‹ Traité des phénomènes électro-physiologiques des animauxChapitre 43 sur 118 · TCES THÉORIQL'ES SUR LA CAUSE DU COURANT ÉLECTRIQUE MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

TCES THÉORIQL'ES SUR LA CAUSE DU COURANT ÉLECTRIQUE MUSCULAIRE

Les résultats auxquels nous sommes parvenlis sont bien loin de prouver l'existence de rélectricité libre dans les animaux vivants. Ces mêmes résultats ne conduisent pas non plus à conclure la circulation de rélectricité dans les filaments nerveux répandus dans les musdies des animaux vivants. Il est également bien prouvé que les signes du courant que nous avons trouvés dans les masses musculaires persistent sans l'intégrité du système nerveux, et même après que ce système a cessé d'être capable, étant irrité, d'éveiller les contractions. Les signes du courant électrique apparaissent dans les masses musculaires lors-< que le circuit est établi avec un conducteur quelconque , entre les deux parties de ces masses qui diffèrent très-probablement entrç elles de structure et de fonction : c'est entre Tintérieur du muscle et sa surface qu'on trouve toujours le courant dirigé dans le muscle même de l'intérieur à la surface; et comme les signes du courant électrique que nous avons obtenus, quoique plus ou moins persistants après la mort de l'animal, cessent toujours après un certain temps, qui est d'autant plus grand que l'animal appartient à un ordre plus inférieur, il faut bien conclure que , pour la production de ce courant, la disposition organique qui constitue la fibre musculaire vivante est aussi nécessaire que Vac*

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tion quelconque qui la maintient dans un tel état. Ceci «st d'ailleurs confirme par l'influence exercée sur le courant musculaire , par la circulation du sang, par la rougeur des masses musculaires^ par leur état d'inflammation, etc.

Ces conclusions découlent nécessairement de l'expérience. N'est-il pas naturel de supposer que la nutrition, telle qu'on la conçoit dans le muscle et dans toutes les parties des animaux vivants, développe de l'électricité? Il serait bien difficile de ne pas l'admettre. En effet, il est aujourd'hui bien prouvé que l'action de l'oxygène du sang artériel se porte sur tous les points d'un corps vivant, que toutes les parties de l'organisme sont incessamment renouvelées, et que partout une espèce de combustion aocompagne ce renouvellement, qu'il y a développement d'acide carbonique et dégagement de chaleur. Or nous ne pouvons pas admettre qu'une telle action chimique ait lieu sans développement d'électricité.

Un exemple pris dans des phénomènes tout à fait inorganiques nous mettra à même de comprendre comment l'action chimique qui intervient dans la vie du muscle peut développer l'électricité , qui est mise en évidence avec le procédé que nous avons employé.

Lorsqu'une lame métallique plongée dans d^ l'eau acidulée est oxydée par l'oxygène de cette eau , et ensuite dissoute dans lacide , nous admettons qu'une énorme quantité d'électricité est dévelopipée pendant

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celte action; nous ajoutons encore qu'au fur et à mesure que les deux états électriques se dégagent , ils se recomposent et se neutralisent ainsi. Ce n'est qu'avec des dispositions convenables dans l'expérience que nous parvenons à obtenir libre l'électricité qui est développée dans l'action chimique. Réunissons à cette lame métallique , qui se dissout dans Tacide , une autre lame qui ne soit pas attaquée, et faisons que cette seconde lame métallique plonge aussi dans l'eau acidulée. Le circuit se trouve par là établi et le courant électrique circule du métal attaqué à l'autre dans ce liquide , et de celui-ci au premier dans l'arc métallique.

La lame métallique attaquée est dans le phénomène du courant musculaire représentée par la fibre même du muscle : le sang artériel , c'est le liquide acidulé. La surface du muscle, ou tout autre corps conducteur qui n'est pas fibre musculaire, mais qui est à son contact , représente la seconde lame métallique qui ne souffre pas l'action chimique, et qui sert seulement à former le circuit. La direction du courant musculaire est bien celle qu'il aurait , en la supposant due à une action chimique telle que nous nous la sommes représentée , et qui se passerait dans le muscle.

Le système nerveux peut ainsi agir de deux manières bien distinctes dans la production du courant musculaire. C'est lace que nous avons trouvé à l'aide de l'expérience.

11 agit d'abord comme tout conducteur impar-

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fait qui fait partie d'un circuit^ et qui n'est pas la source de rélectricité; il représente l'étaj; électrique de la masse musculaire , intérieur ou surface , dont il est le plus rapproché. Cette première fonction du nerf est purement physique. Le système neiw veux doit agir encore pour la conservation de la cause qui dégage Télectricité, car la nutrition s opère sous rinfluence de ce système; mais comme on ne peut pas admettre que l'action chimique qui intervient dans la nutrition soit immédiatement arrêtée ou suspendue en coupant le nerf qui est ramifié dans une certaine partie du corps vivant^ il arrivera que le courant électrique musculaire pourra persister même après que Ton aura coupé le nerf du muscle. L'intégrité du système nerveux n'est donc pas directement nécessaire dans la production du courant électrique musculaire , et cette Intégrité l'est plus ou moins, comme l'expérience le prouve, suivant que la vie de l'animal est plus ou moins centralisée.

