin, la bizarrerie des accidents, la persistance de la céphalalgie, l'état de léthargie précédé de délire au début, avaient suscité en moi Tidée d'une méningite granuleuse. Toutefois, Tintermittence si franche des accès pendant laquelle la malade riait, causait comme si elle eût été en pleine santé, me rassurait et ramenait mon esprit au diagnostic d'un état hystérique.

Je me faisais souvent néanmoins l'objection de la fièvre, d'abord continue avec insomnie, puis intermittente avec sommeil comateux ou plutôt léthargique en deux intervalles apyrétiques. L'axiome médical febris spasmoB solvit donnait une véritable valeur à celte objection.

L'issus de la maladie n'a pas tardé heureusement à assurer le diagnostic de fièvre nerveuse porté d'abord par moi et confirmé par M. Gubler.

d. Dans certains cas, rhystérie présente des symptômes qui paraissent plus ou moins extraordinaires et qui ont été de tout temps mis au nombre des phénomènes surnaturels. Il est absolument démontré que les possédées d'Allemagne du seizième siècle, que celles de Sainte- Ursule à Aix, des Ursulines de Loudun, des religieuses de Louviers au dix-septième siècle, et que les convulsionnaires de Saint-Médard n'étaient que des hystériques au même titre que les extatiques dont on a tant parlé dans ces derniers temps.

L'une d'elles, Louise Lateau, a même eu les honneurs d'une discussion académique (1). Or, il peut paraître superflu de démontrer la nature exclusivement hystérique des extases, des hémorrhagies ou stigmates, de l'aneslhésie complète, de l'abstinence, de l'ischurie, etc., dont cette malade a été atteinte. Louise Lateau (en 1868), comme Marie de Morel (en 1834), comme beaucoup d'autres extatiques, n'étaient que des hystériques.]

e. Entre Véclampsie et l'hystérie, l'analogie est extrême, parfois l'identité complète, du moins quant aux symptômes; aussi, pour les différences des attaques hystériques eiéclampliquesy nous sulTii^a-t-il de renvoyer au parallèle ci-dessus. Bien entendu qu'il faut retrancher du nombre des caractères différentiels tous ceux des signes indiqués qui se rattachent à la chronicité de la maladie, le propre de Téclampsie étant de ne former qu'un accident ou un épiphénomène.

Ce diagnostic acquiert une haute importance dans certaines conditions particulières, par exemple chez les femmes grosses ou en couches; heureusement il est en général facile de l'établir par l'examen des antécédents et l'observation des phénomènes actuels. Landouzy signale ici Tétat du pouls comme décisif : à peine accélérés dans les plus violents accès d'hystérie, les battements de la radiale deviendraient dans

(1) DUcussion à VAcad. royale de Belgique, ^9 mai 1875, parGlugc,Warloinont, Lefebvrei Crocq, Laussedat, Charbonnier, etc.; — Voyez aussi le travail deBourneville : Louise Lateau ou la stigmatiêie belge. Paris, 1875.

réclampsie exlrémement fréquenls et si faibles qu'on a de la peine à les sentir.

f. Nous croyons superflu d'énumérer tous les signes qui perroeltronl de distinguer les attaques comateuses, léthargiqttes, délirantes, c(Uale\h tiques, etc., des maladies organiques du système nerveui qui peuvent avoir pour symptômes de semblables manifestations. D'une part, l'absence de tout indice de lésion matérielle; de l'autre, Tcxistence anlérieure ou actuelle de divers accidents notoirement hystériques, tels sont les éléments du jugement à porter en pareille circonstance. En d'autres termes, le diagnostic de ces diverses attaques se confond avec celui de la névropàthie hystérique dont nous allons maintenant aborder l'étude générale.

B. Diagnostic de Vhystérie sans attaquas. — En présence des accidents névropathiques de l'hystérie, deux questions doivent être posées, questions d'une importance fort inégale et qui peuvent être formulées en ces termes :

V N'y a-t-il qu'un trouble fonctionnel, ou bien existe-t-il une lésion matérielle appréciable?

^ Étant reconnue l'absence de toute lésion organique, est-ce à rhystérie ou à une autre névrose que l'on a affaire?

Élucider le premier point, c'est acquérir toutes les notions essentielles pour le pronostic Qt le traitement; le second point importe beaucoup moins au praticien, vu le degré d'importance relative des distinctions nosologiques en matière de névroses.

I. Voyons d'abord à l'aide de quels signes on peut se convaincre qu i/ s'agit d*une s implenévrose, et, dans ce but, revenons sur plusieurs considérations déjà exposées dans les' articles précédents. Plusieurs cas peuvent ici se présenter.

Premier cas. — Uorgane dont on constate le trouble fonctionnel est facile à explorer. — L'ayant examiné avec soin, si l'on n'y dérouvre aucun changement, on en conclut que le trouble fonctionnel est bien le seul fait pathologique à constater, ce qui revient à dire que raffecli<^n est toute dynamique. lien est ainsi pour la peau, les os, les articulations, les mamelles, une partie du tube digestif ou de ses annexes, unepadiide l'appareil génital, et aussi, grâce aux progrès de la scraiologif physique, pour les poumons, le cœur, les gros vaisseaux.

Que, par exemple, et pour ne citer que les faits les plus saillants, l'examen attentif des membres ne montre ni altération des os, ni épjnchement articulaire, on évitera de prendre pour des rhumatismes on

HYSTÉRIE. ilOi

pour des lumejurs blanches de simples ai'thralgies nerveuses ; le cathétérisme de Toesophage démontre-t-il la parfaite perméabilité de ce conduit et la souplesse de ses parois, c'est qu'un spasme ou une paralysie des fibres musculaires est la seule cause de la dysphagie observée, et Ton rejettera la pensée d'un rétrécissement squirrheux; le défaut de toute induration de la glande mammaire, dans un cas de mastodynie, permettra d'écarter la supposition d'une tumeur maligne, justiciable d'une opération sanglante; si par le cathétérisme on constate l'absence d'un calcul vésical, que certains phénomènes cystalgiques auront fait soupçonner, on s'abstiendra de tentatives opératoires toujours regrettables, alors même qu'elles n'ont pas de conséquences fâcheuses ; dans maintes affections douloureuses de l'utérus ou des ovaires, le palper de l'abdomen, le toucher vaginal, l'inspection des liquides excrétés, dissiperont les craintes d'un cancer ou de kystes de ces organes et conduiront à reconnaître une simple névralgie. De même, y eût-il douleurs vives, essoufflement, toux incessante, irrégularité des battements du cœur, pulsations abdominales énergiques, si le murmure respiratoire est normal, si la matilé précordiale est dans ses limites connues, s'il n'y a pas de bruits de râpe ou de scie (car on trouve fréquemment le soufDe doux caractéristique de l'anémie), on sera autorisé â nier l'existence d'une lésion pulmonaire, pleurale ou péricardiaque, d'une hypertrophie du cœur, d'une altération valvulaire, d'un anévrysme de l'aorte, etc.

