‹ Traité des plantes médicinales indigènes, précédé d'un cours de botanique (volume 2)Chapitre 104 sur 177 · ÉMISSIONS SANGUINES · texte numérisé non relu

ÉMISSIONS SANGUINES

Les émissions sanguines, étant de tous les agents débilitants ceux dont l’action est la plus prompte et la plus énergique, méritent un article spécial et détaillé dans tout livre* de thérapeutique, même lorsqu'il n’est consacré qu'à lhistoire des plantes. «

Les saignées conviennent dans les synergies les plus prononcées, dans les inflammations aiguës, les réactions fébriles, la pléthore, toutes les fois, en un mot, qu'il devient nécessaire de diminuer la masse du sang ou d'enlever à ce liquide ses éléments excitants.

Nous n'avons pas à parler ici des moyens à l’aide desquels on pratique les évacuations sanguines, — ce sujet rentrant dans le domaine de la petite chirurgie, — mais de leurs indications. Or, celles-ci se déduisent des considérations générales que nous avons exposées en commençant le chapitre des débilitants. Nous croyons utile néanmoins de passer en revueles principales affections où leur emploi peut devenir nécessaire ou nuisible. Ces affections sont l’inflammation des organes, la fièvre continue, la fièvre intermittente, les fièvres exanthématiques ou éruptives, les névroses, les maladies spécifiques, les diathèses; car du moment qu'il est malade, l’homme présente au moins un de ces états.

Inflammations aiguës. — On désigne par là les réactions morbides causées par des phlegmasies localisées. Plus l'organe entrepris est important à la vie, plus l'inflammation est grave; plus cet organe est riche en vaisseaux sanguins et en nerfs, plus le stimulus est intense; plus il entretient de sympathies avec les grands systèmes, avec l'appareil circulatoire notamment, plus la réaction fébrile est prononcée. Les inflammations aiguës du poumon, de la plèvre, du péritoine, des

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séreuses articulaires, du cerveau et de ses enveloppes, du foie, des reins, de la matrice, etc., sont celles qu'il faut attaquer le plus vigoureusement par les saignées ; mais, néanmoins, il faut avoir égard.à la nature de la cause, au tempérament, à la constitution et à l'idiosyncrasie du sujet, enfin à la forme de la maladie. .

La cause. Plus elle est as$imilable, c'est-à-dire de nature à être facilement digérée et éliminée par les efforts médicateurs, de l'organisme, plus on peut ôter du sang, et vice versa. Exemple: Un individu jeune et robuste dont la constitution n’est altérée par aucune diathèse héréditaire ou acquise s’expose, le corps en sueur, à un refroidissement subit, et contracte une pneumonie ; évidemment cette inflammation se présentera dans les conditions les plus favorables à l'emploi de la saignée. Supposez, au contraire, qu'au moment où il contracte la maladie, cet individu ait une constitution détériorée par la misère, le mauvais régime, l’âge avancé, par le nombreux cortége des causes prédisposantes, ou qu'il porte une affection cachectique plus ou moins générale et profonde, on comprend alors qu'il faille ménager son sang et même lui épargner toute émission sanguine si la réaction se montre faible, l'économie prostrée. L 2

Le tempérament. 1] se présente avec les caractères de l'un des états suivants : pléthore sanguine, pléthore séreuse, où pléthore nerveuse. La première est évidemment celle qui s’accommode le mieux des évacuations sanguines; la seconde les repousse; mais comme il n'est pas rare que ces trois états soient pris l’un pour l'autre, même par des médecins exercés, il importe de les différencier et d'établir les caractères propres à chagun d'eux.

« Dans la pléthore sanguine, il n'y à pas excès dans la quantité du sang, mais bien seulement excès dans la proportion des éléments réparateurs du sang. Elle reconnaît pour cause une alimentation trop succulente, trop sèche, l'usage des toniques analeptiques, tels que le fer; elle n’est jamais produite par une lésion organique. :

« Lorsque le sang, trop riche d'éléments réparateurs, sti-

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mule excessivement le cerveau, eur, les glandes, ke: tissus élémentaires, 1l y a indigestion fonctionnelle, qu'on nous permette éette expression figurée, c’est-à-dire‘que les tissus divers ne sont pas montés au degrés d'assimilation d'un sang aussi riche : de là des troubles sans nombre, tous sthéniques ; de là des réactions franchement et violemment inflammatoires. Ici la saignée, les boissons aqueuses et'alealines, sont indiquées : il y a pléthore sangume. :* ?

