CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES HISTORIQUES
Les plaies de tête ont fait le sujet des méditations de la plupart des hommes les plus célèbres qui se sont succédé dans la carrière chirurgicale , depuis la plus haute antiquité jusqu'à notre époque. Tant d'efforts ont néanmoins été peu utiles, et n'ont produit qu'un petit nombre de vérités qui ont seules échappé à l'oubli.
Le livre tant de fois cité , de Vulneribus capitis y traduction d'Hippocrate , ne fait consister les blessures de la tête que dans les effets extérieurs et apparens des corps qui agissent sur elle avec plus ou moins de violence, et ne parle pas des complications plus dangereuses dont l'encéphale peut, par la même cause,
être le siège. Cependant Hippocrate (Coaques) connut la commotion cérébrale qui accompagne ordinairement les fortes percussions de la cavité osseuse ; il en énonce même deux ou trois symptômes graves, tels que la perte subite de la parole, celle de la vue et de l'ouïe. Les convulsions qui se manifestent immédiatement ou long-temps après l'accident , au côté opposé à celui où le crâne a été frappé , lui paraissaient dépendre de la division du muscle crotophite ou de la fracture de Pos temporal, et nulle part il ne les attribue à la lésion du cerveau. S'il fallait cependant en croire Morgagni, Haller et plusieurs autres auteurs célèbres, le père de la médecine aurait déjà connu le rapport qui existe constamment entre la lésion cérébrale d'un côté et les symptômes de l'autre ; mais il parait certain que toutes ces observations, qui supposent une précision anatomique inconnue à l'école de Gos , ne furent faites que bien plus tard.
Dans ces temps reculés , on distinguait la paralysie ou la perte du mouvement volontaire et du sentiment de l'élat de prostration générale apoplectique, appelé sidération, ainsi nommé parcomparaison avec les effets de la foudre ou de l'influence imaginaire des astres sur les êtres animés. Cette distinction utile tomba en désuétude aussitôt que l'on attacha au mot sidération l'idée de paralysie. Les anciens cessèrent alors d'être compris; la paralysie, dont la cause résidait pour eux dans le vice de l'obscur pneuma , fut , dans la suite , réputée exister toutes les fois qu'il y avait chez un malade immobilité des muscles volontaires, défaut d'exercice du sentiment ; elle fut enfin regardée comme essentielle à l'apoplexie. Peu d'opinions an-
ciennement professées mériteraient mieux d'être remises en honneur que celle dont nous parlons. Toutefois , il convient de remarquer qu'Hippocrate confondit quelquefois la paralysie avec la sidération; ainsi son livre des plaies de tête fait mention de l'invasion de ce dernier état chez les blessés aux approches de la mort. L'apoplexie apparente qui survient à cette époque n'est autre chose que le symptôme de la détérioration plus complète de l'encéphale , accompagnée souvent de véritable paralysie.
Ce serait en vain que l'on chercherait dans les ouvrages de la médecine ancienne d'autres documens utiles à l'étude des lésions dont nous entreprenons de traiter. On n'y trouve que des règles relatives à la dilatation de toutes les plaies de tête, pour découvrir l'étendue de l'altération des os, pour reconnaître la fracture ou la fêlure la plus simple, souvent même une contusion supposée des os du crâne. Ces pratiques vicieuses de l'enfance de l'art se sont conservées jusqu'à nos jours.
Celse suivit les préceptes d'Hippocrate, et n'y ajouta rien de son propre fond. Dans les temps postérieurs jusqu'au XVIe siècle , la doctrine des plaies de tête ne fit aucun progrès , et leur traitement fut livré aux plus ridicules superstitions; peut-être même qu'aucune autre maladie , durant ce long règne du pouvoir des enchantemens sur les infirmités humaines , ne fit éclore d'aussi monstrueuses croyances. Les moyens les plus raisonnables qu'on leur opposait, consistaient en des topiques ou emplâtres , plus ou moins irritans , plus ou moins bizarrement composés, dont on couvrait le crâue;
souventla cautérisation des parois de cette cavité était employée contre la paralysie.
