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CHAPITRE VIII

DE LÀ FONCTION DU SYSTÈME NERVEUX DANS LE COURANT ÉLECTRIQUE MUSCULAIRE ET DANS LE GOURANT PROPRE DE LA GRENOUILLE.

En exposant les expériences qui prouvent l'existence du courant électrique musculaire et celle du courant propre de la grenouille , nous avons vu que ces deux courants persistaient également lorsqu'on avait coupé, et même depuis quelque temps , la moelle épinière et les nerfs des animaux soumis à l'ex* périence. Nous avons vu également que le courant propre de la grenouille avait la même direction et la même intensité lorsque les nerfs lombaires entraient dans ie circuit j et qu'ils agissaient comme la partie supérieure de la cuisse dans laquelle ces nerfs pénétraient. La fonction du système nerveux y dans ces courants^ paraissait bien différente de celle qu'on avait toujours .supposée :. en effet, cette fonction semble se réduire à celle d'un corps conducteur du courant développé dans la partie du muscle de laquelle il est le plus rapproché. 11 importait de bien établir cette conséquence.

J'ai préparé rapidement quatre jambes de grenouilles , auxquelles j'ai laissé attaché un long filament nerveux , composé de toute la partie lombaire et de la partie crurale qui est cachée dans la cuisse. Avec ces quatre jambes j'ai composé la pile , en posant le filament nerveux sur l'extrémité de la jambe

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de chaque élément. Cette pile (fig. 19) m'a donné /j.'^à S"" dans le sens du courant propre , c'est-à-dire d'un courant dirigé des pieds à la tête dans la grenouille. Ensuite j'ai replié les filaments nerveux sur chaque jambe , et j'ai de nouveau composé la pile , en faisant toucher directement entre chaque élément l'extrémité supérieure de la jambe sur l'extrémité inférieure. Le courant propre que j'ai obtenu a été de 10° à 12'*, On voit clairement dans cette expérience que le filament nerveux a agi tout à fait comme la partie supérieure de la jambe , ou bien comme l'aurait fait la cuisse si on avait opéré sur la demigrenouille. La présence du nerf n'a produit que Taffaiblissement du courant^ ce qui est bien naturel^ si on réfléchit à la mauvaise conductibilité de la substance nerveuse , à la plus grande longueur du circuit, à son petit diamètre, etCé J'ai préparé huit cuisses de grenouilles, en désarticulant de mon mieu3^ les jambes , et je leur ai laissé le nerf lombaire; ensuite j'ai coupé ces cuisses presque à moitié ^ en ayant bien soin de conserver le filament nerveux; de cette manière, j'obtenais une demi-cuisse, qui était celle du côté de la jambe, et qui était réunie à un long filament nerveux; avec huit éléments pareils j'ai composé ma pile, en posant chaque filament nerveux sur la surface musculaire de chaque demicuisse. CiBtte pile {fig. 20 ) m'a donné \ 1^ de courant musculaire ^ qui était dans ce cas dirigé de l'intérieur du muscle au nerf dans l'animal, ou bien du nerf à la surface du muscle. Dans cette expérience ,

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le filament nerveux agit comme Tintérieur du muscle dans lequel il se ramifie.

Cette même expérience réussit trèa-bien avec les jambes de pigeon ou de lapin. 11 faut découvrir dans ces jambes le filament nerveux ou le nerf crural qui est caché dans le muscle. On compose alors la pile en faisant tomber dans chaque élément le nerf avec la surface du muscle^ au lieu de faire toucher Tintérieur du muscle avec sa surface. Des piles ainsi formées donnent le même courant musculaire, seulement ce courant est, dans tous les cas, plus faible quand le filament nerveux entre dans le circuit.

On voit donc que, soit dans le courant propre de la grenouille , soit dans le courant musculaire, la direction du courant est tout à fait indépendante de la présence du nerf, qui n'agit que comme mauvais conducteur^ représentant l'état électrique de la partie du muscle qui en est le plus rapproché.

Voici d'autres expériences qui établiront encore mieux cette même conséquence. Je suppose avoir préparé des cuisses de grenouilles comme je viens de le dire ^ c'est-à-dire sans jambes et avec leurs nerfs lombaireSé Je coupe ces cuisses à moitié en enlevant la demi-cuisse inférieure, au lieu d'enlever la supérieure , comme on l'avait fait dans l'expérience précédente. Je compose la pile avec ces éléments en faisant toucher le nerf avec l'intérieur du muscle. Cette pile (/î^. 21) me donne le courant musculaire, dirigé toujours de l'intérieur du muscle à la surface, c'està-dire de l'intérieur du muscle au nerf dans ce cas*

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Voici donc la même direction dans le courant musculaire , relativement aux parties mêmes , intérieur etBurface, du muscle : quant au nerf pourtant, la direction du courant vient à être renversée.