Indépendamment de l'exploration directe des organes, la connaissance des synergies pathologiques habituelles fournira à ce diagnostic négatif un supplément d'éclaircissements, c'ést-&-dir^ que le manque de certains symptômes, accompagnement presque inévitable des lésions organiques, viendra prouver le caractère nerveux du trouble fonctionnel. A cet égard, l'isolement du phénomène douleur mérite surtout d'attirer l'attention. Les hyperesthésies des parois thoraciques ou abdominales pourraient faire songer à une pleurésie ou à une péritonite, n'était l'apyrexie, l'état naturel de la face ; le soupçon d'un ulcère ou d'un cancer de l'œsophage, de l'estomac ou du rectum, suggéré par Thyperesthésie de ces organes, s'évanouira devant VimmunUé de la nutrition générale; l'absence de cachexie et d'expectoration purulente rassurera le praticien alarmé par les douleurs vives que les malades accusent dans divers points de la poitrine, y eût-il de la dyspnée, une toux habituelle, et même une fébricule simulant celle de laphthisie. Des souffrances à la région précordiale, l'irrégularité du pouls, les palpitations, les soulèvements de l'aorte abdominale, perdront leur signification comme symptômes d'une cardiopathie ou d'un anévrysme, si, malgré la longue durée de ces phénomènes, on trouve le volume du cœur naturel ou à peine augmenté, la circulation capillaire et veineuse

libres, comme l'atteste le défaut de cyanose et d'œdème, etc. En un mot, la non-existence de perturbations fonctionnelles simultanées ou consécutives, rapprochée des résultats négatifs que fournit rexploralion directe des organes, achèvera de démontrer Tisolement de Fétat morbide qu'on a sous les yeux, et aidera grandement à établir ce diagnostic: névropathie.

Cependant une extrême réserve est imposée au médecin par les considérations suivantes :

1° Quelque perfection qu'ait acquise de nos jours le diagnostic anatomique, il n'arrive que trop souvent encore, même aux plus habiles et aux plus attentifs, de méconnaître des altérations oi^aniques graves quand elles sont profondes, circonscrites, disséminées, susceptibles d'être confondues avec d'autres plus bénignes, etc.

^"^ Il est des faits dits anormaux^ où les lésions organiques se forment et grandissent en dehors des conditions ordinaires de leur développement, demeurent longtemps latentes, ou révèlent leur présence par des symptômes insolites, produisant indirectement et par voie de sympathie des phénomènes élranges, non prévus par la symptomatologie classique. Tout alors porte à nier la lésion, à aflirmer la névrose pure; et cependant l'événement vient à la fin prouver la réalité de l'altération matérielle méconnue, parfois même d'une désorganisation profonde.

3"" Quand un malade présente simultanément un grand nombre de perturbations fonctionnelles, on risque certainement moins de se tromper en les attribuant toutes à une névrose générale qu'en essayant de rattacher chacune d'elles à une lésion organique particulière. Mais encore cette invraisemblance se réalise-t-elle dans certains cas, où des lésions disséminées sont cause du trouble dynamique multiple; ou bien, et ces faits ne sont pas très rares, une partie des symptômes est l'expression directe d'une altération matérielle, et une autre partie le résultat d'une névropathie surajoutée. Nouvelle raison pour ne jamais négliger, même quand on la croirait tout d'abord superflue, Tapplication de tous les moyens d'investigation directe : auscultation, percussion, spéculum, ophthalmoscopie, laryngoscopie, etc.

4° Enfin, on voit quelquefois un trouble fonctionnel opiniâtre être suivi à la longue d'une altération matérielle dans l'oi^ane affecté. Ce n'est pas ici le lieu de discuter le mécanisme de ce mode de filiation (ou peut-être de simple succession) qui a été noté pour le vomissement et le cancer de l'estomac, pour les palpitations et les affections organiques du cœur, etc. Il suflît que de semblables faits aient été obsenvs pour que le médecin se fasse un devoir d'apporter dans le diagnostic el le pronostic des névropathies plulôt un excès de prudence que de hardiesse.

Deuxième cas. — Les organes dont on observe la perturbation fonctionnelle se dérobent à toute exploration directe. — Tel est, en première ligne, le système nerveux lui-même, dont nous ne savons apprécier les états pathologiques que par les changements survenus dans les sensations, les mouvements, rinlellection, le moral, et indirectement dans les fonctions organiques ; changements qui peuvent être semblables sinon identiques, soit qu'il y ait des modifications de texture dans les centres nerveux ou les nerfs, soit qu'il n'en existe pas trace. € L'affection hystérique, dit Sydenham (et cela peut être appliqué à toutes les névropathies), imite presque toutes les maladies qui arrivent au genre humain >, proposition certainement entachée d'exagération, quand on veut l'étendre aux maladies avec lésion prédominante des fontions nutritives, mais parfaitement exacte, si on la restreint aux seuls troubles de l'innervalion. Hyperesthésies et anesthésies, phénomènes convulsifs et paralytiques, délire et folie, tout cela existe dans la névrose, aussi bien que dans le cas de lésion de l'appareil nerveux. A quels indices pourrons-nous donc reconnaître la nature névrosique de l'affection? C'est la question que nous allons maintenant examiner ; seulement, au lieu de passer en revue toutes les manifestations névropathiques, pour les comparer successivement à toutes les maladies qu'elles peuvent simuler, nous nous contenterons d'indiquer d'une façon générale les éléments essentiels de ce diagnostic.

a. Éléments de diagnostic pris dans Vétiologie. — Une présomption en faveur de la névropathie, mais rien de plus, résultera de l'étude des circonstances qui ont paru présider au développement de l'état morbide actuel : hérédité, maladies nerveuses antérieures, éducation et hygiène vicieusement dirigées; constitution originellement délicate ou débilitée. accidentellement; impressionnabilité morale excessive; menstruation difficile, irrégulière, douloureuse ; relation bien constatée entre les symptômes existants, et quelque vive émotion ou quelque passion déprimante ayant servi de point de départ à leur première

apparition.