Bérenger de Carpi (i) s'acquit de la célébrité en traitant cette matière restée si long-temps stérile. Son ouvrage est en grande partie le recueil des principes vagues que l'on retrouve dans les écrits des Arabes , mais il y ajouta ses vues propres. Quoique encore attaché aux emplâtres, dont il adoucit les formules , il avertit quMs n'ont point , comme on le croyait généralement, la propriété d'attirer les esquilles, de dessécher les épanchemens, de consolider les fractures, et qu'ils ne peuvent servir qu'à faciliter la résolution des humeurs extravasées en petite quantité dans les contusions récentes. Ennemi de tous les moyens thérapeutiques violens, il les bannit de sa pratique : si votre médecine, disait-il, ne peut s'empêcher de causer de la douleur, qu'elle la rende au moins aussi légère que possible. L'observation anatomique lui avait appris que la dure-mère et le péricrâne sont intimement unis aux os , non seulement à l'endroit des sutures, ce que l'on admettait à cette époque , mais dans toute leur étendue, et en communication entre eux , ainsi qu'avec tout le panicule extérieur, par un nombre infini d'expansions vasculaires dont il démontra publiquement l'existence. Ses recherches sur les cadavres lui permirent de faire voir que les os de la voûte crânienne tirent même leur accroissement et leur nutrition de cette disposition organique. Sur des fœtus, il montrait ces deux membranes
(i) Tr. de fractura cal varia?. Rono. i5iS, in-4°.
encore comme accolées l'une à l'autre, et plus tard un commencement de formation osseuse était remarqué dans leur duplicature; sur des sujets plus âgés, à la suite de plaies de tête , il faisait observer que des portions d'os, privées de leur enveloppe membraneuse, n'étaient plus susceptibles de se réunir, et qu'elles tombaient avec le temps à l'état de nécrose. On est étonné, en lisant cet auteur, de rencontrer à l'appui de ses opinions des preuves de ce genre , qui devaient être d'autant plus rarement invoquées, que l'imagination avait la plus grande part aux explications médicales, Bérenger constata la fracture de la table interne des os du crâne dans les cas où l'externe ne présente aucune lésion ; cet accident , appelé alors marusis, était déjà connu depuis long-temps.
Hippocrate avait observé que le cerveau est bien plus sensible que tout autre organe à l'impression de l'air et surtout à celle du froid. Cette remarque ne pouvait être perdue pour Amb. Paré, grand admirateur des Grecs , dont les ouvrages lui étaient familiers, et il en déduisit le précepte de réunir immédiatement les grandes plaies pénétrantes du crâne , faites par incision , comme étant celles dans lesquelles il croyait plus urgent, à raison de leur étendue, de soustraire le cerveau aux influences extérieures. Ce fut dans le même principe qu'il prescrivit de ne pas déplacer les fragmens qui compliquent les fractures ordinaires du crâne, s'ils tiennent encore aux parties voisines, et si les intervalles qu'ils laissent entre eux permettent aux sucs épanchés de s'écouler. On lit avec intérêt, au milieu de beaucoup d'autres détails ; quelques ré-
flexions sur l'inflammation du cerveau et de ses membranes. Le passage suivant , relatif à la saignée dans les cas de plaies de tête compliquées de symptômes inflammatoires , est remarquable par la justesse du précepte qu'il renferme , et le serait bien davantage si Paré eût étendu ses vues aux parties intérieures. Après avoir recommandé, dans la doctrine de Galien, la saignée du bras pour opérer une révulsion, il ajoute : <c Et quant au second poinct, qui est de la <( fluxion jà faite et arrestée en la partie , elle doit k estre vacuée par la partie mesme , ou estre dérivée « par la proche. La partie sera deschargée de la a fluxion conjointe et arrestée en Ja partie , faisant (( des scarifications aux lèvres de la playe, ou par « application de sangsues bien préparées. La matière <c sera dérivée en ouvrant les veines proches de la « playe, à sçavoir, de la veine puppe ou celle du « milieu du front, ou des veines et artères les plus « apparentes des tempes. Pareillement seront faites « frictions et applications de ventouses sur les épaules, « soit avec scarification ou sans scarification, selon la <( nécessité. » On se servirait aujourd'hui d'expressions différentes pour indiquer les moyens que nos méthodes emploient pour combattre ou faire avorter les inflammations locales, mais on ne serait ni plus clair ni plus exact. Je remarquerai ici que les Grecs employaient souvent la saignée veineuse locale aussi bien que la saignée capillaire , contre les inflammations.
