‹ Traitè des plantes mèdicinales indigènes prècèdè d'un cours de botaniqueChapitre 14 sur 50 · ÉMISSIONS SANGUINES · texte numérisé non relu

ÉMISSIONS SANGUINES

Les émissions sanguines, étant de tous les agents débilitants ceux dont l’action est la plus prompte et la plus énergique, méritent un article spécial et détaillé dans tout livre de thérapeutique, même lorsqu’il n’est consacré qu’à l’histoire des plantes.

Les saignées conviennent dans les synergies les plus prononcées, dans les inflammations aiguës, les réactions fébriles, la pléthore, toutes les fois, en un mot, qu’il devient nécessaire de diminuer la masse du sang ou d’enlever à ce liquide scs éléments excitants.

12 PLAÎSTES MÉDICINALES.

Nous n’avon9 pas à parler ici des moyens à l’aide desquels on pratique les évacuations sanguines, — ce sujet rentrant dans le domaine de la petite chirurgie, — mais de leurs indications. Or, celles-ci se déduisent des considérations générales que nous avons exposées en commençant le chapitre des débilitants. Nous croyons utile néanmoins de passer en revue les principales affections où leur emploi peut être ou utile ou nuisible. Ces affections sont : les inflammations, les fièvres continues, la fièvre intermittente, les fièvres exanthématiquesou éruptives, les nécroses, les maladies spécifiques, les diathèses. Et cette courte énumération suffit, car du moment qu’il est malade, l’homme présente au moins un de ces états plus ou moins accusé.

Inflammation* aigues.

On désigne par là les réactions morbides causées par des phlegmasies localisées. Plus l’organe entrepris est important à la vie, plus l’inflammation est grave ; plus cet organe est riche en vaisseaux sanguins et en nerfs, plus le stimulus est intense; plus il entretient de sympathies avec les grands systèmes, avec l'appareil circulatoire notamment, plus la réaction fébrile est prononcée. Les inflammations aiguës du poumon, de la plèvre, du péritoine, des séreuses articulaires, du cerveau et de ses enveloppes, du foie, des reins, de la matrice, etc., sont celles qu’il faut attaquer le plus vigoureusement par les saignées; néanmoins, il faut avoir égard à la cause, au tempérament, à la constitution et à l’idiosyncrasie du sujet, enfin à la forme de la maladie. — Voyons :

1* La cause. C’est le principe morbieène développé. Plus il est assimilable, c’est-à-dire de nature à être facilement digéré et éliminé par les efforts médicateurs de l’organisme, plus on peut ôter du sang, et vice versa. Exemple : Un individu jeune et robuste dont la constitution n’est altérée par aucune diathèse héréditaire ou acquise s’expose, le corps en sueur, à un refroidissement subit, et contracte une pneumonie ; évidemment cette inflammation se présentera dans les conditions les plus favorables à l’emploi de la saignée. Supposez, au contraire, qu'au moment où il contracte la maladie, cet individu ait une constitution détériorée par la misère, le mauvais régime, l’âge avancé, par le nombreux cortège des causes prédisposantes, ou qu’il porte une affection cachectique plus ou moins générale et profonde, on comprend alors qu’il faille ménager

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son sang et même lui épargner toute émission sanguine si la réaction se montre faible, l'économie prostrée.

2° Le tempérament. 11 se présente avec les caractères de la pléthore sanguine, de la pléthore séreuse, ou de la pléthore nerveuse. Le premier de ces états est évidemment celui qui s’accommode le mieux des évacuations sanguines; le second les repousse au contraire. Mais comme il n’est pas rare de voir ces trois états pris l'un pour l’autre, même par des médecins exercés, il importe de les difiérencier et d’établir les caractères propres à chacun d’eux.

o Dans la pléthore sanguine, il n’y a pas excès dans la quantité du sang, mais bien seulement excès dans la proportion des éléments réparateurs du sang. Elle reconnaît pour cause une alimentation trop succulente, trop sèche, l’usage des toniques analeptiques, tels que le fer; elle n’est Jamais produite par une lésion organique.

« Lorsque le sang, trop riche d’éléments réparateurs, stimule excessivement le cerveau, le cœur, les glandes, les tissus élémentaires, il y a indigestion fonctionnelle, qu’on nous permette cette expression figurée, c’est-à-dire que les tissus divers ne sont pas montés au degré d’assimilation d’un sang aussi riche : de là des troubles sans nombre, tous sthéniques ; de là des réactions franchement et violemment inflammatoires. Ici la saignée, les boissons aqueuses et alcalines, sont indiquées : il y a pléthore sanguine.

