NOTIONS PRÉLIMINAIRES
L’étude des plantes doit être aussi ancienne que le monde. Elle est née sans doute du besoin où se sont trouvés les hommes de pourvoir à leur subsistance. Bientôt ils durent s'appliquer à connaître leurs propriétés médicamenteuses, afin de remédier aux maladies qui les frappaient; et plus tard, ils cherchèrent à les mettre à profit dans leur industrie.
A l’origine des temps, on n'employait que les remèdes qu'on trouvait autour de soi. Mais la navigation procura, dans la suite, des substances étrangères qui furent préférées, comme tout ce qui arrive de loin avec le prestige de la rarete.
Cependant on croit assez généralement que chaque climat produit des remèdes appropriés aux maladies qui y naissent. Cette vérité a, ce nous semble, été beaucoup trop exagérée. Nous admettons bien volontiers, avec Fernel, que l'Auteur de la nature a voulu qu’il en soit ainsi, mais pour que la chose se réalisât complètement selon ses intentions, il faudrait que les hommes, plus sages, ne se fussent pas exposés, par suite de leurs passions et de leurs excès, à une foule de maladies devenues indépendantes du climat, et qui les ont sollicités à demander des remèdes non-seulement au règne végétal, mais encore au régné minéral. Sans doute, dans nos contrées tempérées, les plantes indigènes peuvent, dans la grande majorité des cas, suppléer les végétaux exotiques ; mais il faut reconnaître qu'un certain nombre de substances, telles que l’opium, le camphre, le quinquina, n'ont pas chez nous de succédanés parfaits. D’ailleurs, est-ce que l'habitant des côtes septentrionales, de ces lieux stériles et désolés, pourrait se contenter du petit nombre de produits qu'il y trouve!
Nous devons chercher à utiliser nos plantes compatriotes-, elles offrent des ressources beaucoup plus précieuses que ne le croient généralement les médecins ; elles frappent partout nos regards; nous pouvons les récolter nous-mêmes, les préparer de nos propres mains, être sûrs de leur origine et de leur pureté, etc., tandis que la plupart du temps, nous achetons très-cher des substances étrangères avariées ou sophistiquées. Cela ne veut pas dire qu’il faille, à l’exemple de quelques enthousiastes, proscrire absolument les végétaux exotiques ; loin de nous est cette pensée, car ce serait nous priver de médicaments héroïques dont l’absence, dans certains cas graves, aurait les conséquences les plus déplorables.
Mais pour employer les plantes de nos prés et de nos champs, il faut avant tout les connaître. Quelle confiance peut inspirer le médecin qui ne sait nommer celles qu’il prescrit et que lui présentent si souvent, dans les campagnes, les malades désireux de s'assurer de leur bon choix?
11 est triste de voir que le plus ignorant paysan sait mieux reconnaître
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les plantes vulgaires que le jeune praticien, duquel cependant on exige certaines connaissances pharmacologiques, pour ce qui concerne particulièrement les substances médicamenteuses étrangères.
Le plus sûr moyen d’arriver à la connaissance des plantes, c’est d 'herboriser et de composer un herbier : les descriptions les plus complètes, les dessins les plus parfaits ne sauraient remplacer le3 végétaux que la mort, toutefois, n’a pas privés des caractères distinctifs de leurs familles. Mais pour former une belle collection de plantes desséchées, il faut savoir herboriser; or, cette science a ses règles et ses exigences. D’abord elle suppose une connaissance assez précise des parties qui composent une plante; il faut ensuite se munir t° d’un ouvrage peu volumineux qui donne les caractères des végétaux de la localité (I); 2° d’une loupe pour distinguer les organes sexuels si souvent microscopiques de la fleur; 3° d’un petit stylet pour diviser, séparer ces organes délicats; 4° de papier pour étiqueter chaque espèce comme on ferait avec une carte fendue dans laquelle on l’y ferait entrer ; enfin, 5° d’une boite de fer-blanc pour placer momentanément les plantes et les transporter, etc.
a Le choix ne devra s’arrêter que sur des individus bien venus et en plein développement ; comme les parties ne se développent pas toutes en même temps, il faut choisir plusieurs échantillons en différents états.
« La dessiccation et la conservation demandent des précautions importantes. On étale séparément chaque plante dans des feuilles de papier non collé; on empile ensuite les feuilles de papier en les séparant , l’une de l’autre par des espèces de matelas de papier également non collé et de même format. Les plantes ainsi disposées sont soumises à une pression modérée d’abord, puis un peu plus forte. On change les matelas tous les jours dans le commencement, puis on éloigne de plus en plus cette operation, qu'on n'abandonne que quand il n'y a plus d’humidité. Alors on place chaque échantillon dans une nouvelle feuille de papier, et on l’étiquette, etc. — Pour parvenir à dessécher les plantes grasses, telles que les joubarbes, on les plonge instantanément à plusieurs reprises dans de l'eau bouillante, avant de les mettre sous presse; le tissu perd alors la propriété de retenir la liqueur aqueuse dont il est gorgé.