Gab. Fallope enseigna qu'un dépôt intérieur peut se former au côté de la tête opposé au lieu frappé, et en donna une assez bonne explication. A peu près
dans le même temps , Rambert Dodoens (i) fit voir que l'ébranlement occasioné par les percussions du crâne, produit clans le cerveau différens degrés de contusion , d'où résultent les épanchemens que l'on y rencontre quelquefois. Dans un cas observé par lui , la lésion de texture était si prononcée, que le cerveau lui parut sphacélé dans cet endroit, tandis que les os n'avaient pas éprouvé la moindre fêlure. Craniohujussublato, reperta est dura meninx sinistra parte livensac similiter sub hac cerebri substantia, quœ apparebat, sphacelo correpta : dextra cerebripartecumsua membrana haud maie affecta : cranio etiam undequaque integro, nec rimam ullam autfîssuram habente. Je cite ce passage en entier, parce qu'il a souvent été mal compris, bien qu'il n'ait besoin d'aucune interprétation. Dodoens ne dit pas, comme on l'a répété , qu'une moitié du cerveau était complètement sphacélée ; il dit que la partie gauche de cet organe , quel'on découvrit après avoir enlevé la dure-mère altérée elle-même, était frappée de sphacèle. Or, il ne peut être question que de la superficie du cerveau, de la partie qui était visible, substantia quœ apparebat, et non de tout l'hémisphère gauche. Les symptômes d'une contusion moins grave et moins profonde ont existé chez le sujet, selon la description de l'auteur, et dès lors nous ne pouvons plus voir dans ce prétendu sphacèle qu'un fait ordinaire, une lésion plus apparente de la dure-mère et de la surface de l'hémisphère gauche, dans le point où la
(1) Medicinalium observation um exempta rara. — Colon. , 58 1 , in-f°.
percussion s'est fait sentir avec le plus de violence.
Ces excellens aperçus étaient un acheminement vers une connaissance plus certaine des effets produits par l'action des corps extérieurs sur le crâne. Les auteurs rapportaient des observations plus ou moins surprenantes de plaies avec perte de substance cérébrale, et dont la guérison avait été complète ; de fractures qui avaient mis à découvert une grande étendue de la surface du cerveau , et qui s'étaient cependant terminées heureusement. D'un autre côté, on avait remarqué que les sujets chez lesquels des épanchemens étaient restés ignorés, n'avaient pu survivre, et l'on dut croire que ces collections avaient été les seules causes de leur perte. Quel crédit ces observations ne devaient-elles pas donner au trépan ! La pénétration des blessures étant en apparence une circonstance peu grave, on osa même porter dans la substance propre du cerveau un instrument souvent homicide, dans l'espoir d'ouvrir un dépôt situé profondément.
L'étude plus particulière des symptômes dut s'allier à l'observation qui avait constaté l'existence des altérations variées de la structure cérébrale. Depuis longtemps on avait rangé la paralysie et les convulsions parmi les symptômes de la contusion , de la compression et de l'inflammation du cerveau. On sent que ces états divers ne pouvaient s'exprimer à l'extérieur par les mêmes signes, et néanmoins on s'en tint pendant des siècles à ce simple énoncé , qui n'expliquait rien ; mas des découvertes importantes dont nous allons tracer le tableau , suivirent les progrès de Panaîomie.
