‹ Traité des phénomènes électro-physiologiques des animauxChapitre 40 sur 118 · PARTIE I, CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE VU

ces grenouilles , qui , pour être restées plongées dans une atmosphère d'acide carbonique , ne donnaient pas de contractions aussitôt ôtées, les donner de nouveau après avoir été exposées à lair pendant quelques secondes, ou après avoir été lavées.

J'ai essayé ces expériences en employant, au lieu d'acide carbonique, le gaz oxygène, et je n'ai trouvé aucune différence entre ce gaz et l'air atmosphérique.

Je dois noter aus^i que j'ai réussi à diminuer, et même à éteindre tout à fait les signes du courant dans la grenouille, en la préparant et la tenant pendant quelques minutesdans de l'eau presque bouil«lante.

Si l'on prend la moitié d'une grenouille préparée de la manière ordinaire et composée d'une jambe, de la cuisse , de son nerf et d'un morceau de moelle épinière , et si l'on plie la cuisse de cette demi-grenouille en contact de la jambe, on n'obtient jamais les contractions en touchant les nerfs et les muscles de la jambe. Pourvu que la jambe soit écartée un peu de la cuisse, les contractions se montrent de suite, en touchant avec le nerf les mêmes parties qu'on avait auparavant touchées inutilement. Ce même phénomène peut aussi être observé avec le galvanomètre. Si l'on plonge la jambe et la cuisse d'une demi-grenoiiille dans un petit verre , et le morceau de moelle épinière avec une portion du filet nerveux dans l'autre verre , on a avec cette disposition une déviation de l'aiguille à peiue sensible.'

lOi DES PHÉNOi\I£NE$ ÉLECTRO -PHYSIOLOGIQUES*

On considérerait à tort ce résultat comme contraire à ceux très-exacts de Galvani et de M. Humboldt , à savoir que les contractions dues au courant de la grenouille sont d'autant plus fortes que le point du nerf touché par la jambe est loin de son insertion dans les muscles de la cuisse. Dans les expériences de Galvani et de M. Humboldt , le filament nerveux est parcouru par le courant, et il est naturel que les contractions éveillées soient d'autant plus fortes que la longueur de ce filament nerveyx parcouru est plus

grande.

Il me restait , pour compléter l'étude du courant de la grenouille, à déterminer l'influence qu'ont dans ces phénomènes les muscles de la cuisse, ceux de la jambe, ses tendons, etc.

Pour cela, j'ai commencé par composer une pile des jambes seules, que j'ai disposée à l'ordinaire sur le plan isolateur, en mettant en contact avec les tendons de la jambe les extrémités de ces mêmes jambes, dans le point où elles ont été coupées.

J'ai été surpris d'obtenir d'une pile composée seulement avec les jambes , et comparée avec une autre pile du même nombre de grenouilles entières ou demies , un courant qui n'est pas moindre que celui produit par le même nombre de grenouilles entières. La direction du courant de cette pile de jambes seules était toujours des extrémités vers la tête dans la jambe.

J'ai ensuite essayé les cuisses seules, qui étaient tantôt munies du filet ner\^eux et tantôt en étaient

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privées. Dans ces deux cas , des piles de six jusqu'à douze cuisses m'ont donné des signes assez faibles et à peine sensibles de courant. 11 est juste que je fasse remarquer que ce petit signe était, comme à l'ordinaire, dirigé dans la cuisse des extrémités à la tête.

j'ai tenté d'enlever , autant qu'il est possible , la surface tendineuse de la jambe , et j'ai , avec des grenouilles ainsi préparées, construit les mêmes piies^ soit avec les jambes seules , soit avec des demi-grenouilles, ou bien avec des grenouilles entières. Le courant obtenu fut toujours dans le sens ordinaire du courant de la grenouille, et sensiblement plus intense que celui qu'on a dans les mêmes circonstances en laissant intact ie tendon de la jambe.

Ces faits, que j'ai répétés et variés de bien des manières, et qui m'ont toujours donné les mêmes résultats , conduisent à établir : que le courant propre peut s'obtenir par la seule jambe de ia grenouille.

Me voici enfin arrivé au point où je dois m'occuper de résoudre la question de savoir si le courant propre de la grenouille, tel qu'il est manifesté par le galvanomètre, a la même origine que les contractions dans la fameuse expérience de Galvtfni.