Je suppose que l'on répète toutes les expériences que j'ai décrites, en mettant au lieu du filament ner- Ycux une petite bande de papier imbibée d'eau : on trouve, comme j'ai toujours trouvé , que la direction du courant est restée toujours la même, en employant le conducteur humide au lieu du nerf.

C'est ici que je rapporterai une expérience dont le résultat découle nécessairement de ceux que nous avons déjà déduits.

Je suppose qu'on ait préparé des demi*grenouiUes et qu'on ait coupé et enlevé à ces demi-grenouilles la demi-cuisse supérieure. De cette manière , chaque élément se trouve composé de la jambe réunie à sa demi-cuisse. Une pile {fig. 22) composée avec ces éléments qui se touchent entre eux par la partie inférieure de la jambe et par l'intérieur du muscle de la demi-^cuisse , donne un courant qui est dirigé dans le sens du courant propre de la grenouille, mais qui est beaucoup plus faible que celui qui serait donné par une pile composée d'un nombre égal de demi-grenouilles entières.

Ce résultat est une conséquence nécessaire de l'existence dans le même animal , la grenouille , du courant propre et du courant musculaire : rappelonsnous que la. jambe seule de la grenouille donne le courant propre, et n'oublions pas que le courant

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musculaire donué par la demi-cuisse est dirigé tou^ jours de Tiniérieur du muscle à la surface dans ranimai. Il en ressort par conséquent que dans la pile précédemment décrite {fig. 22), il doit y avoir deux courants circulant en sens contraire, qui de* vront nécessairement s'affaiblir réciproquement. Et puisque dans cette même disposition on obtient un courant dirigé dans le sens du courant propre, il faut conclure que ce courant est dans les membres de la grenouille plus intense que le courant musculaire. J'ai fait cette même expérience en laissant le filament nerveux lombaire et en partie le crural réunis à la demi-cuisse et à la jambe. J'ai composé la pile en faisant toucher ensemble le nerf et l'extrémité de la jambe. Le courant que j'ai obtenu, quoique encore plus faible que celui de l'expérience précédente « a été toujours dans le sens du courant propre. En mettant au lieu du nerf une bande de papier imbibé d'eau, la direction du courant n'a pas changé. •

La fonction du nerf se trouve donc, par ces expériences, bien nettement établie : son rôle est toujours celui d'un corps faiblement conducteur, qui représente l'état électrique de la partie du muscle dont il est le plus rapproché.

Je ' rapporterai enfin une autre expérience qui confirmera ce résultat. J'ai j^paré des demi-cuisses de grenouilles qui étaient réunies à leurs nerfs lom-^ baires. J'avais désarticulé les. jambes le mieux possible pour avoir le moins d'intérieur du muscle découvert; j'avais fait de même pour la partie supé-

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rieure de la cuisse en enlevant le bassin. Mais pour lîeux qui ont un peu présente l'anatomie de la grenouille, il est facile de concevoir que , en enlevant le bassin, il est impossible de ne pas avoir à la partie supérieure de la cuisse une petite portion de Tintérieur du muscle mis à nu. Une pile composée avec ces éléments , dans lesquels le nerf est posé sur la surface du muscle de la partie inférieure de la cuisse, m'a donné des signes très-faibles de courant électrique, et il a fallu employer de quinze à vingt éléments réunis pour parvenir à un résultat bien constant. Le courant qu'on obtient ainsi est toujours dirigé comme le courant musculaire de la partie supérieure de la cuisse à la partie inférieure , c'est-àdire de l'intérieur du muscle à sa surface. L'intérieur du muscle est dans ce cas représenté par la petite portion intérieure du muscle qui est mis à nu en coupant le bassin. Le nerf entrant dans le circuit, on le voit fonctionner comme la partie intérieure du muscle avec laquelle il est en contact. Si l'on coupe ces cuisses à la moitié , de manière à enlever les demi-cuisses inférieures, on pourra composer avec les demi-ciiisâes qui restent réunies aux nerfs lombaires deux piles différentes. Nous avons déjà parlé dans ce Chapitre d'une de ces deux piles : c'est celle qui est obtenue m plaçant le nerf en contact avec l'intérieur de la euisse coupée par moitié. La pile (fig'. 21 ) ainsi formée donne le courant musculaire dirigé dans l'animal, de l'intérieur du muscle au nerf lombaire, si ce nerf entre dans le

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circuit. Mais on peut encore disposer la pile différemment, en posant le filament nerveux sur la surface musculaire de la demi-cuisse. Dans cette disposition {fig. 23), l'intérieur du muscle n'intervient plus, et le courant bien plus faible que le précédent qu'on obtient est dirigé comme si la cuisse entière était dans le circuit, c'est-à-dire de la partie supérieure de la demi-cuisse ou du nerf lombaire à la surface du muscle dans l'animal. Nous avons déjà dit que ce courant musculaire était dû à la petite portion du muscle qui était mis à nu en coupant le bassin.

