‹ Traité des phénomènes électrophysiologiques des animauxChapitre 50 sur 187 · PARTIE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE VI

ordinaire», et les éléments de l'autre étaient formés avec des muscles de grenouilles assoupies par les narcotiques. Malgré un très-grand nombre d'expériences, je n'ai jamais réussi à obtenir des sigrteâ constants et assez forts d'un courant différentiel. Je dois donc conclure que l'influence des poisons narcotiques est à peu près nulle sur l'intensité du courant musculaire; j'ai même, dans un seul cas, observé, et d'une manière tien distincte , que l'action du poison narcotique en très-faible dose , avait augmehté les signes du courant musculaire. Il est inutile de dire qu'en prolongeant pour longtemps l'action dé ces poisons, et en les employant à de très-fortes doses, de manière à tuer les grenouilles, on peut alors trouver quelque diminution dans l'intensité du courant musculaire : c'est comme si l'on employait les grenouilles mortes depuis un certain temps. En opérant sur des muscles de pigeon, soumis au même traitement que les grenouilles, je suis parvenu aux mêmes conclusions.

J'ai mis sous une cloche de verre un certain nombre de grenouilles : la cloche était disposée de manière à ce que l'on pût y introduire un courant d'acide carbonique. Les grenouilles Commencént par sauter, ouvrent la bouche , et après quinze ou vihgt minutes, elles restent sans mouvement et l'on dirait qu'elles sont mortes. Effectivement, si on ne les retire pas de l'acide carbonique, on ne parvient plus à les sauver.

J'ai préparé rapidement des grenouilles au mo-

ment même où elles restaient sans mouvement, et dans le même temps, un aide préparait des grenouilles qu'on avait laissées dans l'état normal. De cette manière, j'ai pu comparer deux piles formées l'une avec des grenouilles à l'état ordinaire, l'autre avec des grenouilles qu'on avait tenues dans l'acide carbonique. Je ne rapporterai pas ici les nombres obtenus dans six expériences que j'ai tentées dans ce but : le résultat a toujours été le même. Le courant musculaire des grenouilles assoupies dans l'acide carbonique a la même intensité et la même direction qu'a ce courant dans les grenouilles ordinaires. J'ai vérifié ce résultat avec les muscles d'un pigeon tué dans l'acide carbonique : on avait eu soin de tuer l'autre pigeon qui n'avait pas subi ce traitement, au moment même où l'on s'apercevait de la mort de celui qui était dans l'acide carbonique.

Avec le même appareil, j'ai pu soumettre des animaux à l'action de l'acide hydro-cyanique, de l'hydrogène arséniqué et de l'hydrogène sulfuré.

M. Piria , mon collègue et ami , a bien voulu iu'aider dans ces expériences; je le prie de recevoir ici mes remercîments publics. En faisant ces expériences avec des grenouilles, j'avais soin de tuer des grenouilles ordinaires au moment même où je voyais chanceler celles qui étaient soumises à l'action des poisons gazeux. J'ai trouvé que le courant musculaire des grenouilles empoisonnées avec l'acide hydrocyanique ou avec l'hydrogène arséniqué, avait la même direction et à peu près la même intensité que

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le courant musculaire des grenouilles auxquelles on n'avait pas fait subir l'action de ces poisons.

J'ai dit que l'intensité des deux courants musculaires était à peu près la même, ayant toujours observé un très-petit courant différentiel dans le sens des grenouilles qu'on n'avait pas empoisonnées : j'ai vérifié sur les pigeons ces mêmes faits.

L'influence de l'hydrogène sulfuré sur l'intensité du courant musculaire est au contraire plus remarquable et mérite d'être signalée. 11 est inutile de dire que j'ai opéré avec ce gaz comme avec les autres. J'ai opposé deux piles dont chacune était de douze éléments, formés de demi-cuisses de grenouilles. Douze de ces demi-cuisses appartenaient à des grenouilles ordinaires, et les douze autres de la seconde pile appartenaient à des grenouilles tuées dans l'hydrogène sulfuré. Le courant différentiel de ces deux piles opposées , a été de 26° dans le sens des grenouilles ordinaires : la pile de ces grenouilles donnait 30°, et l'autre des grenouilles tuées dans l'hydrogène sulfuré donnait 5° à 6°, qui étaient toujours dans le sens du couraut musculaire. Dans une autre expérience , avec deux piles dont chacune était formée de huit éléments, j'ai obtenu 15° de courant différentiel dans le sens de la pile des grenouilles ordinaires.

Dans une troisième expérience, avec deux piles chacune de sept éléments, j'ai obtenu 12° de courant différentiel, et toujours dans le sens de la pile composée de grenouilles qui n'avaient pas subi l'action de l'hydrogène sulfuré. J'ai déterminé le courant de

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ces deux piles séparément, quinze minutes après leur préparation : la pile des grenouilles ordinaires m'a donné encore 15°, tandis que l'autre a produit une déviation à peine sensible.

En opérant sur des pigeons , je suis parvenu à des résultats tout à fait semblables. J'ai mis un pigeon sous une cloche dans laquelle j'ai fait entrer un peu d'hydrogène sulfuré ; l'animal est mort presque instantanément, et dans le même temps j'ai tué un autre pigeon; j'ai préparé rapidement ces deux pigeons de manière à former des piles musculaires que j'opposais l'une à l'autre, en opérant suivant la méthode que j'ai décrite bien des fois. J'ai obtenu dans tous les cas un courant différentiel très-sensible. Avec deux piles, chacune de sept éléments, j'ai obtenu successivement 15° , 10°, 8° de courant différentiel dans le.sens du pigeon qui n'avait pas subi l'action de l'hydrogène sulfuré.

Nous pouvons résumer dans les termes suivants les résultats principaux rapportés dans ce chapitre : 1 intensité du courant électrique musculaire varie pour les animaux à sang froid proportionnellement à la température du milieu dans lequel ils ont vécu pendant un certain temps : la durée de ce courant après la mort est d'autant moindre, que l'animal est plus élevé dans l'échelle des êtres : l'intensité du courant musculaire varie avec le degré de nutrition du muscle , et il est toujours plus fort dans les muscles qui sont engorgés de sang et enflammés : ce courant est tout à fait indépendant de l'intégrité du sys-

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tème nerveux moteur et sensorial, et de Inactivité de ce système ; l'influence des poisons narcotiques est nulle ou très-faible sur ce courant : parmi les différents poisons gazeux, l'hydrogène sulfuré seulement agit d'une manière remarquable pour affaiblir l'intensité du courant musculaire : la direction du courant musculaire est constante dans tous les cas.

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