GARDER
Que cherche-t-on dans la préfaced’un livre ? Les motifs qui ont déterminé l’auteur à l’entreprendre, le plan qu'il a adopté et le but qu'il s'est proposé. Je vais dire tout cela aussi succinctement que possible ; et, pour mieux éclairer le lecteur, dans lappréciation qu'il sera tenté de faire de mon ouvrage après avoir lu ces lignes {car trop de gens jugent prématurément}, je vais lui demander la permission de lui parler de moi, de mes antécédents. J'ose espérer qu’il ne trouvera pas cela inutile, encore moins déplacé, puisque, m’adressant au publie, le public a le droit de me demander qui je suis et d’où je viens. se
Quoique j'aie toujours été obligé de demander à la méthode et à l'opiniâtreté du travail une compensation à l’ingratitude de ma mémoire, c'est une imperfection dont je n'ai pas trop à me plaindre cependant; puisque je lui dois, comme auteur, mes faibles succès. Ceci peut paraître étonnant, surtout aux personnes qui font de la mémoire la reine des facultés, et qui auraient complétement raison si le sens droit, la justesse des conceptions, le jugement enfin, en était le satellite obligé; mais ceci leur semblera tout naturel si je leur dis que, n'’allant point assez vite ou ne m'élevant pas assez haut pour découvrir des points de vue nouveaux, je me suis contenté de marcher froidement, à pas lents mais assurés, dans le vaste domaine de la science et d'essayer d’y tracer un sentier plus droit, conséquemment plus court, pour ceux qui n’ont que peu de temps à consacrer à l'étude.
A d’autres doncla tâche difficile et trop souvent décevante d'apporter
desmatériauxnouveaux à l’édificescientifique. Pour moi, je l’avoue, trouvant que le plus souvent les hommes supérieurs ne savent pas faire profiter l'intelligence commune de leur profond savoir ; que, propres à découvrir les richesses enfouies, ils ne savent point dégager le métal précieux del’amalgame, je m'applique à exposer succinctement et d’une manière complète, en ce qui concerne spécialement les choses vraiment utiles, les principes élémentaires, les fondements théoriques et les déductions pratiques des traités ex professo , trop étendus pour être lus, trop savants pour être compris, trop chers pour étre achetés
par le commun des hommes.
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est ainsi que dès début de ma carrière médicale, comprenan Si
tout ce qu'un résumé pratique de pathologie et de thérapeutique aurait d'utile pour le x. «7 les exigences de la profession ne per mettent pas onsacrer beaucoup de temps à des recherches journalicres, je posai le NOUVEAU COMPENDIUM MÉDICAL, dont la deuxième - ést actuellement sous presse (1). . £ oique’ assez complet eu égard à son objet, ce livre ne pouvait dre à Mes vues d'ensemble: aussi, dés son apparition, je conçusle projet d'écrire un cours complet de médecine, ayant pour titre : ANTHROPOLOGIE, ou étude des organes, fonctions et maladies de l'homme et de la femme, etc. [2]. Quatre éditions de ce dernier ouvrage se sont succédé dans l’espace de six ans , et ce beau succès, dont on me permettra d'être fier, est dû tout simplement au soin que j'ai pris de me renfermer dans le rôle d’appréciateux, au choix que j'ai Eu faire des choses qu’il fallait admettre ou rejeter et au plan général de l'ouvrage. AD. # Ce que j'ai osé entreprendre pour la science de l’homme, je lesfais aujourd'hui pour celle des plantes, science dans laquelle peut-être je ne suis pas aussi versé, mais que j'ai eru pouvoir aborder en prenant pour guides les auteurs si estimables dont nous connaissons tous les noms. D'ailleurs cet ouvrage n’est point intitulé Cours de Botanique, mais Trailé des plantes médicinales, et, à ce titre, il peut étre dé
+ ma compétence comme le serait un traité de thérapeutique, la bota-
nique n° étant qu'accessoire en quelque sorte,
É Et cependant c'est la chose principale au fond, du moment qu'on se livre à l'étude des végétaux, puisque c'est elle qui nous initie aux connaissances anatomiques, physiologiquesettaxonomiques sans lesquelles cette étude est impossible. # * *
Jusqu'ici il n’a paru; que je*saché du moins, aucun ouvrage qui réunisse les deux parties dont se compose celui-ci. On possède d’excellents livres de botanique sans doute, mais ils ne traitent que très superficiellement des propriétés médicales ‘des plantes, ou même ils les passent sous silence. Dans d'autres, ces plantes sont étudiées dans
“e pêle-mêle de l'ordre alphabétique, sans lien qui les rattache aux fa-
Milles ni aux genres auxquels elles appartiennent; dans tous, pour ainsi dire, g'est une absence presque totale de figures et par conséquent de descriptions utiles, Et pourtant, ainsi que le disait un savant botaniste, si peu que vaillent les figures, elles donnent toujours du vé-
gétalrune idée plus exacte que les phrases les plus claires æt les plus nettes,
(1) Un vol, grand in-18, format charpentier, de 800 pages.
