STIMULANTS OU EXCITANTS GÉNÉRAUX
Nous venons de donner la définition des stimulants et d’indiquer leur mode d’action. Ajoutons que cette action est double ou de deux sortes : l’une locale et primitive sur l’organe digestif; l’autre générale et secondaire sur l’organe des fonctions. En effet, introduits dans l'estomac, ils stimulent la membrane muqueuse de cet organe, y appellent les fluides et causent une sensation de chaleur plus ou moins prononcée. Ensuite étant absorbés, ils activent la circulation, augmentent le calorique, élèvent l’action vitale et produisent une Sorte de fièvre artificielle pendant laquelle toutes les fonctions s’animent. Mais à cette surexcitation de courte durée succède ordinairement un affaiblissement proportionnel au degré auquel elle a été poussée.
, Les stimulants sont très-nombreux, fournis par les trois règnes de la nature. Les substances végétales se font remarquer par leur odeur forte ou aromatique; elles contiennent une huile essentielle, une résine, un baume, de l’acide benzoïque ou du camphre, quelquefois du soufre, etc., auxquels elles doivent leurs propriétés.
Généralement les médicaments de cette classe conviennent dans les maladies atoniques, les cachexies, les scrofules, le scorbut, les troubles nerveux, les affections gangréneuses et de nature septique, les fièvres adynamiques graves, les catarrhes chroniques entretenus par la débilité des organes, etc.; ils reconnaissent les mêmes contre-indication? que les toniques-névrosthéniques, qui peuvent d'ailleurs les remplacer très-souvent.
Nous trouvons dans le Traité de Thérapeutique de MM. Trousseau et Pidoux, à propos de la médication excitante, des considérations aussi justes que logiquement déduites, sur l’emploi des stimulants et l'appréciation des circonstances pathogéniques et thérapeutiques qui peuvent les réclamer et les rendre efficaces.
«Quand, dans une maladie, l’indication de stimuler se présente, on stimule, mais il faut le dire, on stimule bien souvent dans les ténèbres, on agit dans l'obscurité. Si la nature met à profit notre stimulation, tant mieux; et si elle s’en sert contre nos intentions !... Voilà la difficulté et le péril.
« Quand il n’est question que de ces états où il n’y a pas ou plus de cause morbifique en présence, de principe diathésique, comme une syncope, une faiblesse par privation de nourriture, d'air, etc.; tout va de soi, nul obstacle au retour des forces, et les instincts du malade sont positifs, on pourrait leur confier le soin de la médication.
« Au contraire, s’il existe une diathèse ou un état nerveux précurseur d'une maladie diathésique ou organique grave, une affection spontanée, ou un mélange de ces deux conditions, et qu’en même temps, l’affaissement du système nerveux, la débilité de quelque appareil ou de tout l’organisme, présentent un côté, pour ainsi dire, à l'indication de la médication excitante, que faire î
« Ces cas appartiennent tous à la classe des maladies chroniques.
a Ce qu’il faut faire? se défier des excitants sans les repousser, déférer aux indications de leur emploi, mais avec sobriété, en ayant toujours l’œil sur la langue du malade, le doigt sur son pouls, l’attention fixée sur ses nuits et son sommeil. 11 faut surtout, autant que possible, substituer les toniques analeptiques aux excitants ou les combiner à ceux-ci. Que si l’appareil digestif repousse les premiers, rarement on doit employer les seuls excitants ; car alors on ne sait pas ce qu’on fait.
« La matière médicale offre, pour ces cas, sinon des agents spécifiques, au moins des modificateurs qui Joignent à la vertu excitante quelque propriété spéciale plus ou moins accommodante à telle ou telle diathèse, à tel ou tel acte morbide.
« Ainsi, les eaux de Vichy sont excitantes, mais elles sont autre chose avec cela. Elles paraissent contenir des principes favorables à la digestion. Ceci n’est qu'un exemple. Quand il s'agit de modifier telle ou telle sécrétion, on trouve aussi des excitants, mais qui, avec cela qu'ils excitent la glande, modifient sa fonction et son produit.
« Prenez des alcooliques ou de fortes infusions de plantes labiées ou de stimulants exotiques, vous allez exciter, irriter même l’action des glandes. Voilà tout ce que vous ferez. Oui : vous les aurez irritées ces glandes, et souvent même assez pour suspendre plus ou moins leur action, nous voulons dire, diminuer la quantité de leurs produits. C'est ce que tous les jours le vin fait sur les glandes salivaires, les cantharides sur les reins, etc...
« Mais l'iode, mais le mercure sont excitants aussi. Ils stimulent l'action des glandes, mais ils joignent :à la propriété [stimulante qu’ils partagent avec les remèdes ci-dessus une propriété qui modifie la glande, change, fluidifie ses produits, leur imprime d’autres qualités, et cela encore, chacun à sa manière, l’iode autrement que l’or, celui-ci différemment de la potasse, de la baryte, etc....
« Toujours donc nous nous retrouvons en face de nos deux conditions, tant du côté des médicaments que du côté de l’organisme.
« L’esprit de la médication excitante ne doit pas être cherché ailleurs que dans cette simple et naturelle considération. 11 n’y a là rien de systématique.
