PARTIE I, CHAPITRE XV
gane, en laissant intact le tronc nerveux extérieur. Si ce tronc vient à être touché par le pôle positif, les indices de la décharge manquent. J'ai lié les nerfs, et les décharges ont manqué encore quand le courant passait. Si les torpilles sont mortes depuis quelque temps, l'action du courant électrique que nous avons décrite plus haut, sur les nerfs de l'organe, et sur le cerveau réuni à l'organe, est entièrement détruite, et on tenterait inutilement de la reproduire par un plus grand nombre de couples. Ce résultat, qui arrive après un certain temps, et qui dépend du degré de vitalité de l'animal et du traitement variable qu'on lui a fait subir, peut, au besoin, servir encore à prouver l'exactitude de mes résultats. IVlle est, suivant moi , l'importance des faits que j'ai rapportés, que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour dissiper les doutes qu'on aurait pu conserver sur la nature des décharges obtenues par le passage du courant électrique. Voici de quelle manière j'ai opéré : une torpille bien vivante a été préparée en enlevant avec un rasoir la peau et les muscles qui couvrent les quatre nerfs qui vont à l'organe. On peut alors les isoler assez exactement. Des grenouilles sont disposées sur l'organe et les # deux lames de platine unies au galvanomètre. Maintenant, au lieu de faire passer le courant électrique des nerfs à l'organe, je ne touche plus qu'un seul de ces nerfs avec les deux pôles. Pour faire l'expérience avec soin, je suspends les nerfs avec un fil de soie , en même temps que l'organe est posé sur une lame de verre vernie. Je tiens les deux
pôles de la pile, qui est encore parfaitement isolée, à 2 ou 3 centimètres de distance sur un des nerfs de l'organe. A l'instant, j'observe de fortes contractions dans les grenouilles, et une déviation très-sensible dans l'aiguille du galvanomètre , qui est dans le même sens que celui de la décharge ordinaire. Je renverse aussitôt la direction du courant et j'obtiens les mêmes phénomènes ; j'ai les mêmes contractions dans les grenouilles et la même déviation dans le galvanomètre. Je pose les pôles de la pile sur la substance même de l'organe ou sur les muscles qui l'environnent; le courant passe, mais la grenouille et le galvanomètre ne font voir aucun signe de décharge. On obtient encore de cette manière la limitation de la décharge par la surface de l'organe , suivant que le courant passe ou dans un nerf ou dans l'autre; la portion de l'organe qui se décharge est celle dans laquelle est ramifié le nerf parcouru par le courant électrique. Le quatrième lobe agit comme les nerfs. Si on y fait passer le courant électrique, on obtient les mêmes décharges , et ces phénomènes cessent si les nerfs sont liés.
J'ai cru important de déterminer le pouvoir conducteur de l'électricité de la substance nerveuse et de celle de l'organe. Je l'ai fait avec l'exactitude qu'il est possible de porter dans ce genre d'expériences; j'ai employé un galvanomètre double, et j'ai fait passer les deux courants par une tranche de la substance de l'organe, et par cinq ou six troncs nerveux de la toi pille réunis. Je me servais