« Mais dans la pléthôre séreuse il y a toujours plénitude vasculaire ; et cette plénitude er que de la a en excès vient s'ajouter à la masse éuorique. Cette forme de pléthore est constante dans les maladiesorganiques du cœur, dans la plupart de celles du foie et'des reins, dans quelques affections pulmonaires... Or, dans la pléthore séreuse, en ouvrant la veine, on évacue, il est vrai, une certaine quantité de la sérosité qui nuit; mais, ‘en même temps, on enlève le cruor dont l’économie a si grand besoin, et dont elle a un besoin d'autant plus grand que cette forme de pléthore est ordinairement un des symptômes des cachexies. La sérosité se reproduit presque instantanément, parce que est l'élément du sang le moins organisé, le plus semblable aux ingestions inorganiques, à l’eau; et bientôt lestmêmes accidents se reproduisent, qu'on ne pourrait combattre sans un grand danger par les mêmes moyens.

« L’obésité accompagñe souvent. la pléthore séreuse; la maigreur, la pléthore sanguine.

« Si l'on voit un homme dont les yeux soient saillants et injectés, la face d'un rouge violacé, les veines du cou turgescentes, l'intelligence paresseuse, la respiration embarrassée, le pouls dur et serré, ou large et développé, on ere à la pléthore sanguine, et l'on saigne en ouvrant la veine. Il ÿ a soulagement immédiat, et l’on s'applaudit de la médication. Puis, quand, après quelques jours, la même scène se reproduit, on saigne de nouveau, en s’étonnant de la persistance des accidents; et l’on saigne encoré, jusqu'à ce qu'enfin le sang devienne presque séreux et qu'il survienne une anasarque générale ; et quand il ne reste plus dans les veines que

de l'eau teinte, les symptômes de la prétendue pléthore sanguine sont encore présents. C’est qu’on avait affaire à la pléthore séreuse, dont, en effet, nous avons donné la fidèle description dans le tableau que nous avons tracé tout à l'heure. » (Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique.) Î

Il y a des tempéraments qui, avant qu'aucune cause déter-

minante ait agi, et avant tout état morbide proprement dit,

sont prédisposés à la pléthore sanguine ou à la pléthore séreuse, de telle sorte qu'il suffit d’une alimentation trop succulente où trop peu réparatrice pour développer l’une ou l’autre avec tous ses caractères phy siologiques et pathologiques. — Quant à la pléthore nerveuse, il en sera question lorsque nous parlerons de la médication antispasmodique.

La constitution. Comme on la confond généralement avec le tempérament, nous n'avons qu'à renvoyer au précédent paragraphe. Que si cette expression désigne l’état d’organisation d’où résulte le degré de force physique, de résistance aux causes morbifères propre à chaque individu, nul doute que celui-là supportera le mieux les pertes sanguines qui sera doué de la conStitution la plus robuste.

"L'idiosyncrasie, Quand il s’agit de mettre en usage les évacuations sanguines, comme tout autre agent théra pol IS d’ailleurs, il ne suffit pas de tenir compte du tempérament et de la constitution du malade, il faut aussi avoir égard au mode de sensibilité organique, à la manière dont les organes sentent, fonctionnent, résistent ou cèdent aux influences hygiéniques et thérapeutiques. C’est par l'effet de la disposition idiosyncrasique qu’on voit tous les jours un même remède produire des résultats différents suivant les circonstances et les individus. Combien de fois n'arrive-t-lpas qu'en donnant un peu d'opium pour procurer du sommeil, on produit de l’agitation et de l’insomnie; qu'en administrant du calomel à dose purgative ordinaire, on cause la salivation; qu'on superpurge

des individus avec des substances qui ne déterminent aucune

évacuation alvine chez d'autres, à quantités égales? L'idiosyncrasie est la pierre d’achoppement du thérapeutiste; c’est cette chose impossible à expliquer, à soumettre à des lois

fixes, qui porte tant de gens, même parmi les médecins, à douter de la médecine. Mais, hâtons-nous de le dire, nous ne poursuivrions pas ce sujet, si nous croyions qu'il n’y ait rien de certain dans l’application des remèdes.

La forme de la maladie. Une maladie étant donnée, on doit la traiter différemment selon qu’elle est sporadique ou épidémique. L’épidémicité est due à des causes toutes spéciales qui rendent les émissions sanguines généralement peu utiles, souvent même nuisibles, quel que soit d’ailleurs le siége de l'affection. Dans ces cas, ce sont les vomitifs ou les purgatifs, les toniques ou les narcotiques, selon lanature de la maladie, qui constituent la base du traitement. Avant d'employer les saignées, il importe donc d'apprécier le degré de l'inflammation, le temps qu’elle a duré, ses complications, et une foule d’autres modifications de l’état morbide. L'indication fondamentale des évacuations sanguines se résume en ceci : réaction vive, franche; pouls fort, plein, dur ; absence de diathèse, de troubles nerveux, d'état typhoïde ou adynamique.