Valsalva pensait que la paralysie par compression , bornée d'abord à un seul côté , pouvait s'étendre aux
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deux, par le passage de la matière de l'épanchement d'un ventricule cérébral dans l'autre , au moment où l'on aurait donné au malade une certaine position déclive. Ce raisonnement était inadmissible ; car si le liquide que renferme un ventricule , en passant ainsi dans son voisin , ce qui n'est pas impossible , pouvait causer la paralysie , il s'ensuivrait que l'hémiplégie alternerait quelquefois chez le même individu, à raison du déplacement de sa cause ; elle cesserait au moins d'être complète des deux côtés, et répondrait au partage égal ou inégal du liquide comprimant entre les deux ventricules. Cette erreur ne mériterait pas d'être réfutée aujourd'hui, s'il ne se rencontrait encore des personnes qui établissent sur elle ce point de leur diagnostic. Écoutons cependant mieux Valsalva.
Les causes de la paralysie , dit-il , existent à l'hémisphère cérébral du côté opposé, et consistent ou dans un épanchement ou dans une lésion organique. L'expérience et l'observation l'avaient conduit à cette conclusion à demi juste et à demi fautive. Lorsque la paralysie se rencontrait sans épanchement, cet auteur ne doutait pas qu'elle ne fût due a une lésion organique insensible du cerveau ; pourquoi, déjà alors, ne donna-t-on pas un peu plus d'extension à celte opinion, et ne présuma-t-on pas que la même lésion organique pouvait coexister avec un épanchement , et être au moins concurremment une cause de la paralysie ? Mais ce n'est pas ici que nous devons montrer L'invraisemblance de l'hypothèse de la compression. Contentonsnous, pour le moment, de signaler la doctrine de Valsalva, dont l'exactitude n'a pu être démentie; savoir : que la cause de la paralysie qui complique lesaf-
fections de la tête , existe toujours dans l'hémisphère du cerveau opposé au côté où l'on observe la perte du mouvement et du sentiment.
Cette découverte fit époque dans la science ; dès qu'elle fut proclamée, on s'empressa de fouiller les fastes de la médecine , pour savoir si l'on ne devait pas en reverser la gloire sur d'autres auteurs des générations écoulées. Morgagni tomba lui-même dans cette faiblesse; il cite assez mal à propos, à ce sujet, Hippocrate (i), Cassius, Àretée, Salmuth et plusieurs autres médecins non moins célèbres , dont les droits à ce mérite n'ont de réalité que celle qu'il leur donne (a).
(i) On a prétendu que je m étais trompé dans cette citation, et qu'Hippocrate avait réellement connu l'opposition qui existe entre la paralysie et la lésion cérébrale. Je désire qu'on indique, pour me convaincre de mon erreur , le passage d'Hippocrate où les idées qu'on lui attribue sont , non expliquées , ce serait trop demander, mais seulement énoncées de manière à permettre la plus faible interprétation du sens qu'on voudrait y reconnaître.
(2) Bérenger de Carpi dit en parlant d'Avicenne : Il assure que la paralysie arrive ordinairement au côté de la blessure , et les convulsions au côté opposé. Cependant, ajoute Bérenger, j'ai souvent vu la paralysie au côté opposé, et les convulsions répondant à celui de la plaie; d'autres fois j'ai vu tantôt l'une et tantôt les autres , indifféremment des deux côtés. Cet auteur s'explique à peine sur l'origine de ces accidens , et ce ne fut qu'après lui qu'on admit généralement que la commotion , la compression et l'inflammation du cerveau pouvaient être les causes des spasmes , des convulsions , de la parai ysie , de l'irrégularité du pouls, de la douleur de tête, etc. Paré , Carcano- Leone, etc., distinguèrent même ces symptômes, en ceux qui suivent immédiatement les coups reçus à la tête , et en ceux qui , n'apparaissant que plus tard , dépendent de l'inflammation du cerveau.
