PARTIR I, CHAPITRE VII
la grenouille, on n*a jamais dans le fil de cet instrument d'autre courant que celui qui résulte de la somme des deux portions des courants des deux membres qui ne se déchargent pas de membre à membre (I),
Je dois dire à ce propos que j'ai reconnu des phénomènes analogues en opérant sur des courants développés dans des circuits tout à fait humides par action chimique. J'ai pris pour cela des mèches de coton ou des bandes de papier imbibées dans de l'eau salée, et je les ai plongées par une de leurs extrémités dans une solution de potasse^ et par l'autre dans une solution d'acide nitrique; puis j'ai disposé ces mèches comme dans l'expérience ordinaire de la grenouille, en les mettant à la place de l'animal.
J'avoue que le sujet mériterait une étude plus longue; néanmoins le petit nombre d'expériences tentées s'accordent à établir qu'en se servant de deux, trois, ou d'un plus grand nombre de ces mèches, on n'obtient pas un courant plus intense que par une seule. Et je ferai remarquer que je n'ai pas négligé de faire ces expériences, soit avec les gre-
(1) Pour concevoir comment une demi-grenouille produit au galyaoomètre un courant égal à celui de la grenouille entière , on peut supposer que cinq exprime le courant de la demi-grenouille, et qu'unie à Tautre demie et en contact avec les lames du galvanomètre , son courant circule à moitié par le fil de l'instrument, et à moitié par l'autre demi-grenouille, considérée comme un arc conducteur. On peut supposer tout autre nombre au lieu de cinq.
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nouilles, soit avec les mèches ou arcs humides, en les tenant^ dans le cas où je les entassais, isolées Tune de l'autre, avec un morceau de taffetas ciré, pour le trait qui n'est pas plongé dans le liquide; précaution qui, du reste, semble inutile.
Quelles sont les parties de la grenouille qui sont absolument nécessaires à la production de son courant? quelles sont les circonstances anatomiques et physiologiques par lesquelles l'intensité de ce coumnt varie? Nous avons toujours dit que, pout obtenir le courant de la grenouille, il faut faire communiquer les deux extrémités du galvanomètre avec le liquide des deux petits verres réunis ensemble par une grenouille préparée et disposée de la manière ordinaire, c'est-à-dire avec un morceau de la moelle épinière et du nerf dans un verre, et avec les jambes dans l'autre, les deux cuisses étant horizontalesJl est facile de s assurer que le contact direct du nerf et du muscle de la jambe n'est pas nécessaire pour avoir les signes du courant propre et les contractions propres. En effet, si l'on prépare une grenouille en lui enlevant la peau tout entière, et si après en lui coupe les os et les muscles du bassin, de manière à avoir son thorax tenant aux membres inférieurs par les nerfs lombaires, on aura les contractions propres en repliant la jambe en contact des yeux, des muscles de la tête ou du dos. — De même, en pliant cette grenouille avec la tête dans une capsule et avec les jambes dans une autre, et en réunissant les deux capsules avec le galvanomètre, on obtient la déviation
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ordinaire due à ua courant des pieds à la tête dans l'ammaL
Afin d'étudier Tinfluence des différentes parties de la grenouille dans ce phénomène, j'ai commencé par enlever tout à fait les deux nerfs spinaux et le morceau de moelle épinière, en laissant cependant les os et les muscles du bassin, et j'ai tenté le courant de la grenouille, ainsi préparée, en faisant plonger dans las deux verres, d'une part le bassin et de l'autre la jambe*. Le courant de la grenouille était dirigé comme dans la grenouille préparée à la Galvani, et était même plus fort. J'ai préparé deux piles de six grenouilles chacune, et je les ai opposées l'une à l'autre : les grenouilles d'une des piles étaient intactes et préparées de la manière ordinaire, et les grenouilles de l'autre étaient sans moelle épi* nière et sans nerfs spinaux, et elles avaient au contraire les os et le muscle du bassin.
Le courant différentiel, quoique petit, était constamment dirigé par la pile composée des gre-r nouilles qui étaient sans nerfs spinaux et qui , au contraire, avaient le bassin intact. J'ai préparé et opposé deux autres piles de six grenouilles chacune. Dana l'uae étaient des grenouilles préparées de la manière ordinaire ; dans l'autre les grenouilles avaient les os et les muscles du bassin, mais elles manquaient de la moelle épinière, des nerfs spinaux et même de tous les nerfs cruraux visibles. Avec cette disposition, j'ai obtenu un faible courant différentieU toujours dirigé par la pile d^p greuouilles
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qui étaient sans moelle épinière et sans nerfs. J'ai encore formé deux autres piles, une de six grenouilles préparées par la méthode ordinaire , et Tautre également de six grenouilles qui manquaient tout a fait de moelle épinière, de nerfs et de tous les os et muscles du bassin. Dans ce cas encore, le petit courant différentiel appartenait à la pile de grenouilleis qui étaient réduites aux cuisses et aux jambes seules. J'obtins aussi ce même résultat en faisant une pile de six grenouilles auxquelles j'avais ôté la moelle épinière, les nerfs spinaux, les os et les muscles du bassin , et de plus tous les filaments visibles des nerfs, ramifiés dans les muscles de la cuisse.
Ces expériences portent évidemment à conclure : 1**. que le courant propre de la grenouille persiste dans sa direction et dans son intensité sans la moelle épinière, sans les nerfs spinaux et cruraux, et quoiqu'elle soit privée de tous les filaments nerveux visibles de la masse musculaire de la cuisse; 2**. l'élément électromoteur de ce courant se réduit aux muscles de la jambe et de la cuisse unis organiquement; 3". quand on laisse à la grenouille préparée à la manière ordinaire sa moelle épinière, ses nerfs et ses ramifications dans les muscles, ces parties nerveuses agissent dans la production du courant, comme le fait la substance musculaire de la cuisse.
Tandis qu'il est difficile d'obtenir les contractions en mettant en contact le nerf et le muscle d'une grenouille préparée depuis quinze à vingt minutes,