Fièvres continues. — Les fièvres dites éphémères, inflammatoires, bilieuses, muqueuses, adynamiques ou putrides, ataxiques, ete., ont recu dans ces derniers temps la dénomination commune de typhoides. Ce sont des pyrexies qui naissent d'emblée sous l'influence d’une sorte d’empoisonnement miasmatique du sang, sans inflammation primitive localisée. Ayant une marche fixe, une succession de symptômes prévue pour ainsi dire, elles n’exigent pas absolument l'emploi des évaeuations sanguines. Cependant, dès que l'élimination de la cause morbifique paraît au-dessus des efforts de la nature, non parce que celle-ci faiblit, mais parce qu’elle est opprimée par l’acuité de inflammation et l'intensité de la réaction, il faut employer les antiphlogistiques pour ramener cette réaction au degré compatible avec l'élaboration des phénomènes critiques favorables. Il y a toujours à considérer dans les fièvres continues, appelées autrefois essentielles, trois éléménts : l'inflammatoire, le nerveux, le septique, qui peuvent se combiner diversement, prédominer chacun isolément et

modifier le traitement, sans préjudice des lésions organiques consécutives, qu'il faut bien prendre aussi en considération,

La fièvre typhoïde de forme inflammatoire peut être attaquée par la saignée, par, les antiphlogistiques ; mais celle à forme grave, adynamique, ne réclame pas l'usage des moyens débilitants, à moins que ce ne soit dès le début, ou que la douleur abdominale causée par la lésion concomitante appelle une application de sangsues. Le traitement consiste alors dans l'expectation simple, si la nature ne faiblit ni ne se surexcite trop; dans les évacuants, les toniques, les révulsifs, etc., selon les indications.

Fièvre intermittente. — Produite par un élément miasmatique marécageux, cette fièvre suflit au travail de coction et d'élimination de la cause morbide. Chaque accès concourt à ce résultat, sans qu'il soit nécessaire de tirer du sang, à moins d’un état pléthorique prononcé ou de complication inflammatoire. Bien plus fréquemment se présente l'indication des évacuants, qui facilitent aussi l'élimination du principe morbifique sans présenter l'inconvénient d'augmenter la tendance du sang à l’appauvrissement. On sait, du reste, que le remède souverain des fièvres d'accès consiste dans l'administration du quinquina ou de ses succédanés, surtout dans celle du sulfate de quinine, le roi des fébrifuges.

Fièvres éruptives. — Les émissions sanguines sont rarement nécessaires dans ces affections, qui, dues à une cause spécifique, ont une marche et une durée à peu près constantes, quoi qu'on fasse. Elles peuvent être utiles pour diminuer le stimulus morbide et faciliter l'éruption; mais généralement l'expectation sufiit. [1 s’agit tout simplement, dans ces affections, d'abandonner la réaction médicatriee à elle-même, lorsque les phénomènes en sont réguliers, et d'entourer Forganisme (le précautions favorables au déploiement spontané de la foree réactionnelle. Celle-ci se montre-t-elle trop prononcée, ce qui enchaine les phénomènes critiques vers la peau, il faut la modérer; l'organisme fléchit-il, au contraire, il est indiqué de lui venir eu aide au moyen des toniques.— La saiguée est inutile dans les varioles simples, régulières;

mais c'est le contraire lorsque l'élément inflammatoire prédomine au début. — Elle est mieux indiquée dans la rougeole, parce que le génie de la maladie est plus franchement inflammatoire, et qu'il cause souvent des complications catarrhales et pneumoniques. — On doit saigner plus rarement dans la scarlatine que dans la variole, et à plus forte raison que dans la rougeole, parce qu’il s’agit d'une affection insidieuse, peu régulière dans ses développements, grave dans ses complications, où se développent faciiement les éléments septique, ataxique, diphthérique.

Cachexies et névroses. — Les émissions sanguines ne sont indiquées que par exception dans ces états morbides chroniques, seulement lorsqu'il y a à combattre une complication inflammatoire déterminée et comme surajoutée à l'état constitutionnel, qui, lui, se refuse généralement à l'emploi des moyens débilitants.

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