à. Retour ou exacerbaiion des phénomènes sous Vinfluence de caxues morales. — <i Toutes les fois, dit Sydenham, que des femmes me consultent pour telle ou telle affection qui échappe aux principes ordinaires du diagnostic, je ne manque jamais de leur demander si le mal dont elles se plaignent les fait surtout souffrir au moment où elles sont éprouvées par la tristesse, l'inquiétude ou toute autre perturbation ; répondent-elles affirmativement, c'en est assez pour que je n'hésite pas à ranger la maladie dans l'ordre dont il s'agit, t ,. • .

b. Caractères empruntés à la marche de la maladie. — L'invasion brusque d'une série de symptômes qui, s'ils résultaient de quelque lésion d'organe, ne se développeraient qu'avec lenteur et ne s'accroî-

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>^r.» r,or;.r/r> d< c>r§ ar^errîi'Ioas ÎDoaTrrs qui n'apparJeuneot a^>> .'.rrj'^l q/aii c^wopiîiiiq'jeî. Il y a une grande T«^rilê dan? c•^ \,'^\h>,\ o»r '^jd^rj^i^rri, qjî onléi^ ç>p^odantrobjet de sévères criti'p>: « (j't^ifid j'ti hi^n tTMm'm^. nne malade, el q*i« je oe trouve en tj ii';/i q'jî Vf r^i\^}\\ft aux maladies connae?, je regarde rafftr«:lion d -' *rlle eMv pf i-^e *:hUïiuf. une li}4érie. >

d, fjfnde fk* )fh^,nom^,ne% concomilants. — II est des symplôme- î ;rfoup'rj; â^i •jrnplômefï â peu prés complètement étrangers aui midi*'^ or;:afjiq^jer du système nerveux, et qui con<équemment, diQ^ '^- ';j- do'jt'tjx, f/'fijvent senir à révéler la nature névropathiquede>a'Ci" denf • qu'ih a^compagn^mt ou compliquent : telles sont, en pt'^rayr li<'U, I*:.* r'iiiaques ^y^nvul^ives d'hystérie et la strangulation phann. ^ pui'. It^ fivp^Me'îlhé.'jies nmnies du rachis, de Tépigastre et du cùlc, f^»twjjKi rii<*miplé;rie exclusive de la sensibilité, etc.

II. ApnH les îîi;rnes qui p^rmellent d'affirmer avec plus ou moins ticcf tilude Tcxi-tcnce d'une nL'vropalliie, nous avons maintenant à f»* conn;ntre les <:aiaclcre.s particuliers et distinctifs de la névropathie 1;^ lérique. Celle deuxième pailie de la question pourrait encore être vr-

mulée ainsi : déterminer les différences qui séparent Vétat nerveux simple de Vélat nerveux hystérique,

A. Or, les principaux caractères de ce dernier sont :

a. Existence antérieure ou actuelle d'attaques hystériques convuU sives. Une circonslance utile à connaître, au point de vue du diagnostic, c'est que parfois on observe une sorte d'alternance entre les attaques et les autres mani restations hystériques; que, par exemple, les paralysies, les hyperesthésies très tenaces et très tendues, se voient principalement chez des femmes qui depuis longtemps ont cessé d*éprouver des accès de convulsions générales.

b. Présence de certains symptômes particuliers et constants. Nous en empruntons Ténumération au livre de Briquet :

c Une hystérique présente toujours,' quels que soient les accidents » auxquels elle est en proie, ou quel que soit le calme où elle se trouve,

> les phénomènes suivants qui peuvent servir à caractériser Vétat hys^

> lérique :

f 1* Elle a été dès son enfance très impressionnable, très facile à )» émouvoir, tellement sensible aux reproches qu'elle en éprouvait des 1 étouffements et des malaises, et tellement accessible i la pitié que » le moindre récit d'une chose triste la faisait pleurer à chaudes larmes; » cette disposition morale est tellement caractéristique qu'il y a au plus 1 une hystérique sur vingt qui ne la présente pas.

> 2"* Lors des émotions ou lors des affections morales, elle éprouve 1 un sentiment de malaise et de resserrement à la région épigastrique, » puis de la strangulation à la gorge, et souvent des palpitations, ainsi

> que de l'agitation dans les membres...

> 3"* Toute hystérique a eu, ou a encore, quelquefois l'une et le plus

> souvent les deux ou les trois hyperesthésies suivantes : épigastralgie^ » pleur algie j rachialgie.

» 4"* L'état hystérique se reconnaît encore à un caractère très saillant, » très général..., je veux parler de l'existence extrêmement fréquente X des hyperesthésies, des anesthésies, des convulsions chroniques et des » pai^alysies dans le côté gauche du corps. > D'autres caractères déjà indiqués, tels que : 5'' L'exacerbation des troubles hystériques sous l'influence des causes morales;

& Leur extrême instabilité ; V L'excrétion d'une urine dite spasmodique; 8» Le succès de certaines médications (opiacés, antispasmodiques, électricité, aimant, eau froide, etc.), — achèveront de caractériser la rnaladie et d'en rendre le diagnostic presque toujours facile.

B. Au surplus, nous le répétons, ce qu'il importe de bien établir,

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susceptible d^èlre modiliée avec le secours de Thygiène ou de la thérapeulique (lymphatisme, chloro-anémie, maladies utérines ou autres), son pronostic est moins défavorable que lorsqu'elle est indépendante (tempérament sanguin, nutrition active). L'hystérie produite par des causes dont Faction a été prolongée et énergique, peut guérir quand on réussit à éloigner ces influences; résulle-t-elle, au contraire, d'une prédisposition originelle à laquelle a'ont aidé que des causes occasionnelles légères, sa gravité est d'autant plus grande. N'oublions pas d'ajouter, avec Georget, que les causes morales qui président au développement de l'hystérie ne sont pas sous l'empire du médecin, et que la volonté des malades elle-même est insuffisante pour les combattre.

Quant au pronostic des divers accidents hystériques considérés en eux-mêmes, nous avons eu soin de l'indiquer à propos de chacun de ces phénomènes. (Yoy. l'histoire particulière des hyperesthésies, anes- Ihésies, etc.)