(2) Deux forts vol. in-80, avec atlas de 20 planches d'anatomie gravées sur acier. La premiére édition a paru en 1845, la quatrième en 1851.
# : - "PRÉFACE, # | ut
Cela suffit déjà pour faire entrevoir le but quête me Suis proposé : C’est tout simplement de mettre entre les mains des médecins, aux quels je me permettrai de dire qu’ilsnégligent beaucoup topl'étude des plantes, en France encore plus que dans les pays voisins, c’est d'offrir, dis-je, à tous ceux qui aiment, cultivent ou emploient les végétaux, à quelque titre que ce soit, un ouvrage à la fois élémentaire etcomp
à l’aide duquel ils puissent apprendre à les reconnaître et à les classer,
à en étudier les propriétés médicales pour les faire servir à la g son ou au soulagement des malades, Afin de l’atteindre, ce but, voici comment j'ai cru devoir diviser l'ouvrage :
Première partie. Elle comprend les Éléments de Botanique. C’est un cours complet dans lequel l'anatomie générale et descriptive des plantes, la physiologie végétale, la à les caractères des familles naturelles, des genres et des espèces, sont exposés avec tout le soin et la clarté qu'il m'a été possible d'y apporter. J’ai dû, pour l'écrire, puiser à plusieurs sources, mais je me suis attaché particulièrement aux œuvres d’Ach. Richard; j'ai adopté et suivi sa classification, qui a pour base du reste celle de L. de Jussieu, également indiquée, ainsi que celles de Tournefort et de Linné; ses descriptions mont été d’un grand secours pour établir les caractères des divers
croupes : aussi m’est-il d'autant plus agréable de rendre hommace à la Oo D 4
science et au remarquable talent d'exposition de ce professeur, trop
tôt enlevé aux applaudissements et à l'attachement de ses élèves, que. par là je ne peux que disposer ceux-ci à accueillir avec indulgence ce
travail imparfait.
* Désirant rendre la Botanique populaire, j'ai désigné. les Genres par leur nom français, en regard duquel toutefois j'ai placé le nom latin. Mais pour les Espèces, j'ai dû employer les noms latins, par la raison que leurs traductions manquent ou n’ont pour la plupart jamais été admises par les botanistes. Il va sans dire pourtant que les dénominations latines sont suivies de la synonymie française chaque fois qu'il y a lieu. |
Les diverses espèces d’un même genre sont différenciées par un ou plusieurs caractères opposés, lesquels, étant précédés de ceux du Genre, comme ces derniers doivent l'être de ceux de la Famille, peuvent servir à les distinguer les unes des autres; mais, je l'avoue cependant, c’est l'énumération pure et simple de ces espèces plutôt que leur distinction que j'ai eue en vue, attendu que les principales d’entre elles doivent être décrites d’une manière complète dans la seconde partie,
L'histoire descriptive de chaque Famille est suivie d’un examen général très rapide des usages des plantes qui y sont : comprises. Ce chapitre fait voir que les végétaux d’un même groupe naturel ne se ressemblent pas seulement par leurs caractères botaniques, mais encore