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Quelques uns d'entre eux, tels que Hildanus , ont bien pu observer la coïncidence de la perte du mouvement avec quelque lésion cérébrale, et citer ces cas comme des particularités remarquables ; ils sont en cela historiens véridiques , autorités dont on peut invoquer le témoignage. Valsalva , au contraire , parle d'après des faits constans, et dit : Le phénomène que je vous annonce se reproduit toujours , soit que le cerveau ait été blessé, soit qu'il souffre d'une autre manière. Ce langage , ces titres, le placent au rang des hommes de génie auxquels les sciences doivent leurs progrès. Il faut convenir, d'ailleurs, que les commentateurs bienveillanspour les temps jadis, en donnant un sens affirmatif à l'interprétation des auteurs diffus et obscurs des premiers siècles, que personne ne peut se flatter de bien comprendre , pourraient avec quelque apparence de vérité y découvrir le germe de la plupart de nos connaissances modernes. Lorsque Paré inventa la ligature des vaisseaux, après les amputations, mille voix s'élevèrent pour lui disputer l'honneur d'avoir doté l'art de cette utile méthode. On sait, pourquoi craindrait-on de le dire, que les contemporains ne sont pas toujours des juges équitables.
L'auteur du Traité de l'Oreille , qui parut en 1704, me semble même plus original que Pourfour Du Petit, dont les recherches sur l'entrecroisement des fibres nerveuses ne furent publiées qu'en 1710. La doctrine précédente invitait les anatomistesà s'éclairer du principe sur lequel elle était basée ; et si Petit ne connut pas le travail de Valsalva, ou s'il ne le crut pas assez complet pour en tirer des inductions, il consulta au moins le Sepulcretum de Bonet , qui renferme plusieurs ob-
servations d'hémiplégie ^ dans lesquelles il est dit que l'on rencontra après la mort un épanchement au côté opposé du cerveau. Mais personne n'avait soupçonné que l'entrecroisement des fibres dont se compose la masse cérébrale , et sur lequel on avait les plus fortes présomptions, pouvait avoir lieu clans les corps pyramidaux. La découverte qu'en fit le médecin de Namur, souvent vérifiée depuis , fut un événement aussi honorable pour lui, qu'heureux pour la science , dont il fixait les incertitudes sur l'un des points les plus importans de son domaine. Quelques erreurs sur les fonctions nerveuses se glissèrent dans ce travail remarquable , le déparent même ; mais il faut se reporter au temps pour y trouver leur excuse. C'est dans ce même écrit que l'on rencontre la première observation que l'on paraît avoir faite sur l'excessive sensibilité de toutes les parties du corps qui accompagne les lésions du cervelet.
L'Académie de Chirurgie avait senti l'insuffisance des idées émises jusqu'alors sur les plaies de tête , et s'était flattée de voir apporter dans ses concours , des connaissances plus nombreuses et plus exactes sur un objet d'ailleurs si digne de sa sollicitude. Les hautes questions dont la thérapeutique attendait sa certitude avaient à peine été soulevées. Mais l'époque n'était point arrivée où l'on pût obtenir une solution heureuse du problème : l'anatomie, à l'exception des découvertes que le zèle de quelques savans y faisait dans des vues spéciales, n'était guère cultivée qu'afin de se rendre habile à la pratique des opérations chirurgicales ; la physiologie, pauvre de faits , était encore à ériger en science. On n'avait pas pensé que des inductions ti~
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rées de ces deux parties de l'étude de l'homme, et appliquées à l'histoire de ses maladies, pussent constituer un jour un système nouveau de médecine qui, par sa solidité, empruntée à la nature même, serait à l'abri des erreurs que ne manquent jamais de porter les fausses opinions introduites dans les sciences; on n'avait pas pensé, ou , si l'on veut, on ne s'était pas arrêté à cette vérité , rendue par la suite presque vulgaire, que l'état de maladie a son anatomie et sa physiologie comme l'état sain.