« Les maladies liées à la prédominance de la constitution lymphatique nous fourniraient sur ce sujet des exemples très-utiles.
« Ces maladies offrent très-certainement un élément de débilité. Essayez un peu de n’y voir que cela, et de ne considérer en tel cas que cet élément d’indication ! et pourtant cette indication mérite qu’on s’en occupe, mais sans oublier le vice de l’organisation à la nature duquel est subordonné l’élément asthénie.
a L’emploi des seuls remèdes chauds, l’action violente, incendiaire et nue de ces remèdes, ne fait qu’irriter ces organisations-là. Elle y allume une fièvre plus consomptive que critique, surtout lorsque, comme cela est très-commun, ces sujets sont très-nerveux et très-irritables de tempérament, en même temps que frêles, mous et humides de constitution. Alors en stimulant purement et simplement, vous ne faites que fortifier la diathèse en la livrant à ellemême. Chez cet individu, le tempérament et la constitution ne sont pas en harmonie comme chez celui qui est simultanément scrofuleux et apathique, c’est-à-dire dont le système nerveux est mou et paresseux comme ses tissus, froid comme son sang.
« Dans ce cas, en effet, en stimulant le système nerveux, vous enrayez les progrès de la diathèse. Chez l’autre, vous exagérez encore la désharm' nie fâcheuse qui existe entre le tempérament et la
constitution, entre le système nerveux et l’organisation ; vous livrez celle-ci à celui-là qui la brise et la consume.
« Nous ne possédons pas contre cette affreuse maladie de stimulant spécifique, de médicaments qui modifient également bien les deux conditions de l’affection; car rappelons-nous qu’on trouve bien plus facilement un excitant du système nerveux qu’un modificateur plastique.
« Pourtant, quelques substances approchent plus ou moins de cet effet. Les amers excitants sont de ce nombre. Combinez une habitation dans un pays sec et chaud à une alimentation réparatrice et aux amers en question, secondez ces moyens par l'influence de la gymnastique, et vous obtiendrez autant que possible la simultanéité d’actions que nous cherchons.
« Ajoutons à ces remèdes ceux tirés des plantes dites antiscorbutiques, tirées elles-mêmes de la famille des Crucifères. Nous ne saurions trop recommander l’emploi du vin et du sirop composés avec des racines, etc... de ces végétaux. On y trouve heureusement associés les deux modificateurs que nous désirons. Il y a là une stimulation modérée et des. principes très-appropriés à la spécialité diathésique des scrofules.
« Chez les enfants que cette maladie atteint souvent, le sirop antiscorbutique est une précieuse préparation. Les phlegmasies chroniques passant incessamment de cet état à l’état aigu, de celui-ci à celui-là, aux yeux, aux oreilles, à la poitrine, à la peau, aux os, etc., relèvent presque toutes, chez les enfants, du vice scrofuleux. Ces enfants, pleins d'humeurs, trouvent dans les antiscorbutiques uns sorte de panacée à tous leurs maux.
< Ces états morbides qu’on ne rattache pas toujours assez aux Scrofules, parce que celles-ci n’y apparaissent pas toujours avec leurs signes classiques, ces états morbides ne quittent l’enfant que pour le ressaisir, adolescent, avec d’autres formes, l'affecter, adulte, sous des noms et des aspects qui déroutent le praticien, et vieillard enfin, l'affliger d’infirmités incurables sinon mortelles, dont la nature et l’origine restent inconnues.
a Reconstituez donc l’enfant pendant que s’y prêtent mieux que plus tard les faciles transformations que subit sa matière à travers les phases rapides de son évolution.
« Pourquoi les antiscorbutiques ont-ils vieilli et sont-ils tant dédaignés dans ces cas? Us ont pourtant une qualité principale : ce >ont des simples. Les découvertes de la chimie moderne leur ont
INTRODUCTION
substitué des excitants antiscrofuleux tirés du règne minéral.
« Les métaux introduits chimiquement dans le sang doivent être ïultima ratio de la thérapeutique médicale; comme, appliqués'physiquement au corps, ils sont Yultima ratio de la chirurgie. Pour purger et faire vomir, c’est bien... ils ne font que passer; mais quand ils doivent rester et ne plus agir seulement sur le système nerveux qui les repousse comme des ennemis et des étrangers, mais modifier l'organisation, il faut toujours y regarder à deux fois, car iis dissolvent et altèrent la matière vivante bien plus encore qu’ils ne révoltent les esprits vitaux.
« Le végétal est plus ami de l’organisation. En passant par lui, le minéral s’y est adouci et humanisé. Le végétal est assimilable ; le minéral ne l’est pas.
« Nous aimons donc mieux le3 antiscorbutiques et les végétaux amers et aromatiques que l'iode, le baryum et leurs préparations, dans le traitement des maladies scrofuleuses. Il ne faudrait pas en induire que nous rejetons ces derniers. 11 faut user de tout ce qui peut être utile, mais n’abuser de rien. »
Nous devrions parler ici des stimulants employés comme nervins, céphaliques et exhilarants ; mais nous préférons remettre les considérations qu’exige ce sujet, et que nous emprunterons encore à l’ouvrage de MM. Trousseau et Pidoux, au chapitre Où nous traiterons de la Mélisse, le premier des nervins.