Afin d'établir l'origine commune de ces deux phénomènes , il convenait de montrer que les différentes circonstances qui modifient un de ces phénomènes agissent également sur l'autre. 11 est certain que dans toutes les expériences dans lesquelles un arc, ou li-

quide , ou métallique , est établi entre le nerf et les muscles de la jambe d'une grenouille vivace , et récemment préparée ^ il y a contraction , et que cette contraction s'obtient quelquefois à l'instant où le circuit est interrompu. Si cet arc métallique est le cir«* cuit du galvanomètre , il y a en même temps contraction dans la grenouille et déviation dans l'aiguille de l'instrument. Lorsqu'on dispose sur un plan isolateur plusieurs grenouilles en pile, on voit augmenter les signes du courant au galvanomètre. Sans rapporter ici tous les résultats qui démontrent , d'une manière incontestable , cette augmentation du courant de la grenouille par la disposition en piles ^ je me bornerai à en citer un : une grenouille préparée, touchée avec les lames du galvanomètre sur les nerfs spinaux et sur les muscles de la jambe, m'a donné 6^; deux grenouilles, 8**; trois, 13"*; quatre, 18°; cinq, 20'' j six , 24^

Les contractions ;>ropre$ augmentent également par la réunion de deux grenouilles en pile. On observe très-bien ce phénomène en établissant le circuit avec un morceau de papier ou de coton imbibé de liquide. Plus le nombre des grenouilles qui composent la pile est grand, plus les contractions propres sont fortes, et plus il est facile de les obtenir dans le moment où l'on interrompt le circuit. On rencontre souvent des grenouilles dont les muscles sont blanchâtres et imbibés d'un liquide séreux. Avec ces grenouilles, il est rare d'avoir les contractions propres, et de même les signes du courant au galvanomètre sont très-faibles.

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Afin d'être bien certain de ce résultat, j'ai construit deux piles de grenouilles que j'ai opposées l'une à l'autre. Les six grenouilles d'une de ces piles étaient choisies dans l'état que j'ai décrit; celles de l'autre pile étaient robustes et à l'état ordinaire. J'ai eu toujours un courant différentiel très-marqué, et produit par la seconde pile.

J'ai dit qu'en enlevant aux muscles de la jambe toute la surface tendineuse dont ils sont couverts, et en construisant une pile avec des grenouilles ainsi préparées , on obtenait le courant dans le sens ordinaire, et d'une intensité plus forte, en supposant qu'il soit comparé avec une pile construite d'un nombre égal de grenouilles intactes. Il était important de comparer cet effet avec celui qui est produit par la même opération sur les contractions propres.

Selon Galvani et M. Humboldt, les contractions deviendraient plus faibles en enlevant les tendons aux muscles de la jambe. J'ai tenté bien des expériences pour établir avec exactitude l'effet de la présence du tendon. J'ai pris pour cela une grenouille , je l'ai préparée de la manière ordinaire, et je me suis assuré qu'il y avait des contractions propres, quelle que fût celle des deux jambes qui était repliée sur le morceau d'épine ou sur les nerfs spinaux. Ces comparaisons réussissaient encore mieux en y employant des morceaux de papier ou un cordon de coton imbibé dans de l'eau salée, pour faire arc entre le nerf et la jambe , et obtenir les contractions. En opérant

de cette manière , on est plus sûr de toucher également les mêmes parties. Après m'être assuré de l'existence des contractions avec les deux jambes d'une grenouille, j'ai tâché d'enlever avec un rasoir toute la surface tendineuse qui recouvre les muscles d'une des jambes.

J'avais aussi l'habitude de couper les extrémités ou les pâtes pour être certain que toute la partie tendineuse était enlevée. La grenouille ainsi préparée, j'ai ^renouvelé l'expérience , soit en me servant de l'arc de coton imbibé , soit en touchant directement les nerfs et les muscles de la jambe. J'ai fait l'expérience sur les deux jambes avec le même résultat, en les touchant successivement Tune après l'autre. Avec cette manière d'opérer , j'ai agi sur un grand nombre d'individus, et j'ai obtenu pour résultat constant, que les contractions propres subsistent également avec les jambes intactes comme avec les jambes qui manquent de surface tendineuse. La différence qui s'obtient constamment par l'opération susdite, est que les signes des contractions propres obtenues avec les jambes sans tendons s'éteignent beaucoup plus tôt que cela n'arrive en les laissant intactes. Pareille différence est aussi constatée par le galvanomètre. Je dois aussi ajouter qu'en opérant sur des grenouilles très-faibles , et sur quelques autres qui ne donnent les contractions qu'avec une seule jambe , et ne la donnent *pas avec l'autre , il m'est arrivé bien des fois d'obtenir les contractions aussitôt après avoir enlevé le tendon de la jambe et avoir mis les muscles décou-

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