‹ Traité des plaies de tête et de l'encéphaliteChapitre 23 sur 27 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Les maladies ont entre elles des rapports si intimes , qu'on ne saurait les bien connaître qu'autant qu'on rendra leur étude commune , et qu'on appuiera leur théorie sur les mêmes bases. La science est arrivée à ce point qui rend impraticable la division des lésions de nos tissus en extérieures ou chirurgicales , et en intérieures ou formant le domaine de la médecine ; elles sont toutes également soumises aux lois de l'organisation , reconnaissent pour causes prochaines des altérations vitales semblables, impriment à la texture des organes les mêmes changemens, ont une marche et des symptômes identiques , réclament un traitement analogue, et se terminent de la même manière.

Ces principes sont applicables aux maladies propres à un organe aussi bien qu'à la pathologie entière ; ils mettent de l'accord entre des idées qui ne peuvent subir de division sans cesser d'être justes, donnent au jugement plus de certitude , à l'expé^ rience une fixité que ne lui procurent point les méthodes en contradiction avec l'uniformité de l'enseignement prescrit dans les écoles. Quoique , dans cet ouvrage , j'aie spécialement traité des lésions traumatiques de l'encéphale , j'ai cependant établi entre elles et celles qui proviennent d'autres causes agissant sur le même viscère , un assez grand nombre de points de contact pour démontrer qu'elles ne diffé-

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rent pas essentiellement. Je n'ai pas négligé , pour atteindre ce but , de m'étayer des notions que pouvait fournir la saine physiologie : en rapprochant les actions normales des phénomènes morbides dans les divers appareils dont j'ai eu à examiner les dérangemens , j'ai montré que le système nerveux forme dans l'organisme un tout indivisible, et qu'il n'existe pas de fonction , pas de coordination de mouvemens ou de trouble sympathique sans l'influence directe du cerveau. J'ai combattu , dans la déduction des faits , les opinions opposées ; j'ai rendu , pour ainsi dire , palpables les preuves que tous les nerfs ont les mêmes fonctions , variées selon la nature des parties et les besoins de l'organisme ; qu'il n'en existe point qui ne soient sensibles et moteurs , parce que tous reçoivent des impressions et excitent les organes. De ces démonstrations, portées aussi loin qu'il m'a paru nécessaire , j'ai cru pouvoir définitivement conclure au rejet de toutes les doctrines particulières édifiées sur chaque fonction nerveuse ou sur des sphères d'activité indépendantes du système général; doctrines qui me semblent aussi peu raisonnables que le seraient celles qui , pour expliquer la vision , auraient séparément pour base chacun des rayons dont se compose la lumière.

Les nombreux effets que produisent les percussions du crâne , à l'extérieur ou sur l'organe central , ont demandé de longues explications sur leur mécanisme et la gradation de leurs accidens. J'ai dû satisfaire à cette exigence du titre de mon travail, et ne rien omettre d'essentiel à la connaissance de ces blessures. C'est toujours sous les lésions extérieures

qu'il faut pénétrer pour parvenir à l'origine des complications qui se déclarent. Dans ce nombre, l'encéphalite traumatique paraît en première ligne ; j'ai fait voir que la commotion et la congestion dont les symptômes sont négatifs, la rendent obscure à son début, mais qu'elle s'active ensuite, dessine mieux son intensité et produit des mouvemens spasmodiques, des convulsions, des irrégularités d'action dans les viscères. En continuant à suivre les progrès de cette phlegmasie , en lui comparant* quelquefois les accidens immédiats des percussions , je me suis efforcé de prouver que les altérations xle structure sont la seule cause des pertes de fonctions que l'on a attribuées jusqu'ici à la compression mécanique des parties du système nerveux que le crâne renferme. Je crois avoir porté jusqu'à l'évidence les explications que nécessitait ce sujet , et les faits que j'ai allégués me semblent assez bien observés pour compléter la démonstration. Dans la marche ordinaire des paralysies , trois modes d'une même affection restent inséparables : la congestion , plus générale , précède l'état inflammatoire; celui-ci envahit successivement de nouveaux tissus , en même temps que la désorganisation marche sur ses traces.

En donnant au mot paralysie un sens déterminé, j'ai dû étendre les remarques qui ont suivi aux altérations des perceptions et de l'entendement, qui appartiennent tantôt à la perte de certaines des facultés départies à l'organe de l'intelligence , et tantôt à des troubles qui y surviennent. Ces diverses lésions peuvent dépendre de l'encéphalite chronique; elles sont alors souvent insidieuses , ne révèlent qu'à

demi les irritations qui préparent lentement le retour de l'inflammation à l'état aigu , ou qui en provoquent même subitement l'explosion. C'est surtout à la suite des plaies de tête que de pareils résultats sont à craindre.

L'état pathologique manquant de signes propres aux localisations cérébrales, quand bien même des preuves directes ne leur seraient .pas contraires , j'ai osé conseiller d'abandonner cette théorie : il y a une voie de progrès à considérer sous d'autres faces des questions dont la solution a été jusqu'à présent impossible. C'est aussi par défaut de symptômes que nous ignorons l'existence des altérations de forme et de texture que subit la substance cérébrale par le travail inflammatoire : quelques cas de dégénérescence cancéreuse du tissu nerveux paraissent seuls faire exception.