Indépendamment de la gravité relative à l'individu, il y a lieu de tenir compte encore, au point de vue de l'espèce, de ce que les enfants nés de mères hystériques meurent en plus grand nombre et bien plus jeunes que les autres (Briquet); il faut aussi se rappeler que la maladie^ ou plutôt la disposition à en être affectée, se transmet souvent par voie d'hérédité des mères aux filles.

[Traitement. — I. Hygiène, prophylaxie. — Lorsqu'on a reconnu dans le jeune âge une certaine prédisposition à l'hystérie, d'après les signes que nous avons étudiés plus haut (voy. p. 974) ou même lorsque la maladie nerveuse est conGrmée à un âge plus avancé, il faut avoir recours à un ensemble de moyens prophylactiques qui s'adressent presque tous à Yhygiène morale ou physique pour le traitement de cette maladie qui déjà, de l'aveu de Sydenham, est plus difficile encore à guérir qu'à connaître. La formule de ce traitement peut être résumée par cette phrase : favoriser le développemenl physique aux dépens du développemenl moral et intellecttieL 11 faut que Tactivilé se dépense en travaux manuels, en occupations diverses, en promenades fréquentes au grand air et à la campagne, en exercices du corps (gymnastique, massage), et l'on doit proscrire avec le plus grand soin la vie oisive et contemplative, la solitude, les émotions, les pratiques religieuses mal entendues et l'exaltation qui en est la suite, toutes les causes qui peuvent engendrer l'ennui et la mélancolie, la lecture de certaines poésies et surtout celle de certains livres. A ce sujet, on ne saurait trop répéter les l)aroles de Tissot : c Si votre fille lit des romans à dix ans, elle aura des wapeurs à vingt. • Pour quelques femmes portées aux idées mystiques,

am NÉVROSES complexes.

il ne faudrait rnerne pas hésiter à prohiber la lecture de certains livres de piété, où c Tarnour de Dieu, dit H. Landoozy, ressemble de tropprès à Farnour de Thomme >. C'est encore pour la même raison qu'il est nécessaire d'éloigner les idées superstitieuses qui ont faYorisé dans ie moyen âge de véritables épidémies d'hystérie et qui les faTorîsent encore de nos Jours. Dans certains cas, la musique (1) doit être défendue, surtout, dit L-i. Rousseau, c celle qui par des inflexions vives, accentuées et pour ainsi dire parlantes, exprime toutes les passions. >

Ce traitement hygiénique aune importance capitale et repose sur ces profondes paroles du père de la médecine : c Lorsque le corps est en repos, l'âme est en mouvement. » La même idée a été ainsi exprimée par un auteur moderne, Cerise(2) : « La surexcitabilité nerveuse est en général d'autant plusgrandeque Tappareil locomoteur est plus inactif. » Il est facile de montrer par des exemples tirés de l'histoire combien les aflectionsnerveusesdoiventleurdéveloppementàréducationetau genre de vie adoptés pour les jeunes filles ou les femmes : dans l'antiquité, les affeclions nerveuses étaient inconnues parce quelesfemnies de Lacédémonc étaient admises aux combats publics et que les jeunes filles de Scythie supportaient le fardeau des armes jusqu'au mariage. Sans chercher les exemples dans des temps si reculés, on peut rappeler avec llammond ce fait très intéressant, à savoir que l'hystérie, inconnue diez les négresses de l'Amérique du Sud, est devenue chez elles assez commune depuis leur émancipation. D'un autre côté, les affections nerveuses ou hystériques sont très fréquentes dans le temps où nous vivoa<, en raison de la détestable hygiène suivie par certaines femmes, du luxe qu'elles cherchent à déployer, des préoccupations mondaines qui assièt^enl leur esprit, de l'inaction dans laquelle elles vivent, etc. (3).

Au sujet de l'influence du mariage, les avis ont été depuis lon$^tem|)s partagés depuis Hoffmann, Boerhaave, Esquirol, Laudouzy, etc., qui le conseillaient en s'appuyant sur l'aphorisme d'Hippocratert Toute femme hystérique mariée guérit i^ {Nnbat^ illa et morbum effugiet), jusqu'à quelques auteurs modernes, Briquet et Dubois d'Amiens» qui observaient à ce sujet une réserve très grande, et le regardaient non seulcineul comme inutile, mais comme nuisible. Or, les deux opinions contraires peuvent être exactes. Car, le mariage sans être un remède absolu & l'hystérie, peut certainement en calmer l'intensité et dans certains cas même la guérir absolument ; lorsque les besoins du corps

(I) Tissot a ccril au sujet de l'inducncc de la musique sur le système Denreux un artirl^ réelioiiitiiU remarquablo [Des nerfs et de leurs maladies ia Eneycl. des $c, méd,^ ISii). I». tr»(i).

{t) Cerise. Des fondions et des maladies nerveuses, Paris, iSit.

(D) Jowell, dans un travail intéressant, vient do démontrer l*importanee de toulcs c» rausos réunies qui expliquent les fréquences des maladies nerveuses, des névroses dj*?» notre siècle {Journal of nervous and mental diseas€t 1881-S2).

et du cœur sont satisfaits, il amène une détente favorable dans la surexcitabiiité nerveuse, par suite du changement de milieu, des liaisons el des occupations nouvelles qu'il entraîne. Mais il faut voir dans le mariage autre chose que la satisfaction des sens ; car si la continence peut parfois engendrer des accidents hystériques, Tabus des plaisirs sexuels les provoque plus souvent encore, comme on le voit si souvent chez les femmes prostituées. LouyerYillermay avait très judicieusement dit : c Dans le mariage, il ne suffit pas toujours que le but de la nature soit rempli, il faut en outre quelquefois que le vœu du cœur soit exaucé, et c*est ainsi que Ton voit des femmes mariées, jouissant des droits derhymen,qui éprouvent des accès d'hystérie parce qu'elles sont sous Fempire d'une inclination qui n'est pas satisfaite, i Que de fois en effet, ne voit-on pas éclater les symptômes de l'hystérie ou simplement de l'hystéricisme chez des femmes qui ne paraissaient pas y être prédisposées, mais qui ont été unies à des maris dont les sentiments, les pensées, les tendances du caractère et les aspirations étaient en complète contradiction avec leur état moral 1 Le mariage dans ce cas a donc été plus nuisible qu'utile, et le devoir du médecin sera de souvent déconseiller les unions mal assorties où l'incompatibilité des goûts et des caractères joue trop souvent le rôle de cause déterminante.

