PARTIR II, CHAPITRE IV
du point où se fait la fermeture et la rupture du circuit, on éprouve une série très-vive de commotions. Quand la vitesse de rotation est très-grande, ces commotions successives font éprouver dans les membres une tension douloureuse dont l'effet, indépendant de la volonté, est celui de ne pas permettre à l'expérimentateur d'abandonner le conducteur métallique qu'il a saisi; au contraire, les mains serrent ces conducteurs avec plus de force. Manon a pu ainsi, avec une pile d'un petit nombre d'éléments, tuer un-cbat en quatre ou cinq minutes. U-n fait très-important, et qui a été encore découvert par M. Masson , c'est que , si la vitesse de la roue augmente, la sensation et les secousses finissent par disparaître. Pouillet a trouvé que, lorsque la durée des intermittences est d'environ de seconde, il est impossible de distinguer la discontinuité du passage du courant électrique , c'est-à-dire que l'effet produit est le même que si le courant était continu.
§. II. Ligature du nerf. — On sait ce qu'il arrive lorsqu'un nerf est lié sur un animal vivant ou récemment tué : si on irrite la partie qui est au-dessus de la ligature , c'est-à-dire colle qui est du côté du cerveau , on n'observe aucune contraction dans les muscles inférieurs, et l'animal ne fait que crier et éprouver de la douleur. Si, au contraire, c'est la partie qui est au-dessous de la ligature qui est irritée, l'animal est pris par des contractions trèsfortes dans les muscles inférieurs, sans qu'il donne aucun signe de douleur.
236 DES WlésOMÈJÏES électro-physiologiques.
Voyons maintenant ce qui arrive lorsque le corps stimulant est le courant électrique. On a étudié depuis longtemps l'influence de la ligature du nerf en le soumettant au passage du courant, soit au-dessous soit au-dessus de la ligature. On avait cru d'abord que la ligature du nerf agissait sur les effets du courant électrique comme pour les autres stimulants : ensuite on a changé d'avis et on peut lire dans des ouvrages célèbres de Physiologie, que la ligature du nerf n'empêche pas l'action d'un courant électrique qu'on fait agir au-dessus de la ligature. Aux premiers essais que j'ai tentés, j'avais cru qu'effectivement la ligature n'empêchait pas tout à fait l'action du courant supérieur, car j'avais cru observer encore des contractions, quoique très-faibles, dans les muscles inférieurs. Pour me mettre à l'abri de toute erreur, j'ai opéré de la manière suivante : j'ai pris une grenouille, préparée comme à l'ordinaire, et je l'ai coupée par moitié; j'ai suspendu à un fil de soie, lié autour du morceau de la moelle épinière, une des demi-grenouilles (fig. 30); j'ai lié avec un fil quelconque son nerf lombaire à peu près au milieu, et j'ai serré le nœud jusqu'à ce que j'aie vu des contractions dans la jambe. Alors j'ai fait passer un courant d'une pile de quinze couples audessus de la ligature, en tenant les pôles le plus éloignés possible l'un de l'autre. Je n'ai observé aucune contraction, quelle que fût la direction du courant , ni en fermant , ni en ouvrant le circuit : au contraire, les contractions les plus fortes étaient