QUATRIÈME CLASSE. — DES NARCOTIQUES ET SÉDATIFS
Les médicaments connus sous ces noms, et encore désignés par les dénominations de stupéfiants , calmants, anodins, hypnotiques , ont pour effet de modifier les centres nerveux et leurs conducteurs ( cerveau, moelle épinière, nerfs, grand sympathique ), de telle sorte qu'ils diminuent ou môme abolissent leurs fonctions. La sensibilité, la motilité et l’intellect lui-méme sont frappés de stupeur lorsqu’on en fait usage à dose un peu élevée. Cependant les résultats sont bien différents les uns des autres, selon les quantités ingérées et les substances employées.
En effet, administrés à très-faibles doses, les narcotiques n’agissent guère que localement en diminuant la sensibilité et l'irritabilité des tissus avec lesquels ils sont mis en contact. A des doses un peu plus fortes, ils étendent leur action au système nerveux; un état de calme général, bientôt suivi de sommeil, se produit; et si la quantité absorbée est plus considérable encore, on voit survenir le narcotisine, c’est-à-dire le cortège des phénomènes suivants : pesanteur de tête, obscurcissement de la vue, affaiblissement de l’intelligence et des forces musculaires, prostration, sommeil profond, tantôt calme avec ronflement, tantôt agité. Dans d'autres cas, céphalalgie, vertiges, hallucinations, mouvements convulsifs, puis inégalité du pouls et de la respiration, etc.
D’autre part, la pratique démontre qu’à certains agents de cette classe il est donné de stupéfier telle portion du système nerveux, et
INTRODUCTION
à certains autres, au contraire, d'en augmenter l’action. Ainsi, tandis que le plan musculaire des intestins est comme frappé d’insensibilité et de contractilité par l’opium, il semble augmenter son mouvement péristaltique sous l’influence de la belladone et du stramonium; tandis que les solanées provoquent un délire bruyant, expansif, et une agitation musculaire considérable; les papavéracées, au contraire, jettent l'esprit dans un anéantissement profond.
Toutefois, si les divers narcotiques n’exercent pas une action identique sur la contraction musculaire et l’intelligence, tous agissent sur les centres nerveux de manière à calmer la douleur; et c'est chose très-heureuse et très-importante, puisque l'élément douleur devient souvent une cause de fluxions, d’irritations, de spasmes, de convulsions, de maladies nerveuses de toutes sortes.
Il y a trois manières principales d’employer les narcotiques : 1* l'application directe ou locale externe; 2° [l’administration indirecte ou interne ; 3° l’administration mixte. Leur usage bien dirigé est suivi des plus heureux effets dans une foule d’états nerveux, tels que le delirium Iremens, la chorée, le tétanos, les spasmes, les toux convulsives, la coqueluche, les gastralgies ; dans les affections douloureuses en général, les névralgies, les rhumatismes ; dans les fièvres accompagnées de symptômes nerveux; dans la dernière période de la phthisie pulmonaire, du cancer et des cachexies pour procurer du calme et du sommeil, etc.
Mais les narcotiques sont contre-indiqués toutes les fois que la faiblesse du malade est très-grande, qu’il y a disposition aux congestions cérébrales, à une constipation opiniâtre. On ne doit les employer qu’avec ménagement dans les inflammations aiguës des organes intérieurs, seulement quand la violence de la douleur est de nature à épuiser les forces du malade, parce que, tendant à annihiler la sensibilité, iis favoriseraient par là même la terminaison par gangrène.
La plupart des narcotiques sont des végétaux dont l’odeur est vireuse, et qui doivent leur activité à la présence d’un principe particulier de la nature des alcalis organiques ; d’autres, dont l'odeur n’est pas moins caractéristique, contiennent de l’acide hydrocyanique pour principe actif. Nous parlerons de ces divers agents.