Au point de vue hygiénique et prophylactique, le traitement de la cause a donc une grande importance; nous ne pouvons pas énumérer ici toutes les conditions défavorables qu'il faut éviter et nous renvoyons à ce sujet à l'étude de Tétiologie ; mais dans un grand nombre de cas, il faut s'attachera combattre l'état chloro-anémique qui précède et ac^ compagne si souvent le développement de l'affection nerveuse, il faut défendre les travaux excessifs, le surmenage physique et intellectuel, éviter les mauvaises conditions hygiéniques, l'alimentation insuffijsante, le séjour dans un espace confiné, etc. Souvent, comme nous l'avons ditdéjàà propos du traitement de certains accidents hystériques, le changement de milieu est un moyen très actif et puissant auquel il ne faut pas hésiter à avoir recours, surtout parce que les doléances et les préoccupations de l'entourage sont des aliments continuels qui entretiennent l'état nerveux. Le changement de milieu est surtout très utile lorsque l'hystérique vit dans une sorte d'atmosphère nerveuse, dans une famille dont les divers membres sont sujets à des accidents névropathiques. C'est aussi pour empêcher cette sorte de contagion nerveuse, qu'on ne doit pas, autant que possible, réunir jjlusieurs hystériques dans la même chambre ou dans la même salle d'hôpital.

Le traitement moral au moyen duquel on frappe vivement Timaginalion, fait^/galementpartie des moyens hygiéniques. Tantôt c'est la menace qu'il faut employer : ainsi l'on rapporte que les religieuses d'un cou-

vent cessèrent de miauler dès qu'on les eut menacées de les faire fouetter par des soldats postés à la porte du couvent. Tissol raconte que dans la maison de charité de Harlem, tous les jeunes gens, filles et garçons de la maison furent pris de convulsions ; Boerbaave en empêcha le retour en faisant allumer des fourneaux ardents dans la salle, et en désignant l'endroit du bras où l'on devait faire une profonde brûlure au premier moment de l'accès. Chez une hystérique alteinle d'une contracture permanente, tous les accidents disparaissent au moment ou Nonat se disposait à faire une cautérisation iranscurrenle. Tantôt l'action exercée sur la volonté par l'imagination, par une violente perturbation morale, par une vive émotion est souvent plus puissante pour guérir, que les armes si nombreuses et si souvent infidèles de tout l'arsenal thérapeutique. Ainsi s'expliquent ces guérisons i miraculeuses » exploitées par la superstition, l'intérêt, rignorance elle charlatanisme, guérisons que Ton retrouve à chaque pas dans l'histoire de l'hystérie.

Certaines hystériques ne doivent leur guérison qu'à la vue et à la visite d'un « grand médecin > dont elles connaissent les « cures merveilleuses, et dont la seule vue fait une profonde impression sur leur esprit )». Une malade reçoit une vive réprimande pour son inconduite, on menace de la chasser de l'hôpital où elle vivait depuis longtemps et subitement tous les accidents disparaissent ; le même effet se produit pour deux autres malades dont l'une est accusée de vol, l'autre éprouve une très vive contrariété (Charcot). Un médecin anglais Barwell obtenait des cures définitives en appliquant des sétons filiformes à ses malades, en les persuadant de la disparition certaine de leur affection ; il en est de mome de l'emploi des pilules de mie de pain ou de substance inerte décorées sous le nom de pilules de fulminate de taraxacunif de pilules fulminantes de taraxacum, de pilules panchymagogues (1), que l'on fait préparer avec le plus grand soin et qui ont pu dissiper des paralysies (Queneau de Mussy), des ischuries (Fernel). Ainsi, pour guérir une dame atteinte d'aphonie hystérique, il a suffi de la placer dans un coin de la chambre la bouche ouverte, et de diriger de son côté à travers toute la pièce le jet d'une grosse seringue remplie d'un liquide glacé (Bernutz).]

II. — L'usage des moyens pharmaceutiques est loin de fournir îcile? brillants résultats annoncés par plusieurs auteurs; il exige une grande persévérance et présente de nombreuses difficultés qui s'augmenleni encore de ces idiosyncrasiesy impossibles à prévoir et à «ilculer, que lc> hystériques présentent à l'égard d'une foule de substances.

(I) D'après Tissot, c'est Ridlin, puis Baerhaavc, qui ont imaginé les premiers les pilulwd^' mie «de pain dorées.

HYSTÉRIE. im

Ainsi M. Bernutz a vu Texlrait de valériane produire les effets d'une intoxication par l'opium ; une hystérique ne supporte pas l'ingestion d'une goutte de laudanum tandis qu'une autre absorbe impunément cent gouttes de cette même substance dans un lavement. En résumé, le l'ait qui domine dans l'histoire thérapeutique des hystériques, c'est leur grande rési stance (1 ) e t leur immu ni té pour de fortes doses de médicament, caractères qui les rapprochent encore avec tant d'autres des alcooliques. Briquet raconte avoir vu des malades prendre jusqu'à 20 centigrammes par jour d'acétate de morphine dans une potion, sans éprouver d'effet narcotique; des jeunes filles de quinze à dix-huit ans ont pris pendant plusieurs mois 20 centigrammes de ce sel et quelques-unes n'arrivaient même pas à dormir (2). Cette résistance thérapeutique est à son degré maximum surtout dans les cas où l'excitation prédomine, où les convulsions acquièrent une grande fréquence et une violence parfois extraordinaire ; alors nous avons pu souvent prescrire en quelques heures cinq ou six injections hypodermiques de 2 centigrammes de morphine sans déterminer ni sédation réelle, ni phénomène toxique. On sait que Gendrin s'était appuyé sur ces faits pour conseiller l'emploi de l'opium à hautes doses dans l'hystérie; il avait parfaitement remarqué qu'en commençant par 50 centigrammes d'opium par jour, on pouvait arriver progressivement à 60, 75 centigrammes sans obtenir d'effet narcotique; mais dès que cet effet était produit, disait-il, tous les accidents hystériques prenaient une intensité moindre, et Ton était obligé de diminuer chaque jour les doses des médicaments qui provoquaient la somnolence. « Je guéris, ajoute ce savant médecin, par ce moyen, plus de la moitié des hystériques > (3), enthousiasme qu'on nous permettra de ne pas partager.

