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CHAPITRE III

SUR l'action Dr COURANT ÉLECTRIOCE QUI TRAVERSE TN NERF NOIIMALEMENT A 8A LONGUEUR.

La première fois que j'ai cherché à étudier cette action, je l'ai fait en appliquant les deux pôles de la pile vis-à-vis l'un de l'autre sur le nerf sciatique préparé sur un lapin ou sur une grenouille. Il était presque impossible, surtout à cause du petit diamètre du nerf, d'avoir les deux pôles exactement sur la même ligne, et on pouvait toujours supposer qu'une portion du courant parcourait le nerf obliquement. Toutefois , je n'ai pas tardé à m'apercevoif que les contractions qui étaient excitées dans cette manière d'opérer, étaient plus faibles qu'à l'ordinaire, et que quelquefois elles manquaient entièrement. Malgré cela, je doutais toujours que cet effet fût dû à la trop petite étendue du nerf qui était parcourue par le courant. J'ai changé la disposition de l'expérience , et voici comment je suis parvenu à découvrir quelle est la véritable action du courstnt ainsi dirigé. J'ai

préparé une grenouille à la manière de Galvanî , et je l'ai coupée ensuite à moitié. J'ai ainsi deux demigrenouilles ; chacune desquelles a son nerf lombaire attaché. Je prends une de ces demi-grenouilles , je lui lie la patte avec un fil quel qu'il soit , et je la suspends de manière que son nerf presque entier soit plongé dans de l'eau contenue dans une capsule. En laissant au nerf lombaire attaché un morceau d'épine, le nerf, au lieu de flotter horizontalement sur l'eau, y reste plongé verticalement. Il est trèsfacile de concevoir comment avec un crochet auquel un petit poids est attaché , on peut obtenir que le nerf reste tou* à fait vertical dans l'eau. J'ai fixé au bord du verre et sur deux points diamétralement opposés deux fils métalliques qui plongent au même niveau à la distance de quelques millimètres du nerf. J'ai couvert de vernis les deux fils dans toute leur surface , excepté les extrémités qui sont près du nerf. Quand les choses sont ainsi disposées , je fais passer, par les deux fils un courant électrique. J'ai employé des piles composées de quinze à vingt, et jusqu'à quarante-cinq couples , sans jamais obtenir aucun signe de contraction dans la grenouille. II n'y avait qu'à forcer le nerf à se tenir horizontalement , ou bien à faire plonger les deux fils à un niveau différent, pour voir aussitôt les contractions. Dans cette expérience, quoique le nerf soit tenu vertical, il y a certainement une étendue assez grande de filaments nerveux qui est traversée par le courant; mais n'oublions pas que c'est toujours normalement à la

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longueur du nerf que les filets du courant passent par le nerf.

Je décrirai encore une autre manière d'opérer qui conduit aux mêmes résultats. Je prépare deux jambes de grenouilles, en leur laissant les filaments nerveux. Je dispose ces deux jambes sur un plan isolant, de manière que les deux nerfs se coupent à angle droit ( fig. 32 ). Je coupe un de ces nerfs à moitié , et j'éloigne également les deux extrémités, nouvellement formées, de trois ou quatre millimètres du nerf laissé intact. Je fais alors tomber une goutte d'eau distillée sur le point où les deux nerfs s'entre-croisaient : la goutte s'étend en réunissant ainsi les extrémités du nerf coupé. Quand les dispositions de l'expérience sont ainsi faites, je touche sur les points a et ft du nerf coupé avec les extrémités d'une pile d'un certain nombre de couples. De cette manière , la goutte d'eau est parcourue par le courant qui traverse par conséquent le nerf interposé, la goutte d'eau étant si mince que l'on ne peut pas supposer que le courant circule entièrement par elle. On peut encore , sans employer la goutte d'eau , réunir les deux extrémités du nerf coupé avec une couche, d'eau étendue avec un pinceau. Le courant passe, la jambe dont le nerf est touché par les extrémités de la pile se contracte, tandis que l'autre qui est traversée normalement par le courant reste tranquille. 11 n'y a qu'à disposer les pôles de manière que ce second nerf soit parcouru obliquement par le courant pour y voir tout de suite les contractions excitées. Je dois

222 DES PUÉNOiMElHBS BJLBCTHO^PBYaiOLOGlQUBS.

avouer que bî dans cette expérience on fait usage d'un courant dû à un grand nombre de couples, on aura encore la contraction quand le nerf est traversé normalement.

Il est donc bien prouvé que le courant électrique qui traverse un nerf normalement à sa largeur, est toujours moins propre à éveiller les contractions dans les muscles dans lesquels ce nerf est ramifié, que lorsque ce même courant parcourt longi*udinalement la même étendue du nerf.

La première fois que j'ai découvert cette action du courant, dirigé normalement dans le nerf, j'ignorais des observations que Galvani avait faites et qui conduisaient aux mêmes résultats. J'ai vu que tout récemment M. Guérard les a confirmées.

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