DE LA FRUCTIFICATION
On entend par fructification l'ensemble des phénomènes qui accompagnent la formation du fruit, depuis le premier moment de son apparition jusqu’à sa maturité. Nous avons donc à considérer les fruits sous le double rapport : 1° de leur structure, 2° de leur classification.
Structure du fruit.
83. Le fruit résulte de la fécondation des ovules et du développement de l'ovaire : c'est, si l’on aime mieux, le pistil fécondé et renfermant des graines capables de germer et de reproduire la plante. Nous avons à étudier en lui le péricarpe et là graine.
84. Péricarpe. On appelle ainsi la partie du fruit qui renferme 11 où les semences. Il est constitué par les parois de l'ovaire, et c’est celui-ci qui en détermine également la forme générale. Ilse compose de trois parties : une enveloppe ou membrane extérieure , appelée épicarpe; ‘une membrane interne, en contact avec la graine, nommée mésocarpe ; une partie intermédiaire, parenchymateuse, désignée sous le nom d'endocarpe. Un mot d'explication sur ces trois corps.
À. L’épicarpe est formé par l'épiderme de l'ovaire, et, qüand le fruit provient d'un ovaire adhérent ou infère, par le calice, comme dans la Grenade, la Groseille.
B. L’endocar pe est ordinairement mince, membraneux, quelquefois même parchemineux, comme dans le Pois ; dans d’autres fruits, il devient ligneux ét se transforme en noyau, comme dans la Pêche, la Prune, ete.
C. Le mésocarpe est cette partie plus ou moins épaisse, située entre l’épicarpe et l’endocarpe, qui constitue la pulpe du fruit. Mais ce que l’on appelle pulpe n’est pas toujours dû au mésocarpe. En effet, dans la Mûre, par exemple, la pulpe ap-
partient au calice ; dans le Genévrier, elle est constituée par des écailles qui deviennent charnues ; dans la Figue, c’est le réceptacle commun qui la constitue ; dans la Fraise, c’est le gynophore.
83. Revenons au péricarpe. Comme l'ovaire qui le forme, il présente une cavité unique ou multiple, ce qui fait que le fruit est uniloculaire où multiloculaire, selon les cas. Chaque loge est monosperme, disperme, polysperme, ou, ce qui est la même chose, uniséminée, biséminée, pluriséminée, etc., suivant qu'elle contient une, deux ou plusieurs graines, etc.
86. Le fruit simple est celui qui provient d'un carpelle unique(40), et qui offre un péricarpe à une seule loge [uniloculaire). Le fruit composé est dû à plusieurs carpelles réunis, et contient plusieurs loges séparées par des lames verticales ou des cloisons, qui sont complètes ou incomplètes, vraies ou fausses (41, 59).
87. .Le péricarpe présente sur sa surface extérieure des lignes longitudinales appelées sutures. Celles-ci sont très évidentes, par exemple, dans la gousse de pois, qui est un péricarpe simple : l’une est appelée dorsale, l'autre ventrale. Mais quand les carpelles sont soudés ensemble pour former un pistil composé, les sutures ventrales se trouvent toutes réunies au centre du fruit (pl. vr, 13), et l’on ne voit à l'extérieur que les sutures dorsales, — Nous parlerons de la déhiscence au chapitre suivant.
88. Graine. Bientôt, en traitant de la germination, nous parlerons de la graine. qui n’est autre chose que l’ovule fécondé. Rappelons seulement qu’elle est attachée dans l'intérieur des loges à un corps particulier, nommé trophosperme; que ce corps, dont il a été question déjà (42), offre une forme et des positions variées ; qu’il porte une ou plusieurs graines ; que celles-ci en sont quelquefois recouvertes dans une étendue plus ou moins considérable, de telle sorte que la matière appelée macis en drogucrie n’est autre chose que le trophosperme formant comme un réseau sur la surface de l'amande d la muscade.
PHYSIOLOGIE. 49 Classification des fruits.
89. On divise les fruits en quatre classes : 1°les simples ou apocarpés; 2° les multiples ou polycarpés; 3° les soudés ou syncarpés ; 4° les composés ou synanthocarpés. Dans chacune de ces classes les fruits doivent être distingués en secs et en charnus, en déhiscents et en indéhiscents. — D'abord, un mot d'explication sur ces dernières expressions.
90. La déhiscence est l'acte par lequel le péricarpe s'ouvre pour laisser échapper les graines. Elle s'opère au moyen de pièces ou panneaux appelés valves, dont le nombre est le plus souvent égal aux carpelles.
91. Dans le fruit simple (98), la déhiscence se fait par la suture ventrale, ou par la suture dorsale, ou bien enfin par les deux sutures à la fois (pl. vx, 19, 21).
92. Dans le fruitpolycarpé (98), elle a lieu de plusieurs manières que nous allons essayer de faire comprendre.
A. La déhiscence est dite septicide, lorsque les cloisons se décollent en deux lames dans le sens de leur épaisseur, ou se dédoublent de façon que chaque carpelle correspondant à chacune des loges constitue à lui seul une valve qui conserve la forme d'une coque (Colchique, pl. vu, 10).
B. La déhiscence loculicide est celle qui s'opère par les sutures dorsales, et dans laquelle chaque valve, emportant une des cloisons sur le milieu de sa face interne, se compose de deux moitiés qui appartiennent chacune à deux carpelles différents (Asphodèle jaune, pl. vi, 11).
C. La déhiscence porte le nom de septifrage lorsque les valves se séparent par la suture pariétale, et que les cloisons restent Intactes et non dédoublées au centre du fruit (Ericinea, pl. vi, 12).
D. La déhiscence denticide est celle qui a lieu par une ouverture terminale due à l'écartement des dents de l'extrémité des carpelles (Lychnis, pl. vur, 13).
E. Dans la déhiscence poricide le péricarpe s'ouvre à sa partie supérieure par des trous irréguliers (pl. vrr, 14).
F. Enfin, la déhiscence est dite transversale dans les cas où
le péricarpe se partage en deux moitiés, comme une boîte à savonnette (Mouron, pl. vu, 15).
93. On appelle columelle l'axe central sur lequel est appliqué l'angle interne des carpelles dans certains fruits (Ombellifères, Euphorbiacées,).
94. L'indéhiscence est propre aux fruits qui ne s'ouvrent pas à la maturité. Parmi ceux-ci, les uns, charnus et doués d’un péricarpe parenchymateux et pulpeux plus ou moins épais, comme le Melon, la Pomme, ne laissent les graines libres que lorsqu'ils se détruisent; les autres, secs, enveloppent la graine jusqu'à ce qu'elle les ait forcés de lui livrer passage (Blé, Orge). j
Fruits simples (apocarpés).
98. Onappelle simples les fruits provenant d’un carpelle unique. Ils sont charnus, ou secs indéhiscents, ou enfin secs déhiscents. "
Fruits secs mdéhiscents :
A. Caryopse. Fruit sec, monosperme, indéhiscent, dont le péricarpe est confondu avec l'enveloppe propre de la graine (Blé, Seigle).
B. Akène. Fruit sec, monosperme, indéhiscent, dont le péricarpe est distinct du tégument propre de la graine {[Cerfeuil, Angélique, Soleil, pl. vrn, 16).
C. Samare. Fruit membraneux, coriace, très comprimé, à une ou deux loges, souvent muni d'ailes membraneuses (Erable, pl. vu, 17).