Quant aux injections de morphine, non seulement les hystériques les supportent ordinairement très bien, mais elles les réclament souvent avec une insistance qu'il est bon de réprimer, d'autant plus qu'elles ont une tendance naturelle à abuser de certains médicaments, de la morphine en injections hypodermiques surtout, et qu'elles sont parfois atteintes d'une véritable morphiomanie. Le mieux dans ce cas est de faire quelquefois des injections d'eau pure, mais à leur insu; comme elles sont très défiantes, et qu'elles ne tardent pas longtemps à s'apercevoir qu'on les a trompées, on peut s'adresser alors à leur raison, diminuer progressivement le nombre et la dose des injections, substituer

(1) Les hystériques, comme les neurasthéniques, sont atteintes de cette sorte ô*aiaœie ihé-» rapeutique dont nous avons parlé d:\ns un chapitre précédent (voy. p. 907). Du reste, cette ataxie s'observe dans tous les symptômes, dans la marche de ces deux affections qui mériteraient bien dès lors la dénomination nouvelle et générique de Neur\taxies que nous proposons.

(2) Briquet. Lac. cit., p. 65t.

(3) Gendrin. Note lue à l* Académie royale de médecine^ 1 1 août 1846.

1112 xNÉV ROSES COMPLEXES.

à la morphine prise par la voie sous-cutanée les préparalions diverses d'extrait thébalque, de codéine, de belladone, ou de jusqaiame à rintérieur, etc. En résumé, la tnorphiomanie chez les hystériques est un accident assez fréquent qu'il faut savoir éviter et prévoir, parce qu'il est très difficile à guérir, en raison de Tétat mental particulier et de l'impuissance de la volonté des malades.]

Parmi les moyens mis en usage, ceux de la classe des excitants se trouvent aujourd'hui à peu près complètement bannis de la pratique; es antiphlogistiques proprement dits sont réservés pour un petit nombre de cas spéciaux : diathèse hémorrhagique, suppression des règles, accidents congestifs très intenses. Les adoucissants^ tels que les bains tièdes prolongés, employés par Pomme, leâ lavements émoUienls, un régime ténu, peut-être trop négligés, sont utiles contre les exacerbations de l'éréthisme nerveux dont ils déterminent l'apaisement mieux qu'aucune autre médication ; les antispasmodiques (asa fœtida, musc, castoréum, valériane, éther, etc.), malgré le crédit séculaire de leurs vertus anti-hystériques, ne procurent d'autre avantage qu'un soulagement momentané ; nommons encore les stupéfiants, et suiloutTopiam, l'un des meilleurs agents qu'on puisse opposer à l'excitabilité excessive du système nerveux et qui, administrée haute dose (car, à petite dose, il ne produit le plus souvent aucun effet narcotique comme nousTavoQs vu plus haut), provoque quelquefois des guérisons remarquabiemeot rapides d'après Sydenham, Hoffmann, Boerhaave, Gendrin, Briquet); après l'opium, mais à un rang bien inférieur, nous citerons aussi les préparations de belladone, de jusquiame, de stramonium, etc.

[Le bromure de potassium et les autres bromures (bromures de sodium ou d'ammonium) sont loin de produire dans l'hystérie les bons effets qu'amène leur emploi dans le traitement de l'épilepsie; et même cette inefficacité des bromures peut devenir dans les cas difficiles un élément de diagnostic. Nous ne partageons donc pas l'avis de M. Bernutz qui les croit indiqués surtout dans l'hystérie épilepliforme; tout au plus servent-ils à calmer certains accidents ou symptômes d'éréthisme nerveux.

On peut aussi avoir recours dans quelques cas à l'hydrate de chloiti] contre l'insomnie et l'intensité des accès convulsifs (1).]

(1) Pnglioni. Application du chloral dans Vhystérie (Gauetla med di Torino, 3 janvier lO — Kouxcau (de Nantes). Guéri son soudaine et radicale d'une paralysie hystérique démonirant la puissance des faits moraux dans le domaine des faits physiques {Journal de méd. tt dur prat.f p. iCK), 1872J. — E. Comucci. Di un caso di singhioiio isterico oslmalo e deila «-^ tolleransa aile inoculaiioni ipodermiche di idrochlorato di morfina {Lo sperimentale de Florence, 1873). — BcrrutliGiuseppe. Accès hystéro-épileptiques graves guéris par Vinjection t(m' cutanée de valérianale d'atropine (IndipendentCf 1874).— oeuvre. Hystérie convulstct sunf d'hallucinn lions. Efficacité de Vanesthésie par le chloroforme et des injections de morfhi-v (Bull, de Soc. méd, de Reims, 1874, p. 21 ij. — De Ridder. Aphonie nerveuse chei nne hy^t^ riqiie guérie par les inhalations de chloroforme [Ann. de la Soc. méd. chir, de Liège. \b>

Les révulsifs^ frictions sèches ou médicamenteuses, les mhéfianis^ les vésicatoires, la cautérisation transcurrente que réclame le traitement de certains accidents particuliers sont insuffisants pour le traitement de la maladie elle-même. Les vomitifs et les purgatifs drastiques doivent être évités autant que possible, à moins d'indication urgente.

L'hydrothérapie, dont nous parlerons plus loin, combinant heureusement les effets des stimulants, des calmants et des révulsifs, est une des ressources les plus précieuses de la thérapeutique.

[Quant au traitement balnéaire, il est souvent d'un effet douteux ; cependant les eaux calmantes de Néris, de Saint-Sauveur, de Bagnëres de Bigorre, de Royat, etc., peuvent être indiquées; on proscrira d'une iaçon générale Tair de la mer et surtout les bains de mer qui dans certains cas ont pu développer d'une façon même considérable les accidents Mystériques.]

m. Traitement deft accidents hystériques. — Sans revenir sur les indications que peuvent suggérer les hyperesthésies ou anesthésies, convulsions ou paralysies hystériques, dont il a été question dans les articles consacrés à ces diCTérents états morbides, et dont nous parlerons plus loin en faisant l'histoire de la métallothérapie, de Télectricité et de l'hydrothérapie, nous devons faire observer d'une manière générale que, dans le traitement de ces divers accidents, mieux vaudrait encore Texpectation pure qu'une médication trop énergique et trop assidue. Qu*on se rappelle l'influence très réelle de l'imagination et du moi*al sur les symptômes de l'hystérie, et l'on sentira combien de circonspection exige l'emploi des remèdes, qui, d'une part, fixent vivement l'attention des malades sur les points affectés, et, d'autre part, surtout s'ils sont douloureux (comme le cathétérisme répété, les vésicatoires, les cautérisations, les moxas, etc.), peuvent directement accroître l'excitabilité déjà existante. II faut ne pas paraître accorder tfop d'importance aux doléances des hystériques, s'efforcer de remédiera leurs douleurs par les moyens les plus simples, tels que la faradisation, quelques rubéfiants, etc., ne se décider aune intervention énergique que lorsqu'elle est impérieusement exigée, et attendre plus de la médication d'ensemble que du traitement en détail de chacune des manifestations hystériques. Pour empêcher ou retarder le retour des accidents, l'essentiel est donc de remplir soigneusement toutes les indications fournies par l'état général, d'éloigner toutes les causes nouvelles de perturbation ; dans quelques cas rares de périodicité, on aura recours à la quinine.