Relativement à l'emploi des moyens de la thérapeutique , les détails dans lesquels je suis entré ont eu pour objet d'indiquer des préceptes généraux de traitement des affections de l'encéphale plus spécialement applicables aux lésions traumatiques. Le discer-* nement qu'il convient de faire dans chaque cas particulier appartient à l'expérience. On a pu juger, par de nombreux exemples , de l'utilité des méthodes conseillées, et sur ce point je crois n'avoir à attendre que l'approbation des praticiens.

Les propositions suivantes sont relatives aux plaies de tète et aux rapports qui les lient à des accidens cérébraux d'origine différente.

i° Les lésions traumatiques du cerveau n'ont de particulier que le mode d'action des causes 7 et ren-

trent toutes , pour les phénomènes secondaires , dans la série des autres affections du même organe.

2° Les effets généraux de la commotion cérébrale prouvent que l'appareil nerveux est ébranlé dans toutes ses parties : il n'y a donc point de division naturelle de ce système , et la vie intérieure ou organique est la même que la vie extérieure ou de relation.

3° Dans les percussions du crâne, les phénomènes primitifs qui se dissipent par les seuls efforts de la réaction, ou qui persistent au même degré sans entraîner de nouveaux troubles des fonctions, constituent des lésions vitales.

4° Les symptômes cérébraux qui succèdent aux mêmes percussions sont de nature inflammatoire : ils résultent de la contusion du cerveau.

5° Les effets de la compression cérébrale par des liquides se prononcent dans la lenteur des fonctions, l'engourdissement , la dépression des actions vitales.

6° La compression exercée par des corps solides près des ouvertures du crâne intérieurement ou dans le canal vertébral peut être suivie de paralysie : il y a alors presque nécessairement altération de la texture nerveuse. Aucun cas de paralysie produite par lacompression sur un autre point du cerveau ne paraît constaté.

7° Après les percussions du crâne , comme dans d'autres cas , la congestion cérébrale , début de l'encéphalite , a des phénomènes qui ont de la ressemblance avec ceux de la compression : la paralysie et l'hémorrhagie intérieure qui peuvent exister en même temps sont les effets de ruptures cérébrales.

Le mode d'invasion de toutes les apoplexies est renfermé dans cette proposition.

8° L'exhalation séreuse, gélatineuse ou purulente, disséminée sous l'arachnoïde, se rencontre dans les cas d'inflammation aiguë ou chronique de la surface ou des premières couches du cerveau : plus profondément opérée , Fexhatation n'est plus portée vers la périphérie; elle forme des abcès oii la matière reste incorporée à la substance nerveuse. Quelquefois le pus, dans un lieu ou dans un autre, est fourni par une plaie intérieure ou par une érosion de la texture cérébrale. Le liquide séreux que contiennent les ventricules du cerveau n'est presque jamais le résultat immédiat de l'inflammation ; il provient d'un obstacle à la circulation dans le parenchyme de l'organe à la suite des phlogoses ou des congestions.

90 Toutes les plaies du crâne doivent être réunies immédiatement, et ce précepte n'admet pas d'exception : la séparation spontanée des esquilles se fera avec d'autant plus de calme que l'on aura ménagé davantage les rapports entre les tissus.

io° Dans aucun cas, le trépan ne doit être employé comme moyen d'exploration : à titre de dernière ressource , cette opération n'est plus proposante. Mais les esquilles enfoncées dans le cerveau ou la présence de corps étrangers sous le crâne rendent quelquefois de nouvelles ouvertures nécessaires à côté de celles qui existent.

ii° L'état de stupeur contre-indique pendant qu'il dure les saignées générales \ cependant lorsqu'une surcharge de sang existe dans les vaisseaux , ou que l'état du pouls annonce moins d'inertie dans l'appa

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reil circulatoire , l'ouverture de la veine peut faciliter le rétablissement des actions organiques. Les saignées capillaires permanentes du front conviennent même dans l'état de stupeur : elles s'opposent toujours au développement de i'encéphalile ou en procurent la résolution.

12° Les révulsifs, ordinairement inutiles lorsque le traitement local est bien dirigé , sont souvent nuisibles, parce qu'ils réveillent une irritation presque éteinte.

i3° Le traitement stimulant opposé aux effets de la commotion cérébrale produit une sorte de révulsion d'où résulte le rétablissement de l'action nerveuse. Ce retour de l'influence régulière du cerveau se mesure à la cessation des vibrations ou oscillations particulières que le pouls a présentées, et qui sont les signes constans, quoique peu observés, de la lésion vitale éprouvée par le système circulatoire : l'emploi des slimulans contre la commotion doit dès lors être discontinué.

i4° Le froid est d'une application difficile et dangereuse contre l'encéphalite traumatique : dans tous les cas d'encéphalite ordinaire même , les bons effets qu'on lui attribue peuvent être contestés; un de ses graves inconvéniens est de s'opposer aux déplétions locales beaucoup plus efficaces.

i5° Les alimens ne doivent pas être refusés pendant trop long-temps aux sujets atteints de plaies de tête , lorsque les organes digestifs sont sains : cette règle de pratique est applicable à tous les cas de maladies cérébrales.

i6° Pendant la convalescence, lorsque le eerveau

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a été le siège d'une vive irritation , des retours de céphalalgie peuvent faire craindre l'invasion de nouveaux accidens : une saignée capillaire, le repos et le régime ramènent ordinairement le calme en peu de jours.

Tel est le résumé des principales questions que nous avons discutées. Une pensée domine mon travail , c'est que l'inflammation du cerveau , si fréquemment observée après les plus simples lésions extérieures, est toujours l'accident qu'il importe le plus de prévenir et contre lequel le praticien doit diriger les indications thérapeutiques qu'il établit.

Flîf.

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