En proposant pour sujet de prix Rétablir la théorie des contre-coups dans les lésions de la tête, et les conséquences pratiques qiCon peut en tirer, l'Académie parait avoir voulu borner son programme aux événemens des premiers momens. Cependant les chirurgiens, aux talens desquels elle en appela , donnèrent en général un plus grand développement à leurs considérations; mais ne reconnaissant pas toujours dans le trouble des fonctions l'image de l'inflammation du cerveau , ils attribuèrent à des épanchemens imaginaires les effets d'une encéphalite , sur laquelle ils n'avaient que des notions très imparfaites. Cette faute, si c'en est une, fut celle du temps et non des hommes qui entreprirent de s'associer par leurs travaux à la gloire du corps savant qui faisait briller à tous les yeux les récompenses les plus éclatantes, celles que l'on accorde à l'instruction et au génie.
Le Mémoire de Grima eut le mérite de paraître le premier et de présenter une bonne division des contrecoups, que Louis adopta lorsque , au nom de la compagnie dont il était l'organe , il traça aux concurrens
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la marche qu'ils devaient suivre (i). On remarque cependant que le chirurgien de Florence commit une erreur assez grave qui passa sans difficulté dans la discussion ; savoir : que la lésion du cerveau est ordinairement plus considérable sur le point opposé que sous le lieu de la percussion. Dans cette lutte scientifique, quelques vues nouvelles éparsesçà et là servirent quelquefois à d'autres explications 5 ainsi Chopart ayant fait la remarque que le cerveau pouvait être gravement ébranlé quoique le crâne n'eût pas été frappé , la commotion lui étant communiquée alors par les membres ou par d'autres, parties du corps, cette idée fut savamment développée dans le Mémoire sur les effets des contre-coups dans d'autres parties que la tête.
Saucerotte et Sabouraut se mirent au dessus de la question par la manière dont ils la traitèrent : le premier , en exposant avec clarté les expériences ingénieuses qu'il fit sur les causes des paralysies et des convulsions , ainsi que sur la naissance des nerfs ; le
(1) Recueil d'observations d'anat. et de chirurg., pour servir de base à la théorie des le'sions de la tête par contre-coup. Paris, 1766 , in- 12. On peut ignorer que ce petit ouvrage , aujourd'hui rare , parut sans nom d'auteur, et on ne saurait à qui l'attribuer, si Louis , qui en fut le censeur royal , n'eût pris soin de l'indiquer et de l'avouer dans la préface dû 4e volume des Prix de l'Académie. Dans aucune autre circonstance , cette société ne fit connaître ses intentions avec plus de soin, plus de précaution , et ne chercha davantage à aplanir aux concurrens les difficultés qu'elle voyait naître de la matière neuve sur laquelle elle avait arrêté son choix.
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second , en développant les idées les plus profondes sur les altérations intérieures de la substance encéphalique , à l'occasion des percussions du crâne. Le passade suivant, que je puise dansSaucerotte, est l'exposition d'une théorie ancienne à laquelle il mit le sceau de son expérience, a Quand une partie du corps est « paralytique , dit-il , le siège du mal est dans le cera veau à la partie opposée. Si une partie du corps est « en convulsion et l'autre paralytique , la maladie, ou a du moins le plus fort de la maladie , réside dans la « partie du crâne du côté qui est en convulsion. Mais « s'il y a convulsion d'un côté du corps, et point de (( paralysie de l'autre , le mal affecte la partie du cera veau opposée à celle du corps qui est en complet sion. » Tout ce qu'on a pu ajouter depuis à cette sentence ne la rend ni plus forte ni plus juste. Ces différens écrits méritent d'être rangés parmi les richesses scientifiques qui font le plus d'honneur à la France.
Un chirurgien de Meaux, Méhée de la Touche , prit part à cette gloire (i) ; Pouteau lui fut cependant supérieur. Toujours heureux praticien, ce dernier jouit long-temps, àl'égard des affectionsde la tête comme de beaucoup d'autres, du droit de dicter des préceptes. A cette époque, et en partie sous son autorité, on combattait la céphalalgie traumatique par les saignées du bras ou du pied , répétées jusqu'à ce que l'on fût parvenu à calmer les symptômes. Les petites saignées
(i) Traité des lésions de la tête par contre-coup. Meau*, i673,in-80.
