‹ Traité des plaies de tête et de l'encéphaliteChapitre 4 sur 27 · PREFACE. X · texte numérisé non relu

PREFACE. X

pulpe sans texture. Quel est donc l'organe que nous connaissons mieux? Savons-nous comment se comportent les cryptes du foie dans l'organi^ sation de son parenchyme, ceux du pancréas ou dé la moindre glande dans la composition de ces corps? Pouvons-nous reconnaître dans tant d'autres tissus autre chose que des fibres superposées, arrangées en membranes ou entrelacées de mille façons différentes , et dont les élémens et la combinaison sont et seront probablement toujours ignorés. Il semble que l'importance du cerveau soit un motif pour accroître nos exigences, tandis que nous reculons devant les difficultés que présentent les mêmes recherches sur d'autres parties. S'il fallait , pour connaître les fonctions et les désordres qui y surviennent, pénétrer dans les replis de l'organisation, de celle du cerveau en particulier, où seraient nos certitudes?

Les grandes découvertes en anatomie ont eu leurs époques, et il n'en est pas de cette science comme de celles dont les préceptes manquent de stabilité : les choses décrites resteront ce qu'elles ont toujours été ç et l'on n'ajoutera à cet héritage des siècles rien d'important, rien qui ne soit déjà entrevu ou deviné. Mais est-il une branche des connaissances humaines où l'induction ne soit quelquefois forcément vraie à côte

XJJ PRÉFACE.

de ce qui est démontré? Si la trame de certains organes est susceptible d'être rendue plus apparente par des moyens encore inconnus, je pense du moins que nous sommes aussi avancés sur la structure nerveuse en général que nous pouvons l'être jamais, et je ne suis pas de ceux qui attendent d'une perfection que nous ne saurions atteindre notre initiation à des secrets que la nature a rendus impénétrables. Cessons donc de nous créer nous-mêmes des difficultés, de rendre obscur ce qui, vu simplement, doit nous paraître clair, de chercher dans notre esprit ce qui tombe sous nos sens , et nous comprendrons mieux ce grand appareil vital appelé système nerveux, unique, partout répandu, partout en action, coordonnant nos mouvemens, nos sensations, tous les phénomènes de l'existence. Nous verrons que tout cela s'exécute avec une admirable simplicité, sous la seule impulsion de la partie centrale du système ou de l'organe sans la prépondérance duquel il n'y aurait point de lois possibles chez les êtres qui ont des sensations et des idées (i), point d'harmonie dans les fonctions, et partant point d'organisme. Mais

(i) Buffon appelle le cerveau im sens interne général. C'est à lui que paraît due cette remarque , que les idées ne sont que les associations des sensations ou les sensations comparées.

PRÉFACE. xiij

si nous nous arrêtons à ces doctrines qui s'écartent des bornes naturelles , qui font d'un système indivisible des portions indépendantes qu'elles rendent dépositaires de propriétés sans origine , sans puissance de coordination, nous serons bientôt entraînés dans les hypothèses les plus invraisemblables 3 et dans la confusion que rend inévitable l'oubli des lois qui nous gouvernent. On croirait que, de tout temps, des hommes., doués d'ailleurs d'un profond génie, n'ont souvent trouvé que dans des questions captieuses les sujets de leurs réflexions. Tour à tour les nouvelles théories édifiées sur les ruines des anciennes, tombent comme elles, et laissent pourtant toujours active cette tendance de l'esprit à réaliser des chimères. Nous faisons, comme le disait Sénèque, des nœuds pour les défaire.

Les organes chargés des fonctions les plus importantes à la vie sont animés par des nerfs multiples, qui ont un même mode de sentir: il résulte de là que ces fonctions sont rarement atteintes de paralysie, quelques uns de leurs agens nerveux pouvant être lésés et laisser intacte l'action des autres. Cette organisation paraît n'avoir accordé à aucun ordre de nerfs le privilège d'être à l'abri des accidens que les altérations cérébrales peuvent entraîner.

D'après ces considérations, les viscères, comme

Page 1