PARTIE I, CHAPITRE VII
couronne de Yolta, en employant unê série de capsules ou de petits verres, dans chacun desquels on fait plonger les jambes et les nerfs des deux grenouilles voisines. Avec des piles semblables, on obtient des déviations de 20°, 30°, 40°, 60°, etc., proportionnellement au nombre des éléments, et suivant toutes les autres circonstances que nous avons déjà établies. En employant, au lieu d'eau distillée, une solution légèrement salée pour remplir les capsules de la pile, on obtient avec le même nombre d'éléments des déviations beaucoup plus grandes. On a le môme résultat avec de Veau légèrement alcaline. Les déviations sont encore plus grandes, si le liquide des capsules est légèrement acidulé.
Dans tous les cas, quel que soit le liquide employé dans les capsules, la direction du courant propre est toujours la même, c'est-à-dire que ce courant est toujours dirigé des pieds à la tête dans la grenouille. En même temps qu'on obtient la déviation dans l'aiguille, on voit toutes les grenouilles se contracter ; ces contractions ne sont autre chose que le phénomène observé la première fois par Galvani. Toutes les fois que la grenouille est robuste et rapidement préparée, on la voit se contracter, quel que soit l'arc conducteur avec lequel on réunit les nerfs et les muscles de la grenouille. C'est ainsi que la grenouille se contracte, en employant pour arc entre ses nerfs et ses muscles, une mèche de colon ou une bande de papier imbibée d'eau; on peut également employer une masse d'eau, en tenant la grenouille
avec la main, et en la faisant toucher sur la surface de l'eau avec ses nerfs, et avec ses jambes au même moment. On la voit encore se contracter, si on la tient avec la main par ses nerfs ou par ses jambes, et en la plongeant ainsi dans de l'eau par ses jambes ou par ses nerfs. Dans ce cas, le circuit est établi entre le liquide, le sol, et le corps de l'observateur. En effet, la contraction de la grenouille manque , si la grenouille est soutenue par un corps isolant, ou si le liquide touché est contenu dans un récipient isolé. Enfin , la contraction propre (1) de la grenouille peut s'obtenir avec un fil métallique quelconque , à l'aide duquel on ferme le circuit entre ses nerfs et ses muscles.
Galvani avait raison de regarder ce fait comme la preuve de l'existence d'un courant électrique propre de la grenouille, et indépendant de toutes les hétérogénéités que Voita voulait voir dans les deux extrémités de l'arc métallique. Lorsque la contraction propre a lieu en même temps que la déviation produite par le courant propre, il faut admettre que c'est le fil du galvanomètre qui forme le circuit.
Pour voir les contractions propres dans les grenouilles disposées à pile , il faut nécessairement enlever tout le bassin de ces grenouilles , et quand on les dispose dans la pile à couronne, il ne faut pas
(1) J'appellerai désormais contraction propre celle qui est produite par le courant qu'on est convenu de nommer courant propre de la grenouille.