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réitérées étaient en vogue contre l'inflammation traumatique de tous les viscères. On avait observé que durant l'état de faiblesse dans lequel elles tenaient les malades, des consolidations intérieures avaient pu s'opérer et procurer la résolution complète de la phlogose.
Que l'on me permette de placer ici une petite digression. On a dernièrement parlé de phénomènes assez remarquables , présentés par des chiens, sur le cervelet desquels on avait pratiqué des expériences ; abandonnés ensuite à eux-mêmes , ces animaux ont exécuté des mouvemens circulaires , ou se sont roulés sur le dos. Ces mêmes mouvemens avaient été observés parMéhéede la Touche, qui en donna une description très détaillée dans son ouvrage. Il se répétèrent sous ses yeux, non seulement après la lésion du cervelet, mais encore après celles du corps calleux et de la moelle allongée, lies mouvemens en rond, comme il les appelle , comprenaient un cercle de trois ou quatre pieds de diamètre, duraient plusieurs heures, et même quelques jours sans discontinuer, si ce n'est que de temps en temps l'animal s'arrêtait pour se reposer. Ceux qui consistaient dans une demi-rotation , ou une rotation complète, étaient moins fréquens et moins durables. De pareils phénomènes s'étaient déjà présentés à Petit de Namur et à quelques autres expérimentateurs.
Percival Pott donna des avis utiles sur le décollement de la dure-mère , et sur les épanchemens sanguins ou purulens qui peuvent se former entre elle et le crâne, l'un et les autres bien plus rares qu'il ne le pensait. Cet auteur crut reconnaître l'inflammation de
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cette membrane dans les symptômes de l'encéphalite; mais s'il erra sur ce point, on doit lui savoir gré au moins d'avoir prémuni les praticiens contre les dangers auxquels expose la méningite crânienne. Dans une circonstance où il crut nécessaire d'opérer une déplétion considérable du cerveau , il ouvrit le sinus longitudinal avec une lancette , et la plaie se ferma en peu d'instans sous le simple contact d'une compresse.
Un examen plus approfondi des auteurs qui eurent le plus de réputation jusqu'à nos contemporains , rendrait bientôt nos recherches sans objet. Si nous citon encore Ledran , qui acheva de détruire l'ancienne opinion déjà attaquée par Paré, sur les dangers que la fracture du crâne aurait par elle-même, et non celle des autres os ; si nous indiquons aussi la théorie que J.-Li. Petit proposa sur l'invasion des accidens cérébraux , et dont nous parlerons dans la suite ; si nous ajoutons à ceux-ci le professeur de Goëttingue, Richter, qui répandit dans son pays ses vues judicieuses sur les mêmes lésions, nous ne voyons plus d'autres célébrités des temps qui nous ont précédés, contribuer aux progrès de la science des maladies chirurgicales du cerveau. Presque partout l'encéphalite et ses résultats furent méconnus , les traitemens reposèrent sur de fausses inductions; mais on rattacha avec raison aux accidens cérébraux, les abcès qui se forment de temps en temps dans la substance du foie , a la suite des plaies de tète , et sur l'origine desquels deux auteurs ont émis des opinions que nous croyons devoir rappeler.
