CONTRO-STIMULANTS
On donne le nom de contro-stimulants à certaines substances qui, bien qu'appartenant à des classes différentes des débilitants proprement dits, étant administrés dans certaines circonstances et à dose élevée qui ne dépasse pas cependant le degré de tolérance de l'économie, diminuent la trop grande excitation des forces vitales, font perdre au stimulus morbide une grande partie de son énergie, produisent enfin des effets
analogues à ceux des antiphlogistiques. — Les mots soulignés demandent une explication, la définition tout entiere des développements.
La doctrine du Contro-stimulisme est due à Rasori, médecin italien, qui la fonda en 1811. D'après ce maître et son école, la vie est le résultat de deux forces, le stimulus et le contrestimulus. Dans l'état de santé il y a équilibre entre là stimulation et la eontre-stimulation, d'où résulte l’exercice régulier des fonctions. Dès que l’une l'emporte sur l'autre, Ia maladie naît. Si cette maladie existe par excès de stimulus, on peut administrerles éontro-stimulants, mais à des doses qui doivent
être en rapport avec le degré de stimulus morbide, doses qui ne pourraient être supportées dans l'état de santé. Lorsque, au contraire, la contre-stimulation prédomine, il faut recourir aux stimulants, dont le malade peut supporter des doses élevées qui lui causeraient de graves accidents ou le tueraient en parfaite santé. Ce que nous avons appelé tolérance est cette facilité avec laquelle l’économie s’accommode à des doses énormes de médicaments actifs. Ainsi, par exemple, 10 centigrammes (2 grains) d'émétique déterminent chez l'homme sain des vomissements et des évacuations alvines abondantes ; si on lui en fait prendre 4 ou 5 grains, on produit des symptômes d’empoisonnement, et même l’on peut causer la mort. Mais que ce même individu devienne malade, soit atteint d’une phlegmasie intense du poumon, alors on pourra lui administrer le double, le triple du médicament, sans que la moindre évacuation ait lieu ; l'on verra, au contraire, le pouls se déprimer, se ralentir, et la phlegmasie rétrograder sous l'influence du remède.
Pour les disciples de Rasori, les symptômes ne sont rien, le fond de la maladie est tout ; l’action locale des médicaments est comptée pour peu de chose, leur action générale, qu'ils nomment dynamique, est la seule à considérer. L'action dynamique est hypersthénisante (excitante), ou hyposthénisante (affaiblissante), selon les cas ; elle ne se manifeste qu'après l'absorption du médicament et l'impression produite sur le système nerveux ganglionaire; elle modifie les organes dans leurs fonctions intimes ou chimico-vitales et sécrétoires; selon la nature du médicament, elle se déclare plus particulièrement dans tel ou tel appareil organique par suite d'une attraction spéciale, appelée action élective, dont on ignore le mécanisme. L'émétique, qui estle type des contro-stimulants, agit sur le poumon, la digitale porte son influence sur le cœur, etc.
Dans le système thérapeutique généralement suivi en France, on ne cherche pas à savoir si la maladie est par diathèse de stimulus ou de contre-stimulus ; on s'efforce de découvrir l'organe souffrant, d'estimer la nature, l'étendue et
la profondeur de la lésion; après cela, que le médicament, donné à haute dose, soit toléré et agisse comme contro-stimulant, on ne s'occupe pas de savoir si c’est sur le tissu malade directement ou sur l’état général qu'il porte primitivement son action. Dureste, dans tous les systèmes on reconnaît une action élective à certains médicaments, tels que la digitale, la strychnine, l'opium, le nitrate de potasse, etc.