— WegcHn. Hystérie, aménorrhée et vomiisements alimentaires continus. Réapparition des règles ei guérisondes vomissements par l'application sur Vépigastre de courants d'induction {Corresp. Blatt. f. Schweii œnle, p. 228, 1876). — Contre les vomissements souvent opiniâtres de rhystérie, on peut aussi employer avec succès les lavages répétés de l'eslomac (voy. Di:gaFdin-Beaumetz. Du lavage de V estomac {BulL de thérap., p. 342, 1880j.

i 1 i 4 NÉVROSES COMPLEXES.

Le seul accident hyslérique dont nous ayons à nous occuper plus spécialement, est Vattaqu^ convulsive.

Est-on appelé auprès d'une hystérique prise de convulsions, il faut se hâter d'enlever les vêtements serrés, les ligatures de toute sorte, puis on contiendra la malade fortement, mais cependant sans violence, on fera respirer (souvent sans beaucoup de profit) du vinaigre, un peu d'élher ou d'ammoniaque; on aspergera ou on lotionnera la tête avec de l'eau froide; quand il y a beaucoup de strangulation, il est utile de faire boire, de force ou de gré, plusieurs verres d'eau froide coup sur coup, moyen excellent, justement préconisé par M. Cruveilhier.

Les ligatures, l'application de topiques calmants, deTélectricité, etc., sur les points du corps d'où semble partir l'aura prodromîiquc, préviennent assez souventle développement del'attaque; de même, les âneslhésiques(étherou chloroforme) employés dès le début, manquent rarement de l'enrayer ou d'en atténuer la violence. L'emploi de l'asa fœtida, du castoréum et d'autres substances prétendues sympathiques i l'utérus, est loin d'avoir une semblable efficacité. En somme, l'attaque hystérique considérée en elle-même étant, en général, sans gravité, on fera bien de s'en tenir à cette médication simple et de s'abstenir de cette foule de moyens violents ou bizarres, quelques-uns trop bizarres, que lesanciens étaient dans l'habitude d'y opposer.

[On a proposé encore d'autres. moyens pour le traitement de l'attaque convulsive de l'hystérie : les injections de morphine; les inhalations de chloroforme^ d'élher ^ de nitrile d'amyle^ de bromure d^éthyle; la constriction du larynx; enfin la compression de V ovaire ei des zones hystérogènesy à laquelle il faut ajouter l'application de glace ou de vésicaloir^Sy les pulvérisations d'éther sur la région ovarienne.

Les injections de morphine sont absolument inefficaces contre l'attaque hystérique; mais elles peuvent rendre de grands services dans les cas où l'excitation nerveuse est portée à l'extrême, dans ceux où les accès se répètent un grand nombre de fois dans la journée. Il en est de même des inhalations de chloroforme et A'élher qui peuvent bien atlénucr la violence des convulsions, mais qui provoquent souvent des crises d'attitudes passionnelles, de la catalepsie et du délire ayant une grande ressemblance avec la phase gaie du délire qui succède aux attaques.

Le nilrite d'amyle, en inhalations à la dose de 3 à 8 gouttes, aurait . d'après les recherches récentes de M. Bourneville, la propriété d'enrayer parfois les convulsions et de diminuer le nombre des attaques.

Le bromure d' et hyle n'exposant pas à la syncope ni aux dangers à> l'anesthésie chloroformique, peut être employé avec un ceiiain sucoécontre les attaques deThyslérie. H résulte des recherches récentes di'

MM. Bourne ville et d'Olier que ce médicament employé en inhalations à la dose de 5 à 15 grammes versés sur une compresse en plusieurs fois, a produit rapidement la cessation des phénomènes convulsifs, et parfois le passage rapide du clownismeau délire (I). Dans une observation rapportée par M. Terrillon (2), le bromure d'éthyle a cependant, dès la première inspiration, fait éclater une attaque d*hyslérie convulsive qui disparut du reste au bout de 3 minutes, dès que Fanesthésie fut obtenue.

L'emploi d'une vessie remplie de glace sur la région de l'ovaire chez les hystériques atteintes d'hyperesthésie de cet organe, peut produire de bons effets. Ces applications faites une demi-heure matin et soir, puis une heure et une heure et demie, ont retardé et diminué les attaques convulsives et amélioré Tétat nerveux (3). Il en est de même de l'emploi des vésicaloireSf de pulvérisations ctéther sur l'ovaire, qui agissent plutôt comme moyen préventif que comme agent curatif des attaques.

M. Gueneau de Mussy a recommandé la constriction du larynx que Ton produit en serrant cet organe assez fortement entre deux doigts, de manière à déterminer un peu de congestion de la face. Ce moyen nous a été souvent utile, dans les cas surtout d'hystérie non ovarienne, comme dans tous ceux ou il n'est pas possible de trouver sur toute la surface du corps un point hystérogène dont la compression soit capable de faire naître ou cesser des accès convulsifs.

De tous les procédés mis en usage, c'est celui de la compression ova^ vienne qui est le plus efficace. Dès le seizième siècle, il avait été déjà mis en usage par Mercado et Monard (4) qui plaçaient une pierre sur le ventre, au dix-septième siècle par Willis(5)qui déclarait que la compression du ventre t empêchait le spasme convulsif deThystérie de montera la tête » ; au dix-huitième siècle, par Boerhaavequicomprimaitl'abdomenavec un coussin soutenu par une ceinture (6); enOn, aune époque plus rapprochée de nous, Récamier faisait asseoir une personne sur le ventre de la malade, et Nc^grier (7) parlait déjà, en 1858, de la compression ovarienne à l'aide de la main seule. Pour terminer cet historique de la question, il est utile de rappeler que, dans les épidémies de convulsionnaires du moyen âge, dans celle de Saint-Médard, on mettait en usage, sous le nom de secours^ les moyens un peu barbares qui sui-

(1) BourneviUe et d'Olier. Remarquen nur Vaction phijsiologique et thérapeutique du brO' mure d^éthyle dan» Vépilepsieet Vliystérie {Progrès m«(/., n* 13, 1881).