« Mais dans la pléthore séreuse il y a toujours plénitude vasculaire ; et cette plénitude tient à ce que la sérosité en excès vient s’ajouter à la masse cruorique. Cette forme de pléthore est constante dans les maladies organiques du cœur, dans la plupart de celles du foie et des reins, dans quelques affections pulmonaires... Or, dans la pléthore séreuse, en ouvrant la veine, on évacue, il est vrai, une certaine quantité de la sérosité qui nuit ; mais, en même temps, on enlève le cruor dont l’économie a si grand besoin, et dont elle a un besoin d'autant plus grand que cette forme de pléthore est ordinairement un des symptômes des cachexies. La sérosité se reproduit presque instantanément, parce que c’est l’élément du sang le moins organisé, le plus semblable aux productions inorganiques, à l’eau ; et bientôt les mêmes accidents se reproduisent^ qu’on ne pourrait combattre sans un grand danger par les mêmes moyens.

c L’obésité accompagne souvent la pléthore séreuse ; la maigreur, la pléthore sanguine.

« SI l’on voit un homme dont les yeux soient saillants et injectés, la lace d’un rouge violacé, les veines du cou turgescentes, l’intelligence paresseuse, la respiration embarrassée, le pouls dur et serré, ou large et développé, on crie à la pléthore sanguine, et l’on saigne en ouvrant la veine. Il y a soulagement immédiat, et l’on s’applaudit de la médication. Puis, quand après quelques jours, la même scène se reproduit, on saigne de nouveau, en s’étonnant de la persistance des accidents; et l’on saigne encore, jusqu’à ce qu'enfln le sang devienne presque séreux et qu’il survienne une anasarque générale; et quand il ne reste plus dans les veines que de l’eau teinte, les symptômes de la prétendue pléthore sanguine sont encore présents. C’est qu’on avait affaire à la pléthore séreuse, dont, en effet, nous avons donné la fidèle description dans le tableau que nous avons tracé tout à l’heure. » ( Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique. )

U y a des tempéraments qui, avant qu’aucune cause déterminante ait agi, et avant tout état morbide proprement dit, sont prédisposés à la pléthore sanguine ou à la pléthore séreuse, de telle sorte qu'il suffit d’une alimentation trop succulente ou trop peu réparatrice pour développer l’une ou l'autre avec tous ses caractères physiologiques et pathologiques.

Quant à la pléthore nerveuse, il en sera question lorsque nous parlerons de la médication antispasmodique.

3° La constitution. Comme on la confond généralement avec le tempérament, nous n’avons qu’à renvoyer au précédent paragraphe. Que si cette expression désigne l’état de l’organisme d’où résulte le degré de force physique, de résistance aux causes morbifères propre à chaque individu, nul doute que celui-là supportera le mieux les pertes sanguines qui sera doué de la constitution la plus robuste.

4° De l’idiosyncrasie. Quand il s’agit de mettre en usage les évacuations sanguines, ou tout autre agent thérapeutique d’ailleurs, il ne suffit pas de tenir compte du tempérament et de la constitution du malade, il faut aussi avoir égard au mode de sensibilité organique, à la manière dont les organes sentent, fonctionnent, résistent ou cèdent aux influences hygiéniques et thérapeutiques. C’est par l'effet de la disposition individuelle, idiosyncrasique, qu’on voit tous les jours un même remède produire des résultats différents suivant les circonstances et les personnes. Combien de fois n'arrive-t-il pas qu'en donnant un peu d’opium pour procu-

INTRODUCTION

rer du sommeil, ou produit de l’agita tiou et de l'insomnie; qu'eu administrant du calomel à la dose purgative ordinaire, on cause la salivation; qu’on superpurge des individus avec des substances qui ne déterminent aucune évacuation alvine chez d'autres, à quantités égales? L’idiosyncrasie est donc la pierre d’achoppement du thérapeutiste; c’est cette chose impossible à expliquer, à soumettre à des lois fixes, qui porte tant de gens, même parmi les médecins, à douter de la médecine. Mais, hâtons nous de le dire, nous ne poursuivrions pas ce sujet, si nous croyions qu’il n'y ait rien de certain dans l’application des remèdes.