Bertrand] et le grave Pouteau firent, pour ainsi dire, assaut d'esprit dans l'espèce de conflit qui s'éleva entre eux au sujet delà cause de ces accidens, Le premier
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voulait que le sang vînt d'en haut par la veine cave engorger le foie , en passant librement à travers le cerveau, où il prétendait que la commotion devait accélérer sa marche ; le second soutint au contraire que ce liquide n© traversait que péniblement l'encéphale; que la commotion , en affaissant le tissu de cet organe , comprimait ses artères, et qu'il y avait nécessité pour le sang de couler en plus grande masse dans l'aorte , d'où sa surabondance arrivait dans le parenchyme biliaire , d'une part par l'artère hépatique , et de l'autre paria veine porte. Ces deux théories, à peu près oubliées, mais ingénieuses, avaient le vice radical d'être basées sur une mécanique dont le mobile était trop étranger aux lois de la vie. Celle du chirurgien de Lyon était cependant plus spécieuse. Sans doute l'effet d'une forte commotion cérébrale est, pour un moment au moins, de ralentir la circulation, mais alors toutes les parties de l'économie se ressentent de ce trouble ; l'impulsion du cœur a la même faiblesse pour l'aorte et l'hypochondre , que pour les carotides et le cerveau. Nous verrons que le développement des dépôts du foie et la surexcitation des organes gastriques , à la suite des plaiesde tète, tiennent àlalésion du cerveau elle-même. Les relations que les appareils digestif et biliaire entretiennent avec l'encéphale, et qui s'expriment par des signes propres dans l'état morbide , ont été mieux expo séespar Desault qu'on ne l'avait fait précédemment. Cet homme extraordinaire, repoussant la foule des conjectures qui avaient été si peu profitables aux plaies de tête, fit dans leur thérapeutique un pas vers la perfection : ajoutons que ce fut un pas de géant, pour le temps et les circonstances où il vécut. Il supprima le trépan, qui na-
guère était regardé comme le seul remède contre les effets de la compression du cerveau. Ce fut en quelque sorte l'instinct chu urgical , l'observation simple, qui le conduisit à cette proscription ; mais, chez lui tout procédait de l'inspiration du génie. Il démontra l'inutilité du trépan dans une multitude de cas dont il présenta le tableau, et prouva que toujours l'incertitude accompagne son application. Comment aurait-on pu résister à cette évidence? elle était matérielle. Aussi ses conséquences n'eurent-elles pas de peine à s'établir. Bichat, le plus illustre comme le plus reconnaissant des élèves de Desault, publia les vues que le célèbre chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu avait eues sur les plaies de tête, et en fit hommage à sa mémoire. Depuis cette époque, ces lésions ne devinrent le sujet d'aucun travail spécial et complet digne d'être noté : on se borna à la discussion de quelques points de détail relatifs à leurs complications ou à recueillir les particularités que présentent leurs accidens. ïl est vrai que la théorie qui avait été professée par ' Bichat paraissait trop satisfaisante pour faire penser qu'elle ne pût suffire pendant long-temps aux exigences des études. Ce médecin avait considéré l'inflammation de l'encéphale sous des rapports nouveaux, et avait exactement décrit les symptômes qui la caractérisent ; les affections concomitantes des autres organes de l'économie avaient été signalées comme soumises à des lois physiologiques sur lesquelles on s'était peu arrêté jusque-là ; enfin, tous les phénomènes qui se présentent dans les affections de la tête furent, pour la première fois, rapportés à leur véritable origine. Bichat n'eut pas le temps de nous en apprendre davantage.
Depuis plusieurs années, l'activité des recherches dont les affections cérébrales ont été autrefois l'objet, a repris un nouvel essor. Peut-être l'examen des progrès récens que la médecine a faits pour arriver au degré de perfection où elle est parvenue, devrait-il suivre l'exposé que je viens de faire pour les temps antérieurs ; j'en avais d'abord formé le projet, mais je l'ai ensuite abandonné, ayant reconnu que cette marche m'eût entraîné trop loin. Ce n'est pas que nos connaissances nouvelles aient porté l'évidence sur un grand nombre de questions ; il n'en est même que fort peu sur lesquelles on puisse se croire d'accord, et entre celles-ci quelques unes seulement qui réunissent un assentiment général. Les vérités les mieux établies n'étant d'ailleurs pas toujours à l'abri des contestations, il importe, autant pour ce qui est prouvé , que pour ce qui demande à l'être , d'entrer dans des discussions qui trouveraient dans ce moment mal leur place. J'ai donc préféré faire suivre de réflexions particulières les descriptions de différens sujets qui se présenteront à nos recherches. Si les éclaircissemens que je donnerai restent, malgré mes efforts, encore imparfaits, je n'aurai à en accuser que l'incertitude des phénomènes de la physiologie normale et pathologique qui sera mon seul guide.