Ces vues hypothétiques, qui me semblent satisfaire d'une manière générale à l'explication du courant musculaire , et qui sont conformes aux théories ac-tuelles de l'électricité , ne peuvent pas malheureusement s'étendre aussi bien aux phénomènes du courant propre de la grenouille. :

J'ai cherché inutilement l'existence d'un courant électrique analogue au courant propre de la grenouille, dans un très-grand nombre d'animaux, je n'ai jamais trouvé que le courant musculaire. Lesani-

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maux les plus rapprochés de la grenouille ^ des sala-* mandresy des anguilles , des tortues , ne m'ont ja-mais donné que le courant musculaire ; dans tous les cas, il a fallu invariablement, pour obtenir les signes d'un courant électrique, avoir dans le circuit l'intérieur du muscle et sa surface. Dans la seule grenouille on trouve en même temps le cou-*, rant musculaire et le courant propre qui existe, sans altérep le muscle, sans mettre à nu sa partie in*^ terne, et qui est dirigé de la surface du muscle à son nerf dans l'animal.

En comparant entre elles les circonstances qui influent sur ces deux courants, on peut dire qu'elles se ressemblent entièrement : ce qui augmente ou affaiblit l'intensité de l'un de ces courants produit surj l'autre le même effet. La seule différence remarquable qui existe entre les deux courants est celle de la persistance plus grande du courant propre après la mort de l'animal. Une pile d'un certain nombre de demi--cuisses de grenouilles ne donne plus de courant musculaire, longtemps avant qu'une autre pile d'un même nombre de grenouilles entières ou de jambes de grenouilles cesse de montrer les signes du courant propre.

Ck)mment peut-on trouver^ dans une demi-gre-« nouille, la cause d'un courant électrique? comment TBçptocher l'origitie quelconque de ce courant de celle du courant musculaire ?

Les explications qu'on a données du courant propre de la grenouille peuvent se réduire à deux. Dans

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Tune on admet que ce courant est dû à l'inégale température du muscle et du nerf; cette inégalité serait due à la différence de l'évaporatien dans ces deux parties de l'animal. Le courant propre deviendrait ainsi un courant thermo-électrique. Quiconque a parcouru avec un peu d'attention ces recherches, s'apercevra bien aisément qu'il est impossible de donner du courant propre une explication plus contraire aux faits. Un courant qui n'est sensible qu'à un galvanomètre à long fil , qui traverse des couches liquides assez épaisses , quon obtient en faisant tou« cher muscle a muscle^ qui se produit en tenant les parties animales plongées dans l'eau , ne peut être certainement un courant d'origine thermo-électrique. Dans l'autre hypothèse , on admet que le courant propre est dû à une action électro-chimique , et il faut pour cela supposer que la jambe de la grenouille soit chargée d'alcali ou de sels, tandis que la cuisse ou le nerf lombaire contiendrait de l'acide ou de Teau moins salée. Mais quelle est l'analyse chimique de ces parties de la grenouille qui nous autorisera à faire ces hypothèses? Et en-suite comment entendre dans cette explication électro-chimique du courant propre de la grenouille l'influence que nous avons trouvée de Thydrogène sulfuré , de l'état tétanique ^ du froid , de l'état d'inflammation,, etc. , sur ce courant même? Comment expliquer Texistence de ce courant dans la seule jambe , la durée , toujours courte , de ce courant?

Nous pouvons donc chercher encore la cause du

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courant propre et de son rapprochement du courant musculaire. 11 m'est impossible, en effet , de faire une réponse à ces questions. Je me bornerai à une seule remarque , dans le but de détruire une espèce d'opposition qui n'est qu'apparente entre le courant musculaire et le courant propre de la grenouille. Dans la demi-cuisse de la grenouille, qui est prise du côté de la jambe, le courant musculaire est dirigé de la tète aux pieds : en prenant la demi-grenouille ou la seule jambe , le courant propre est dirigé des pieds à la tête. Enfin, si on prend la demi-cuisse supérieure du côté du bassin, son courant musculaire sera dirigé des pieds à la tête.

Dans le premier exemple du courant musculaire i on pourrait voir une direction contraire à celle du courant propre; mais dans l'exemple de la demicuisse isupérieure prise du côté du bassin, le courant musculaire se trouve dirigé comme le courant propre. L'opposition dans la direction des deux courants n'est qu'apparente, et en parlant le langage des faits, on doit dire que le courant musculaire est toujours dirigé dans lanimal de l'intérieur du muscle à la surface.

En voulant rapprocher l'origine du courant propre de celle que nous avons admise pour le courant musculaire, nous devrions supposer que, par une liaison qui nous est tout à fait inconnue, et qu'il appartient peut-être à l'anatomie de découvrir , la surface tendineuse qui compose la plus grande partie de la jambe de la grenouille f représente Tintérieur

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du muscle ; mais tout cela doit rester dans le domaine des vagues et pures hypothèses.

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