5° La forme de la maladie. Une maladie étant donnée, on doit la traiter différemment suivant qu’elle est sporadique ou épidémique. L’épidémicité est due à des causes toutes spéciales qui rendent les émissions sanguines généralement peu utiles, souvent môme nuisibles, quel que soit d’ailleurs le siège de l’affection. Dans ces cas, ce sont les vomitifs ou les purgatifs, les toniques ou les narcotiques, selon la nature de la maladie, qui constituent la base du traitement. Avant d’employer les saignées, il importe donc d’apprécier le degré de l’inflammation, le temps qu’elle a duré, ses complications, et une foule d’autres modifications de l’état morbide. L’indication fondamentale des évacuations sanguines se résume en ceci : réaction vive, franche; pouls fort, plein, dur; absence de diathèse, de troubles nerveux, d’état typhoïde ou adynamique.

Fièvres continues.

Les fièvres dites éphémères, inflammatoires, bilieuses, muqueuses, adynamiques, putrides, ataxiques, etc., ont reçu, dans ces derniers temps, la dénomination commune de typhoïdes. Ce sont des pyrexies (fièvres) qui naissent d’emblée sous l’influence d’une sorte d’empoisonnement miasmatique du sang, sans inflammation primitive localisée. Ayant une marche fixe, une succession de symptômes prévue pour ainsi dire, elles n’exigent pas absolument l’emploi des évacuations sanguines. Cependant, dès que l’élimination de la cause morbifique parait au-dessus dés efforts de la nature, non parce que celle-ci faiblit, mais parce qu’elle est opprimée par l’acuité de l’iuflammation et l’intensité de la réaction, il faut employer les antiphlogistiques pour ramener cette réaction au degré compatible avec l’élaboration des phénomènes critiques favorables. Il y a toujours à considérer, dans les fièvres continues, appelées autrefois

essentielles, trois éléments : l’inflammatoire, le nerveux, le septique, lesquels peuvent se combiner diversement, prédominer chacun isolément et modifier le traitement, sans préjudice des lésions organiques consécutives, qu’il faut bien prendre aussi en considération.

La fièvre typhoïde de forme inflammatoire peut être attaquée par la saignée, par les antiphlogistiques ; mais celle à forme grave , adynamique, ne réclame pas l’usage des moyens débilitants, à moins que ce ne soit dès le début, ou que la douleur abdominale causée par la lésion concomitante appelle une application de sanpues. Le traitement consiste alors dans l'expectation simple, si la nature ne faiblit ni ne se surexcite trop, dans les évacuants, les toniques, les révulsifs, etc., selon les indications.

Fièvre intermittente.

Produite par un élément miasmatique marécageux, cette fièvre suffit au travail de coction et d'élimination de la cause morbide. Chaque accès concourt à ce résultat, sans qu’il soit nécessaire de tirer du sang, à mains d’un état pléthorique prononcé ou de complication inflammatoire. Bien plus fréquemment se présente l’indication des évacuants, qui facilitent l'élimination du principe morbifique sans présenter l’inconvénient d’augmenter la tendance du sang à l’appauvrissement. On sait, du reste, que le remède souverain des fièvres d’accès consiste dans l’administration du.quinquina ou de ses succédanés, surtout dans celle du sulfate de quinine, le fébrifuge par excellence.

Fièvres éruptives.

Les émissions sanguines sont rarement nécessaires dans ces afïections, qui, dues à une cause spécifique, ont une marche et une durée à peu près constantes, quoi qu’on fasse. Elles peuvent être utiles pour diminuer le stimulus morbide et faciliter l’éruption; mais généralement l'expectation suffit. 11 s’agit tout simplement, dans ces affections, d'abandonner la réaction médicatrice à elle-même, lorsque les phénomènes en sont réguliers, et d’entourer l’organisme de précautions favorables au déploiement spontané de la force réactionnelle. Celle-ci se montre-t-elle trop prononcée, ce qui enchaîne l’eflort des phénomènes critiques vers la peau, il faut la modérer ; l’organisme fléchit-il, au contraire, il est indiqué de lui venir en aide au

INTRODUCTION 17

moyen des toniques. — La saignée est inutile dans les varioles simples, régulières j mais c’est le contraire lorsque l’élément inflammatoire prédomine au début. — Elle est mieux indiquée dans la rougeole, parce que le génie de la maladie est plus franchement in- .flaminatoire, et qu’il cause souvent des complications catarrhales et pneumoniques. — On doit saigner plus rarement dans la scarlatine que dans la variole, et à plus forte raison que dans la rougeole, parce qu’il s’agit d’une affection insidieuse, peu régulière dans ses développements, grave dans ses complications, où se développent facilement les éléments septique, ataxique, diphthérique.