Le courant obtenu dans la pile {fig. 21 ) est donc un courant différentiel qui circule dans le sens de celui des deux courants musculaires qui est dû à la plus grande portion de l'intérieur du muscle mis à découvert et faisant partie du circuit.

C'est à cette occasion que je dois parler des expériences faites par MM. Pacinotti et Puccinotti. Ces deux savants faisaient leurs expériences en plongeant les deux lamés du galvanomètre l'une dans les muscles, l'autre dans le cerveau d'un animal vivant. En faissmt cette expérience sur un grand nombre d'animaux, ces observateurs ont obtenu une déviation assez grande dans Taiguille de leur galvanomètre due à un courant constamment dirigé du cerveau aux muscles de l'animal. Ils ont trouvé que ce cou* rant n'avait pas la même intensité dans touA les aniihaux, et qu'en tenant le circuit fermé , il y avait^ dans quelques ead trèd^^rares , une augmentation dans

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le courant, et que cela avait lieu lorsque Taiiimal était pris par des contractions très-fortes. J'avoue que, quand j'ai pensé à répéter ces expériences, j'aurais voulu trouver une méthode plus convenable et plus a l'abri de toute objection que celle employée par les deux observateurs pisans.

En effet , toutes les fois qu'on introduit la lame métallique dans le cerveau , il s'ensuit une grande < hémorrhagie, et la lame du cerveau se trouve ainsi mouillée de sang. Il y a plus> la lame du cerveau est toujours plongée après l'autre dans le but de conserver l'animal vivant pour le moment où le circuit doit être fermé.

Or nous savons qu'il y a un courant dirigé du sang à l'eau dans l'arc liquide; nous savons également qu'en plongeant les deux lames de platine du galvanomètre l'une après l'autre, il y a un courant dirigé dans le liquide de la lame plongée la dernière à l'autre restée dans le liquide. Si l'on admet que ces deux causes interviennent dans les expériences dont je parle , .on trouvera naturel que le courant soit dirigé dans l'animal de la lame plongée dans le cerveau à celle plongée dans le muscle. Ne pouvant pas changer fondamentalement la méthode de ces expériences, j ai tâché d'opérer de manière à établir la part qui était due dans leurs résultats aux deux causes soupçonnées. J'ai employé des lames de platine réunies au galvanomètre , après les avoir vernies en grande partie et ne laissant découverte qu'une surface à peine d'un demi*-eentimètre carré. J'ai éga-

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lement tâché de découvrir le cerveau sur le pigeon le mieux que je pouvais , et d'y enfoncer la lame en répandant le moins de sang possible : quelquefois l'expérience réussit presque parfaitement. J'ai, dans d'autres expériences, plongé dans le cerveau une des deux lames du galvanomètre avant celle qui doit être introduite dans les muscles ; enfin y au lieu d'introduire une des deux lames dans les muscles , je me suis borné à en toucher la surface. Je dois dire que, malgré ces différences dans la manière d'opérer, la déviation obtenue dans 1^ première immersion a été toujours dans le même sens , c'est-à-dire que le courant a été dirigé du cerveau aux muscles dans l'animal. L'intensité du courant est très-variable : j'ai obtenu quelquefois 80** et même davantage , et quelquefois 40° à 15°, et, toujours dans la première immersion. J'ajouterai encore que ce courant ne persiste dans sa direction que pour la première immersion. A la seconde ou à la troisième immersion, le courant est très-affaibli , et très-souvent le sens en est renversé. J'ai également vu en laissant le circuit fermé, que pendant les contractions de l'animal, quelquefois la déviation devenait plus grande ; mais il est difficile de ne pas rapporter ce résultat au frottement des lames dans Tintérieur des blessures. En effet, sans les contractions de l'animal, si l'on fait un peu mouvoir les deux lames dans l'intérieur des blessures, la déviation est presque toujours rendue plus grande.

Pour admettre les mêmes conséquences que

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MM, Pacinotti et Puccinotti ont tirées de leurs expériences , il faudrait dire que le système "nerveux réuni dans le cerveau fonctionne comme la partie intérieure des muscles dans lesquels ce système est ramifié. Il ne serait pas moins difficile pourtant, malgré cette hypothèse, de concevoir comment la direction du courant est la même en touchant avec lune des lames indifféremment l'intérieur du muscle ou sa fiurface.

De nouvelles expériences éclairciront ce point.

A part les expériences dont nous avons parlé en dernier lieu, il est bien établi par mes recherches, que la fonction des nerfs dans le courant musculaire et dans le courant propre de la grenouille se réduit simplement à celle d'un corps très-peu conducteur, qui représente l'état électrique de la partie du muscle, intérieur ou surface, avec laquelle il est le plus rapproché.

Le système nerveux doit vraisemblablement exercer ràr ces courants une autre action plus détournée que celle précédemment établie. C'est celle de l'influence du système nerveux dans la nutrition des muscles; mais il nous est impossible de le prouver par des expériences directes.

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