(2) Terrillon. De Vanesthésie générale par le bromure d'élhyle (Bull, de thérap., avril et mai 1880).

(3) Voy. Bonrnevillc. Hecherchen clin, sur Vèpilepsie et l*hyitériey p. 51. (i) Si eum lapi.fem perpeluo geslent, nunquam simili morbo corripiuntur. (5) De morbis convulsivis, t. II, p. 3i.

{^jDemorbis nerv., II, p. 8t7.

(7) Négrier. Recueil de faits pour servir à Vhistoire des ovaires et des affections hystériques, 1858.

1116 NEVROSES COMPLEXES.

vent : on frappait le ventre avec un chenet pesant ou afec un pilon, et Ton comprimait l'abdomen au moyen des deux poings enfoncés très profondément dans le ventre, ou encore avec des bandes très serrées (1).

M.Charcoty qui a le mérite d'avoir remis ce moyen en honneur, décrit ainsi le modus faciendi : c La meilleure condition pour une démonstration parfaite des effets de la compression ovarienne, est que la malade soit étendue horizontalement sur le sol, ou, si cela est possible, sur un matelas dans le décubitus dorsal. Le médecin alors, ayant un genou en terre, plonge le poing fermé dans celle des fosses iliaques qne Tobservation antérieure lui aura démontrée être le siège habituel de la douleur ovarienne.

> Tout d'abord, il faut faire appel à toute sa force, afin de vaincre la rigidité des muscles de Tabdomen. Mais, dès que celle-ci une fois vaincue, la main perçoit la résistance offerte par le détroit supérieur du bassin, la scène change, et la résolution des phénomènes oonTuisifs commence à se produire.

> Des mouvements de déglutition plus ou moins nombreux, et parfois très bruyants, ne tardent guère i se manifester; la conscience alors presque aussitôt se réveille, et à cet instant, tantôt la malade gémit et pleure, criant qu*on lui fait mal, tantôt, au contraire, elle accuse un soulagement dont elle témoigne sa reconnaissance, c Ah ! c^est bien, cela fait du bien i , s'écrie toujours en pareille circonstance la nommée Gen.. Le résultat, quoi qu'il en soit, est en somme toujours le nième, et pour peu que vous insistiez sur la compression, pendant deux, trois ou quatre minutes, vous êtes à peu près assurés que tous les phénomènes de l'accès vont se dissiper comme par enchantement. Yous pourriez, d'ailleurs, varier Texpérience et à votre gré, en suspendant un moment h compression pour la reprendre, arrêter l'accès on le laisser se reproduire, en quelque sorte, autant de fois que vous le voudrez (2). > CeiU reproduction des accès aussitôt après la cessation de la compression. prouve suffisamment que celle-ci n'a pas une action curative, mai? plutôt une action suspensive sur les attaques ; c'est pourquoi on a imaginé d'wers compresseurs de l'ovaire (appareils compresseurs de Poirir r. de Ballet, de Féré) qui ont pour but d'exercer ime compression d-? longue durée, pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines (S).

fl; Voy. BourncTJIlc cl Voulet. Delû contracture hyslérique permâMenU^ p. 7-17.

[i) Charcol. Leçonx sur les mal. du sy^t. nerveux, lom. I*', p. 331, I«T5.

(3/ Dans un ca< r.i|i|*orté par M. Coniby, celle compression a paru déteiminer ooe p^'tooile: le 14 avril 18n0 la compression de Tovaire ^ucbe fat praliquécrhex one hy>t." ■;> jusque-là bi*»n portant»»; la p»»ritonilc se déclara dès le 15 avril cl la mort «unml l' '* a\ril. C>;»t là un fait absoluiiit^nl exceptionnel, cl nous ne pensons même pas que U c<h.>|h*— sion ail pu seule contribuer à h pr.>duction d'un accident aussi grave (Comby. Pitntomte ■'..' survenue chet une hystérique a la suite de la compression de Voratre gauche- l'*' (Progrés mét1i(.al. i8«o .

La force de celte compression est variable, suivant les différents sujets; tantôt, en effet, il sufBt d'une compression même superficielle pour Taire cesser à l'instant les accidents, tantôt elle doit être profonde, violente même pour produire le même effet. Dans tous les cas, il faut qu'elle soit souvent répétée et prolongée pour faire disparaître non seulement un accès convulsif, mais encore d'autres accidents hystériques : ainsi une malade observée par M. Bourneville présentait une hémianesthésie droite avec hémiplégie et contracture de la mâchoire inférieure; la compression de l'ovaire droit pratiquée pendant quelques minutes dissipa cette contracture qui reparut bientôt après; celleci, ainsi que Thémiplégie et l'hémianesthésie, ne cessèrent complètement et définitivement qu'après plusieurs compressions pendant un temps assez long sur la région de l'ovaire. C'est de la même façon que la compression ovarienne put faire disparaître une aphonie avec mutisme (Liouville et Debove), une contracture généralisée récente, ce qui empêchait ainsi sa transformation en contracture permanente contre laquelle la compression ovarienne n'a aucune action, une surdité survenant avec des contractures'diverses (Bourneville) (1), etc.

Enfin, dans l'intervalle des attaques convulsives, la compression ovarienne doit être tentée parfois pour faire naître une attaque à la suite de laquelle une contracture généralisée aux quatre membres peut être remplacée par une contracture localisée seulement à un membre, etc.

Dans l'hystérie de l'homme, on arrive le plus souvent aux mêmes résultats par la compression du testicule droit ou gauche, suivant les cas.

Tels sont les procédés habituellement mis en usage contre les accidents hystériques. Pour terminer cette étude, il nous semble utile d'entrer dans de plus amples développements au sujet de trois modes de médication qui forment de nos jours le plus souvent la base de la thérapeutique de l'hystérie : la métallothérapie, rélectricité, Thydrothérapie.

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