Cachexies et névroses.

Les émissions sanguines ne sont indiquées que par exception dans ces états morbides chroniques; elles le sont seulement lorsqu’il y a à combattre une complication inflammatoire déterminée et comme surajoutée à l’état constitutionnel, lequel repousse généralement les moyens débilitants.

COÎTOIE-STIMULANTS.

On donne le nom de Contre-stimulants à certaines substances qui, bien qu’appartenant à une classe qui diffère des débilitants proprement dits, étant administrées dans certaines circonstances et à dose élevée qui ne dépasse pas cependant le degré de tolérance de l’économie, diminuent la trop grande excitation des forces vitales, font perdre au stimulus morbide une grande partie de son énergie, produisent enfin des effets analogues à ceux des antiphlogistiques.

Les mots soulignés demandent une explication; la définition tout entière exige des développements.

La doctrine du Contre-stimulisme est due à Rasori, médecin italien, qui la fonda en 1 Si 1 . D’après ce maître et son école, la vie est le résultat de deux forces, le stimulus et le contre-stimulus. Dan» l’état de santé il y a équilibre entre la stimulation et la contre-stimulation, d'où résulte l’exercice régulier des fonctions. Dès que l'une l’emporte sur l’autre, la maladie naît. Si cette maladie existe par excès de stimulus, on peut administrer les contre-stimulants, mais à des doses qui doivent être en rapport avec le degré de stimulus morbide, doses qui ne pourraient être supportées dans l’état de santé. Lorsque, au contraire, la contre-stimulation prédomine, il faut recourir aux stimulants, dont le malade peut supporter telles

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doses élevées qui lui causeraient de graves accidents ou le tueraient en parfaite santé. Ce que nous avons appelé tolérance est cette facilité avec laquelle l’économie s’accommode de ces doses énormes de médicaments actifs. Ainsi, par exemple, 10 centigrammes (2 grains) d’émétique déterminent chez l’homme sain des vomissements et des évacuations alvines abondantes ; si on lui en fait prendre 4 ou S grains, on produit des symptômes d’empoisonnement, et môme l’on peut causer la mort. Mais que ce même individu devienne malade, soit atteint d’une phlegmasie intense du poumon, alors on pourra lui administrer une dose double ou triple du médicament, sans que la moindre évacuation ait lieuj l'on verra, au contraire, le pouls se déprimer, se ralentir, et la phlegmasie rétrograder sous l’influence du remède.

Pour les disciples de Rasori, les symptômes ne sont rien, le fond de la maladie est tout ; l’action locale des médicaments est comptée pour peu de chose, leur action générale, qu'ils nomment dynamique, est la seule à considérer. L’action dynamique est hypersthénisanle (excitante), ou hyposthênisante (affaiblissante), selon les cas ; elle ne se manifeste qu’après l’absorption du médicament et l'impression qu’il produit sur le système nerveux ganglionnaire; elle modifie les organes dans leurs fonctions intimes ou chimico-vitales et sécrétoires; selon la nature du médicament, elle se déclare plus particulièrement dans tel ou tel appareil organique par suite d’une affinité spéciale, appelée action élective, dont on ignore le mécanisme. L’émétique, qui est le type des contre-stimulants, agit sur le poumon, la digitale porte son influence sur le cœur, etc.

Dans le système thérapeutique généralement suivi en France, on ne cherche pas à savoir si la maladie est par diathèse de stimulus ou de contre-stimulus; on s'eflorce de découvrir l’organe souflrant, d’estimer la nature, l’étendue et la profondeur de la lésion; après cela, que le médicament, donné à haute dose, soit toléré et agisse comme contre-stimulant, on ne s’occupe pas de savoir si c’est sur le tissu malade directement ou sur l’état général qu’il porte primitivement son action. Du reste, dans tous les systèmes on reconnaît une action élective à certains médicaments, tels que la digitale, la belladone, la noix vomique, l’opium, le nitrate de potasse, le mercure, etc., etc.

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