« Un herbier doit être mis à l’abri de l’humidité. Plus souvent il sera feuilleté, mieux il se conservera. Quand le possesseur n’en fait plus usage, les insectes s'en emparent et le dévorent. On peut cependant les écarter en baignant les échantillons dans une solution de sublimé. »
Après l'étude des caractères physiques des plantes vient celle de leurs propriétés médicales. Avant l'emploi de la méthode expérimentale, ces propriétés se déduisaient de leur ressemblance de forme, de couleur, etc., avec quelques-unes des parties de notre organisme, ce qui leur a fait donner le nom de signatures. « La forme des racines, des feuilles, etc., de plusieurs plantes, les a fait prescrire contre les maladies de nos organes avec lesquels on a cru trouver quelque ressemblance. Les signatures par analogie de couleur sont en Bien plus grand nombre; ainsi les plantes A racines ou sucs rouges sont presque toutes indiquées comme utiles contre les hémorrhagies, telles que la garance , les galium, le ratanhia, etc. Celles de couleur jaune ou verdâtre sont prescrites contre la bile, exemple la rhubarbe, Valois, etc. ; les plantes à sucs blancs,
(1) Nous désignerons particulièrement le Tableau synoptique de la Flore parisienne, par Bautier, et lo Synoptie analytique de Cosson et Gvrmain.
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comme le pissenlit, la laitue, etc., sont réputées utiles pour donner du lait, etc. Nous remarquerons qu’il y a souvent même une double signature. Ainsi un végétal vient dans les pierres, on l'appellera saxifrage pour cette raison, puis on le croira bon pour briser la pierre des reins ; un autre a des marbrures sur ses feuilles, comme le poumon sur la plèvre qui l’enveloppe, on le nommera pulmonaire, et on l'indiquera comme propre à guérir les maladies de ces organes ; un autre est taché comme la peau d'une vipère, on le désignera par l’épithète de vipérine, et on le prescrira contre les morsures de cet animal, etc. Toutes ces propriétés par. imitation sont un reste des erreurs des temps d’ignorance, et ne sont plus que ridicules aujourd’hui, après avoir été souvent dangereuses. » ( Dictionnaire universel de matière médicale, art. Signatures.)
Les propriétés médicales des plantes peuvent jusqu’à un certain point se déduire des formes naturelles, de la saveur, de rôdeur, de la couleur et de la composition chimique :
1° Formes. Plus il y a de ressemblance dans les caractères botaniques, plus l’analogie est grande dans les propriétés. Cette proposition comporte plusieurs exceptions que nous avons fait counaitre en etudiant les Familles. ■
•2° Saveur. Les corps sapides sont généralement présumés être doués de plus de vertus que ceux qui sont dans des conditions contraires. Une plante insipide est presque toujours inerte ou à peu près; la saveur tade y dénote quelques propriétés faibles de nature émolliente ou relâchante, ainsi que celle dite mucilagineuse ou huileuse. L'acidité n’indique pas une manière d’agir uniforme. La saveur acide-douce est rafraîchissante et tempérante ; celle qu’on peut appeler acide-acerbe est en même temps astringente et styptique. L'amertume annonce une action tonique, névrosthénique ; la saveur aromatique est l’attribut de propriétés stimulantes, générales ou spéciales à certains organes. L’àcreté est la qualité des plantes la plus suspecte, du moins la plus active. Cette saveur varie entre âcre-piqnante, àcre-nauséeuse et àcre-vireuse. Elle distingue en général les végétaux vénéneux. Mais il y en a de presque insipides, qui sont de véritables poisons.
3° Odeur. La même règle générale est applicable à l’odeur et à la saveur. La première a beaucoup moins d’importance : d’abord, parce qu'elle n’est pas en proportion d’intensité avec l’action médicamenteuse ; ensuite, parce que c’est une qualité relative suivant les sens de chaque individu, que partant elle est mal définie et en quelque sorte de convention ; enfin, parce qu’elle varie beaucoup selon l’état frais ou sec de la plante, la constitution hygrométrique de l’atmosphère, et selon que cette plante est intacte ou soumise au frottement, etc. Le manque d’odeur joint à l'insipidité dénote des plantes absolument inertes. L’odeur indique toujours quelque vertu, tantôt prononcée comme dans les Labices, tantôt faible comme dans la violette; mais elle peut manquer dans des végétaux très-énergiques, tels que les âcres, les amers purs, les astringents, les acidulés. L’odeur est aromatique, alliacée, piquante, narcotique ou vire use.
4° Couleur. Ce caractère est encore moins important que l’odeur pour faire présumer les qualités d’une plante ; il n’est pas sans valeur cependant, puisqu’en general ta couleur blanche semble être l’indice d’une faible activité, et que dans une espèce composée de variétés diversement teintées, les plus dépourvues de propriétés actives sont toujours